Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui

Les documents présentés sur cette page sont à prendre en compte à titre documentaire, en ayant en vue les limites, erreurs et déviations du mouvement communiste international se réclamant du marxisme-léninisme analysées dans notre étude « Impérialisme et anti-impérialisme » de mai 2007.

Sommaire :

La ligne ascendante et la ligne descendante de la révolution au 20ème siècle

Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui

Commémoration Staline : discours de Juliette Broder

Introduction du livre Un autre regard sur Staline : Introduction Staline est au centre de l’actualité dans les anciens pays socialistes Staline est au centre du débat politique dans les pays qui maintiennent le socialisme L’œuvre de Staline gagne en actualité dans le tiers monde L’œuvre de Staline prend aussi une nouvelle signification dans la situation créée en Europe depuis la restauration capitaliste à l’Est Dans les partis communistes de par le monde, la lutte idéologique autour de la question de Staline présente de nombreuses caractéristiques communes

Staline a été la plus grande personnalité du 20ème siècle, le plus grand génie politique : Staline et le combat pour l'indépendance contre l'impérialisme Staline et le combat pour le développement socialiste Staline et le Parti révolutionnaire bolchevique Staline et le danger mortel de l'opportunisme et de l'infiltration Du social-démocrate Boukharine au révisionniste Gorbatchev Staline et l'alliance antifasciste internationale Le rôle déterminant de Staline dans la grande guerre antifasciste En 1945, les Etats-Unis ont repris le flambeau hitlérien De la Contre-révolution en Union soviétique au Front mondial contre les guerres américaines

Mao Zedong et Staline : La naissance du Parti du Travail de Belgique Staline contre le révisionnisme titiste Le révisionnisme et scissionnisme de Khrouchtchev L'attitude hésitante de Mao Mao contre le révisionnisme khrouchtchévien Mao et la continuation de la révolution sous le socialisme L'anti-maoïsme de Brejnev Social-impérialisme, social-fascisme Le passage du socialisme au capitalisme Alliances sans principes et révisionnisme La lutte pour l'unité des communistes Conclusion

Manifestations en ex-URSS le 5 mars 2003 à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Staline

En 1936, une nouvelle constitution est adoptée en URSS : tous les organes du parti sont désormais élus au suffrage universel direct masculin et féminin. L'extension du droit de vote concerne l'ensemble des citoyens de l'URSS qui n'adhéraient pas au parti : à l'époque,  les succès de l'industrialisation, de la collectivisation et de la révolution culturelle sont tels, que la contestation était anéantie idéologiquement : elle fût forcée de reconnaître possible la construction du socialisme dans un seul pays.  Le but de la vaste consultation populaire était de lutter efficacement contre la tendance bureaucratique de certains cadres du parti en faisant participer activement les peuples de l'URSS à la vie politique, les rendre maître de leur destin. Les cadres élus sont facilement destituables par le peuple s'ils se montrent incompétents. Pas d'immunité  politique : les cadres doivent rendre des comptes. C'est cela le mécanisme des "purges". A quand cette démocratie participative en France ? Sous les révisionnistes qui proclamèrent la victoire définitive du socialisme en URSS, ce contrôle populaire post-électoral se verra amputé, favorisant la bureaucratisation du parti et l'accès au pouvoir d'une nouvelle nomenclatura ; préparant ainsi la restauration sauvage du capitalisme.

"... La lutte intérieure donne au parti la force et la vitalité : la preuve la plus grande de la faiblesse du parti, c'est son amorphisme et l'absence de frontières nettement délimitées ; le parti se renforce en s'épurant..."

(Extrait d'une lettre de Lassalle à Marx, 24 juin 1852.)

 

 

La ligne ascendante et la ligne descendante de la révolution au XXème siècle

La ligne ascendante de la révolution au XXème siècle

La guerre de Corée a été la première défaite de l'impérialisme américain. Selon les lignes indiquées par Lénine, Staline a dirigé l'édification socialiste à partir de 1923. Il a fait du parti bolchevique un grand parti de masse qui a réalisé quatre miracles : l'industrialisation socialiste, la collectivisation et la modernisation de l'agriculture, la révolution culturelle qui transforma un pays arriéré en un pays d'intellectuels et de travailleurs cultivés, l'organisation d'une puissante armée rouge équipée des armes les plus modernes.

