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L'URSS de Staline : livres et témoignages historiques |
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Dans le cadre de la lutte contre les falsifications historiques bourgeoises-révisionnistes et pour la défense de l'expérience de la construction du socialisme en URSS sous la direction de Lénine et Staline dans les années 1920-1950, il nous a paru essentiel de faire connaître et de diffuser trois importants ouvrages d'époque. Outre leur disponibilité intégrale sous forme d'édition numérique, nous donnons de larges extraits de ces trois livres, afin d'illustrer de manière plus vivante leur sommaire ainsi que les éléments apportés. Ces extraits restent pourtant des extraits — partiels et fragmentaires — et ne sauraient donc se substituer à la lecture complète des livres dont ils proviennent. Ils n'ont pour seul but que d'inciter à leur étude. Ces livres s'inscrivent dans le patrimoine de la littérature engagée et socialiste. Ils fournissent aux communistes d'aujourd'hui des éléments nouveaux (car passés sous silence) pour démasquer les mensonges déversés par la bourgeoisie française et ses alliés révisionnistes sur l'expérience soviétique de construction du socialisme, faisant ainsi ressortir de manière évidente leur communauté d'idées anti-communistes, au-delà de toute leur phraséologie pseudo-progressiste ou pseudo-révolutionnaire. |
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Sommaires : Guido Miglioli - La collectivisation des campagnes soviétiques (1934) Henry Barbusse - Staline - Un monde nouveau vu à travers un homme (1935) Fernand Grenier - Au pays de Staline (1950) Extraits : Guido Miglioli - La collectivisation des campagnes soviétiques (1934) Henry Barbusse - Staline - Un monde nouveau vu à travers un homme (1935) Fernand Grenier - Au pays de Staline (1950) Télécharger : Guido Miglioli - La collectivisation des campagnes soviétiques (1934) Henry Barbusse - Staline - Un monde nouveau vu à travers un homme (1935) |
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Guido Miglioli - La collectivisation des campagnes soviétiques (1934) « La presse bourgeoise, quoiqu'elle exagérât la portée des épisodes dont l'importance est bien relative dans un mouvement économique et social si vaste et si radical, n'en pouvait cacher ni l'ampleur, ni la signification. Elle comprenait ce que signifiait la formation des grandes entreprises agricoles, mécanisées et industrialisées, avec toutes les ressources que possède le territoire soviétique qui s'étend sur la sixième partie du monde. Cela au point de vue de la répercussion qui devait se produire, tôt ou tard, sur toute l'économie capitaliste. Mais elle prévoyait aussi l'influence morale que ce fait pouvait exercer sur les autres masses paysannes. L'élévation victorieuse de la population travailleuse dans les campagnes soviétiques, ne pouvait pas échapper à l'œil et à la réflexion des paysans opprimés. » (p.5.) « J'ai assisté ensuite à la faillite de l'idéologie et du programme social qui niaient la lutte de classe comme moyen de conquête du travail ; qui définissaient la petite ferme familiale comme la réalisation du bien-être pour le paysan ; qui en appelaient à la collaboration capitaliste pour instituer un régime de justice et de liberté pour tout le monde. Faillite ? Oui, et c'est encore un euphémisme ! La collaboration demandée au capitalisme a abouti à la dictature la plus féroce du capitaliste. La vie du paysan s'est toujours plus entravée de misère et de servitude. La lutte de classe fut menée, contre tous les travailleurs et dans une mesure des plus cruelles, par le fascisme. Ceci dans mon pays. Mais j'ai traversé des frontières. J'ai vu et étudié les autres pays de l'Europe bourgeoise ; et partout, plus ou moins, la même tragédie, à laquelle le capitalisme condamne l'homme des champs, premier artisan de sa richesse. » (p.6.) « On ne peut pas comprendre et l'on ne peut pas évaluer le passage, qui se fît après 1929, à la collectivisation agricole d'un si haut pourcentage de familles paysannes dans l'Union des Soviets, si l'on n'a pas étudié et compris le mouvement des campagnes et leur évolution dans la période qui la précéda. Dans ce premier voyage d'étude, et ensuite en 1927, je me formai la conviction précise que le développement de la vie paysanne dans la Russie soviétique n'avait pas été celui que le monde bourgeois avait prévu et désiré. La législation agricole, les institutions paysannes, la politique du Parti, les directives des pouvoirs de l'État, paraissaient déjà dans tous leurs buts de préparer et de hâter chez les paysans la conscience et les moyens nécessaires au passage de la petite entreprise familiale à la forme supérieure de la grande entreprise agricole collectivisée. Il restait toujours à savoir si cette tentative allait être couronnée par un succès rapide et complet. Et j'avoue que si, en 1927, je n'ai pas douté de son résultat victorieux, je ne réussis pas à prévoir que, trois années plus tard, il y aurait eu dans la campagne soviétique un mouvement si vaste et si imposant des masses paysannes allant avec leurs terres, avec leurs biens et leur travail, vers la collectivisation. » (p.7.) « Pour la première fois dans la marche de l'humanité, les masses populaires prenaient le pouvoir ; on organisait un État avec la dictature du prolétariat ; on proclamait l'alliance la plus étroite entre masses ouvrières et masses paysannes. Voilà les trois facteurs qui agirent dans l'Union des Soviets, pour réaliser la collectivisation. La théorie est passée dans la réalité et en est sortie gigantesque. Elle n'appartient plus seulement à une école ; elle entre comme une loi dominante dans l'Histoire. Dans aucun pays on ne pourra destiner la terre à l'utilisation sûre et concrète des paysans, si les masses populaires ne s'emparent pas de l'État. Nous en avons une preuve éclatante dans le fait que tous les espoirs que les paysans ont placés dans les réformes agraires des États restés entre les mains de la bourgeoisie, n'ont été payés que par la duperie. La plus récente réforme agraire est celle qui a été concédée en Espagne, sous la pression des révoltes paysannes ; mais quelle ironie elle représente pour leurs besoins et pour leurs droits ! Son application n'est pas encore commencée, que déjà son nom est effacé et honni. Mais la prise du pouvoir n'aurait pu être réalisée, même dans la Russie nouvelle, et ne pourra se maintenir jamais nulle part, sans l'application d'un régime de dictature. Le mot « dictature » n'est plus banni du monde bourgeois, comme dans les premières années où il s'affirma dans le pays des Soviets. Aujourd'hui, là où la menace est plus grande et plus proche est l'assaut des classes populaires contre l'État capitaliste, elle s'installe ouvertement et ouvertement on proclame la « dictature » du capitalisme. Le fascisme en est la forme la plus accréditée et la plus appliquée. Si dans l'Union des Soviets l'État n'avait pas adopté le régime de la dictature, les ennemis de la Révolution d'Octobre survivants — nulle révolution ne pouvant d'un coup anéantir les forces ennemies — en auraient gêné ou empêché la marche victorieuse. Et les paysans soviétiques ne pourraient pas aujourd'hui s'enorgueillir de leur transformation féconde et admirée. Eux les premiers, reconnaissent que la dictature de l'État soviétique n'aurait pas pu être réalisée si elle n'avait été confiée au prolétariat. Les masses paysannes de n'importe quel pays n'en ont ni la préparation, ni la possibilité, ni la force. Leurs traditions, leur hétérogénéité, le travail auquel elles furent condamnées, même dans les régions les plus évoluées et les plus avancées dans les pays de l'Europe capitaliste, font, encore aujourd'hui, des masses paysannes, l'élément le plus assujetti et le mieux adapté aux manœuvres de la réaction. C'était le prolétariat de la Russie révolutionnaire qui devait réaliser sa dictature, pour empêcher les mêmes masses paysannes de retomber victime de leurs ennemis et les mener de lutte en lutte, de conquête en conquête. » (p.11.) « La Révolution d'Octobre n'a pas donné la terre en propriété aux paysans puisqu'elle établissait que le droit de propriété sur le sol était aboli à jamais. Mais, elles n'a pas conduit, en même temps, les paysans à la culture collective des terres, c'est-à-dire n'a pas accompli cette transformation qui devait mûrir seulement à travers un complexe, processus économique et social. Voilà deux des noyaux de la Révolution d'Octobre. L'un, tourment du théoricien ; l'autre, tourment de tout paysan, auquel la tradition et les préjugés bourgeois ont presque mis dans le sang que, sans le droit de propriété, il ne peut dire posséder la terre qu'il travaille et en avoir la libre jouissance. Peut-être, ces dernières années de la crise capitaliste, qui presque partout a démuni les paysans de la terre qu'ils avaient achetée au prix d'innombrables sacrifices, contribuent-elles à lui faire voir la réalité. Le droit de propriété n'a pas servi et ne