Enver Hoxha - Œuvres Choisies

Ces extraits proviennent des tomes I, III, IV et V des Œuvres choisies d'Enver Hoxha publiées aux éditions «8 Nëntori», Tirana. Les extraits sont classés chronologiquement et abordent des thèmes variés reflétant la richesse des analyses d'Enver Hoxha, seul véritable dirigeant marxiste-léniniste après la mort de Staline.

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- 1985-2005 : Pour le 20ème anniversaire de la mort d’Enver Hoxha

* A ce sujet, voir le dossier « A propos des divergences sino-albanaises » ainsi qu' « Impérialisme et anti-impérialisme ».

« Il a été accordé fort peu d'importance à l'instruction, à la promotion et à la bolchévisation des cadres. Aux autres problèmes encore moins. Pour pouvoir nous orienter dans la situation complexe qui est la nôtre aujourd'hui, nous devons être armés de la tactique et de la théorie du prolétariat, des enseignements légués à l'humanité par Marx et Engels, et que Lénine et Staline ont enrichis et développés. Si les cadres ne sont pas à la hauteur requise, ce n'est pas parce que les camarades n'étudient pas ou qu'ils se refusent à cet effort, mais parce que les œuvres dont l'étude est nécessaire à la classe ouvrière et aux cadres communistes n'ont pas été traduites par des camarades compétents. On a bien traduit quelques brochures et opuscules, dont certains d'origine douteuse. Parmi ces livres il en est de bons, mais on a omis de traduire les textes les plus nécessaires : «L'Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'Union soviétique», les «Principes du léninisme», ainsi que le rapport présenté par Dimitrov au VIIe Congrès du Komintern, etc. C'est à cette lacune qu'est imputable le très bas niveau théorique et politique des camarades. » (Enver Hoxha, Rapport présenté à la première conférence consultative des cadres actifs du Parti Communiste d’Albanie (8 avril 1942), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome I, p.15.)

 

« Comme nous l’a conseillé le camarade Staline lors de notre visite à Moscou, nous devons avancer avec le maximum de prudence sur la question de la paysannerie et ne pas l'effrayer par le programme maximal de notre Parti. Mettant en œuvre scrupuleusement les conseils inestimables du camarade Staline sur cette question, nous devons, en ce qui concerne la paysannerie, avancer à la fois avec assurance et prudence, bien connaître les conditions de notre paysan et sa mentalité. La ligne de notre Parti ne doit pas s'écarter un seul instant des principes du marxisme-léninisme. Notre Parti doit accomplir à la campagne un travail très ardu et il nous faudra nous renforcer au cours même de ce travail pour être en mesure de surmonter les difficultés. Dans la lettre du Parti bolchevik adressée au CC du PCY, il est dit :

«Dans les conditions où en Yougoslavie la terre n'est pas nationalisée, où la propriété privée de la terre y existe en même temps que le droit de l'aliéner, où de vastes parcelles de terre se trouvent dans les mains des koulaks, où le travail salarié est toujours en vigueur, etc... , on ne peut éduquer le Parti dans l'esprit de l'extinction de la lutte de classe et de l'aplanissement des contradictions de classe, sans le désarmer face aux principales difficultés de l'édification du socialisme». (Lettre du CC du PC (b) de l'URSS au CC du PCY, 4 mai 1948.)

De ces thèses importantes des lettres du Parti bolchevik nous devons tirer des enseignements pour combattre avec la plus grande opiniâtreté les faiblesses ou les erreurs qui pourraient se manifester. Notre pays est un pays agricole. La paysannerie y représente la majeure partie de la population. Nous devons donc avoir constamment une vision claire du rôle dirigeant de la classe ouvrière. Les lettres du Parti bolchevik nous enseignent :

«Le marxisme-léninisme considère qu'en Europe, y compris les pays de démocratie populaire, c'est la classe ouvrière et non pas la paysannerie qui est la classe d'avant-garde, indéfectiblement révolutionnaire. Pour ce qui est de la paysannerie, sa majeure partie, autrement dit les paysans pauvres et moyens, peut faire ou a déjà fait alliance avec la classe ouvrière, étant bien entendu que le rôle dirigeant dans cette alliance appartient à cette dernière». (Lettre du CC du PC (b) de l'URSS au CC du PCY, 4 mai 1948.)

C'est sur ce point que les dirigeants yougoslaves ont dévié. Les paysans pauvres et moyens de notre pays ont la plus grande confiance dans notre Parti, parce qu'il leur a donné la terre et que grâce à sa juste direction, il a énormément amélioré leurs conditions économiques. Notre paysannerie aime le Parti et elle reconnaît son rôle dirigeant. Cela veut dire que la paysannerie pauvre et moyenne a embrassé l'alliance avec la classe ouvrière et le rôle dirigeant de cette dernière dans cette alliance. Mais notre Parti a maintenant pour tâche, et c'est une tâche importante, de renforcer tous les jours davantage cette alliance. Il y parviendra en appliquant avec fermeté et sagesse les grands principes du marxisme-léninisme, en combattant avec acharnement les théories opportunistes pourries de l'intégration pacifique des éléments capitalistes dans le socialisme et en ne détachant pas l'édification du socialisme à la ville de l'édification du socialisme à la campagne. » (Enver Hoxha, Rapport présenté à la conférence du Parti de Tirana sur l’analyse et les conclusions du XIe plénum  du CC du PTA (4 octobre 1948), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome I, p.348-349.)

 

« Les masses atteindront-elles ce but [de la révolution socialiste] par la violence ou par la voie pacifique et parlementaire ? Cette question était claire. Le camarade Khrouchtchev est venu l'embrouiller inutilement au XXe Congrès, pour la plus grande satisfaction des opportunistes. Pourquoi fallait-il parodier de la sorte les thèses sans équivoque de Lénine et de la Révolution socialiste d'Octobre ? Le Parti du Travail d'Albanie considère toujours les enseignements de Lénine à ce sujet comme parfaitement clairs et il leur est constamment resté fidèle. Jusqu'à présent, aucun peuple, aucun prolétariat, ni aucun parti communiste ou ouvrier ne s'est emparé du pouvoir sans violence et sans effusion de sang. Certains camarades s'écartent en fait de la réalité lorsqu'ils prétendent qu'ils ont pris le pouvoir sans effusion de sang. Ils oublient que la glorieuse Armée soviétique versait des flots de sang pour eux pendant la Seconde Guerre mondiale. Notre Parti estime qu'en cette matière nous devons nous préparer, et avec soin, pour les deux voies, mais surtout pour la prise du pouvoir par la violence : si nous sommes prêts à cette éventualité, nous renforçons nos chances de succès pour le cas où l'autre se présenterait. La bourgeoisie permet bien à chacun de discourir. Mais, à un moment donné, elle monte un coup de force fasciste et vous écrase, si l'on n'a préparé ni des cadres de choc assez fermes, ni le travail clandestin, ni les bases destinées aux luttes illégales, ni les moyens de combat. Nous devons prévenir cette tragique éventualité. » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.54.)

 

« En octobre de l'année en cours, le camarade Khrouchtchev a déclaré avec le plus grand sérieux aux camarades chinois : «Nous traiterons l'Albanie comme la Yougoslavie». Nous faisons part de ces déclarations à cette réunion du communisme international, afin de montrer jusqu'à quel point on a poussé les choses, de quelle manière on se comporte à l'égard d'un petit pays socialiste. Quel est le «crime» commis par le Parti du Travail d'Albanie pour que notre pays soit traité comme la Yougoslavie titiste ? Aurions-nous trahi le marxisme-léninisme, comme l’a fait la clique Tito ? Ou encore aurions-nous quitté le camp socialiste pour nous mettre à la remorque de l'impérialisme américain, comme s’y est mis le révisionnisme yougoslave ? Non, et tout le mouvement communiste international en témoigne. (…) Alors en quoi consiste notre faute ? Notre seul «crime» est de ne pas avoir accepté, à Bucarest, que soit injustement blâmé un parti communiste frère comme l'est le Parti communiste chinois ; notre seul «crime» est d'avoir ouvertement, dans une réunion communiste internationale (et non en le criant sur les toits), osé nous opposer à l'action injustifiée du camarade Khrouchtchev ; notre seul «crime» est d'être un petit parti, le parti d'un petit peuple, d'un peuple pauvre, qui, selon les conceptions du camarade Khrouchtchev, doit se contenter d'applaudir, d'approuver, mais ne pas exprimer son opinion. Or, cette conception n'est pas marxiste. Elle est inadmissible. Le droit de dire notre mot nous a été conféré par le marxisme-léninisme, et ce droit nul ne peut nous en priver, quelles que soient les pressions politiques ou économiques exercées sur nous, quelles que soient les menaces qu'on nous lance ou les épithètes dont on nous gratifie. » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.65-66.)

 

« L'expérience même a montré jusqu'à présent que le révisionnisme moderne a trouvé chez les révisionnistes yougoslaves, dans la clique traîtresse de Tito et Cie, ses porte-drapeau, ses représentants les plus agressifs et les plus dangereux. A l'époque où fut approuvée la Déclaration de Moscou, il existait déjà, à notre sens, des données et des faits suffisants pour justifier une dénonciation publique de ce groupe hostile, agent de l'impérialisme américain. Mais, en fait, il ne fut pas dénoncé publiquement. De surcroît, par la suite, lorsque le danger qu'il représentait apparut plus clairement, la lutte contre le révisionnisme yougoslave, la lutte conséquente et ininterrompue pour son démantèlement idéologique et politique, ne fut pas menée avec la vigueur nécessaire. Au contraire. Et ce fut là l'origine de bien des maux et des torts enregistrés dans notre mouvement communiste et ouvrier international. De l'avis de notre Parti, si le groupe de Tito n'a pas été totalement démasqué, si l'on a entretenu l'«espérance» mensongère de voir ces traîtres réaliser une prétendue «amélioration» et un «tournant» positif, c'est parce qu'ont joué dans ce sens la tendance conciliatrice, les conceptions erronées et le jugement faussé du camarade Khrouchtchev et de certains autres dirigeants soviétiques à l'égard du dangereux groupe révisionniste titiste. J.V. Staline, a-t-on dit, s'était trompé dans son jugement sur les révisionnistes yougoslaves, en exacerbant le conflit avec eux. Notre Parti n'a jamais été d'accord avec un tel point de vue : le temps et la pratique ont précisément démontré le contraire. Staline avait très justement apprécié le danger que représentaient les révisionnistes yougoslaves. Il a cherché à régler cette question en temps voulu et par la voie marxiste. Le Bureau d'Information se réunit à l'époque, en tant qu'organe collégial, et après que le groupe titiste eut été démasqué, il fut engagé contre lui une lutte sans merci. Le temps a démontré et ne cesse de démontrer que cette ligne était juste et qu'il était indispensable de l'appliquer. » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.69.)

 

« Pourquoi alors le «tournant» opéré par le camarade Khrouchtchev et le Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique en 1955 à l'égard des révisionnistes yougoslaves ne donna-t-il pas lieu à une consultation régulière avec les autres partis communistes et ouvriers, mais fut-il conçu et mis en application sans aucun délai et unilatéralement ? C'était là une question qui nous concernait tous. Ou bien les révisionnistes yougoslaves s'étaient dressés contre le marxisme-léninisme et les partis communistes et ouvriers du monde, ou bien ils ne l'avaient pas fait ; ou bien c'est eux qui avaient commis une faute, ou bien c'est nous qui avions commis une grave erreur à leur égard, — nous tous et pas seulement Staline. Et ce point, le camarade Khrouchtchev ne pouvait ni ne devait le résoudre seul, à sa guise. C'est pourtant ce qu'il fit et, lors de son voyage à Belgrade, il effectua un tournant dans ses rapports avec les révisionnistes yougoslaves. Cette initiative fit l'effet d'une bombe au Parti du Travail d'Albanie, qui s'y opposa immédiatement de façon catégorique. Avant le départ, en mai 1955, du camarade Khrouchtchev pour Belgrade, le Comité central du Parti du Travail d'Albanie avait adressé au Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique une lettre dans laquelle il exprimait l'opposition de notre Parti à ce voyage à Belgrade. Il soulignait que la question yougoslave ne pouvait être résolue unilatéralement, mais qu'elle devait être discutée par une réunion du Bureau d'Information, à laquelle le Parti du Travail d'Albanie demandait à être invité. C'est là que cette question aurait du être tranchée après un long débat, sérieux et prolongé. » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.71.)