A partir de la crise de 1929, les puissances impérialistes les moins bien «servies» en colonies, se sont préparées à nouveau fébrilement à la guerre. Ce fut le début de la seconde phase dans la crise générale du système impérialiste. La Seconde Guerre mondiale a éclaté en 1939. Une nouvelle fois, la preuve était faite que l'impérialisme conduit nécessairement à la guerre. Grâce à la direction clairvoyante de Staline et du Parti bolchevique et à l'héroïsme de l'armée rouge et des masses travailleuses, l'Union soviétique est sortie victorieuse de la plus grande et de la plus terrible guerre que l'histoire ait connue. Le prestige du socialisme était au zénith. Dans le monde entier, les ouvriers et paysans voyaient qu'il y avait une alternative à l'exploitation et à la barbarie du capitalisme et de l'impérialisme.

Dans la foulée de la victoire sur le fascisme allemand, les pays de l'Europe de l'Est ont institué des Républiques Démocratiques et ont réalisé ensuite leur passage au socialisme. Dans la foulée de la victoire sur le fascisme japonais, les peuples coréen, chinois, vietnamien et autres, sous la direction de leur parti communiste respectif, sont sortis vainqueurs de dizaines d'années de guerres révolutionnaires contre la domination impérialiste et fasciste et ont ensuite réalisé aussi leur passage au socialisme. Le capitalisme et l'impérialisme ont connu une seconde défaite stratégique et le rapport de forces au niveau mondial s'est transformé en faveur des peuples opprimés et des ouvriers. Inspiré par toutes ces victoires dans la guerre antifasciste et par le renforcement du camp socialiste, le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière a connu un essor dans le monde entier, les luttes révolutionnaires pour l'indépendance ont déferlé de l'Inde au monde arabe et à l'Afrique noire.

La révolution coréenne illustre clairement ce rapport de forces à cette époque. Au lendemain de l'indépendance, en 1945, la Corée est un pays sous-développé par 30 ans de colonialisme japonais. Il faut tout construire : une industrie indépendante, une agriculture moderne, un réseau d'enseignement et de soins de santé, etc. C'est à cette tâche que s'attelle la République Populaire Démocratique de Corée, qui s'est instaurée au Nord. Plus de 700 000 paysans reçoivent un lopin de terre, les grandes entreprises et les mines sont nationalisées. La production industrielle augmente de 237% de 1946 à 1949. Et quoique le relief du Nord de la Corée offre peu de terres cultivables, la production céréalière augmente de 10% durant la même période.

Pendant ce temps, au Sud, les Américains prennent la place de l'occupant japonais. Ils utilisent tel quel l'appareil de répression fasciste et s'emparent de toutes les propriétés des Japonais. Le Gouvernement militaire américain devient ainsi le premier propriétaire foncier de Corée du Sud. Le peuple en vient à préférer l'occupant japonais, tant la répression est féroce. Mais surtout, il aspire à rejoindre la République Populaire Démocratique de Corée. Les grèves éclatent dès 1946 et, en 1948, les provinces du Sud se soulèvent. La répression est terrible. Les Américains inaugurent les tristement célèbres «hameaux stratégiques» sur l'île de Cheju, où Près de 80 000 personnes sont massacrées ! Un génocide commis par l'impérialisme américain.

C'est dans ce contexte qu'éclate la guerre de Corée, le 25 juin 1950. C'est un déluge de bombes qui s'abat sur la Corée du Nord, laquelle sera entièrement détruite. Tout ce que la RPD de Corée avait pu bâtir en cinq ans de paix est réduit à néant. Rappelons-le, ce fut la première guerre perpétrée sous le pavillon de l'ONU. Les USA avaient habilement profité du boycott de l'Union soviétique, qui par son absence protestait contre l'exclusion de la République Populaire de Chine de l'ONU. Ils ont eu beau dépenser plus de 165 milliards de dollars, massacrer 4 millions de Coréens, dont 3 millions de civils, utiliser des armes chimiques et bactériologiques, ils n'ont pu venir à bout des combattants coréens et de leurs alliés chinois, tandis qu'un mouvement de solidarité avec la Corée et d'opposition à la guerre d'agression mobilisait travailleurs et progressistes de par le monde entier. Cette guerre fut la première défaite de l'impérialisme américain. Le 27 juillet 1953, les Américains signent l'armistice. Comme l'explique Kim Il Sung : «la guerre de Corée a clairement montré à la face des peuples du monde entier que rien ne pouvait soumettre un peuple qui s'est dressé pour combattre le colonialisme et sauvegarder la liberté et l'indépendance de sa patrie.»