sert pas au paysan qui travaille. Le droit de propriété, base du régime capitaliste, sert au paysan riche, à la bourgeoisie, au capitaliste, à multiplier leurs richesses par l'exploitation du travail d'autrui. Même dans les pays européens où la petite propriété est très répandue, le paysan constate aujourd'hui que ce « droit de propriété » ne peut nullement lui garantir la terre. Librement et intégralement il ne l'a jamais eue. Les dettes, les hypothèques, les impôts, s'ils n'étaient pas payés par sa peine quotidienne, étaient largement acquittés sur cette terre qu'il croyait sienne. Et la terre qu'on lui ôtait, grossissait la propriété d'autres plus riches, qui, parle trafic commercial, la transmission héréditaire, l'exploitation de la main-d'œuvre, accroissaient leur patrimoine. Aujourd'hui que la crise l'atteint, le propriétaire foncier cherche à en faire tomber tout le poids sur ce paysan déjà misérable, dont il suce le sang jusqu'à la dernière goutte. Jamais comme en ce moment, on n'eut la confirmation que le droit de propriété de la terre, tel qu'il est proclamé par le régime capitaliste, ne peut sauver le paysan de la désolation et de la ruine. Si la Révolution d'Octobre avait donné à ces masses agricoles la terre en propriété privée ; si cette centaine de millions d'hectares de terre, enlevés aux gros propriétaires et partagés entre les paysans de l'ex-État tsariste, leur avait été assignée comme dans les autres pays d'Europe par des réformes bourgeoises, même sans un seul sou de rachat, peu de temps après le paysan riche aurait accaparé la terre du paysan pauvre et la grande masse des paysans de l'Union soviétique serait aujourd'hui dans la même condition que les paysans polonais, les paysans des Balkans, que rejoindront bientôt les paysans des autres pays de l'Europe centrale et occidentale. La Révolution d'Octobre a voulu « vraiment » donner la terre aux paysans qui la travaillent et la garantir à jamais et contre tout. Elle a dit à chacun d'entre eux : « Voilà la terre que tu voulais pour ton travail. Tu amélioreras ta condition ; tu soulageras ta fatigue. Tout ce que fera l'État, sera fait pour accroître ton bien-être. Tu réaliseras des conquêtes auxquelles tu ne penses même pas. Personne ne te dérangera ; personne ne pourra jamais plus s'enrichir en t'exploitant ; personne ne pillera jamais le fruit de ton labeur. » » (pp.12-13.) « Déjà en 1922, l'État donnait des dizaines de millions pour l'achat de machines ; il réussissait à fournir à un nombre notable de paysans des semailles sélectionnées ; il disposait un plan de réorganisation cadastrale des fermes destiné à les rendre plus organiques et plus productives. Il s'adressait surtout aux paysans les plus pauvres et les plus nécessiteux, les affranchissait de tout tribut et leur donnait la préférence dans toutes les allocations de terre et de bétail. Quel était dans l'âme des masses paysannes l'effet de cette politique, faite d'intelligence et d'affection, grâce à laquelle l'État n'était pas une autorité éloignée et hostile comme il arrive dans tout pays capitaliste, mais par laquelle lui et ses organes se mettaient en contact avec les paysans, surtout avec les plus humbles et les plus pauvres ? J'en ai constaté, quelques années plus tard, en 1925, les résultats. Dans chaque village, la personnalité des paysans avait grandi. Dans les bureaux de l'État le paysan n'était plus étranger ou toléré comme dans tous les autres pays, mais il sentait en être partie vivante et opérante. Il parlait de l'État comme de « son » État. Il ne se limitait pas à raconter la production de son champ, mais il parlait avec enthousiasme du progrès rapide qui s'accomplissait dans toutes les campagnes. Parti de l'Italie fasciste, où le paysan était devenu muet et n'osait plus poser ses regards au delà des haies de sa petite ferme, je me sentis tout à coup transporté dans une atmosphère de liberté, dans laquelle le paysan était tout heureux de conter ses conquêtes et ses espoirs. » (pp.14-15.) « Lorsqu'on approchait le cultivateur de la petite ferme et qu'on parlait avec lui des résultats de son travail, presque toujours il faisait lui-même la comparaison entre sa production et celle de la ferme collective. Il reconnaissait à celle-ci la supériorité qu'elle tirait de l'emploi plus facile des machines, de la meilleure utilisation de la terre, de la possibilité de spécialisation des cultures et du bétail. « Moi aussi, j'en passerai par là », concluait-il ouvertement, ou en laissant entrevoir son intime pensée. Et lorsqu'il ne s'en rapportait pas aux résultats atteints par la ferme collectivisée, par la kolkhoze, le paysan songeait aux entreprises agraires directement gérées par l'État, les sovkhozes. » (p.16.) « Les événements économiques et politiques de ces cinq dernières années se déroulent tous autour de deux faits : la crise progressive et mortelle du monde capitaliste ; l'élan d'une vie nouvelle et d'un développement colossal dans le monde soviétique. L'antithèse est dans la nature même des deux régimes. Le régime capitaliste vise à donner le maximum du profit de la production à une classe restreinte d'exploiteurs ; et ce maximum il ne peut l'atteindre que par une exploitation toujours croissante des masses travailleuses, des ouvriers et des paysans. Dans le régime bourgeois, la production est l'œuvre des grandes masses, mais le profit principal en revient au capitaliste. Cette contradiction profonde et irréductible agit au sein même du régime bourgeois ; elle crée d'une part la surproduction et la concentration de la richesse, et de l'autre la sous-production et la misère toujours plus répandue. Dans le monde soviétique, où les moyens de production, la terre, les usines, ont été soustraits au capitalisme ; où le profit de la production n'est pas partagé de façon que la plus grande partie serve à l'enrichissement des couches parasitaires ; où, tout au contraire, le profit de la production est destiné à l'amélioration économique et sociale des masses qui produisent, les ouvriers et les paysans, là ne peut se produire que le bien-être progressif de la collectivité. C'est donc dans la nature organique du régime capitaliste, que l'on doit rechercher les causes de la crise. C'est dans la structure et dans la vie du régime soviétique, l'inéluctabilité de son progrès. » (p.21.) « J'étais loin de l'Union des Soviets, lorsqu'on publia ce Plan, qui dans son grandiose a du fantastique et qui, des calculs sévères de la préparation, venait au jour pour se concrétiser dans la réalité. La presse bourgeoise de chaque pays fut obligée à parler de l'enthousiasme avec lequel les masses ouvrières et paysannes l'accueillirent. Moscou, les villes industrielles, les usines, les villages, se parèrent de drapeaux rouges, et toute l'atmosphère en parut enflammée et empourprée. Naturellement, la même presse, étant habituée à écrire que tout ce qui se passe dans le monde soviétique est artificiel, chercha tout de suite à railler les raisons de cet enthousiasme. Pour moi, je me l'explique, au contraire, parfaitement. Je ne parle pas de l'ouvrier, qui devait se sentir transporté vers des années de vie et de travail pleines d'attraits, aussi parce qu'il aurait été le premier à voir et jouir de cette transformation industrielle qui, en répandant la richesse dans le pays, devait le porter à un niveau supérieur de prospérité dans l'intérêt de tous les travailleurs. Mais je parle du paysan ; et j'imagine ce qui dut se passer dans les campagnes, lorsque la masse paysanne se rendit compte qu'un flux si puissant et si nouveau d'énergie allait se répandre dans ces immenses étendues de terrains en friche, pour changer leur aspect et en dissiper le triste souvenir. » (p.23.) « Pendant mon séjour dans les villages soviétiques en été 1930, j'apprenais directement des paysans collectivistes combien le koulak avait été féroce et agressif contre eux, lorsque, en groupes, même les paysans moyens se dirigeaient, enthousiastes, vers la collectivisation. Il brûla leurs maisons ; il empoisonna les eaux pour tuer le bétail ; il attaqua les dirigeants du mouvement collectiviste, allant jusqu'à l'assassinat. « Exagérations ! Inventions ! » C'est de ces mots que la presse antisoviétique accompagnait sa chronique, toujours altérée, de ces épisodes. Mais je sais être dans le vrai quand j'affirme que, si je n'avais pas su de la bouche même des paysans la vérité des faits, prouvant l'acharnement bestial par lequel les koulaks répondirent à la propagation dans les campagnes de l'idée collectiviste, cette vérité je l'aurais comprise. Je me serais étonné si elle avait été différente. Parce que je l'ai vu dans mon pays, je l'ai constaté dans les campagnes où, avec les paysans pauvres et les salariés, j'ai lutté contre le fascisme : l'être le plus vil et le plus violent de la lutte fasciste a précisément été le paysan enrichi. Ce misérable prenait plaisir à blesser, assassiner, à détruire les institutions de la coopération paysanne ; à en frapper les dirigeants dans leurs intérêts, dans leur