 

« Mais dans son attitude inamicale, injuste et sans principes à l'égard de notre Parti et de sa direction, le camarade Khrouchtchev ne s'en tint pas là. Panajot Plaku, un autre agent yougoslave, traître au Parti du Travail d'Albanie et au peuple albanais, s'enfuit en Yougoslavie et se mit au service des Yougoslaves. Il organisait les émissions hostiles de la radio dite «l'Albanie socialiste». Ce traître écrivit au renégat Tito et au camarade Khrouchtchev, demandant notamment à ce dernier d'user de son autorité pour éliminer la direction albanaise, Enver Hoxha en tête, parce qu'elle serait «anti-marxiste, stalinienne». Le camarade Khrouchtchev, loin de s'indigner de la lettre de ce traître, estimait au contraire que celui-ci devait pouvoir rentrer en Albanie sans y être inquiété. A défaut, il serait accueilli comme exilé politique en Union soviétique. En entendant ces propos, nous avons cru voir les murs du Kremlin s'écrouler sur nous ; nous n'aurions jamais pu imaginer que le Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique en arriverait au point de soutenir les agents de Tito et les traîtres à notre Parti, contre notre Parti et notre peuple. Mais nos divergences de principe avec le camarade Khrouchtchev sur la question yougoslave atteignirent leur point culminant au cours des entretiens officiels d'avril 1957 entre nos deux délégations lorsque, devant notre insistance de principe à démasquer l'agence titiste de Belgrade, il s"indigna au point de nous lancer avec colère : «Arrêtons là nos discussions, nous ne pouvons pas nous entendre avec vous. Vous cherchez à nous ramener sur la voie de Staline !». » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.73-74.)

 

« L'affaire hongroise a été pour nous une précieuse leçon par ce qui s'y est passé, sur la scène comme dans les coulisses. Nous pensions que, après la contre-révolution hongroise, la trahison de Tito et de sa bande était plus qu'évidente. Or nous savons que de nombreux documents sont conservés dans les tiroirs et ne sont pas révélés, des documents qui démasquent l'activité barbare du groupe Tito dans l'affaire hongroise. Nous ne comprenons pas pourquoi l'on agit ainsi. Quels sont les intérêts que recèlent ces documents pour ne pas être rendus publics mais pour être conservés dans des classeurs ? On a recherché et découvert les moindres documents pour condamner après sa mort le camarade Staline et l'on cache au fond des classeurs les documents qui démasqueraient le vil traître qu'est Tito. Toutefois, même après la contre-révolution hongroise, la lutte politique et idéologique contre la bande titiste, au lieu d'aller crescendo, comme le requiert le marxisme-léninisme, s'est éteinte peu à peu, elle a évolué vers la réconciliation, les sourires, les contacts, les amabilités, pour aboutir presque à des embrassades. En fait, grâce à cette attitude opportuniste observée à leur égard, les titistes ont réussi à tirer parfaitement leur épingle du jeu. » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.75.)

 

« Le révisionnisme serait-il totalement démasqué comme le prétendent les camarades soviétiques ? Aucunement. Le révisionnisme a été et continue d'être le principal danger. Le révisionnisme yougoslave n'est pas liquidé et, par la manière dont on se comporte à son égard, on lui laisse un vaste champ d'action sous toutes les formes.

Et dans les autres partis n'y aurait-il aucun signe inquiétant de révisionnisme moderne ? Qui le nie ne fait que fermer les yeux devant ce péril. Il risque un beau matin d'avoir de mauvaises surprises. Nous sommes marxistes. Il nous faut analyser notre travail comme nous l'enseignait Lénine et comme il le faisait lui-même en pratique. Il ne redoutait pas les erreurs. Il les regardait en face et les corrigeait. C'est ainsi que s'est forgé le Parti bolchevik, c'est ainsi que se sont forgés nos partis également.

Que se passe-t-il au sein de nos partis ? Que se passe-t-il dans notre camp depuis le XXe Congrès ? Le camarade Souslov peut être très optimiste à cet égard. Cet optimisme, il l'a manifesté à la commission réunie au mois d'octobre dernier, quand il accusait le camarade Hysni Kapo, délégué du Parti du Travail d'Albanie, d'entretenir une vision pessimiste des événements. Nous, communistes albanais, n'avons pas été pessimistes même quand notre Parti et notre peuple traversaient les heures les plus sombres de leur histoire et nous ne le deviendrons jamais. Nous entendons rester toujours réalistes.

On parle beaucoup de notre unité. Elle est indispensable et nous devons tout mettre en œuvre pour la renforcer, pour la cimenter. Mais, en fait, sur beaucoup d'importantes questions de principe, cette unité n'existe pas.

Le Parti du Travail d'Albanie estime que les choses doivent être revues à la lumière d'une analyse marxiste-léniniste et que les erreurs doivent être corrigées. Prenons la question de la critique dirigée contre Staline et son œuvre. Notre Parti, en tant que parti marxiste-léniniste, est pleinement conscient que le culte de la personnalité est une manifestation étrangère au socialisme et néfaste pour nos partis et pour le mouvement communiste lui-même. Les partis marxistes ne doivent pas se borner à empêcher le développement du culte de la personnalité, parce qu'il freine l'activité des masses, nie leur rôle et s'oppose au développement de la vie même du parti et des lois qui la régissent. Ils doivent aussi lutter de toutes leurs forces pour extirper ce culte, dès qu'il commence à se manifester ou lorsqu'il est déjà apparu dans un pays. Dans cette optique, nous sommes pleinement d'accord sur le fait qu'il fallait critiquer le culte de la personnalité de Staline comme une manifestation néfaste dans la vie du Parti. A notre avis, le XXe Congrès — et en particulier le rapport «secret» du camarade Khrouchtchev, — n'a pas posé la question du camarade Staline de façon correcte et objective, dans un esprit marxiste-léniniste.

A cet égard, Staline a été gravement et injustement condamné par le camarade Khrouchtchev et le XXe Congrès. Le camarade Staline et son activité n'appartiennent pas seulement au Parti communiste de l'Union soviétique et au peuple soviétique, mais à nous tous. De même que le camarade Khrouchtchev a précisé à Bucarest que les divergences actuelles n'opposent pas le Parti communiste de l'Union soviétique et le Parti communiste chinois, mais le Parti communiste chinois et le communisme international, de même qu'il se complaît à dire que les décisions du XXe et du XXIe Congrès ont été adoptées par tous les partis communistes et ouvriers du monde, de même il aurait dû, montrant sa largeur de vues dans le même sens, faire juger les actes de Staline, en toute conscience, par les partis communistes et ouvriers du monde entier.

Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures en ces questions. Alors pourquoi le camarade Staline a-t-il été condamné au XXe Congrès sans que les autres partis communistes et ouvriers du monde entier aient été préalablement consultés ? Comment se fait-il que «l'anathème» ait été soudainement jeté sur Staline devant les partis communistes et ouvriers du monde entier et que bien des partis frères n'aient appris cette dénonciation que lorsque les impérialistes eurent donné la plus large diffusion au rapport «secret» du camarade Khrouchtchev ?

Le monde communiste et le monde progressiste se virent imposer par le camarade Khrouchtchev la condamnation du camarade Staline. Que pouvaient bien faire nos partis dans ces conditions, quand, subitement, usant de la grande autorité de l'Union soviétique, on leur imposait ainsi, en bloc, une pareille question ?

Le Parti du Travail d'Albanie se trouva devant un grand dilemme. Il n'était pas, comme il ne le sera du reste jamais, persuadé du bien-fondé de la condamnation du camarade Staline, de la méthode et des formes utilisées parle camarade Khrouchtchev. Mais si notre Parti souscrivit globalement aux formulations du XXe Congrès sur cette question, il ne s'en tint pas strictement aux limitations fixées par ce congrès, il ne s'inclina pas devant les menées de chantage et d'intimidation dirigées du dehors contre notre pays.

Sur la question de Staline, le Parti du Travail d'Albanie se montrait réaliste, il se montrait juste et reconnaissant à l'égard de ce glorieux marxiste, que, de son vivant, personne de nous n'eut la «bravoure» de critiquer et qu'on couvre de boue après sa mort. Il s'est ainsi créé une situation intolérable, où l'on voit nier le rôle dirigeant de Staline dans toute une époque glorieuse de l'histoire de l'Union soviétique, la glorieuse époque qui vit bâtir le premier Etat socialiste au monde, qui vit l'Union soviétique se renforcer, venir victorieusement à bout des complots impérialistes, écraser les trotskistes, les boukhariniens, les koulaks en tant que classe, mettre triomphalement sur pied son industrie lourde et collectiviser son agriculture ; bref, la période où l'Union soviétique devint une puissance colossale, édifia avec succès le socialisme et, durant la Seconde Guerre mondiale, se battit avec un héroïsme légendaire, écrasa le fascisme, et où fut créé le puissant camp socialiste, etc.

Le Parti du Travail d'Albanie estime qu'il n'est ni juste, ni naturel, ni marxiste, que, de toute cette époque, soient effacés le nom et la grande œuvre de Staline, comme ils le sont à présent. L'œuvre féconde et immortelle de Staline, il nous incombe à nous tous de la sauvegarder ; qui ne la défend pas est un opportuniste et un lâche.

Le camarade Staline, par son rôle personnel et en tant que dirigeant du Parti communiste bolchevik, fut également le guide le plus éminent du communisme international après la mort de Lénine ; il exerça une influence très positive, avec une grande autorité, sur la consolidation et le développement des conquêtes du communisme dans le monde entier. Toutes les œuvres théoriques du camarade Staline sont un ardent témoignage de sa fidélité à son maître génial, le grand Lénine, et au léninisme.

Staline lutta pour les droits de la classe ouvrière et des travailleurs dans le monde entier, il lutta avec un grand esprit de suite jusqu'au bout pour la liberté des peuples de nos pays de démocratie populaire.

Ne fût-ce que sous ces aspects, Staline appartient au monde communiste tout entier et pas seulement aux communistes soviétiques, il appartient à tous les travailleurs du monde et pas seulement aux travailleurs soviétiques.

Si le camarade Khrouchtchev et les camarades soviétiques avaient regardé cette question dans cet esprit, les grandes erreurs commises auraient été évitées. Mais ils ont considéré la question de Staline superficiellement, uniquement du point de vue intérieur de l'Union soviétique. De l'avis du Parti du Travail d'Albanie, ils ont, même dans cette perspective, jugé la question de Staline sous un seul de ses aspects, ils n'ont vu que ses erreurs, ont presque totalement ignoré son immense activité, sa grande contribution au renforcement de l'Union soviétique, à la consolidation du Parti communiste de l'Union soviétique, à la mise sur pied de l'économie, de l'industrie soviétiques, de l'agriculture kolkhozienne, à la conduite du peuple soviétique dans la grande lutte victorieuse contre le fascisme allemand.

Staline a-t-il commis des erreurs ? Il était inévitable qu'une si longue période, remplie d'actes héroïques, de combats, de victoires, comportât aussi des erreurs, non seulement celles de Joseph Staline personnellement, mais aussi celles de la direction en tant qu'organe collectif. Est-il un parti ou un dirigeant qui estime avoir été infaillible dans son travail ? Lorsque des critiques sont soulevées à l'égard de la direction soviétique actuelle, les camarades soviétiques nous conseillent de regarder en avant, de ne pas revenir sur le passé et de mettre un terme à la polémique, mais lorsqu'il s'agit de Staline, non seulement ils ne regardent pas en avant, mais ils reviennent en arrière, pour ne fouiller que dans les faiblesses de l'œuvre de Staline.

Le culte de la personnalité de Staline devait, certes, être surmonté. Mais peut-on dire, comme on l'a dit, que Staline était lui-même l'artisan de ce culte ? Le culte de la personnalité doit assurément être réprouvé, mais pour cela était-il nécessaire et juste que quiconque mentionne le nom de Staline soit immédiatement montré du doigt, que quiconque cite Staline soit regardé de travers ? Certains firent assaut de zèle pour briser les statues de Staline et changer le nom des villes qui portaient le sien. A Bucarest, le camarade Khrouchtchev dit aux camarades chinois : «Vous vous accrochez à un cheval mort». «Si vous en avez envie, vous pouvez même venir prendre ses restes». Et ces propos étaient tenus à l'adresse de Staline. Est-il besoin d'en dire plus long ?

Le Parti du Travail d'Albanie déclare solennellement qu'il est opposé à ces actes et à ces jugements sur l'œuvre et la personne de Joseph Staline.

Mais pourquoi, camarades soviétiques, ces questions ont-elles été posées de cette manière et sous ces formes faussées, alors qu'il était possible de montrer dans la juste voie les erreurs de Staline et celles de la direction, de les corriger sans susciter pour autant un tel choc au cœur des communistes du monde entier, que seuls leur sens de la discipline et l'autorité de l'Union soviétique retinrent d'élever vigoureusement leur voix ?