La ligne descendante de la révolution au XXème siècle

La ligne ascendante de la révolution mondiale, c'est-à-dire de la révolution socialiste et de la révolution anti-impérialiste, nationale et démocratique, a été cassée à partir des années 1956-1960, lorsque les tendances opportunistes ont pris le pouvoir dans le Parti bolchevique, En effet, la contre-révolution capitaliste de 1989-1990 a été préparée idéologiquement et politiquement dès l'arrivée au pouvoir de l'équipe Khrouchtchev en 1956. Celle-ci a initié une rupture radicale avec la politique révolutionnaire suivie sous Lénine et Staline. Tous les principes marxistes-léninistes ont été liquidés l'un après l'autre. Les révisionnistes ont déclaré que le socialisme avait définitivement triomphé, qu'une restauration capitaliste était devenue impossible, que la lutte des classes avait cessé en Union soviétique et, par conséquent, que la dictature du prolétariat contre la bourgeoise et les éléments bourgeois n'était plus nécessaire. Le combat révolutionnaire contre l'impérialisme a été abandonné depuis que Khrouchtchev a déclaré : «Nous voulons être amis avec les États-Unis et coopérer avec eux dans la lutte pour la paix et la sécurité des peuples.»

Le camarade Kim Il Sung, dans un discours prononcé à une réunion plénière du CC du Parti du Travail de Corée le 3 janvier 1992, analysait le déclin révisionniste de l'URSS en ces termes : «L'édification du socialisme, puis du communisme, s'accompagne d'une âpre lutte contre les éléments hostiles et les impérialistes. Dans la mesure où les impérialistes poursuivent leurs manœuvres contre le socialisme et que des éléments malsains liés aux impérialistes demeurent dans la société socialiste, le pouvoir socialiste, en tant qu'arme révolutionnaire, doit veiller en permanence à ce que des éléments contre-révolutionnaires et antisocialistes ne se lèvent pas. D'autre part, il doit briser, en temps opportun, les tentatives des impérialistes et des réactionnaires visant à entraver la révolution et le développement du pays et à détruire le régime socialiste. La société socialiste étant transitoire, si le rôle dictatorial du pouvoir envers les ennemis y est affaibli, il sera impossible d'assurer au peuple la liberté et les droits démocratiques et de sauver les acquis de la révolution, et le régime lui-même serait en danger Renforcer le pouvoir populaire et accroître ses fonctions et son rôle est une garantie sûre pour la sauvegarde et l'achèvement de l'œuvre socialiste.»

Après Staline, les principes communistes ont été abandonnés les uns après les autres !

Lors de sa première rencontre avec Ludo Martens, le 25 juin 1990, Kim Il Sung lui a déclaré : «Après la mort de Staline, l'Union soviétique suivi une politique révisionniste et, maintenant, ce pays est tombé en ruine. Il possède un sixième de la superficie de la terre, une population de 280 millions d'habitants. Mais 70 années de socialisme ont été annulées. Ils sont tombés dans le bureaucratisme. Le travail du parti a été négligé, de même que l'éducation dans l'esprit révolutionnaire. Ils ne se sont pas tenus aux principes marxistes-léninistes. Ils n'ont pas éduqué les gens dans le marxisme-léninisme, mais ont cherché l'argent et les villas. Après la mort de Staline, Khrouchtchev a suivi cette voie.»

Durant les 35 ans séparant l'arrivée au pouvoir de Khrouchtchev de la victoire de la contre-révolution en 1989, des cadres et militants bolcheviques ont courageusement critiqué le révisionnisme au sein de leur parti. Mais c'est néanmoins la contre-révolution qui l'a remporté, fût-ce temporairement, nous en sommes convaincus.