existence. L'élément le plus criminel des bandes fascistes, que le grand propriétaire et le grand industriel subventionnaient avec la protection de l'État, était formé par cette bourgeoisie rurale, venue de la souche paysanne et grandie en richesse et en puissance uniquement par l'exploitation du travail d'autrui, par la fraude, par l'usure. La presse capitaliste, de même qu'alors dans mon pays niait les fautes de ces scélérats et cachait la responsabilité de tant de crimes contre les populations pauvres de la campagne, de même elle accusa l'État soviétique d'exagérer la portée de la résistance et de la lutte des koulaks contre la collectivisation, pour en tirer prétexte à des mesures radicales qui les frappât et les liquidât à jamais. Et ces journaux bourgeois entonnèrent des lamentations larmoyantes contre la persécution bolchevique. Sur ce point aussi, la vérité est bien différente. L'État soviétique a procédé par étapes et progressivement dans sa lutte contre le koulakisme : de la compression et du refoulement à sa liquidation comme classe. » (p.25.) « Dans les pays de l'Europe occidentale, où le progrès agricole a rendu possible la culture familiale de vingt ou de trente hectares à système intensif, s'est répandue la conviction que dans la nouvelle Russie les caractéristiques déterminant si un paysan était ou non de la catégorie des koulaks étaient précisément celles de l'étendue du terrain à sa disposition et du capital engagé dans sa ferme. Cette fausse conviction est encore aujourd'hui affirmée par la presse bourgeoise, afin d'exciter l'aversion des paysans les moins pauvres contre l'expérience collectiviste des campagnes soviétiques. Non. Avec beaucoup de sagesse un décret du Comité exécutif central, en mai 1929, fixait en de bien autres termes les caractéristiques qui devaient distinguer le koulak. Elles ne touchent aucune famille paysanne parce que celle-ci est aisée et solide dans son économie, mais frappent le koulakisme pour une raison bien différente et de nature profondément morale et sociale. Le koulak est celui qui veut vivre en exploitant constamment le travail et la fatigue d'autrui. La loi d'abord concrétise trois circonstances qui supposent inévitablement cette exploitation par le paysan enrichi. Elles sont données : par la possession d'installations outillées pour une industrie accessoire, comme moulins, fabrication des conserves, de l'huile, etc. ; par la possession des machines agricoles, qu'il loue à d'autres paysans moyennant une certaine redevance ; par la possession d'une ferme pourvue d'un nombre de locaux supérieur à ses besoins de sorte qu'il puisse en céder une partie en location moyennant le paiement d'un loyer. Cette énonciation de la loi soviétique est taxative ; mais il est clair que sa valeur consiste dans la mise en relief que le paysan enrichi, dans chacun de ces cas, vise à gagner en dehors de son travail et en spéculant sur le sacrifice et la peine d'autrui. » (pp.25-26.) « Aussi la vérité de cette dernière phase de la bataille contre les épaves du capitalisme agraire, dans une partie remarquable des campagnes soviétiques, ne fut, et pouvait être reproduite dans sa vérité par la presse bourgeoise. Celle-ci se scandalisa des dispositions prises par Moscou qui confisquaient les biens des koulaks et en déportaient aussi plusieurs milliers dans les terres plus lointaines, où, pour vivre, ils devaient travailler comme tous les autres paysans. Cette conduite légitime et généreuse de l'État soviétique envers des adversaires implacables des masses prolétariennes et paysannes, contre lesquelles ils n'hésitèrent pas à engager une lutte sanglante, fut peinte avec les teintes les plus féroces de la tyrannie et de la persécution. Personne ne se scandalisa, dans la presse capitaliste, du nombre bien plus fort des paysans que la faim et la misère, provoquées par l'oppression du régime politique de leur pays, obligeaient à émigrer de leurs villages pour chercher un abri et du répit dans une autre terre, presque toujours aussi avare et marâtre. Et tandis que c'est la chronique d'hier, d'aujourd'hui, de chaque heure, la terreur par laquelle on répond à la misère qui ne demande que du travail et du pain aux gouvernements représentant la violence, toute cette terreur, la plus fanatique et la plus cruelle, on la retrouva dans la Russie de la collectivisation, dans ces journées où les campagnes s'épuraient des éléments que Lénine avait justement définis comme « les exploiteurs les plus brutaux et les plus féroces ». » (p.27.) « Le commencement de la liquidation du koulak en tant que classe coïncidait, en effet, avec une grande offensive que le monde bourgeois reprenait contre l'Union des Soviets en rallumant le feu de la guerre. L'Église de Rome commençait sa « croisade » en dénonçant les persécutions et la tyrannie du régime soviétique, feignant d'ignorer que le pope déporté n'était pas le ministre du culte puni pour sa fonction religieuse, mais le soutien des koulaks et souvent leur excitateur qui venait d'être éliminé des campagnes enflammées d'une vie nouvelle. » (p.28.) « Il reste, cependant, la question : « Cette situation dans laquelle le kolkhozien a la faculté de posséder encore une pièce de terre et un petit capital, ne l'arrêtera-t-elle pas dans l'évolution qui doit le transformer de petit cultivateur en membre de la ferme collective ? » J'ai souvent formulé ce doute devant plusieurs membres de l'artel afin d'en obtenir une réponse claire et précise. La réponse, la voici : « Il faudrait ne pas avoir confiance en ce que nous faisons, c'est-à-dire dans l'énorme développement que nous voulons donner à nos fermes collectives, pour continuer à garder ce doute. Ce qui reste au kolkhozien, et l'exploitation qu'il peut faire de son potager, de sa vache, etc., représente un revenu considérable pour sa famille. Et ceci est un bien, surtout pendant ces premières années de la collectivisation. Mais quand l'artel, agrandie, mécanisée, industrialisée, donnera des profits tels que chaque kolkhozien aura des bénéfices trois, cinq, dix fois plus grands que ceux que lui donne l'exploitation de son potager et de ses animaux de basse-cour, croyez-vous qu'il se sentira encore lié à ce travail, et qu'il ne transformera pas les petits lots entourant son habitation en jardin, du moment qu'il aura de larges moyens de subsistance lui et sa famille ? » » (p.34.) « Là où l'artel se fortifie, s'agrandit, s'industrialise, réalisant de considérables progrès, le kolkhozien qui en est membre et artisan conscient ne s'en détache plus. Il continue de transformer toujours sa mentalité et sa nature de paysan jusqu'à ce que les traces en soient effacées. De même que l'industrialisation toujours plus productive de la grande ferme agricole porte logiquement en elle la suppression graduelle des différences économiques et de classe entre les membres de l'artel, de même elle réussit à former en eux une nouvelle conscience, la conscience du véritable kolkhozien. » (p.35.) « Ce qui frappe, quand on s'entretient avec les kolkhoziens sur cet argument, c'est la certitude qu'ils manifestent de réussir, à n'importe quel prix, dans la révolution technique et économique de la campagne. « Nous disposons de moyens tels... » « Nous avons tellement de ressources... » « Avec notre Gouvernement ouvrier et paysan nous pouvons... » Et cette certitude n'est point faite d'espoirs vains, mais repose sur la réalité qu'ils ont expérimentée et expérimentent chaque jour. En effet, de même que le pouvoir de l'État a guidé, par un effort incroyable et constant, les masses agricoles vers la collectivisation, de même est-il actuellement présent pour aider et guider l'entreprise collective agricole dans chacun de ses pas. Cette vérité doit être une fois de plus mise en relief. En effet, si la vie de la kolkhoze présente parfois des formes ou des expressions qui résonnent même dans le rythme de la vie économique capitaliste, leur différence reste toujours grande, précisément parce que le régime de l'État des Soviets leur donne une tout autre signification et une tout autre valeur. » (p.36.) « Mais ce n'est pas seulement par la Station de machines et tracteurs que la présence et l'œuvre du pouvoir de l'État s'expliquent comme force intégrante et parfois dirigeante de la vie de l'entreprise collective. Il y a encore d'autres facteurs au moyen desquels il agit : l'usine et la ferme agricole d'État, ou sovkhoze. L'usine, précisément par l'effet de la collectivisation agricole, a trouvé le chemin et le motif de son installation à la campagne où elle aide et encourage la culture qui fournit la matière brute à élaborer et transformer. Les usines dans les pays bourgeois se concentrent le plus souvent dans les villes, soit pour ce motif social et politique que le régime capitaliste a tout intérêt de garder le prolétariat des villes loin des populations paysannes, soit parce que celles-ci, dans leurs petites entreprises agricoles, sont plus portées, bien souvent irrationnellement, à la variété et à la pluralité des