Le camarade Mikoyan nous a dit que nous n'osions pas critiquer le camarade Staline de son vivant, car il nous aurait supprimés. Nous sommes certains que le camarade Khrouchtchev ne nous fera rien de tel si nous lui adressons de justes critiques.

Le XXe Congrès fut suivi d'une série de faits importants. Ce furent d'abord les événements que l'on sait en Pologne, puis la contre-révolution en Hongrie, ensuite le système soviétique commença à être mis en cause, de nombreux partis communistes et ouvriers furent en proie au désarroi, et finalement voici cette dernière secousse.

Nous demandons qu'on éclairasse pourquoi ces choses-là se sont produites au sein du mouvement communiste international, au sein de notre camp après le XXe Congrès. Serait-ce parce que la direction du Parti du Travail d'Albanie est soi-disant sectaire, dogmatique et pessimiste ?

Un tel état de choses doit nous préoccuper à l'extrême; nous devons déceler l'origine de la maladie et la guérir. Assurément, on ne peut la guérir ni en tapotant l'épaule du renégat Tito, ni en affirmant dans la déclaration que le révisionnisme moderne est définitivement liquidé, comme le prétendent les camarades soviétiques. » (Enver Hoxha, Discours prononcé au nom du C.C. du P.T.A. à la conférence des 81 partis communistes et ouvriers à Moscou (16 novembre 1960), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.78-81.)

 

« L'expérience de l'édification du socialisme dans une série de pays socialistes a prouvé le bien-fondé de la théorie marxiste-léniniste sur l'existence d'un certain nombre de lois générales, infailliblement applicables à tout pays qui s'engage dans la voie du développement socialiste. Notre pays et chaque pays socialiste ont obtenu leurs succès précisément grâce à la correcte application de ces lois générales de l'édification socialiste, en tenant compte de leurs conditions concrètes et de leurs particularités historiques, ainsi que des intérêts du socialisme en général.

Les révisionnistes du marxisme déforment ou nient ces lois. L'Etat socialiste, selon eux, devrait renoncer à ses fonctions économiques et d'organisation, sans quoi il s'y développe des tendances «bureaucratiques», l'Etat se transforme en une force «au-dessus de la société», etc. Pour y parer, ils préconisent la décentralisation de la gestion de l'économie, «l'autogestion des producteurs». En prônant l'affaiblissement continu du rôle économique de l'Etat socialiste, les révisionnistes se dressent contre le principe très important de l'édification socialiste et de l'organisation étatique socialiste — le principe du centralisme démocratique — et cherchent à le remplacer par le développement libre et indépendant des forces économiques, c'est-à-dire par la spontanéité petite-bourgeoise, qui laisse le champ libre à l'anarchie de la production.

La vie, la pratique ont réfuté toutes ces conceptions des révisionnistes actuels, qui servent seulement les ennemis de classe, nuisent gravement à la cause de l'édification du socialisme et créent le danger de restauration du capitalisme. Notre Parti, s'en tenant scrupuleusement aux enseignements du marxisme-léninisme sur la construction du socialisme, a combattu et combattra résolument toutes ces conceptions. » (Enver Hoxha, Rapport d’activité du Comité Central du Parti du Travail d’Albanie présenté au IVe Congrès du P.T.A. (13 février 1961), Œuvres Choisies, Edition numérique, Tome III, p.134.)

 

« Voici quelques jours a pris fin la visite de Khrouchtchev en Yougoslavie. L'appareil de propagande des révisionnistes et la presse occidentale ont été unanimes à souligner de leur mieux «la portée politique internationale» de cette visite. Il est désormais clair pour tout le monde que contrairement à ce qu'on a dit au début, ce n'est pas pour des vacances que Khrouchtchev s'est rendu en Yougoslavie. Il y est allé pour achever le processus de la réhabilitation complète de la clique Tito, pour s'unir ouvertement à cette bande de traîtres depuis longtemps condamnée par tous les partis communistes et ouvriers, pour ourdir de nouveaux complots au détriment du camp socialiste, du mouvement communiste international et de la paix, et pour faire un nouveau pas vers le rapprochement avec l'impérialisme américain.

Ces objectifs de la visite de Khrouchtchev ressortent immédiatement des déclarations ronflantes et sans retenue, qu'il a faites notamment sur «l'édification heureuse du socialisme en Yougoslavie», sur «la juste ligne marxiste-léniniste et les mérites éminents de la direction yougoslave actuelle», avec à sa tête «l'ami et le camarade Tito», sur la contribution de la clique Tito «au développement des principes de la coexistence pacifique», «au renforcement de la communauté socialiste mondiale», «au renforcement de l'unité du mouvement communiste et ouvrier», «au développement créateur du marxisme-léninisme», sur l'apport des dirigeants yougoslaves «au renforcement du front anti-impérialiste», sur «les avantages de la voie yougoslave vers le socialisme», et surtout sur «l'autogestion ouvrière», qui mériterait soi-disant une attention et une étude particulières afin de pouvoir être assimilée par les autres pays socialistes, ainsi que sur «le grand rôle que doit jouer la Yougoslavie dans les Balkans».

De son côté, Tito a souligné que certaines différences qui subsistent encore dans les points de vue, sont en train de s'amenuiser devant le grand but commun ; il a exprimé sa satisfaction pour la haute appréciation que Khrouchtchev a faite de son activité, de sa lutte pour le «socialisme», de la diffusion des idées et de l'esprit «communistes» en Yougoslavie, pour les attaques que Khrouchtchev a entreprises contre le mouvement communiste, contre le Parti communiste chinois, contre le Parti du Travail d'Albanie et les autres partis marxistes-léninistes.

La première conclusion principale à tirer de la visite de Khrouchtchev en Yougoslavie, c'est que le groupe révisionniste de Moscou, en réhabilitant complètement la clique Tito et en se joignant à elle, s'est enfoncé encore plus profondément dans le camp des ennemis du marxisme-léninisme, du socialisme et de la paix, dans le bourbier de la trahison.

Dans le discours qu'il a prononcé à Split le 24 août. Khrouchtchev a déclaré : «Nous constatons avec satisfaction que, sur la plupart des problèmes internationaux, les points de vue de l'U.R.S.S. et de la Yougoslavie sont similaires... L'unité de pensée et d'action de l'U.R.S.S. et de la Yougoslavie sur le plan international est un facteur très important de la politique mondiale. Cette unité contribue au développement des principes de la coexistence pacifique dans les rapports entre tous les États.» Par ces déclarations et beaucoup d'autres du même genre, Khrouchtchev ne se borne pas à exprimer son entière unité de vues avec Tito sur les questions de politique extérieure, il fait même de celui-ci son associé à part entière dans la direction de la politique mondiale. Mais quel rôle Khrouchtchev a-t-il assigné à ses autres partenaires ? Apparemment ils doivent suivre aveuglément, comme des fantoches, «l'étoile yougoslave» qui guide la caravane révisionniste.

Dans le domaine idéologique, Khrouchtchev lui-même a avoué à plusieurs reprises qu'une totale unité de vues avait été réalisée sur les questions fondamentales. «Pour nous, communistes soviétiques, a-t-il souligné, il ne saurait y avoir de contradictions fondamentales avec les communistes yougoslaves.» Par ailleurs, le 28 août, à Brioni, il déclarait aux journalistes étrangers : «Nous avons les mêmes idées et nous nous guidons sur la même théorie.»

On ne peut nier l'évidence. Désormais il est clair pour tout le monde, sans qu'il soit besoin de ces confirmations publiques, que Tito comme Khrouchtchev s'inspirent des mêmes idées profondément révisionnistes qui ont toujours animé les renégats du marxisme-léninisme et que, dans leur activité pratique scissionniste et antimarxiste, ils se guident sur les mêmes buts : l'extinction de l'esprit révolutionnaire dans le mouvement communiste international, l'enterrement du marxisme-léninisme, la liquidation du socialisme et la restauration de la domination de l'impérialisme. » (Enver Hoxha, Khrouchtchev à genoux devant Tito (13 septembre 1963), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.222-223.)

 

« Si, par leurs propos, les socialistes de droite cherchent encore à passer pour de vrais socialistes afin de tromper les ouvriers, par leurs actes, ils se sont transformés en dévoués défenseurs du régime capitaliste. Qu'ils soient dans l'opposition, à la tête des gouvernements bourgeois ou simples membres de ceux-ci, les chefs de file de la social-démocratie, par leurs vues et leurs actes, contribuent au maintien et à la consolidation du régime bourgeois. Toute la démagogie socialiste de la social-démocratie moderne a été balayée par l'expérience. Les socialistes ont été plus d'une fois à la tête du gouvernement bourgeois ; ce fut le cas en Angleterre, en France et ailleurs. Aujourd'hui encore, ils sont à la tête des gouvernements de nombreux pays capitalistes ou font partie de ces gouvernements. Et qu'ont-ils fait pour les travailleurs, pour le socialisme ? Rien, sinon qu'ils ont appliqué les recommandations de Léon Blum selon lesquelles les socialistes au pouvoir doivent être les «gérants loyaux de la société capitaliste».

Arrêtons-nous ne serait-ce que brièvement sur l'activité du Parti socialiste français et de son leader Guy Mollet qui plus d'une fois a fait partie du gouvernement français, qui l'a même présidé et que les révisionnistes présentent maintenant comme un élément de gauche, avec qui ils engagent même des conversations cordiales. Les socialistes français, lorsqu'ils étaient à la tête du gouvernement, ont lâché les chiens contre les ouvriers grévistes, ils ont encouragé la sale guerre d'Indochine, ils ont réprimé les peuples des autres colonies, développé et intensifié la guerre contre le peuple algérien, approuvé le Pacte de l'Atlantique Nord et le réarmement de l'Allemagne occidentale. Le gouvernement de Guy Mollet a signé l'accord sur le «Marché commun» et l’«Euratom», il a été un des organisateurs de l'agression militaire contre l'Égypte ; la trahison de Guy Mollet a frayé la voie à l'instauration en France du pouvoir personnel etc., etc. Évoquant l'activité du gouvernement Guy Mollet, l'hebdomadaire travailliste «Tribune» lui-même écrivait au début de 1957 que «Mollet fait honte tant à la France qu'au socialisme».

Tel est le véritable visage de traître de la social-démocratie moderne. Ce n'est pas pour rien que beaucoup de représentants de la bourgeoisie ont mis l'accent sur le rôle important des partis sociaux-démocrates dans la répression du mouvement révolutionnaire des travailleurs et la défense du régime capitaliste, et ils en ont fait l'éloge. C'est ainsi par exemple que T. Junilla, directeur d'une banque capitaliste en Finlande, a déclaré : «Dans la lutte des communistes pour se gagner l'esprit et l'âme des ouvriers industriels, seuls les sociaux-démocrates peuvent servir de puissant rempart contre eux. Si la social-démocratie perd la bataille, cela pourrait fort bien être la fin de la démocratie en Finlande. Voilà pourquoi, tout en étant un conservateur bourgeois, je suis obligé d'admettre qu'il nous faut un parti social-démocrate uni, combattant et qui soutienne fermement la démocratie nordique.» De même le journal bourgeois anglais «Financial Times» écrivait le 28 juin 1963 que «... les industriels ont moins peur des travaillistes, certains d'entre eux sont même d'avis que le gouvernement travailliste ouvrirait de meilleures perspectives de développement que les tories...»

C'est précisément parce que les sociaux-démocrates sont l'officine de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, qu'il a toujours été clair pour les marxistes-léninistes, que sans un ferme combat pour démasquer et défaire, idéologiquement et politiquement, la social-démocratie, la classe ouvrière ne peut pas mener sa lutte avec succès ni la conduire jusqu'à la victoire.

«C'est un fait que les «partis ouvriers bourgeois», en tant que phénomène politique — a écrit V.I. Lénine — se sont déjà constitués dans tous les pays capitalistes avancés, et que sans une lutte décisive et implacable, sur toute la ligne, contre ces partis ou, ce qui revient au même, contre ces groupes, ces tendances, etc., il ne saurait être question ni de lutte contre l'impérialisme, ni de marxisme, ni de mouvement ouvrier socialiste.» (V. I. Lénine, Œuvres, éd. alb. t. 23, p. 138.)

Et J. V. Staline en tant que révolutionnaire et marxiste conséquent, a souligné :

«Le social-démocratisme d'aujourd'hui est l'appui idéologique du capitalisme. Lénine avait mille fois raison quand il disait que les politiciens social-démocrates de nos jours sont «les véritables agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, les commis ouvriers de la classe des capitalistes» ; que dans la «guerre civile entre le prolétariat et la bourgeoisie», ils se rangeront inévitablement «du côté des Versaillais contre les communards».