 

 

 

Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui

A l'occasion du 50e anniversaire de la mort de Staline : une conférence de Ludo Martens à l'ULB

Ludo Martens, président du PTB, est l'auteur d'une kyrielle d'ouvrages, notamment sur le Congo. Il reconnaît pourtant que son «chouchou» est le livre Un autre regard sur Staline1. Mercredi 5 mars, une conférence se tiendra à l'ULB à l'occasion du 60e anniversaire de la bataille de Stalingrad et du 50e anniversaire de la mort de Staline. Thème : «Staline et la victoire sur le fascisme.» Ludo Martens y répondra aux nombreuses questions que ce sujet suscite.

Jeannine Tips et Maria McGavigan, mardi, 25 février 2003, 12h57

Après vos séjours prolongés au Congo, n'est-il pas trop difficile de vous replonger dans l'histoire de l'URSS ? Ces deux sujets semblent tellement éloignés...

Ludo Martens. S'il y a une chose qui relie le Congo à l'Union soviétique, c'est la question du développement. Avant la révolution de 1917, l'Union soviétique était un pays avec des possibilités gigantesques sur le plan économique. Mais la population ouvrière et paysanne vivait dans une misère effroyable. De tous les pays qui avaient opté pour le capitalisme, la Russie était celui où les conditions du peuple étaient les plus atroces.

L'actuelle République démocratique du Congo est un pays potentiellement très riche, mais où la clochardisation de la population est extrême, où les gens meurent parce qu'ils n'ont pas les 5 euros nécessaires pour une perfusion contre la malaria

Faut-il en déduire que le Congo devrait s'inspirer de l'histoire de l'URSS ?

Ludo Martens. Ce qui peut inspirer les Congolais dans l'histoire de l'Union soviétique, c'est le formidable développement du pays, principalement entre 1928 - date du premier plan quinquennal - et 1940. L'URSS avait collectivisé les moyens de production ainsi que la terre et pouvait donc organiser la production de manière rationnelle. C'est ainsi qu'en dix ans, elle a pu rattraper un retard de cinquante à cent ans.

Evidemment, si la collectivisation et la planification étaient des éléments essentiels de ce formidable bond en avant, le deuxième aspect était la mobilisation des travailleurs par le Parti. La conscience du peuple tenait le rôle principal dans l'énorme défi à relever. Pour vous donner une idée, entre 1930 et 1940, le taux de croissance annuel se situait entre 16 et 17%. En 1928, il y avait 18 000 tracteurs dans toute l'Union soviétique. Douze ans plus tard, ils étaient 885 000. Ces chiffres disent tout, non seulement sur la modernisation de l'agriculture, mais aussi sur le développement de l'industrie qui l'a rendue possible.

Peut-on dire qu'aujourd'hui, le Congo se trouve devant les mêmes défis que l'Union soviétique en 1917 ?

Ludo Martens. Sous certains aspects, oui. En 1917-21, l'Union soviétique a assuré son indépendance face à des agressions menées par huit pays impérialistes. Les travailleurs se sont approprié les moyens de production et la planification a fixé les priorités pour l'ensemble du pays, assurant ainsi un développement équilibré. Finalement, le Parti communiste a mobilisé les ouvriers et les masses paysannes pour la modernisation de l'industrie et de l'agriculture. Un nationaliste congolais qui étudie l'histoire de l'URSS aujourd'hui s'arrêtera sûrement sur ces quatre points.

L'antistalinisme est toujours très fort. Ne craignez-vous pas que les communistes ne s'isolent en mettant en avant l'expérience de l'URSS et surtout de Staline ?

Ludo Martens. On ne peut mener une lutte conséquente contre l'impérialisme si on se montre lâche dans le domaine idéologique. Dans Un autre regard sur Staline, je cite Alexandre Zinoviev, un dissident qui, à 17 ans, était passé à l'acte en préparant un attentat contre Staline. Dans les années 80, pourtant, il est arrivé à la conclusion que «Staline a été la plus grande personnalité de notre siècle, le plus grand génie politique».