cultures. Cette dernière tendance existait aussi dans les campagnes soviétiques ; mais dès que le processus de la collectivisation commença avec celui de l'industrialisation rurale, il surgit immédiatement la possibilité et l'intérêt de rapprocher l'usine de la grande ferme agricole. » (p.39-40.) « Le caractère industriel de la sovkhoze et sa spécialisation, qui s'étendit même à tous les élevages les plus importants, donnent désormais à cette entreprise la véritable structure d'une industrie. La sovkhoze représente réellement la grande industrie agricole soviétique. Il suffit de remarquer le simple fait que les sovkhozes cultivant du blé atteignent les plus grandes entreprises industrielles, soit dans la mécanisation de la production, soit dans la formation organique de leur capital. La partie constante de celui-ci, pour citer un exemple, atteint dans quelques sovkhozes les 92 % du capital total ; donc très peu inférieur au pourcentage qu'on retrouve dans les usines Poutilov, à Leningrad, qui est de 95 %. » (p.41.) « Pour revenir à l'organisation du travail dans l'entreprise agricole collective, qui s'orienta dans la voie magistralement tracée par Staline et plus spécifiquement élaborée par l'action du Commissaire du peuple à l'Agriculture, Iakovlev, je dirai que le système de distribution du travail par familles et la division des produits de la ferme par tête furent bientôt abandonnés. Ainsi qu'à l'usine, le travail dans sa qualification et dans sa quantité devait servir à l'artel de base pour la répartition, sous toutes ses formes, des revenus de l'entreprise. Et c'est l'émulation qui devait être la force propulsive, pour porter la productivité du travail à son degré le plus haut et le plus perfectionné. » (p.43.) « Mais on dira alors : « C'est le travail à la tâche, cette méthode qui est la plus caractéristique de l'exploitation de la main-d'œuvre dans l'agriculture et dans l'industrie capitalistes ! » Je me souviens d'avoir mené moi-même une lutte continue, dans les grandes fermes des cultivateurs lombards, en Italie, pour empêcher que les travailleurs agricoles y fussent embauchés comme tâcherons ; je réclamais au contraire qu'on les payât par tête et par heure. Et j'avais raison. Chez le capitaliste ce système tend à épuiser toute l'énergie du travailleur, à exciter son désir violent du gain, et cela exclusivement pour le plus grand profit du patron. Ce que représente la petite augmentation de salaire que le travailleur peut obtenir par un effort de ses muscles, est quelque chose de pauvre, d'infime, de piteux, en comparaison de ce qu'en tire le capitaliste. C'est cette disproportion impudente qui a poussé tous les travailleurs agricoles et d'usine à vouer à ce système toute leur haine ! Détruisons les bénéfices du patron ; identifions, pour ainsi dire, ces bénéfices avec ceux du travailleur, de manière qu'il puisse, comme cela arrive dans l'entreprise agricole soviétique, acquérir un double avantage : celui, immédiat, d'une plus grande rétribution de son œuvre, et celui, beaucoup plus important, du profit apporté à l'entreprise, qui lui appartient à lui aussi. Le travail à la tâche deviendra alors le système vers lequel tout travailleur aspirera à arriver pour sa satisfaction matérielle et morale. Fixer dans une entreprise agricole capitaliste la rétribution du travail d'après sa qualification et sa quantité et lier ce principe par le système du paiement à la tâche individuel ou collectif, c'est là un moyen d'exploitation tellement connu et prouvé, que tout travailleur conscient, ouvertement ou secrètement, n'a pour lui que de la répugnance. Et s'il l'accepte, il le fera seulement parce que poussé par la nécessité ou obligé par la force ; mais sa fatigue en sera constamment exaspérée. Son travail lui sera plus lourd, plus dur et plus pénible. Transportons cependant ledit système dans la vie et dans l'atmosphère de la ferme soviétique, où il ne reste de lui que le nom et la forme, la substance et l'esprit en étant radicalement transformés, et son application cessera d'être une peine imposée au travailleur, mais elle deviendra au contraire un de ses désirs les plus vifs. La dureté même du travail diminuera et s'égayera. Le travail se fondra dans la jouissance de l'âme et du corps. Il multipliera les énergies physiques du travailleur et l'incitera à l'amour, chaque jour plus profond, pour l'entreprise où il vit, car il s'élèvera et progressera avec elle. » (p.44.) « Il est un fait très remarquable qui se vérifie dans la Russie nouvelle, en opposition à ce qui se passe dans les pays bourgeois. L'usine, la ville, qui aussi dans l'Union des Soviets appelaient de nombreux paysans et exerçaient surtout parmi les jeunes leur attrait, virent, avec le commencement et le développement de l'industrialisation agricole, un grand reflux vers la campagne des éléments ruraux émigrés. Ils y retournèrent avec un amour véritable ; ils y apportaient les fruits de la vie et de l'expérience acquise pendant leur séjour parmi le prolétariat industriel, où les nouvelles directives pour l'organisation du travail et pour l'émulation entre les groupes ouvriers et entre les usines avaient été accueillies avec tant d'enthousiasme et avaient donné naissance aux initiatives les plus géniales. Ainsi, par exemple, dans bien des usines, outre les brigades de choc, se formèrent des brigades de remorquage, des brigades pour la bonne qualité du produit, des brigades pour le meilleur rendement, etc. Il faut souligner encore un fait qui montre avec combien de passion l'ouvrier de la ville aime et suit cette réorganisation profonde de la vie rurale. Il est bien difficile, surtout pendant l'été, de visiter la campagne collectivisée sans y trouver des groupes d'ouvriers, qui s'y rendent, pas seulement parce qu'ils sont chargés par leurs fabriques d'aider les kolkhoziens dans certains travaux, mais aussi parce qu'ils sont mus par le désir de s'unir et de collaborer à l'industrialisation de l'entreprise collective. » (p.45.) « La femme soviétique s'est éveillée, a vécu et s'est forgée, sous le feu des batailles continuelles. Son histoire la met à l'ordre du jour pour ses sacrifices dans les combats de la Révolution et dans ceux encore plus dramatiques de la guerre civile. Mais ce qui la forma davantage, ce fut essentiellement le régime né d'Octobre, ce furent les principes qu'il proclama et les initiatives qu'il en fit jaillir : l'égalité de la femme et de l'homme dans leurs droits politiques et de travail, la particulière protection de la femme pendant sa maternité, les soins sociaux inlassables et toujours plus attentifs envers ses enfants, son élévation à toutes les occupations auxquelles elle peut aspirer. C'est de cette manière que la paysanne soviétique, après s'être façonnée dans la lutte contre ses ennemis, a accru et éduqué son intelligence et sa conscience jusqu'à comprendre et suivre, dans le plus grand enthousiasme, cette formidable révolution rurale que fut la collectivisation. » (p.47.) « Un correspondant du fascisme italien, envoyé dans la Russie soviétique, conclut ses quelques articles sur la collectivisation, en affirmant que la Révolution existait... surtout dans les mots. « Partout », disait-il, « de nouveaux noms pour désigner les kolkhozes ; et des noms comme : « Aurore », « Octobre », « L'Assaut », « Le Pouvoir des Soviets », « Le Bolchevique », etc.. » Il n'a même pas compris que certaines désignations, issues du peuple, sont plus expressives que tout autre baptême. Les nouveaux noms se substituaient par exemple à ceux de « Nejelovo », « Neuroschaïevo », « Golodovka », etc, par lesquels, avant la Révolution, ces paysans avaient nommé le village « de ceux qui ne mangent pas », le village « de la maigre récolte », le village « des affamés » ! Oh ! si dans les pays fascistes, dans l'Europe qui épuise les masses agricoles, ces dernières pouvaient, elles aussi, rebaptiser leurs villages ! » (p.49.) « Je ne sais pas si les quelques millions d'exploitations individuelles et paysannes qui ne sont pas encore entrées dans les rangs de la collectivisation, en resteront encore longtemps éloignées. Il me semble que je ne me trompe pas en disant que cela dépendra notamment du développement de l'industrie soviétique, d'où l'agriculture devra tirer en grande partie les moyens nécessaires à sa transformation et à son progrès, et de la maturation simultanée de la conscience collectiviste parmi les masses agricoles qui peuplent les régions de la Russie asiatique. Cela dépendra encore d'un complexe de facteurs de la politique internationale, car il est clair que l'Union des Soviets devra tenir les yeux grands ouverts, entourée comme elle est par le monde capitaliste, voire par une forêt d'armes dirigées avant tout contre son existence et son avenir. Toute prévision me semble enfin assez difficile à faire, car ce ne serait pas la première fois que la méthode « bolchevique » entre en action dans toute sa force, en réalisant par là ce qui auparavant paraissait impossible. Ce mot « bolchevique » n'indique pas seulement