«Il est impossible d'en finir avec le capitalisme sans en avoir fini avec le social-démocratisme dans le mouvement ouvrier. C'est pourquoi l'ère de l'agonie du capitalisme est en même temps celle de l'agonie du social-démocratisme dans le mouvement ouvrier.» (J. V. Staline, Œuvres, éd, alb., t. 10, p. 242.)

De même, la Déclaration de Moscou de 1960, soulignant que «les chefs de file sociaux-démocrates de droite sont ouvertement passés sur les positions de l'impérialisme, défendent le système capitaliste, divisent la classe ouvrière» et qu'ils sont les «ennemis du communisme», demande aux communistes de poursuivre le combat pour les démasquer.

Or les révisionnistes modernes, le groupe de N. Khrouchtchev en tête, en renégats et ennemis du marxisme qu'ils sont, agissent en opposition complète avec les enseignements de Lénine et de Staline, avec les recommandations de la Déclaration de Moscou : ils suivent la voie de l'union et de la fusion avec les chefs de file sociaux-démocrates de droite. Et cela nullement par hasard : la social-démocratie moderne et les révisionnistes modernes ont de nombreux points communs, ils avancent dans une même direction et vers le même but contre-révolutionnaire. » (Enver Hoxha, Les révisionnistes modernes sur la voie de la dégénérescence social-démocrate et de la fusion avec la social-démocratie (7 avril 1964.), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.244-245.)

 

« Rejetant le marxisme-léninisme, les sociaux-démocrates affirment que l'«on ne peut pas résoudre les problèmes de l'heure avec de vieilles conceptions». Suivant leurs traces, les révisionnistes spéculent sur les nouvelles conditions et les nouveaux phénomènes et, sous les masques de la lutte contre le «dogmatisme» et pour le «développement créateur du marxisme», disent qu'à présent il faut considérer beaucoup de choses de façon critique ; selon eux ce qui était vrai il y a 30 ans ne peut plus l'être à présent, les armes atomiques et le danger de la guerre thermonucléaire ont rendu indispensable la révision de nos vues et de nos positions sur de nombreuses questions de stratégie et de tactique ; toujours selon eux, celui qui s'en tient aux thèses fondamentales de Marx et Lénine dans les années 60 du XXe siècle est un dogmatique qui ne tient pas compte des grandes mutations réalisées dans le monde, celui qui se réfère aux ouvrages des classiques du marxisme-léninisme, pour analyser et expliquer le processus historique actuel souffre d'une «manie des citations», etc. Donc, pour les révisionnistes aussi, le marxisme-léninisme n'est plus actuel, il ne répond plus aux conditions nouvelles, il doit être «enrichi» de nouvelles idées et conclusions. Comme tous les opportunistes et réformistes, anciens et nouveaux, les révisionnistes, eux aussi, dépouillent le marxisme de son esprit critique et révolutionnaire, et de cette arme aux mains de la classe ouvrière contre la bourgeoisie ils cherchent à faire une arme de la bourgeoisie contre la classe ouvrière.

«Non pas la lutte de classes, mais la solidarité et l'harmonie de tous ceux qui ont le sens de la responsabilité du sort de la société» — voilà la force motrice de la société moderne, disent les sociaux-démocrates. Et les révisionnistes ont mis une croix sur la lutte de classes pour la remplacer par l'idée de la réconciliation des classes au nom «du maintien de la paix» dans le monde, ils ont renoncé à cette lutte au nom du «salut du monde face au danger de la guerre thermo-nucléaire» et au lieu de la lutte de classes ils prêchent la «coexistence pacifique» comme unique moyen de régler tous les problèmes vitaux qui se posent à la société humaine. «La paix par tous les moyens et à tout prix, la paix avec tous et par-dessus tout», «l'amour chrétien du prochain», «l'humanisme abstrait au-dessus des classes» — voici les idées que les révisionnistes modernes propagent à tout vent. Au nom de cet idéal, les révisionnistes s'unissent à présent aux ennemis de classe, à l'impérialisme et aux réactionnaires des divers pays, à leurs agents et à leurs valets — les chefs de file sociaux-démocrates de droite et la clique titiste, et d'autre part ils combattent furieusement tous ceux qui sont dévoués aux intérêts de la classe ouvrière et à son idéologie marxiste-léniniste — les partis communistes et tous les communistes révolutionnaires.

Les sociaux-démocrates ont depuis longtemps renoncé à la révolution et ils préconisent le passage au socialisme à travers des réformes dans le cadre du régime bourgeois, de la démocratie et de la légalité bourgeoises. Suivant leurs traces, les révisionnistes ont eux aussi abandonné la voie révolutionnaire et ils déclarent que le chemin vers le socialisme est passé par une démocratie toujours plus vaste, par le respect et l'application des constitutions bourgeoises, par les «réformes de structure». Comme les sociaux-démocrates, les révisionnistes également identifient la lutte pour la démocratie avec la lutte pour le socialisme, ils limitent la lutte pour le socialisme à la lutte pour la démocratie. Déterrant les théories de Kautsky et de Bernstein, ils se prononcent seulement pour la voie «pacifique» et «parlementaire». Ils présentent cette voie comme un principe stratégique mondial et concentrent tous leurs efforts sur la lutte électorale afin de gagner la majorité dans les parlements bourgeois.

Les sociaux-démocrates considèrent l'Etat capitaliste comme un Etat au-dessus des classes, qui traduit et défend les intérêts de la société en général, ils sont contre la destruction du vieil appareil d'Etat bourgeois, contre la dictature du prolétariat, qui, selon eux, est la négation de la démocratie, un pouvoir totalitaire, etc. Et les révisionnistes propagent l'illusion que l'Etat capitaliste peut changer son caractère de classe, qu'il peut devenir un Etat exprimant non seulement les intérêts de la bourgeoisie, mais encore ceux du prolétariat et des masses travailleuses ; ils disent que la thèse de Lénine sur la nécessité de détruire l'appareil d'Etat bourgeois doit être corrigée, que la dictature du prolétariat est une idée surannée ou qui en fin de compte ne convient que pour les pays retardataires, qu'elle peut non seulement prendre diverses formes mais encore un contenu tout à fait différent. Comme les sociaux-démocrates, les révisionnistes eux aussi calomnient la dictature du prolétariat, en cherchant à faire croire que la période de sa domination est une période de terreur et d'arbitraire massif, une période de violation brutale de la légalité et de la démocratie socialiste etc. » (Enver Hoxha, Les révisionnistes modernes sur la voie de la dégénérescence social-démocrate et de la fusion avec la social-démocratie (7 avril 1964.), Œuvres Choisies, Edition numérique, Tome III, p.246-247.)

 

« Sous le masque de la lutte contre le «culte de la personnalité et ses conséquences», [N. Khrouchtchev et son groupe] ont liquidé les cadres marxistes-léninistes sains et ont réhabilité les traîtres et les ennemis du socialisme, morts ou vivants. Ils ont ouvert la porte à une large et facile pénétration de l'idéologie bourgeoise dans les pays socialistes, de toutes les tendances et manifestations étrangères au socialisme dans les arts, les lettres et toute la vie du pays au nom de la «liberté de pensée» et d'un «humanisme» abstrait et au-dessus des classes. Ce socialisme «libéral» et «humaniste» des révisionnistes modernes se rapproche toujours plus du prétendu «socialisme démocratique» que professent les chefs de file sociaux-démocrates modernes.

Ainsi tous ces éléments montrent clairement que les révisionnistes modernes suivent la voie de la trahison de la social-démocratie. Les leaders socialistes voient cela d'un bon œil et ils ont exprimé ouvertement leur approbation, leur joie et leurs espoirs à propos de la ligne de trahison du groupe de N. Khrouchtchev et de ses adeptes. Voici quelques-unes de leurs déclarations :

Dans son discours à la dernière session de l'Assemblée générale des Nations unies, P. H. Spaak déclarait que «Khrouchtchev cherche à faire l'expérience de la coexistence pacifique et l'Occident ne doit pas rendre cette expérience plus difficile. Ce serait une erreur terrible et impardonnable que de le décourager. Désormais, la future ligne de démarcation ne sera plus entre communistes et non communistes, entre colonisés et colonisateurs, entre idéologies et races. Nous sommes les témoins du combat que se livrent ceux qui attendent le moment opportun et les doctrinaires inhumains, d'une part, et ceux qui ont eu foi dans le progrès et qui n'ont jamais cessé d'espérer, d'autre part. Ne laissons pas échapper cette grande occasion.» Le chef du Parti travailliste anglais H. Wilson, dans son interview du 24 février 1964, a mis en évidence qu'il était le premier homme politique d'Occident à se rendre en Russie après la mort de Staline et, à son retour de Russie il a rapporté à W. Churchill, alors premier ministre, qu'«un grand changement s'effectue dans la politique soviétique» et «que cela est d'une grande importance pour les rapports entre l'Est et l'Ouest». Il a parfaitement raison de se vanter de ses prévisions clairvoyantes, devenues aujourd'hui une réalité.

Gérard Jaquet, directeur du journal du Parti socialiste français, a déclaré, avant de se rendre avec la délégation socialiste à Moscou pour y entamer des pourparlers avec N. Khrouchtchev et d'autres dirigeants soviétiques : «Nous avons renoncé depuis longtemps à la polémique avec l'Union soviétique et nous admettons que ce pays se trouve en pleine évolution... Les problèmes qui se posent sont ceux de la démocratie et de sa garantie, du parti unique, du rôle du parti socialiste dans la société socialiste, du caractère du régime socialiste et de sa structure. La position prise par le P.C.U.S. dans les divergences entre Moscou et Pékin apporte un éclaircissement positif sur la position de ce parti envers le dogmatisme et le sectarisme politique.»

Le secrétaire général du Parti socialiste français Guy Mollet, de retour à Paris après les entretiens qu'il a eus avec N. Khrouchtchev, a déclaré s'être convaincu «qu'en Union soviétique, se produit une évolution positive» qui, selon ses termes, se résume dans les points suivants : «reconnaissance de la diversité des voies pour l'édification du socialisme», «fin de la dictature du prolétariat», «évolution intérieure», etc. Dans l'interview accordée au journal «Unità» (22 février 1984) Guy Mollet déclarait par ailleurs : «Je suis convaincu que le monde communiste est en cours de transformation.»

Ces déclarations des chefs de file sociaux-démocrates correspondent à celles des chefs de file de l'impérialisme et de leurs porte-parole, qui soutiennent eux aussi la ligne révisionniste de N. Khrouchtchev et considèrent celui-ci comme «le meilleur ami de l'Occident à Moscou», qui affirment que «le Premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev a le comportement d'un politicien américain» et déclarent que des personnalités officielles au Département d'Etat sont d'avis que «jusqu'à un certain point les États-unis doivent faciliter la tâche à Khrouchtchev», etc. » (Enver Hoxha, Les révisionnistes modernes sur la voie de la dégénérescence social-démocrate et de la fusion avec la social-démocratie (7 avril 1964.), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.247-248.)

 

« La liquidation politique de la personne de Khrouchtchev, bien qu'il ait été le chef du révisionnisme moderne, ne veut pas dire que sa ligne politique, idéologique, économique et organisationnelle, qui a causé tant de maux à l'Union soviétique, au marxisme-léninisme, au camp socialiste et au mouvement communiste et ouvrier, à la cause de la révolution, de la liberté et de l'indépendance des peuples et à la cause de la paix, ait été liquidée. L'exclusion de Khrouchtchev de la direction du Parti et de l'Etat soviétiques ne signifie pas la mort du révisionnisme khrouchtchévien, elle ne liquide pas son idéologie et sa politique, exprimées dans la ligne des XXe et XXIIe Congrès du P.C.U.S. Cette ligne a des racines profondes et pour en conjurer le danger, pour supprimer toute possibilité qu'elle ne se renouvelle, il faut extirper le révisionnisme. C'est l'unique remède. » (Enver Hoxha, La chute de Khrouchtchev n’a pas entraîné la disparition du révisionnisme khrouchtchévien (1er novembre 1964), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.304.)

 

« Pourquoi les camarades chinois, qui, en paroles, paraissent être la «patience» incarnée (ils avaient fixé 20 ans pour la chute de Khrouchtchev et en ont fixé 300 pour le triomphe du socialisme en Chine) n'ont pas même attendu un mois que les «camarades soviétiques» disent au moins deux mots de Khrouchtchev et deux mots de leur ligne ? Pourquoi cette impatience à s'embrasser avec les Soviétiques ?! Pourquoi une si grande hâte et un si grand zèle pour aller à Moscou «aider les camarades soviétiques et le peuple soviétique» ?!