Et c'est un fait objectif. Staline a non seulement bouleversé le plus grand pays du monde, mais la planète entière. Les révolutionnaires et les nationalistes du tiers monde ne peuvent avoir que de l'admiration pour tout ce qu'il a fait au cours d'une seule vie. Staline a dirigé l'Union Soviétique à partir de 1923. Le pays se trouvait dans un état lamentable. Déjà très arriéré en 1914, la Première guerre mondiale, suivie de la guerre d'intervention, avaient achevé de le ruiner totalement. Sous Staline, en 17 ans, l'URSS a réussi non seulement à moderniser son agriculture et son industrie, mais aussi à se doter d'une armée ultra-moderne. Elle était assez solide pour encaisser la barbarie la plus féroce de l'histoire, puis pour mener des contre-offensives contre les troupes nazies comme le monde n'en a jamais connues. Et finalement pour vaincre le fascisme pratiquement seule.

Staline ne s'est pas contenté de diriger l'Union soviétique. Il a aussi été un grand dirigeant internationaliste. C'est avec son aide que le mouvement communiste a pris racine en Chine et que la révolution y a triomphé en 1949. Le mouvement révolutionnaire a pris son élan en Inde, l'autre grand pays de l'Asie, pendant la même période. En Afrique et dans les pays arabes, le mouvement de libération nationale a pris son essor sous l'influence et avec le soutien du mouvement communiste. C'est la lutte des communistes chinois contre l'occupation japonaise ­ il y a eu presque un million de soldats japonais en Chine pendant la Seconde Guerre mondiale ­ puis contre l'impérialisme américain qui a donné une extraordinaire impulsion à la lutte des peuples du tiers monde. Aucune autre personnalité politique du 20e siècle n'a réalisé ce que Staline a fait pour la libération des travailleurs et des peuples opprimés.

Dans l'autre camp, beaucoup estiment que Churchill a été la plus grande personnalité du siècle passé. Mais Churchill a commencé sa carrière début 1900 en inventant les camps de concentration en Afrique du Sud. Il l'a poursuivie en jetant des millions d'hommes dans l'enfer des tranchées de la Première Guerre mondiale. Puis il a impulsé l'agression contre la jeune république soviétique. Il a laissé des millions d'hommes et de femmes mourir de la famine en Inde. Il a ­ le premier ­ utilisé le gaz contre le peuple en Irak. Et, tout de suite après la Seconde Guerre mondiale, ce même Churchill a poussé à la rupture avec son allié l'Union soviétique, n'hésitant pas à prendre le risque de replonger le monde dans la guerre et allant jusqu'à proposer d'utiliser la bombe atomique contre les Soviétiques... Si l'on veut parler du premier ennemi des travailleurs et des peuples au 20e siècle, le voilà...

Pour ceux qui ont rejoint le PTB depuis la publication de votre livre, en 1994, surtout pour les jeunes, l'Union soviétique et Staline, c'est de la vieille histoire. Comment les convaincre qu'ils devraient la connaître ?

Ludo Martens. (Il sourit) Eh bien en partant de Che Guevara... Au moment de la victoire de la révolution cubaine, en 1959, le Che était un des rares communistes bien formés dans l'équipe dirigeante. Il a déclaré que celui qui n'a pas lu les 14 tomes des écrits de Staline ne peut pas se considérer comme tout à fait communiste. Et pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté, il a aussi dit que Khrouchtchev en Union soviétique et Tito en Yougoslavie avaient trahi la cause du socialisme et de la libération des peuples opprimés.

Comme c'est Staline qui a fourni la contribution la plus importante à la libération aussi bien des peuples que des travailleurs, il est normal que son oeuvre soit l'objet de toutes les calomnies. Un jeune doit comprendre cela. Regardez Roberto D'Orazio. Il n'a renversé ni la bourgeoisie belge, ni la bourgeoisie italienne, mais les actions exemplaires qu'il a menées ont suffi pour qu'il soit traité de tous les noms, qu'on le traîne en justice, etc.