un déploiement exceptionnel d'énergies, de volontés, d'ardeur et d'héroïsme dans une action déterminée ; il signifie aussi que, dans le monde soviétique, il y a une force qui dirige et agit et dont l'efficacité est incalculable. Cette force c'est l'État, l'État prolétarien, synthèse de la puissance d'une masse ouvrière et paysanne toute tendue dans un effort de conquête. Il est fort probable donc, qu'avant toute prévision, la collectivisation absorbe aussi ces autres millions des petites entreprises et que pas un paysan de l'Union des Soviets ne reste étranger à l'organisation agricole collective. » (p.50.) « En Europe capitaliste, les masses agricoles sont désormais dans l'impossibilité absolue de payer cette écrasante charge foncière, qui s'accompagne d'un grand nombre d'autres impositions vexatoires sur le bétail, sur les outils d'inventaire, sur tout ce dont est composée la petite ferme paysanne. Dans l'Italie fasciste, par exemple, la petite entreprise est bien grevée par quinze impôts de genres divers. Il y en a même sur les volailles. Ce n'est pas de la rhétorique que la phrase qui sort de la bouche des paysans et qui dit : « Il ne nous reste plus que nos enfants qui ne soient pas frappés par la férocité du fisc ! » S'il y a quelque chose dans le régime soviétique qui flétrit une telle infamie, cela réside certainement dans la conception que ce régime a de l'impôt et de la méthode par laquelle il est prélevé. L'impôt foncier constitue un revenu presque insignifiant dans le bilan de l'État prolétarien. C'est, nous le verrons, d'une source bien différente que dérivent ses revenus. Par exemple, dans le budget de 1932, qui était environ de 31 milliards de roubles de recettes, l'impôt foncier n'atteint même pas le chiffre d'un demi-milliard. Et il n'a presque jamais changé, bien que le revenu de la population agricole ait varié et que pour 13 milliards de roubles environ en 1930, on l'estimât en 1932 une somme supérieure à 22 milliards. » (p.52.) « Si l'on considère l'artel comme une entreprise agricole industrialisée, il resterait à voir quel est le sort, toujours du point de vue économique, de celui qui en est membre, vis-à-vis de celui qui travaille dans la grande ferme capitaliste. Et cette comparaison est bien cruelle pour ce dernier ! Le bilan le plus récent de la grande ferme dans la région agricole la plus industrialisée de l'Italie fasciste, la Lombardie, porte cette précise constatation : la partie représentant les frais de la main-d'œuvre, sur le revenu brut total de l'exercice agricole est de 25 % environ ; le reste, c'est-à-dire 75 %, va au propriétaire comme taux de son capital terrien ; va au propriétaire comme taux de son capital mobile et d'inventaire ; va encore au propriétaire ou à son substitut, en tant que dirigeant de la ferme. Et, après que l'on a défalqué les frais d'exercice et les impôts, le reste va encore garnir ses caisses comme bénéfice. Le montant des salaires dans la grande ferme, que j'estime la mieux organisée de l'Europe capitaliste, atteint à peine le double de ce que la ferme collective, l'artel, assigne à son bilan pour la seule assistance invalidité et vieillesse. » (p.58.) « Ainsi que je l'ai dit au sujet des grandes sovkhozes d'élevage, aussi à l'égard des sovkhozes spécialisées dans la culture des céréales, de ces « fabriques géantes » de blé, comme les appelait la presse soviétique, on a apporté forcément des innovations dont je parlerai plus loin. Je me plais ici, à me rapporter directement à ce que j'ai vu de mes yeux, afin de mieux souligner leur rapports avec l'entreprise agricole collectivisée. Je choisis, entre les nombreuses sovkhozes pour la culture des céréales que j'ai visitées en 1930, une sovkhoze du Caucase du nord, distante environ de cinquante kilomètres de Rostov, et qui est célèbre pour son caractère scolaire expérimental. Elle était contremarquée du numéro « deux », car une autre sovkhoze à côté l'avait précédée et surpassée par l'ampleur du territoire. Cette sovkhoze m'apparut vraiment des plus indiquées pour l'étude, car elle était non seulement une entreprise destinée à la culture du blé, mais elle avait annexé un Institut pour la préparation du personnel technique et une station expérimentale pour les machines agricoles. » (p.65.) « En 1931 et en 1932, l'État allouait à l'agriculture, pour les seules machines agricoles, une somme supérieure à un milliard et demi de roubles. Quatre ans après le commencement du premier Plan Quinquennal, déjà 167.000 tracteurs sillonnaient les plaines sans limites, les vallées qui se suivent les unes les autres, et montaient dans plusieurs zones jusqu'à fendre les flancs mêmes de la montagne. Au printemps de 1933, Molotov, lors de la Conférence régionale des kolkhoziens de la moyenne Volga, affirmait : « Dans une seule année, de juin 1933 à juin 1934, nos usines nous donneront 68.000 tracteurs, dont 4.500 « caterpillars » d'un grand rendement, fabriqués pour la première fois dans l'Union des Soviets par les usines de Tchéliabinsk. » En effet, les derniers chiffres de 1933 étaient de 204.000 tracteurs, développant une force de 3.100.000 CV. Les Stations des machines et tracteurs, ces centres puissants où se trouve la plus grande partie des machines agricoles, s'élevèrent en 1933 à plus de 3.000 et élargirent leur œuvre sur un territoire de 70 à 80 millions d'hectares. La presse bourgeoise chaque jour plus décidée à nier ou à diminuer les succès qu'obtient l'Union des Soviets dans l'industrie agricole, ne se cache pas cette réalité ; elle ne se tait pas non plus sur le fait que l'industrie de l'État prolétarien est en train de se soustraire à la nécessité d'une importation ultérieure de machines et de tracteurs de l'étranger. » (p.68.) « Avec la collectivisation et son admirable agrandissement, aussi la préparation et l'entraînement de la force motrice première, celle de l'esprit, subirent une nouvelle et formidable poussée. Toute sovkhoze, nous l'avons vu, est une école. Toute Station de machines et tracteurs est aussi une école. La kolkhoze a transformé et vivifié tout le village et la campagne tout entière, où l'on vit dans une atmosphère chargée d'éléments nouveaux pour l'esprit. Tout cela s'est uni à l'effort incalculable de l'État soviétique, effort que même ses adversaires reconnaissent. Les enfants des villages arrachés à l'analphabétisme, poussés à apprendre obligatoirement les notions principales du savoir, dans leur majorité s'élèvent et parviennent aux plus hautes études de la spécialisation scientifique et de la technique agraire. Depuis 1929, cet effort s'est multiplié, a démesurément grandi. Il n'est pas de région où un Institut spécial n'ait été fondé, pris déjà au commencement par la fièvre d'accueillir le plus possible d'éléments que les usines ou les entreprises agricoles envoient pour en faire les forces dirigeantes les plus perfectionnées de la nouvelle agriculture soviétique. C'était une des propositions de Staline qui déterminait les pivots de la phase historique vers laquelle marche fatalement l'Union des Soviets. « Notre pays, disait-il en 1931, est entré dans une période de développement, où la classe travailleuse doit elle-même former ses propres intellectuels et ses techniciens pour la production. » » (p.70.) « Parmi les écrits de Gorki, durant ces trois dernières années, les plus passionnés et vibrants ce sont justement ceux qu'il dédie aux miracles de la vie intellectuelle, de la culture, du progrès éducatif, qui se produisent dans tous les villages, et qui transforment la Russie de l'analphabétisme du temps des tzars en un pays où l'on étudie le plus et où travaillent davantage les fonctions de l'intelligence et les énergies mystérieuses de l'esprit. Au mois d'août 1931, il célébrait en des pages brèves, mais que l'on dirait entaillées dans la pierre tellement elles sont fortes et précises, l'anniversaire de la décision du Gouvernement des Soviets, par laquelle on rendait obligatoire l'enseignement élémentaire et l'on dotait tous les villages, mêmes les plus perdus, des moyens financiers nécessaires à cet enseignement. Dans cet écrit Gorki faisait, remarquer que de l'enseignement obligatoire primaire, on était arrivé déjà l'année suivante à l'enseignement de sept ans, dans tous les centres ouvriers et dans toutes les régions agricoles collectivisées ; et que les écoles instituées dans les usines, dans les sovkhozes et dans les kolkhozes, constituaient un système fixe, arrêté, d'enseignement, et marquaient ainsi une nouvelle étape décisive, vers la réalisation d'un nouveau grand programme : l'instruction polytechnique jusqu'à dix-sept ans. L'instruction agraire et deux régimes Il n'est aucun État bourgeois qui puisse se proposer ce noble but. Gorki, dans son cri de joie et de bataille pour ce que réalisait cette Russie qu'il avait si ardemment désirée, flétrissait la réalité opposée du monde bourgeois. Lui, qui arrivait de l'Italie fasciste, écrivait que dans une ville, sur deux cents jeunes gens qui avaient fini leurs études secondaires et