Quelques mois avant la chute de Khrouchtchev, et au point culminant de notre lutte contre celui-ci, les camarades chinois ont envoyé un télégramme au «cher camarade Khrouchtchev» et lui ont souhaité «longue vie». «Cela, ont-ils dit, nous l'avons fait au nom de notre amitié pour les peuples soviétiques, du renforcement de cette amitié.» Jolie manière de raffermir l'amitié que de souhaiter longue vie à celui qui a creusé la tombe des peuples soviétiques !!

Aujourd'hui les camarades chinois s'empressent de se rendre à Moscou. Pourquoi ? Pour aider les «chers camarades» révisionnistes, les plus étroits collaborateurs du traître, et «à travers eux aider les forces révolutionnaires en Union soviétique», etc., etc. Étranges conceptions !!!

Pour nous, marxistes, ces raisonnements ne tiennent pas debout. Derrière cela se cachent d'autres buts, des buts malsains, non marxistes.

Ce n'est pas nous qui renversons les dirigeants soviétiques, c'est leur parti et leur peuple qui peuvent le faire ou ne pas le faire. Nos prises de position justes et militantes doivent aider les révolutionnaires soviétiques à adopter de justes décisions.

La question se pose : Est-ce que, en aidant avec tant de zèle les révisionnistes, on aide les révolutionnaires soviétiques ?! Se comporter ainsi, c'est ne pas être révolutionnaire. Ou encore, est-ce un geste révolutionnaire, au moment où les ennemis de la révolution subissent une grave défaite, à un moment donc favorable pour la révolution, que de se hâter d'aller tendre la main aux contre-révolutionnaires pour les aider, alors que non seulement ils ne donnent aucun signe d'amendement, mais au contraire déclarent haut et clair qu'ils poursuivront dans la voie de trahison des XXe et XXIIe Congrès ?! Non, c'est une attitude contre-révolutionnaire, anti-marxiste, révisionniste.

En fin de compte, on ne vous demande pas, camarades chinois, de vous lancer dans de «grandes attaques», car ces attaques polémiques, vous les avez cessées depuis longtemps, mais ne pouviez-vous pas patienter au moins quelques mois pour voir ce que feraient ces «camarades soviétiques» ?!

N'aurait-il pas été juste, légitime et honorable pour votre parti et votre Etat que ce soient les ennemis vaincus qui demandent à venir à vous, qu'ils soient contraints de le faire ? Tout cela est élémentaire.

Pourquoi vous montrez-vous généreux jusqu'à l'opportunisme envers les ennemis, justement maintenant, alors qu'hier encore vous demandiez à l'Union soviétique même «les terres qu'elle vous avait enlevées», et aussi «la Mongolie qu'elle avait arrachée à la Chine», vous donniez raison aux Roumains dans leurs «revendications sur la Bukovine», etc., en disant que «Staline a commis des erreurs sur les frontières», et vous faisiez tout cela, allant même jusqu'à vous réconcilier avec les Roumains, les Polonais, les Allemands et autres révisionnistes du même genre, pour faire pression sur l'Union soviétique et pour l'isoler ? Que sont ces attitudes ? Comment en changez-vous si vite en quelques mois ? Pourquoi vous êtes-vous emportés quand nous vous avons critiqués amicalement pour ces prises de position erronées ? Votre animosité contre nous, parce que nous vous avions dit la vérité, demeure, alors que vos attitudes injustifiées vers «la gauche», vos attitudes sectaires, voire même hostiles à l'égard de l'Union soviétique, ont complètement dévié vers la droite, et vous les qualifiez de marxistes, en même temps que vous nous gardez rancune parce que nous vous disons : «Discutons et ne vous précipitez pas.»

De toute évidence, les camarades chinois sont dans l'erreur, ils n'ont pas une ligne stable ; on y observe des flottements, tant vers la droite que vers la gauche, et leur politique non plus ne peut avoir une stabilité de principe, marxiste-léniniste. » (Enver Hoxha, Les chinois cherchent à nous imposer leurs vues (3 novembre 1964), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.306-307.)

 

« Le «testament» de Togliatti fait apparaître qu'à présent dans le camp révisionniste sont en train de se cristalliser au moins deux lignes tactiques différentes pour la lutte contre le marxisme-léninisme : la ligne monocentriste du groupe Khrouchtchev et la ligne polycentriste de Togliatti. Ces divergences entre les khrouchtchéviens et consorts, d'une part, et les togliattiens et leurs tenants, d'autre part, ne datent pas d'aujourd'hui ; elles ont surgi au grand jour au lendemain du XXe Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique. Le XXe Congrès fut approuvé unanimement par tous les révisionnistes. Mais alors que certains d'entre eux le jugèrent «complet» et «suffisant» pour l'époque, les togliattiens, eux, se posèrent en révisionnistes «plus radicaux», ils voulurent et demandèrent que l’«analyse» fût poussée «plus à fond». De leur côté, les révisionnistes khrouchtchéviens, à des fins de propagande et de démagogie et par crainte d'une scission immédiate et profonde dans le mouvement communiste international, ont agi avec plus de mesure, ils se sont efforcés, sans toutefois réussir à les persuader, de calmer les togliattiens, qui, sans faire de la question un «conflit», ont développé leurs points de vue de droite, naturellement tout en soutenant et en approuvant le XXe Congrès et, plus tard, le XXIIe Congrès du P.C.U.S. Ce «silence» relatif des révisionnistes italiens, ou, en quelque sorte leur ralliement à l'«euphorie» générale des révisionnistes, s'inspirait aussi de leur dessein de consolider au préalable les positions révisionnistes dans les rangs du mouvement communiste international, de lui faire d'abord avaler la «pilule amère», puis de l'enfoncer, dans la théorie et la pratique, dans la voie du révisionnisme et de la dégénérescence.

Il faut dire que la manière dont les renégats khrouchtchéviens ont entamé leur besogne de trahison a été plus réservée, plus mesurée, plus rusée, plus démagogique, tandis que la manière des togliattiens, dans cette même besogne de trahison, a été moins prudente et plus aventureuse. Pour «calmer» Togliatti et ses acolytes, le groupe Khrouchtchev suggéra aux «communistes» français de faire pression sur eux, ce qu'ils ont effectivement fait ; et l'on a même vu parfois jaillir au grand jour quelques «flammèches» de la polémique.

Le groupe traître de Khrouchtchev, qui avait agi en sous main au sein du Parti communiste de l'Union soviétique, conscient que sa trahison finirait bien par être décelée, démasquée et combattue, ne s'en est pas moins montré assez naïf. Les révisionnistes khrouchtchéviens, surtout au début, s'imaginaient que tout marcherait pour eux «comme dans du beurre», et qu'ils n'auraient pas à se heurter à de fortes oppositions ; très confiants dans leur démagogie, ils s'imaginaient que le prestige du Parti communiste de l'Union soviétique couvrirait leur trahison, ils se fondaient sur le grand potentiel économique de l'Union soviétique, sur l'idée que les autres pays dépendaient des crédits économiques soviétiques et des alliances militaires avec eux. Les dirigeants soviétiques, Khrouchtchev en tête, croyaient également que leurs «partenaires», les divers impérialistes et en premier lieu les Américains, se seraient empressés d'aller au-devant de leurs «propositions pacifiques» pour «arranger le monde».

Mais les révisionnistes modernes n'ont pu réaliser à leur guise ces desseins ni d'autres du même genre. La lutte de principe du Parti du Travail d'Albanie, ainsi que celle de tous les marxistes-léninistes et de tous les hommes de progrès dans le monde, leur ont dressé de sérieux obstacles. Et ces obstacles se multiplient et ne cesseront de se multiplier.

Les révisionnistes modernes, khrouchtchéviens en tête, se sont engagés à fond dans la voie de la trahison et ils seront conduits à y pousser toujours plus avant. » (Enver Hoxha, Le « Testament de P. Togliatti, la crise du révisionnisme moderne et la lutte des marxistes-léninistes (13 novembre 1964), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.321-322.)

 

« Khrouchtchev a été renversé. Cet événement fut une victoire pour le marxisme-léninisme, du fait même que c'était une grande défaite pour les révisionnistes. En toute modestie, nous devons reconnaître qu'un grand mérite pour cette victoire revient à nos partis et aux autres partis qui se tiennent sur des positions saines, qui ont mené et qui mènent toujours une juste lutte de principe, inébranlable» acharnée, contre les traîtres au marxisme-léninisme.

Mais qui sont ceux qui ont succédé à Khrouchtchev ? Ce sont les mêmes, les protagonistes de la préparation et de l'accomplissement de la contre-révolution en Union soviétique, ceux qui ont élaboré et mis en œuvre la ligne révisionniste, qui ont attaqué furieusement le marxisme-léninisme dans l'idéologie, la politique, l'organisation, l'économie, la culture et l'art, etc., ceux qui ont attaqué et combattu nos partis marxistes-léninistes, ceux qui se sont liés à l'impérialisme américain et à la bourgeoisie mondiale et qui œuvrent de toutes leurs forces et par tous les moyens pour cimenter cette alliance contre le communisme, le socialisme et les peuples du monde.

Comment un communiste peut-il penser, ne fût-ce qu'un instant, qu'avec la chute de Khrouchtchev, quelque chose ait changé en Union soviétique, comment peut-on fonder quelque espoir sur ces renégats ? Les nouveaux chefs du Kremlin sont plus malfaisants que Khrouchtchev, encore plus roués que lui, et ils le prouvent par leurs agissements. Aussi faut-il continuer de les combattre jusqu'au bout et plus âprement que jamais.

Non seulement nous ne partageons pas l'opinion de certains qui trouvent l'actuelle direction révisionniste de l'Union soviétique «un peu plus positive», et pensent qu'«il faut faire un effort et ne pas se montrer si rigides envers eux», et d'autres sornettes de ce genre, mais nous ne trouvons pas fondés non plus les points de vue de certains autres qui, tout en prétendant s'en tenir à des positions marxistes-léninistes, font des «raisonnements» de ce genre : «Du moment que les révisionnistes soviétiques ne nous ont pas attaqués nommément, nous ne nous en prenons pas nommément à eux. Que les partis qui ont été attaqués nommément par les révisionnistes soviétiques, ripostent, eux, aux khrouchtchéviens et les attaquent nommément». Ou encore cet autre jugement : «Nous nous instruisons de la lutte de vos partis contre le révisionnisme». C'est une bonne chose et nous les remercions de leur sympathie pour nos partis. S'instruire à l'exemple des autres est une chose, mais s'instruire de la lutte même que doit mener son parti, en est une autre. Les deux doivent être liées, coordonnées.

Les révisionnistes, dans l'impossibilité de faire cesser la polémique, s'estiment très satisfaits si l'on ne parle de révisionnisme moderne qu'en principe, sans les citer. Si l'on se borne à cela, ils sont prêts à vous accorder des crédits et des aides. Mais fermer les yeux devant cette grande trahison, comme certains le font pour quelques aides économiques, cela n'a rien de marxiste. » (Enver Hoxha, Le révisionnisme moderne, danger pour le mouvement communiste et ouvrier international et son principal ennemi (6 octobre 1965), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome III, p.374.)

 

« La bourgeoisie et, bien entendu, les révisionnistes modernes parlent beaucoup des prétendues libertés démocratiques et comptent beaucoup sur elles. En fait, juste pour la forme, dans chaque Etat bourgeois dit démocratique, il existe quelques «libertés» démocratiques relatives. Nous disons relatives, parce qu'elles ne dépassent jamais la limite de la conception bourgeoise de la «liberté» et de la «démocratie», parce qu'elles s'étendent juste assez pour ne pas toucher aux intérêts vitaux de la bourgeoisie au pouvoir.

Bien entendu, la classe ouvrière et les hommes progressistes tirent parti de ces conditions pour s'organiser, pour propager leurs conceptions et leur idéologie, pour préparer le renversement des classes exploiteuses et la prise du pouvoir.

Après la Seconde Guerre mondiale, dans beaucoup de pays capitalistes d'Europe, par suite de la victoire sur le fascisme et du rôle joué par les partis communistes dans la guerre antifasciste, certains de ces partis sont allés jusqu'à participer au gouvernement (par exemple, en France, en Italie, en Finlande et ailleurs), à obtenir un grand nombre de députés au Parlement, des postes importants dans l'appareil d'Etat, et jusque dans l'armée.