voulaient s'inscrire à l'université, quatre seulement y furent admis. En Allemagne, la presse du Gouvernement s'efforçait de démontrer l'excédent d'étudiants aux cours d'études supérieures ; et elle en tirait comme conclusion la nécessité d'en réduire le nombre par tous les moyens. Les États-Unis s'étaient engagés dans la même voie. « Les capitalistes craignent — concluait Gorki — que les forces intellectuelles qu'ils ne peuvent plus absorber et exploiter à leur profit, ne passent du côté de la classe ouvrière pour servir leur grande cause aussi consciencieusement qu'ils ont servi celle de l'édification de la prison de l'État capitaliste. » » (p.71.) « Dans l'Italie fasciste, un groupe d'ingénieurs fut chargé de faire des études pour un accroissement de l'électrification de l'entreprise agricole. Le résultat a démontré qu'il n'est possible, du point de vue technique, d'appliquer utilement la force électrique, que dans la « grande » ferme industrialisée. Et aussi pour cette ferme le coût de l'énergie est trop élevé et son emploi ne peut s'effectuer que si l'État y concourt avec 50 % des frais. Toute possibilité d'usage de la force électrique dans la petite et la moyenne ferme, est donc à exclure. En face de cette réalité, qui est indiscutable non seulement pour un pays mais pour le monde capitaliste tout entier, s'oppose la réalité des campagnes soviétiques. Ici la transformation révolutionnaire permet et facilite l'introduction de tous les bienfaits de la science. Ici, la mécanique et la chimie peuvent, ainsi que l'électrotechnique, oser les expériences les plus hardies dans l'intérêt de toute la collectivité travailleuse. » (p.75.) « L'État des Soviets a réellement créé toutes les possibilités pour l'industrialisation agricole la plus parfaite. Avec sa collectivisation qui se généralise chaque jour davantage ; par ses fermes qu'il gère directement ; par son industrie en marche vers des capacités de production énormes; par la fièvre d'étude qui s'empare même de la dernière couche de la population, l'État soviétique possède des éléments tels qu'il est impossible de les trouver dans les pays capitalistes. Et comme si cela ne suffisait pas, il y ajoute la puissance des moyens dont il pourra disposer toujours davantage. » (p.77.) « La machine, dans les campagnes industrialisées de l'Amérique, a multiplié la production du blé et du sucre. Mais, cependant que par milliers de tonnes ces produits destinés à l'alimentation de l'homme sont engloutis par la mer ou condamnés au feu, il existe là-bas des millions de paysans qui languissent dans la misère ; le nombre de ceux qui n'ont pas de pain s'accroît tous les jours ; et les affamés marchent sur la capitale pour en être repoussés par les mitrailleuses du Gouvernement. Ce qui arrive aux États-Unis, se répète, dans une mesure et sous des formes variables, dans tout le reste du monde bourgeois. N'envoie-t-on pas à l'abattoir, en Hollande, dans les pays dont l'industrie zootechnique est des plus évoluées, des centaines de bêtes laitières dans l'espoir de diminuer la production et provoquer une hausse sur les prix des produits du lait, tandis qu'à une partie considérable de la population travailleuse des villes et de la campagne, faute d'argent, il est absolument interdit de s'acheter le lait pour l'usage familial ? C'est dans cette tragique contradiction, dans cette apocalyptique vision d'une surabondance démesurée de produits du côté de la classe capitaliste et d'une pauvreté sans égale qui augmente sans cesse et répand la ruine parmi les masses prolétariennes, c'est dans cette contradiction ouverte que se trouve la condamnation, irréfutable et inexorable, du régime économique et politique du monde bourgeois. C'est par cette répudiation qu'aujourd'hui il est poussé à faire des bienfaits de la mécanique, des progrès de la zootechnique, des résultats de la science, que se manifeste l'aveu formel de son agonie. C'est la caractéristique du mourant, de repousser avec mépris et nausée la nourriture dont il s'est alimenté le plus. » (p.79.) « Il y a dans la collectivisation agricole une autre forme, « la plus complexe et la plus difficile », selon l'expression adoptée, il y a quelques années, par Staline : la commune. Son histoire a suscité une constante sympathie parmi les masses laborieuses soviétiques ; son nom était un symbole. » (p.81.) « La presse bourgeoise — qui ne se le rappelle ? — commença une campagne contre le régime né de la Révolution d'Octobre, en le rendant responsable du sort misérable des milliers de jeunes gens et d'enfants qui, loqueteux et hâves, peuplaient le pavé des villes et des centres ruraux. Non ; ces jeunes gens étaient l'expression vivante de la tragédie où un monde entier d'ennemis avait poussé l'État prolétarien, pour l'étouffer dans le sang et le réduire par la faim. Mais l'État prolétarien recueillit cet héritage par une admirable expansion de solidarité et de bienfaisance. Les « besprisornis » devinrent l'objet de ses attentions les plus assidues, pour les acclimater, peu à peu, à l'atmosphère de la nouvelle vie soviétique, sans employer la répression policière, mais en les rapprochant par contre du cœur de la population. Ce fut ainsi que beaucoup de familles ouvrières et paysannes, appuyées par l'État avec de particulières subventions, accueillirent ces abandonnés et les firent participer à leur travail. De nombreux instituts furent édifiés pour les éduquer et les instruire. Terre, outils agricoles, argent, furent accordés, avec d'autres privilèges, de préférence à ceux de ces jeunes gens qui désiraient retourner à la campagne pour y devenir d'énergiques reconstructeurs. » (p.81.) « Ces jeunes délaissés ont maintenant disparu de la campagne et des villes de l'Union soviétique ; mais ils poussent et pullulent dans les rues de New-York et de Chicago, et toute ville de l'Europe bourgeoise les voit affluer surtout de la campagne, cherchant du pain, la main tendue pour recevoir l'aumône. Une fois de plus, c'est la société capitaliste qui engendre ces malheureux ; et tandis qu'elle les laisse tomber et se perdre dans la misère et le vice, l'État prolétarien les recueille fraternellement et les conduit vers la vie, la prospérité et le travail. Et cette vérité est si vivante, si brûlante, qu'on n'a pas besoin de mots pour la colorer. » (p.82.) « Le successeur de Lénine, qui se présentait en 1930 devant le XVIe congrès avec la conquête réalisée du passage de millions d'économies agricoles individuelles à la grande entreprise collective, pouvait concrétiser, en février 1934, les grandioses résultats obtenus et tracer les lignes d'une ascension plus imposante et plus sûre. J'ai touché à maintes reprises, au cours de cette étude, à ses points principaux. Mais à un moment donné, Staline porte plus loin son regard et, devant la marche triomphale de l'entreprise agricole, en trace, d'une main de maître, les directives idéologiques et pratiques. La commune, dit-il, la commune primitive « surgie sur la base d'une technique peu développée et de l'insuffisance des produits », disparaît ; mais cela ne veut pas dire que la commune ne « soit nécessaire et ne représente pas la forme la plus élevée du mouvement des kolkhozes ». La commune d'hier devait à son origine et aux conditions encore arriérées de vie et de travail, l'application du système de « socialiser non seulement les moyens de production, mais aussi les conditions de vie de chacun de ses membres ». Un tel « nivellement », qui ne tenait pas compte des intérêts personnels des associés pour les coordonner avec les intérêts sociaux, a constitué le côté le plus faible des communes, à cause duquel plusieurs d'entre elles, pour continuer de vivre « furent obligées de renoncer à la socialisation des conditions de vie et de passer, dans le fait, au système régulateur de l'artel ». Cela ne représentait-il pas un recul au point de vue idéologique ? En tenant compte de la capacité et du rendement de chaque associé, de ses besoins et de ses conditions de vie, ne lésait-on pas cette loi de l'égalité qui est à la base de l'édification de la société socialiste ? Ces questions n'échappaient pas aux débats intérieurs de certains milieux soviétiques, où elles trouvaient parfois quelque indécis ; mais elles intéressaient en même temps les éléments les plus attentifs du monde bourgeois soucieux que ne leur échappât cet argument efficace de propagande et de lutte anti-soviétique et anti-collectiviste : décrire l'avenir de l'entreprise agricole collectivisée comme la réalisation d'un nivellement absolu et totalitaire de toutes les énergies et de tous les besoins individuels. Contre ces incertitudes et ces calculs, nettement contre-révolutionnaires, Staline emploie le sarcasme qui tue, tout en consolidant la doctrine haute et claire de l'égalité qui animera la société et la civilisation futures. « Le fait de songer », dit-il, « à un nivellement des besoins et de la vie personnels, est une bêtise digne d'une secte d'ascètes ». L'égalité véritable n'a rien de commun avec cette conception