De même, au cours de ces quinze dernières années, à diverses périodes, des conditions favorables au parti de la classe ouvrière et aux forces progressistes se sont aussi créées dans quelques pays du Moyen-Orient, comme en Iran et en Irak, dans plusieurs pays d'Amérique latine, comme au Guatemala, au Brésil, en Équateur, au Vénézuela et ailleurs. En Asie, une situation assez favorable se créa en Indonésie. Le Parti communiste indonésien grandit rapidement, il faisait partie du gouvernement, il exerçait une grande influence sur la politique intérieure et extérieure du pays.

Mais, même dans les conditions des «libertés démocratiques», une âpre lutte de classes, une lutte à mort, se poursuit entre la révolution et la réaction, entre le prolétariat et la bourgeoisie. Si le prolétariat et son parti œuvrent pour renforcer leurs positions, la réaction et la bourgeoisie, de leur côté, ne dorment pas. Au contraire, se servant de l'appareil d'Etat bourgeois, de la police et des forces armées, pratiquant la corruption et la diversion, et entretenant l'opportunisme et les illusions réformistes et pacifistes au sein de la classe ouvrière, elles se préparent sérieusement pour renforcer leurs positions et défaire les forces révolutionnaires.

Le cours des événements après la Seconde Guerre mondiale témoigne que, dans le cadre des «libertés démocratiques», la bourgeoisie a agi énergiquement et par différents moyens pour liquider le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière.

Lorsque la bourgeoisie et la réaction eurent consolidé leurs positions, elles exclurent les communistes du gouvernement, des postes importants de l'appareil d'Etat et de l'armée, comme ce fut le cas en Italie, en France et en Finlande. En Angleterre, en Autriche et ailleurs on n'a pas même toléré la présence des communistes au parlement, tandis qu'en Grèce on les a jetés en prison ou combattus par les armes.

Lorsque la bourgeoisie et la réaction constatent que leur pouvoir est menacé du fait de la force et du prestige accrus du parti communiste et du mouvement révolutionnaire des masses, elles jouent leur dernière carte : elles mettent en action les forces armées, organisent des pogroms pour briser et liquider le mouvement révolutionnaire et les partis communistes, comme elles l'ont fait en Iran et en Irak, et, récemment, lors des événements tragiques d'Indonésie. Dans ces cas-là, la réaction et la bourgeoisie du pays concerné ont aussi directement utilisé l'aide de la réaction mondiale et même le soutien de ses forces armées, comme on l'a vu à Saint-Domingue et ailleurs.

Quelles conclusions tirer de cette expérience historique ?

Premièrement, les prétendues «libertés bourgeoises» et «libertés démocratiques» dans les pays capitalistes ne sont pas de nature à permettre aux partis communistes et aux groupes révolutionnaires d'atteindre leurs buts. Non. La bourgeoisie et la réaction ne permettent l'activité des révolutionnaires que dans la mesure où celle-ci ne met pas en péril le pouvoir de classe de la bourgeoisie. Lorsque ce pouvoir est mis en danger, ou lorsque la réaction trouve le moment propice, elle étouffe les libertés démocratiques et recourt à n'importe quel moyen, sans aucun scrupule moral et politique, pour détruire les forces révolutionnaires. Dans tous les pays où l'on permet aux partis communistes de militer ouvertement, la bourgeoisie et la réaction mettent à profit cette situation pour connaître toute l'activité, les hommes, les méthodes de travail et de lutte des partis marxistes-léninistes et des révolutionnaires. Il s'ensuit que les communistes et leurs partis marxistes-léninistes véritables commettraient une erreur fatale s'ils se fiaient aux «libertés» bourgeoises qui leur sont concédées en raison des conjonctures, s'ils affichaient tout ouvertement et s'ils ne gardaient pas le secret de leur organisation et de leurs plans. Les communistes doivent profiter des conditions de l'activité légale, l'utiliser même pour mener un vaste travail de propagande et d'organisation, mais, en même temps, se préparer pour le travail dans la clandestinité.

Deuxièmement, les thèses opportunistes sur «la voie pacifique» de la prise du pouvoir sont un leurre et représentent un grand danger pour le mouvement révolutionnaire. A première vue, le Parti communiste Indonésien semblait pouvoir atteindre plus facilement son but par cette voie. Néanmoins, les communistes indonésiens avaient déclaré plus d'une fois qu'ils ne se faisaient pas d'illusions sur la voie pacifique. Dans les salutations qu'elle a adressées au Congrès du Parti communiste de Nouvelle-Zélande, la délégation du Comité central du Parti communiste indonésien a indiqué que «les événements d'Indonésie ont confirmé une fois de plus qu'il n'y a aucune classe dominante... ni force réactionnaire qui permette aux forces révolutionnaires de remporter la victoire par «la voie pacifique»». Les communistes tirent des événements tragiques d'Indonésie l'enseignement qu'il ne suffit pas seulement de rejeter les illusions opportunistes sur la «voie pacifique», ni de reconnaître que la seule voie pour la prise du pouvoir est la voie révolutionnaire de la lutte armée. Le parti du prolétariat, les marxistes-léninistes et chaque révolutionnaire doivent prendre des mesures efficaces pour préparer la révolution, à commencer par l'éducation des communistes et des masses dans un esprit militant révolutionnaire jusqu'à la préparation concrète pour faire face à la violence contre-révolutionnaire de la réaction par la lutte armée révolutionnaire des masses populaires.

Troisièmement, indépendamment des conditions et des positions favorables dont il peut bénéficier à un moment donné, le parti de la classe ouvrière ne doit pas relâcher un seul instant sa vigilance révolutionnaire, surestimer ses propres forces et celles de ses alliés, ni sous-estimer la force de l'adversaire, de la bourgeoisie et de la réaction. Le Parti communiste indonésien jouissait d'une grande influence dans le pays, mais il semble avoir surestimé en particulier la puissance politique de Sukarno et de la portion de la bourgeoisie qui le soutenait, et lui avoir trop fait confiance. En même temps, il semble avoir sous-estimé la force de la réaction, surtout celle de la réaction dans l'armée. Apparemment, les camarades indonésiens pensaient qu'avoir Sukarno avec soi c'était avoir les clés de l'Indonésie, sans analyser soigneusement en quoi consistait sa force et à quel point cette force était réelle, particulièrement parmi le peuple. Les récents événements d'Indonésie ont clairement montré que le prestige et l'autorité de Sukarno ne reposaient pas sur une solide base sociale, économique et politique. Les généraux réactionnaires ont réussi à neutraliser Sukarno et même, pour autant qu'il leur convient, à l'utiliser pour leurs desseins contre-révolutionnaires.

Quatrièmement, le parti marxiste-léniniste et tout révolutionnaire véritable doivent suivre avec conséquence et fermeté une ligne révolutionnaire et lutter courageusement contre l'opportunisme et sa manifestation la plus odieuse, le révisionnisme moderne, aussi bien khrouchtchévien que titiste. Les opportunistes et les révisionnistes modernes ont choisi comme étendard la lutte pour «les libertés bourgeoises». Ils ont renoncé à la révolution et ils prônent «la voie pacifique» comme la seule voie pour la prise du pouvoir. Précisément la ligne opportuniste et révisionniste, l'influence des révisionnistes khrouchtchéviens et autres, ont eu pour effet de transformer beaucoup de partis communistes, qui représentaient naguère une grande force révolutionnaire, en partis des réformes sociales, en appendices et auxiliaires de la bourgeoisie réactionnaire. Cela a été le cas des partis communistes d'Italie, de France, de Finlande, d'Angleterre, d'Autriche et autres. L'opportunisme et la poursuite de la ligne opportuniste du XXe Congrès des khrouchtchéviens ont conduit le Parti communiste d'Irak, le Parti communiste du Brésil, le Parti communiste d'Algérie et d'autres encore, à la catastrophe et à la liquidation. Le Parti communiste indonésien s'oppose au révisionnisme moderne. Les récents événements d'Indonésie et le rôle de sape que les révisionnistes khrouchtchéviens y ont joué, montrent qu'un vrai parti révolutionnaire, fidèle au marxisme-léninisme, fermement décidé à porter courageusement en avant la révolution, doit adopter une attitude bien nette vis-à-vis de l'opportunisme, vis-à-vis du révisionnisme khrouchtchévien et titiste. Il ne suffit pas de se solidariser avec la lutte des marxistes-léninistes contre le révisionnisme, il faut encore que le parti lutte d'une manière intransigeante et ouverte contre la trahison des révisionnistes, parce que c'est seulement ainsi que les communistes peuvent s'éduquer dans un esprit révolutionnaire et que le parti peut être préservé de tout danger de révisionnisme. Sans lutter avec courage et esprit de suite contre l'opportunisme et le révisionnisme khrouchtchévien, on ne peut combattre l'impérialisme, on ne peut combattre la réaction, on ne peut faire avancer la cause de la révolution et du socialisme. » (Enver Hoxha, Le putsch fasciste en Indonésie et les enseignements qu'en tirent les communistes (11 mai 1966), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.15-17.)

 

« Les jugements que nous émettrons plus loin sont fondés sur des faits qui sont entièrement à votre connaissance, depuis les rapports que notre Parti a entretenus avec le Parti communiste chinois pendant plusieurs années de suite jusqu'aux points de vue du Parti communiste chinois sur les grands problèmes internationaux et sur ceux du communisme international, en passant par l'échange d'idées par lettres et par le truchement de délégations, et l'échange d'expérience par la voie des rapports de parti et d'Etat, etc. De même, vous êtes au courant du déroulement de la Révolution culturelle prolétarienne chinoise à travers notre presse et, plus en détail, à travers les volumineux matériaux de l'ATA qui vous sont envoyés chaque jour ; c'est pourquoi je n'en ferai pas l'historique, je vous rappellerai brièvement quelques aspects que j'estime présenter une importance particulière.

1) Les camarades chinois, à leur congrès tenu il y a dix ans, loin d'être persuadés de la trahison de Tito, déclaraient Staline coupable et innocentaient Tito. Nous disposons de faits à propos de cette attitude de leur part, car ils en ont fait le sujet d'entretiens avec nous.

Par la suite, comme vous le savez, ils rectifièrent cette position, mais n'en persistèrent pas moins à sous-estimer le danger titiste face au grand danger du khrouchtchévisme.

2) Les camarades chinois n'ont pas évalué à sa juste mesure ni à sa juste nature le danger que présentaient les khrouchtchéviens. Ils n'ont pas accepté ouvertement les accusations et les calomnies khrouchtchéviennes contre Staline, mais dans leur for intérieur ils ont souscrit à une bonne partie d'entre elles, et les prétendues erreurs de Staline envers la Chine les ont confirmées dans leurs jugements sur lui depuis l'époque du Komintern et par la suite. Ces «erreurs», Chou En-laï lors de sa dernière visite, nous les a développées expressément cour nous «convaincre», mais il n'y est pas parvenu. Même si l'on admet un moment les dires de Chou à propos de Staline, ce ne sont pas là, à notre avis, des fautes ni des erreurs de principes. Ce sont pour la plupart des attitudes tactiques prises dans diverses situations politiques et militaires et, à défaut de documents et sans pouvoir les confronter avec les faits, s'agissant surtout d'événements de longue date, nous jugeons, en ce qui nous concerne du moins, qu'on peut très facilement en faire une interprétation unilatérale.

Par la suite, les camarades chinois s'aperçurent du danger que présentaient les khrouchtchéviens, mais ils adoptèrent une tactique mesurée surtout au début. Même lors du XXIIe Congrès du PCUS, et après celui-ci, quand nous fûmes attaqués ouvertement par les révisionnistes et que ceux-ci dirigeaient leur feu seulement sur notre Parti, le Parti communiste chinois s'efforça d'éteindre la polémique.

Malgré tout, les camarades chinois, au lendemain de la chute de Khrouchtchev, furent quelque peu ébranlés, ils caressèrent certaines illusions et se livrèrent à certains actes injustifiés. Vous connaissez l'épisode de Chou En-laï avec l'ambassadeur albanais et l'attitude de notre Parti. [Les dirigeants chinois qualifièrent la chute de Khrouchtchev de «changement radical», ils saluèrent ce changement dans un télégramme adressé à la nouvelle direction révisionniste soviétique et décidèrent d'envoyer à Moscou une délégation de leur parti et de leur gouvernement pour participer aux festivités du 7 Novembre. Ils tentèrent, par le biais de Chou En-laï, d'imposer cette attitude au PTA également qui demanda à l'ambassadeur de la RP d'Albanie à Pékin d'informer Tirana qu'«il avait proposé aux Soviétiques d'inviter aussi l'Albanie aux festivités du 7 Novembre», insistant pour que les «camarades albanais» y envoient une délégation de leur parti et de leur gouvernement. Le PTA rejeta cette proposition dans une lettre expresse adressée au CC du PCC. «Nous estimons, y disait-il, qu'il ne nous est pas permis... dans ces conditions, alors que le gouvernement soviétique a rompu de sa propre initiative ses relations diplomatiques avec nous et s'est livré à notre encontre à des agissements antimarxistes extrêmes, d'ignorer ces choses-là pour le seul fait que la personne de Khrouchtchev a été écartée». Chou En-laï se rendit à Moscou dans l'intention de s'unir aux nouveaux dirigeants soviétiques, mais il y essuya un honteux échec (Voir Enver Hoxha, «Réflexions sur la Chine», éd. fr.. t. 1. pp. 132-143, 187-190. Tirana, 1979).]

Une autre attitude erronée des Chinois qui n'a pas été sans conséquences, surtout dans certains partis, comme ceux de Corée et du Japon, fut la proposition de «créer un front anti-impérialiste avec les révisionnistes». Nous rejetâmes énergiquement et fermement cette proposition et les camarades chinois opérèrent un retrait. Cette idée a maintenant été reprise comme un drapeau par les Coréens et les Japonais. Vous avez pris connaissance de tout cela dans le document que vous venez de lire.

3) Comme vous le savez, nous avons eu avec les camarades chinois une controverse de principes non pas tant sur la lutte de classes, que «sur l'existence de la classe féodalo-bourgeoise en tant que classe, en tant qu'entité qui nous combat, et même depuis des positions de pouvoir, en un temps où le pouvoir dans nos pays est la dictature du prolétariat». Nous connaissons bien notre thèse et nous la fondons sur la lutte, sur les faits, sur l'analyse marxiste-léniniste.

Les camarades chinois ont prétendu le contraire. Comme vous le savez, nous leur avons dit qu'il peut en être ainsi chez eux, mais non pas chez nous, car la lutte de classe chez nous a été entreprise avec esprit de suite dès l'époque de la Lutte de libération nationale, elle a été poursuivie après la guerre et elle continuera contre les débris de la classe féodalo-bourgeoise, etc. Il n'y a pas chez nous de bourgeoisie au pouvoir. Et les camarades chinois voulaient que nous adhérions à leur façon de voir, le fruit peut-être, d'une analyse de la situation en Chine, mais en vain. Devant notre analyse, ils se virent contraints de baisser le ton. Nous ne les en soupçonnons pas moins de ne pas être convaincus et de continuer de penser que «les Albanais se trompent dans leur analyse». Et voilà que dans la déclaration commune qui devait être émise avec notre délégation, qui s'est récemment rendue en Chine [En mai 1966.], ils ont fait leur dernière tentative pour nous imposer cette conclusion. Mais ils ont à nouveau échoué.

4) A notre sens, l'analyse que les camarades chinois ont faite des causes de l'avènement du révisionnisme en Union soviétique, cette question de grande importance pour le communisme international, n'est pas tout à fait objective. Ils rejettent toute la faute sur Staline. Cela est d'une particulière gravité ; et puis, si je ne me trompe, ils le font avec une certaine prévention. Notre Parti lui, voit les choses différemment. Notre analyse de ce problème important concorde par certains aspects avec celle du Comité central du Parti communiste chinois, mais en diverge et y est même opposée par certains autres. L'échange de vues, les critiques et les observations mutuelles sont des pratiques naturelles, mais elles ne sont constructives que lorsqu'elles se font dans la voie marxiste-léniniste.

Si je viens d'évoquer ces questions, ce n'est pas parce qu'elles se sont érigées en obstacles dans nos rapports avec les camarades chinois, mais afin de nous faire, à travers elles et dans la mesure du possible, une idée plus claire des derniers événements qui se déroulent en Chine, car il peut y avoir, outre ce que je viens d'évoquer, des choses que nous ignorons.

C'est seulement à travers la presse chinoise et l'agence Hsinhua, que nous avons appris et suivons le cours des événements en Chine. Le Parti communiste chinois et son Comité central n'ont, à titre amical, rien confié de particulier à notre Parti et à son Comité central. Nous pensons qu'étant si proche de notre Parti, si étroitement lié au nôtre, il aurait dû, dans un esprit internationaliste, nous mettre au courant du cours des événements, surtout de ces derniers mois. » (Enver Hoxha, Quelques premiers jugements sur la Révolution Culturelle prolétarienne chinoise (14 octobre 1966), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.48-50.)

 

« Notre lutte pour l'assimilation des idées marxistes-léninistes, pour l'approfondissement de la révolution idéologique et culturelle ne peut être menée à bien si l'on n'y appelle pas tout le Parti, les communistes comme toutes les masses travailleuses, si l'on n'observe pas dans ce domaine également, avec courage et de manière révolutionnaire, la ligne de masse, la ligne de la profonde démocratisation socialiste. Pour l'application d'une telle ligne, il est nécessaire de livrer une lutte à outrance à la conception intellectualiste bourgeoise et réactionnaire suivant laquelle la théorie, la philosophie, la science et l'art sont difficiles et ne peuvent être compris des masses, qu'ils ne peuvent être saisis que par les cadres et l'intelligentsia, que les masses n'ont pas atteint le niveau nécessaire pour les comprendre ! Cela signifie transformer la théorie et la science en un épouvantail aux yeux des masses. Cela veut dire faire du marxisme-léninisme également un épouvantail pour les masses, car c'est aussi une théorie et une science. Nous devons déclarer une guerre sans merci à cette conception. Le marxisme-léninisme n'est pas un privilège ni le monopole d'un petit nombre de personnes, de quelques «grands cerveaux» capables de le comprendre. Il est l'idéologie scientifique de la classe ouvrière et des larges masses travailleuses, et c'est seulement quand ses idées sont assimilées par ces masses, qu'il cesse de demeurer quelque chose d'abstrait pour devenir une grande force matérielle pour la transformation révolutionnaire du monde. » (Enver Hoxha, Rapport au Ve Congrès du PTA (1er novembre 1966), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.85.)

 

« Le système capitaliste décrète la sainteté de la propriété privée, il pratique l'exploitation de l'homme par l'homme, impose un esclavage économique et spirituel. Il a pesé sur tous, mais surtout, et de la manière la plus barbare, sur la femme. La femme a été le premier esclave, avant même que l'esclavagisme n'entre dans l'histoire de l'humanité. Sans remonter jusqu'à la préhistoire, nous trouvons un trait commun à l'époque de la civilisation grecque comme à celle de la domination romaine, au Moyen Age, comme à la Renaissance et aux Temps modernes et dans la prétendue «civilisation raffinée» bourgeoise contemporaine : la femme a toujours été la créature humaine la plus asservie et la plus opprimée. Les lois, les coutumes, la religion, le mâle la tenaient sous leur talon.

«Le premier antagonisme des classes dans l'histoire, dit Engels, coïncide avec le développement de l'antagonisme entre l'homme et la femme dans la monogamie et la première oppression de classe coïncide avec l'asservissement du sexe féminin par le sexe masculin». (K. Marx - F. Engels, Œuvres choisies, éd. alb., t. 2, p. 234, Tirana, 1975.)

«J'ai trouvé la femme plus amère que la mort» dit quelque part l'Ecclésiaste. Et saint Jean Chrysostome emploie d'autres termes : «Parmi les fauves les plus féroces, on ne peut en trouver de plus nuisible que la femme.»

Le théologue Saint Thomas d'Aquin, dont la pensée a dominé l'obscurantisme du Moyen Age, prophétisait que «le sort de la femme est de vivre sous le talon du mari». Pour compléter ces citations barbares, empruntons-en une à Napoléon : «La nature a fait des femmes nos esclaves.»

Tels étaient les jugements de l'Église et de la bourgeoisie sur la femme. Et ils n'ont pas changé.

D'innombrables écrivains et philosophes, en Europe et dans le monde, ont répandu le mythe de la supériorité masculine. Pour eux l'homme est fort. Il fait la guerre. Il est brave, donc plus intelligent, et, par conséquent, prédestiné à la domination, au pouvoir ; tandis que la femme, de par sa nature, est faible, sans défense et sans courage. Donc elle doit être dominée, obéir. Des théoriciens de la bourgeoisie, comme Nietzsche et Freud, défendent eux aussi la théorie selon laquelle le mâle est actif et la femme passive — théorie réactionnaire et antiscientifique, qui mène comme elle l'a fait, en politique, au nazisme et, sur le terrain sexuel, au sadisme.

Nos mères nos grands-mères et nos arrière-grands-mères ont subi ce lourd esclavage, tous ces mauvais traitements, qu'il s'agisse des coups ou des souffrances morales. Après la victoire de la révolution et pendant la construction du socialisme, le Parti nous assigne entre autres une grande tâche : la libération complète et définitive de la femme albanaise.

Le marxisme nous enseigne que la participation de la femme à la production et sa libération de l'exploitation capitaliste sont les deux aspects de son émancipation. Notre Parti, fidèle au marxisme-léninisme, a libéré le peuple par la lutte et la révolution. La femme a été ainsi affranchie de l'exploitation capitaliste. Et le Parti l'a fait activement participer à la production.

On peut donc dire qu'en réalisant ces deux aspects, en extirpant à la racine l'exploitation capitaliste et en développant vigoureusement la participation de la femme à la production, nous avons obtenu de grands succès dans son émancipation, cette émancipation qu'il importe d'approfondir et de pousser plus avant. La femme, force progressiste colossale, participe, en même temps qu'au travail productif, à la grande révolution dans le domaine de l'instruction, de la culture. Elle fait de considérables progrès, renverse tous les obstacles, se défait de tout préjugé, montre dans chaque domaine sa force créatrice physique et intellectuelle, sa qualité spirituelle et morale. Elle prend part, chaque jour davantage, à l'administration du pays, à la direction de l'industrie, de l'agriculture, de l'enseignement et de la culture. La directive de Lénine : «Chaque cuisinière doit apprendre à diriger l'Etat», est appliquée chaque jour et avec succès par notre Parti.

C'est pourquoi, le Parti doit profondément comprendre la question de la participation massive des femmes à la production, à la direction de l'économie et de l'Etat, la question de son instruction et de sa culture, non seulement parce que c'est un facteur économique progressiste important, mais parce qu'elle a une grande importance, idéologique, politique, culturelle et que sans le réveil de la femme, sans sa participation active et consciente, rien ne peut marcher droit et comme il faut. » (Enver Hoxha, De certains aspects du problème de la femme albanaise (15 juin 1967), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.124-125.)

 

« Étudiants et enseignants doivent acquérir la connaissance approfondie de la philosophie marxiste-léniniste, du matérialisme dialectique et historique. C'est là un problème qu'il est important pour nous de résoudre, et c'est dans ce sens que nous devons revoir les manuels, les formes et les méthodes de travail. Les sciences, qu'elles soient biologiques, physiques, sociales, bref, tout le contenu de notre enseignement doit reposer sur de justes bases marxistes-léninistes. Revoir à fond les livres scolaires pour les débarrasser des survivances, voilà une de nos tâches les plus sérieuses. Et nous ne devons pas penser que, sans connaître les sciences, les instituteurs peuvent la mener à bien. Le choix des textes scolaires est un acte important parce qu'il met en jeu l'application de la ligne du Parti, sa politique, ses objectifs, son programme actuel, ses perspectives d'avenir. Nous ne pouvons pas concevoir la nouvelle école socialiste comme un lieu d'accueil pour toutes sortes de textes où cohabitent deux conceptions du monde : idéalisme bourgeois et marxisme-léninisme. Nous ne pouvons faire aucune concession à la philosophie idéaliste bourgeoise et à la théologie. » (Enver Hoxha, La révolutionnarisation de notre enseignement (7 mars 1968), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.163.)

 

« Sous le système capitaliste, la crainte du chômage et de la faim oblige les ouvriers, qui sont cruellement exploités, à produire des marchandises de bonne qualité, pour que les capitalistes réalisent le maximum de bénéfices et puissent soutenir la concurrence. Sous le socialisme, les ouvriers et les paysans travaillent et produisent pour eux-mêmes, pour leur propre bonheur et celui de leurs enfants. Ici, c'est avant tout leur conscience qui les pousse à accomplir leurs tâches et à produire des biens de bonne qualité et, dans cette société, c'est l'émulation socialiste qui joue et doit jouer un rôle toujours plus important dans ce sens.