réactionnaire ; elle est donnée par la destruction des classes, c'est-à-dire : « a) libération égale de tous les travailleurs de l'exploitation, après que les capitalistes sont renversés et expropriés ; b) abolition égale pour tous de la propriété privée sur les moyens de production, après qu'ils ont été mis à la disposition de toute la société ; c) obligation égale pour tous de travailler selon leurs capacités et droit égal pour tous les travailleurs d'être rétribués selon leur travail (société socialiste) ; d) obligation égale pour tous les travailleurs de travailler selon leurs capacités et droit de recevoir selon leurs besoins (société communiste) ». » (p.84.) « Demain ! Mais quoique ce demain montre déjà tous ses contours, la critique bourgeoise, toujours pleine de malignité, saisit l'occasion de lancer sa dernière pierre. La grande presse capitaliste, en effet, commente la magnifique affirmation de Staline de la sorte : « C'est bien ; la campagne s'industrialise ; d'ici peu, il n'y aura plus une seule petite entreprise individuelle ; la mécanisation se sera introduite dans le petit domaine strictement familial pour détacher la femme même de ses travaux les plus naturels ; tout, depuis les lavoirs jusqu'aux réfectoires, aura atteint son but qui est celui de rendre toujours plus commune la vie de tous ceux qui travaillent dans l'entreprise agricole collective. Mais tout cela ne donnera que l'apparence du bien-être et de la prospérité, cependant qu'il aura commencé à ronger les racines mêmes de la vie et du progrès humains et aura miné cette dernière cellule vivificatrice qui est la famille. » C'est là une critique qu'on fait aujourd'hui un peu en sourdine. Le problème de la dénatalité pèse sur les pays bourgeois et inquiète les Gouvernements, surtout parce qu'elle se propage dans les campagnes considérées, jusqu'à il y a quelques années, comme les sources intarissables de la race. Il suffit de regarder n'importe quel village pour y voir toutes les familles se briser et s'épuiser sous le poids atroce de la misère et de la terreur ! Les Gouvernements fascistes recourent aux derniers expédients pour exciter l'instinct de reproduction, en accordant de petites aumônes aux paysans qui se risquent à procréer de nouveaux chômeurs et d'autres misérables ; mais en vain. Les résultats obtenus en Italie, en Allemagne, partout, sont de plus en plus négatifs. Comment donc parler de la famille, de son « sauvetage » que le processus victorieux de la collectivisation vers ses manifestations les plus hautes menacerait et empêcherait ? Le régime capitaliste exalte la famille, un « type » de famille qu'aucun bourgeois ne cherche à imiter et qui doit lui servir seulement à l'exploiter ; mais ce régime est maintenant contraint à reconnaître que c'est lui qui tue la famille. Et devant cette réalité, combien grande et combien lumineuse est encore son antithèse ! Le régime soviétique n'a pas la famille pour base ; mais il la respecte et la protège. Je ne dirai pas comment la femme se voit assistée avant et après l'accouchement, car il est connu qu'il n'est pas de pays où la maternité soit entourée de tous soins et de toute protection autant que dans le pays des Soviets. Je ne répéterai pas ce qui est si évident au sujet de l'émancipation de la femme, de la plus humble femme des champs, de son égalité de droits, de son élévation à tous les degrés de la vie sociale. Je ne réfuterai même pas l'erreur de ceux qui disent que tout cet allégement des parents, et particulièrement de la mère, de ce qu'on appelle cyniquement dans le monde bourgeois « la charge de la famille », est un danger et une alarme pour la tranquillité intérieure de la famille même et pour son développement. Toutes ces considérations sont dépassées par les résultats incontestables que le régime soviétique peut offrir à la méditation et à l'admiration du monde entier. » (p.85.) « L'organe du Vatican écrivait, il y a peu de temps, que « l'organisation de la presse soviétique est systématique et parfaite et que sa diffusion va prendre des proportions gigantesques ». Cet aveu provoque naturellement une question : « La presse soviétique, n'est-elle donc pas une presse contrôlée, commandée et dominée par le pouvoir central, privée de toute liberté, contrainte à correspondre seulement au service du Gouvernement... tout comme il arrive dans le régime le plus proche et le plus cher au Vatican et dans les autres régimes fascistes ? Et s'il en est ainsi, comment explique-t-on le fait que, pendant qu'en Italie, en Allemagne, la presse diminue très sensiblement sa diffusion, que le tirage des journaux baisse tous les jours, que les ouvriers et les paysans se refusent à les lire même offerts gratuitement, que la nausée et le dégoût de la masse devant les feuilles portant le cachet officiel s'accroissent, dans la Russie des Soviets se vérifie justement, avec éclat, le contraire ? » Là, pour se servir des mots mêmes du Vatican, la diffusion des journaux s'accroît. Là, le travailleur « veut » lire et apprendre. Les grands journaux, quoiqu'ils augmentent leur tirage tous les jours, n'arrivent pas à satisfaire les commandes. La presse quotidienne a porté son tirage de 17 millions et demi d'exemplaires en 1929 à 36 millions et demi en 1933. Et rien que pour les kolkhozes on imprimait en 1933 plus de 1.500 journaux. On ne peut pas faire, en face de tels faits, de dissertations sur la prétendue « liberté de presse ». Il y a la vérité qu'on ne discute pas, car elle est évidente pour tous. Si la presse fausse ou masque la réalité ; si la presse, au lieu d'interpréter l'opinion populaire, tend à l'étouffer ; si elle ne reflète pas sa volonté ; si elle sert seulement ceux qui la commandent, cette presse est refusée par la masse et sa diffusion diminue. Elle est haïe par les masses qui la repoussent comme un poison. Une preuve éclatante nous en est donnée par l'Italie et par l'Allemagne d'aujourd'hui. Mais si la presse est, au contraire, l'écho des sentiments, des besoins, des aspirations de la population travailleuse ; si elle reflète sa vie, la réchauffe et la guide ; si elle accueille les vibrations les plus profondes de la conscience populaire et les rend dans un rythme et dans une harmonie fidèles, alors la presse est volontairement acceptée, est désirée, est demandée. Le journal devient une nourriture quotidienne. Et plus les masses s'élèvent, plus cet aliment leur devient indispensable. C'est ce qui arrive dans l'Union des Soviets, Ceci illustre le fait unique au monde d'une population travailleuse qui n'est jamais rassasiée de journaux et de livres. C'est une preuve indiscutable de l'évolution intellectuelle qui s'accomplit chez des millions de personnes de la campagne soviétique. Où la moindre feuille de kolkhoze arrive, là une ombre de la vieille mentalité paysanne disparaît et surgit une conscience nouvelle. » (pp.85-86.) « Qui suit l'histoire de la collectivisation agricole, plus il est libre, comme moi, de tous liens politiques, plus il constate qu'elle est dominée par l'étude et par l'action du Parti. C'est dans le Parti que s'élabore la doctrine, qu'on veille à son application, que se forment ses éléments propulseurs et se forgent ses énergies de lutte, qu'on compose les cadres et qu'on marque les étapes de toutes les conquêtes. Dans le régime de la dictature du prolétariat, Staline disait dans, ses « Questions du léninisme » que « la direction du Parti est l'essentiel ». Cela ne devrait plus scandaliser même le bourgeois ; car il entend répéter tous les jours des déclarations pareilles aux chefs des régimes dictatoriaux, qui cherchent à revêtir d'un uniforme de parti un assemblage d'hommes aux convictions, intérêts et aspirations les plus disparates et ennemies les unes des autres, pour cacher derrière lui la réalité d'un gouvernement d'oligarchie capitaliste exploitant et opprimant sans pitié les masses travailleuses. Par contre, dans l'État soviétique, c'est le prolétariat qui, à travers le Parti, commence et poursuit sa mission historique de rédemption des campagnes, de libération de tous les paysans pauvres de leurs ennemis, de transformation de leurs conditions de vie et de travail, pour les porter peu à peu à l'entreprise industrialisée et collective. » (p.87.) « Mais il y a une autre vérité qu'il faut crier à la face de tous les ennemis déclarés ou camouflés de l'Union des Soviets. Il y a quelques années, et précisément depuis que la collectivisation prit une allure sûre et prometteuse et que la réalisation du premier Plan Quinquennal se dessina dans tout son succès, les masses ouvrières virent diminuer leur ration de pain. Elles s'imposèrent des restrictions de tous les produits et se disciplinèrent dans leurs habitudes comme les soldats dans la bataille. Le motif, personne ne l'ignore. L'accroissement de la puissance économique et politique du pays des Soviets enflammait d'impatience le capitalisme mondial ; et la guerre que l'impérialisme japonais avait provoquée et commencée en Extrême-Orient, menaçait de s'étendre à la Russie de la