Afin d'atteindre à une toujours meilleure exécution des tâches que le Parti nous assigne pour la réalisation des plans économiques, je tiens à indiquer, fût-ce brièvement, comment nos travailleurs doivent comprendre et mettre en œuvre les grands enseignements de Lénine sur l'émulation et les compétitions socialistes.

Le système socialiste engendre de par lui-même une grande émulation parmi les travailleurs. Mais que signifie l'émulation en régime socialiste ? L'émulation socialiste est une méthode d'action autonome, d'initiative hardie et d'activité créatrice des larges masses travailleuses pour l'édification du socialisme et du communisme, pour le renforcement de leur conscience révolutionnaire.

«L'émulation socialiste, enseigne Staline, est une expression de l'autocritique révolutionnaire constructive des masses qui repose sur l'initiative créatrice de millions de travailleurs». (J. V. Staline, Œuvres, éd. alb., t. 12, p. 108.)

L'avènement de la dictature du prolétariat et l'instauration de la propriété sociale des moyens de production, l'élévation incessante de la conscience révolutionnaire, le travail pour la société, le travail pour soi, sont les facteurs essentiels qui donnent naissance à cette émulation dans toutes les sphères de l'activité sociale.

Contrairement à ce qui se passe dans la société socialiste, sous le capitalisme on voit agir une concurrence forcenée et aveugle. En quoi consiste la concurrence en régime capitaliste ? La concurrence est une lutte à mort entre capitalistes pour s'assurer le maximum de profits aux dépens du peuple travailleur. Le principe de la concurrence implique la ruine et la mort de certains, le triomphe et la domination de certains autres. Tous les participants à cette mêlée ont le poignard entre les dents, selon la loi de la jungle : «Les plus forts mangent les plus faibles». Au stade actuel de l'impérialisme, la concurrence s'est exacerbée et étendue dans des proportions inouïes entre diverses branches de l'économie, entre les monopoles nationaux et les monopoles internationaux qui s'opposent les uns aux autres, entre les monopoles et les entreprises non monopolisées, à l'intérieur des unions monopolistiques et même entre les puissances impérialistes avides de se partager les marchés et les sphères d'influence, de dépouiller les peuples et de piller les colonies et les pays dépendants. La concurrence est une loi objective et un compagnon de route inévitable du mode capitaliste de production. Elle découle de la propriété privée et de l'anarchie dans la production.

Dans la lutte concurrentielle, les capitalistes ne reculent devant aucun moyen. Ils intensifient l'oppression et l'exploitation des travailleurs, jettent sur le pavé des millions d'ouvriers ainsi condamnés au chômage, haussent les prix, frelatent les marchandises, organisent des campagnes effrénées d'une publicité abrutissante et mystificatrice, exportent, à des fins d'exploitation, des marchandises et du capital, pour ruiner d'autres pays et en soumettre l'économie, militarisent leur propre économie, se livrent à des spéculations monétaires et financières, et propagent aussi les «inventions» américaines du gangstérisme, des mariages à des fins commerciales, et du dynamitage des biens de l'adversaire, allant jusqu'aux agressions ouvertes contre les peuples. Dans cette lutte, ils utilisent tout l'appareil politique, économique, militaire et de propagande de l'Etat, qui se trouve entre leurs mains.

Cette lutte concurrentielle sauvage et impitoyable a pour effet d'accroître immensément les bénéfices déjà énormes de la bourgeoisie monopoliste, d'accentuer la pauvreté et la misère des larges masses travailleuses, que les capitalistes pressurent tous les jours davantage. Pour cacher aux masses travailleuses leurs profits et leurs opérations anti-populaires, les monopoles recourent à toutes sortes de stratagèmes, depuis la fixation de taux mensongèrement très élevés d'amortissement des moyens de production dans l'ensemble des frais de production, et l'application d'un prétendu «système de rémunération fondé sur la participation des ouvriers aux bénéfices», tant claironné par les laquais de la bourgeoisie, jusqu'à la falsification des écritures comptables, etc.

L'émulation socialiste, par contre, est tout à fait à l'opposé de la concurrence capitaliste.

L'émulation socialiste stimule l'initiative courageuse ; la concurrence, elle, en régime capitaliste, produit l'effet contraire chez les créateurs des valeurs matérielles, qui savent que leur initiative n'apporte de profits qu'aux patrons.

L'émulation socialiste encourage et développe la pensée créatrice des masses, la concurrence capitaliste encourage les spéculations financières.

L'émulation socialiste stimule l'audace des travailleurs, les rend libres de penser et d'agir ; la concurrence capitaliste excite le despotisme, rend l'homme poltron et servile devant ses patrons.

L'émulation socialiste mobilise et met en mouvement les larges masses d'ouvriers, elle permet l'échange libre et fécond de l'expérience de tous dans l'intérêt général, et contribue par là à l'élévation du niveau technique et professionnel de chacun, met au jour de nouveaux talents. La concurrence capitaliste, elle, se situe aux antipodes de tout cela. Elle utilise le talent à des fins de spéculation individuelle et de monopole. Elle excite les sentiments individualistes chez les masses ouvrières, et l'automatisme stéréotypé dans le travail.

L'émulation socialiste crée et trempe chez l'homme la haute conscience de travailler pour l'ensemble de la société, partant, pour lui-même aussi, alors que sous la concurrence capitaliste il a le seul sentiment de travailler pour les capitalistes.

Il ne s'agit pas ici d'exposer en détail toutes les étapes parcourues par l'émulation socialiste chez nous ni d'analyser le contenu et les formes qui l'ont caractérisée, d'une période de l'édification socialiste à la suivante. Il n'en convient pas moins de souligner qu'elle n'a cessé de se développer et qu'elle s'est emparée aujourd'hui des larges masses travailleuses. Notre peuple s'est dressé tout entier, il s'est mobilisé avec un enthousiasme et un élan révolutionnaire sans précédent, prodiguant son énergie et son talent pour réaliser et dépasser les tâches du 4e plan quinquennal. » (Enver Hoxha, Comment comprendre et résoudre correctement certains problèmes de notre économie socialiste (26 février 1969), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.241-242.)

 

« Les discours prononcés au congrès pendant dix jours de suite rempliraient des volumes entiers et les chiffres cités sont innombrables. Mais quiconque a pu suivre attentivement les travaux du congrès, n'a pas manqué d'en remarquer le grand vide théorique, l'indigence de pensée et la médiocrité bureaucratique. Les rapports de Brejnev et de Kossyguine sont bourrés de toutes les broutilles de l'économie, qui vont des fers à repasser aux tirages des brochures en passant par le travail des retraités en faveur des services communaux et les machines à coudre. En revanche, les chefs de file soviétiques ont gardé un silence total sur les problèmes cruciaux qui préoccupent le peuple et la société soviétiques et ont eu bien soin de les esquiver. En Union soviétique actuelle, il existe un conflit patent entre l'appareil bureaucratique du parti et celui de l'Etat, d'une part, et les larges masses du peuple, de l'autre ; il y existe de profondes contradictions entre le centralisme bureaucratique au pouvoir et les revendications des masses pour la liberté et la démocratie. Mais de tout cela on n'a soufflé mot. (…)

Brejnev lui-même a été contraint, dans son rapport, d'admettre que l'économie soviétique souffre aujourd'hui de phénomènes tels que les lenteurs dans l'exécution des grands travaux, la non-exploitation des capacités productives, les retards dans l'introduction de techniques nouvelles dans la production, l'insuffisant accroissement de la productivité du travail par rapport aux possibilités réelles, la mauvaise qualité dans la confection de nombreux articles, l'organisation défectueuse de la production, etc., etc. Pour sortir de ces contradictions et difficultés, les révisionnistes khrouchtchéviens, conformément à leurs conceptions politiques et idéologiques, ont entrepris de mettre en œuvre des méthodes capitalistes d'organisation et de gestion de la production et de la répartition. Tout cela a été largement et parfaitement sanctionné par la prétendue réforme économique. Le but de celle-ci était d'adapter l'économie soviétique à la superstructure, bourgeoise révisionniste.

Mais la voie capitaliste de production pour laquelle les révisionnistes ont opté ne pouvait faire sortir l'économie soviétique du bourbier. Les plaies et les maladies propres à la société bourgeoise comme la concurrence, la grande fluctuation de la main-d'œuvre, l'apparition de disproportions entre les différentes branches de production, l'élargissement des rapports de marché jusque dans le domaine des principaux moyens de production etc., ont commencé à se manifester avec plus de force. Les réformes capitalistes ont servi de base à l'émergence d'une grande contradiction sociale entre la classe ouvrière et les masses laborieuses, d'une part, qui créent tous les biens matériels, et la nouvelle classe bourgeoise, qui s'approprie le fruit du labeur du peuple travailleur, d'autre part. La pratique des stimulants matériels et le profit, qui constituent le fondement de la réforme, approfondissent et aggravent davantage cette contradiction.

La propagande révisionniste, et aussi la propagande bourgeoise, considèrent le XXIVe congrès comme celui de la «consommation». Cela est dû aux nombreuses promesses que Brejnev et Kossyguine ont faites d'augmenter, au cours du présent quinquennat, la production des biens de consommation et les salaires de certaines catégories de travailleurs. Certes, les révisionnistes s'efforcent de faire croire que ces mesures, qui sont dictées par leur «souci» d'élever le niveau de vie du peuple, découlent de l'objectif même de la production en Union soviétique. En fait, l'objectif de la production actuelle en Union soviétique est la recherche des plus hauts profits pour la caste bureaucratique au pouvoir. En réalité, les mesures ainsi promises ne sont qu'une concession que la classe dirigeante bourgeoise, pour préserver son pouvoir, est obligée de faire chaque fois que la lutte de classes s'aggrave. De temps en temps, la bourgeoisie des pays capitalistes également est amenée à faire des concessions de ce genre pour apaiser et tromper les travailleurs, les détourner de la lutte révolutionnaire. » (Enver Hoxha, Congrès de la restauration du capitalisme, congrès du social-impérialisme (17 avril 1971), Œuvres Choisies, Édition numérique, Tome IV, p.285-286.)

 

« Le triomphe de la Révolution d'Octobre en Russie a inauguré une grande époque dans l'histoire de l'humanité, celle du passage du capitalisme au socialisme. Depuis lors, le socialisme s'est transformé de théorie scientifique en une réalité vivante, qui, malgré la trahison révisionniste, a démontré sa supériorité indiscutable dans tous les domaines sur le système capitaliste. Toutes les conquêtes du socialisme ont été réalisées sur la base de la théorie scientifique du marxisme-léninisme.

En tant que système social, qui s'édifie dans les conditions d'une lutte de classes acharnée entre le prolétariat et la bourgeoisie à l'échelle nationale et internationale, le socialisme ne peut pas se développer tranquillement, sans difficultés ni contradictions. La lutte entre les deux voies de développement la voie socialiste et la voie capitaliste, est une lutte longue et, tant qu'elle se poursuit, le danger de restauration du capitalisme ne cesse d'exister. Cependant, ce danger n'est pas fatal, comme tentent de le faire croire les idéologues bourgeois. Il est parfaitement évitable si le parti communiste demeure fidèle aux enseignements du marxisme-léninisme, s'il mène avec fermeté et esprit de suite la lutte de classe contre les influences et les pressions du monde ancien, s'il sait surmonter avec succès les difficultés et les contradictions qui surgissent, s'il ferme tous les accès à la possibilité de dégénérescence bourgeoise.

Le retour en arrière de l'Union soviétique et de quelques autres pays est dû précisément au fait que l'on y a abandonné les enseignements du marxisme-léninisme et renoncé aux principes fondamentaux de l'édification socialiste. On y a sapé les victoires de la révolution et ouvert la voie à la restauration du capitalisme. Mais ce n'est pas le seul grand mal que les révisionnistes ont causé au socialisme. Pour frayer la voie à leur trahison, ils ont attaqué violemment la ligne révolutionnaire suivie par le Parti communiste bolchevik ayant à sa tête Staline et toute l'expérience historique de la dictature du prolétariat, ils ont mis en cause la vitalité de la science marxiste-léniniste pour la solution des problèmes de l'heure, la capacité de la classe ouvrière de transformer de manière révolutionnaire la société, ainsi que le rôle dirigeant du parti communiste. Les révisionnistes khrouchtchéviens ont fourni ainsi de puissantes armes aux idéologues bourgeois pour leur propagande anti-communiste. Ils sont devenus un foyer de diffusion de toutes sortes de conceptions anti-marxistes sur le socialisme.

La confusion s'accroît encore davantage du fait que les révisionnistes khrouchtchéviens s'efforcent de faire passer la restauration du capitalisme en Union soviétique et ailleurs pour du social