Révolution. Il faut graver en lettres d'or l'élan et l'héroïsme admirables, par lesquels les populations ouvrières et agricoles de l'Union tout entière réalisèrent leur mission historique de poursuivre, inébranlables, dans l'édification préétablie de leur industrie et de la nouvelle agriculture, et de garantir simultanément les frontières de la grande Patrie prolétarienne contre toute agression de ses innombrables ennemis. La préparation de la guerre, dans les pays capitalistes, est l'aubaine de tous les spéculateurs et trafiquants, du grand propriétaire et du gros industriel. Mais la préparation de la défense de l'Etat soviétique devait par contre demander des efforts et des sacrifices incalculables à cette population travailleuse. Et aujourd'hui nous avons la preuve que sa conscience et sa volonté en furent tellement secouées qu'elle a pu atteindre un résultat qui surprit le monde. La menace de la guerre devient plus grande. En Extrême-Orient, où les provocations de l'impérialisme nippon contre l'Union des Soviets se répètent toujours plus ouvertement ; à l'Occident, où l'instauration du fascisme au centre de l'Europe encourage les nombreux partisans d'une guerre antisoviétique. Il y a dans l'air une odeur de guerre ; mais on cherche à dissiper l'impression qu'elle se polarisera contre le pays de la Révolution. » (p.88.) « Il existe un document à ce sujet, qui sort de la chronique et qui doit être souligné dans toute son importance. C'est le discours tenu par le porte-voix officiel du Vatican, lors du Congrès international catholique, qui s'est déroulé à Vienne en septembre 1933. Après avoir identifié le bolchévisme avec le régime régnant dans la Russie nouvelle, il déclarait : « On peut dire que le Pape n'a pas de désir plus vif que celui que ce bolchévisme soit repoussé et battu, car il est un des plus farouches ennemis de l'église catholique même. Le Saint Père a, à maintes reprises, prêché cette lutte... Il se réjouit chaque fois qu'un pouce de territoire de chaque pays est purifié de cette peste... Il attend ardemment le jour où cette libération, dans son progrès quotidien, parviendra jusqu'à cette malheureuse Russie... Dans ce but, chaque État peut et doit se servir de tous les moyens qui sont à sa disposition... » » (p.89.) « L'Armée Rouge est une expression magnifique de cet effort d'éducation et d'élévation technique de l'Union tout entière. Elle est l'armée la plus puissante du monde, non seulement par sa force militaire, mais aussi par l'esprit qui la vivifie, par l'idéal auquel elle prête serment : « la défense de l'Union soviétique et la lutte pour la fraternité de tous les travailleurs ». Et à côté de cette réalité s'élève le résultat incontestable des œuvres accomplies dans les domaines industriels et agricoles. Au moment des restrictions succède déjà la période qui amènera l'aisance et que même la sombre menace d'une guerre ne pourra interrompre dans sa marche d'édification socialiste vers des conquêtes inimaginables. Ces vérités, qui gagnent désormais les éléments intellectuels et politiques les plus en vue et les plus sérieux du monde bourgeois, se répandent comme la lumière dans les villages les plus perdus, pénètrent l'esprit des paysans même les plus renfermés et les plus ignorants. Peut-être s'ils ne les comprennent pas complètement, les sentent-ils par intuition, et apprennent-ils combien profond est l'abîme où le régime capitaliste les pousse partout, inévitablement. N'est-ce pas le chef du gouvernement fasciste italien qui, après douze ans de son régime, annonce aux populations malheureuses l'ère de la Faim ? » (p.89.) « L'histoire entière de la collectivisation est aussi un acte de foi, qui se dépouille de toute mystique religieuse et se concrétise dans l'affirmation des vérités orientatrices du devenir social. A chaque intellect qui cherche dans ce crépuscule de la civilisation capitaliste un rayon de lumière, et surtout au paysan opprimé du monde, elle dit : « Crois dans le prolétariat et dans sa force dirigeante, pour la construction du nouvel ordre économique et social ! Crois dans le droit du paysan à la terre, pour qu'il en jouisse par son travail ! Crois à l'efficacité d'une union toujours plus intime entre les ouvriers des usines et les populations agricoles, élément éducatif des masses rurales, arme de lutte pour les libérer de tous les exploiteurs ! Crois dans l'évolution nécessaire de la petite entreprise individuelle aux formes supérieures de la collectivisation, afin de parvenir à une amélioration économique et culturelle ! Crois dans l'intelligence et dans la capacité du travailleur à atteindre tous les degrés de la science ! Crois que toute conquête industrielle et agricole peut avantager toute la vie de la collectivité travailleuse ! Crois que du sombre abîme de la misère où le paysan se meurt dans le monde bourgeois, il peut et doit arriver au plein soleil ! » L'astrologue qui crie au paysan : « Prends garde au soleil, car le soleil est une masse en feu », n'a pas disparu. Mais à l'aube de chaque jour, le paysan ouvrira des yeux brillants d'espoir. Et dans la splendeur de midi s'enflammeront les énergies les plus profondes de son esprit et de sa volonté. » (p.90.)
Henry Barbusse - Staline - Un monde nouveau vu à travers un homme (1935) « Son portrait, — sculpture, dessin, photo, — est partout dans le continent soviétique, comme celui de Lénine, et à côté de celui de Lénine. Il n'est pas un coin, dans une entreprise, une caserne, un bureau, une devanture, où il n'apparaisse sur fond rouge, entre un tableau de pittoresques statistiques socialistes (icône antireligieuse), et la faucille enlaçant le marteau. Dernièrement, s'est posée partout, sur les murs de la Russie et des Républiques, une affiche représentant, en très grandes dimensions, les profils superposés de deux morts et d'un vivant : Karl Marx, Lénine, Staline. Et multiplions encore par mille : il n'y a pas beaucoup de chambres d'ouvriers ou d'intellectuels où ne figure pas Staline. Ce peuple de la sixième partie du monde, ce peuple neuf, que vous aimez ou que vous haïssez, voilà la tête qu'il a. » (p.2.) « Voici, dans ce Kremlin qui a l'air d'une exposition d'églises et de palais, et au pied de l'un de ceux-ci, une petite maison à trois étages. Celle menue bâtisse que vous ne remarqueriez pas si on ne vous l'indiquait pas, faisait partie des communs du palais, et là habitait jadis quelque domestique du tsar. On monte à l'étage où il y a des rideaux de lin blanc. Ces trois fenêtres sont celles du logement de Staline. Dans le tout petit vestibule, on se jette sur une grande capote de soldat pendue au-dessous d'une casquette accrochée. Il y a trois chambres et une salle à manger. Les chambres sont d'une simplicité de chambres d'hôtel — convenable — de deuxième ordre. La salle à manger est ovale ; on y sert un repas qui vient d'un restaurant ou que prépare une femme de service. Dans les pays capitalistes, un modeste employé ferait la grimace devant les chambres et ne se contenterait pas du menu. Un petit garçon joue dans le local. Le fils aîné Jascheka dort, la nuit, dans la salle à manger, sur un divan qu'on transforme en lit, le cadet dans un tout petit réduit, sorte d'alcôve qui s'ouvre là. L'homme, son repas fini, fume sa pipe à côté de la fenêtre, assis sur un quelconque fauteuil. Il est toujours vêtu de même. En uniforme ? Ce serait trop dire. C'est plutôt une indication d'uniforme, un accoutrement de simple soldat encore simplifié : bottes, culottes et veste montante kakis. On cherche dans sa mémoire : Non, on ne l'a jamais vu habillé autrement, sinon, l'été, en toile blanche. Il gagne, par mois, les quelques centaines de roubles qui constituent le mince salaire maximum des fonctionnaires du Parti Communiste (ça ferait, chez nous, quelque chose comme quinze cents ou deux mille francs). » (pp.2-3.) « Cette sorte de génie de se mettre au niveau des auditeurs, c'est la raison profonde de la confiance que cet homme a suscitée dans les foules, et du rôle qu'il lui a été donné d'accomplir. Ne nous y trompons pas d'ailleurs : se mettre au niveau ne signifie pas s'abaisser, se rapetisser, ou user d'une familiarité amorphe. Loin de là, Orakhélachvili, compagnon d'alors de Sosso, me donne une définition nette : « Il n'était ni schématique, ni vulgaire. » Il considérait le militant comme un transformateur qui dit les mêmes choses que le théoricien le plus savant, mais en les adaptant à l'esprit et à la culture de l'auditeur. Comment ? Par des images, par des exemples vivants. Nous autres, explique Orakhélachvili, nous autres qui formions avec lui un groupe de propagandistes, nous ne pouvions pas nous dépêtrer d'une certaine terminologie. Nous étions hantés par la thèse, l'anti-thèse et la synthèse et autres clefs de la dialectique. Et cet attirail transparaissait trop dans nos discours aux ouvriers et aux paysans. Pas dans ceux de Staline. Il prenait les choses par un autre côté, par le côté de la vie. Par exemple, il empoignait la notion de la démocratie bourgeoise, et montrai |