Et pour revenir au Congo, ce pays reconnaît trois héros nationaux : Lumumba, Mulele et Kabila. Or, de leur vivant, on en a dit pis que pendre. Lumumba a été accusé d'avoir commis un génocide à Bakwanga. Un prêtre belge a prétendu qu'il torturait des gens dans sa cave. Mobutu a affirmé qu'il organisait des «cellules terroristes» à Kinshasa. Mulele aussi a été traité de terroriste et de sauvage. Quant à Kabila, on l'a d'abord accusé d'avoir mené un génocide contre les Hutus, puis un autre contre les Tutsis. C'était un dictateur, disait-on. Un représentant de l'UDPS (parti d'opposition) à Bruxelles l'a même traité de «Marc Dutroux congolais» !

Un jeune qui veut devenir un révolutionnaire authentique a intérêt à lire Un autre regard sur Staline. Cela lui épargnera des errements et des tâtonnements inutiles. Si les impérialistes accablent un révolutionnaire des pires crimes, c'est qu'il a eu beaucoup de mérite et qu'il a mené une lutte efficace contre le système de domination qu'ils ont mis en place. Il faut aborder de front l'héritage de Staline. Un jeune qui veut devenir révolutionnaire doit connaître la vie de Staline. Un autre regard sur Staline a l'avantage de ne pas être trop théorique ni trop compliqué. Il réfute, preuves à l'appui, beaucoup de mensonges mille fois répétés par la bourgeoisie. En plus, le jeune sera immunisé à jamais contre tous les mensonges et calomnies du même genre qu'il entendra par la suite.

Car tous les dirigeants révolutionnaires subissent le même sort. Marat l'a déjà dit en 1792 lors de la Révolution française. Et avant lui, Spartacus, dirigeant de la grande révolte des esclaves romains, avait été traité comme le pire criminel.

Le 15 février, dans la manifestation contre la guerre en Irak, des Latino-américains portaient un calicot «Stalingrad 1943, Bagdad 2003, Venceremos». Que peut nous apprendre l'expérience de l'URSS dans la guerre antifasciste pour la situation actuelle ?

Ludo Martens. La guerre de défense de l'Irak et la grande guerre patriotique qu'a menée l'URSS ont des aspects communs, mais aussi des différences. L'URSS était un pays socialiste, le pouvoir était aux mains des ouvriers et des paysans, dirigés par un Parti communiste expérimenté et clairvoyant. L'Irak est un pays du tiers monde qui tient à son indépendance. Il sait que son ennemi mortel, c'est l'impérialisme. C'est parce qu'il mène une résistance nationale et anti-impérialiste que son combat a une portée internationale et qu'il est un exemple pour les peuples dominés.

Ce qui peut nous inspirer, c'est l'immense campagne de solidarité internationale que l'Union soviétique et la Chine ont organisée pour la Corée agressée par l'impérialisme américain entre 1950 et 1953. La Chine socialiste a envoyé un million de volontaires en Corée et l'URSS l'a aussi énormément aidée. L'Union soviétique a organisé le plus grand mouvement pour la paix que le monde ait jamais connu. En Europe occidentale, notamment, des communistes ont travaillé main dans la main avec des intellectuels, des artistes, de grandes personnalités, des organisations religieuses... pour soutenir le peuple coréen et dénoncer l'agression américaine. Cette campagne peut être une inspiration aujourd'hui.

En 1950, Washington considérait déjà la guerre de Corée comme la première d'une série, le prélude à une guerre contre la Chine, puis contre l'URSS. Comme aujourd'hui, l'agressivité américaine était à son comble en 1950. Il ne faut pas oublier qu'en 1944, alors que l'Allemagne nazie n'était pas encore battue, le général Patton a proposé qu'Américains et Allemands marchent ensemble sur Moscou. Et des milliers de criminels de guerre nazis ­ les bourreaux des 23 millions de Soviétiques morts pendant la Seconde Guerre mondiale, les bourreaux des juifs, aussi ­ ont été intégrés dans les services américains de 1944 à 1950.

Déjà à l'époque, les Etats-Unis étaient le successeur direct de l'Allemagne nazie. Cependant, leur agression contre la Corée a été arrêtée et, pendant la période qui a suivi, ils ont dû reculer devant la force du camp socialiste et du mouvement anti-impérialiste. Et ce, malgré le révisionnisme qui a commencé à miner le parti communiste de l'Union soviétique après la mort de Staline. C'est seulement en 1989-90 que l'impérialisme a pu détruire le socialisme de l'intérieur, à l'aide des forces pro-capitalistes et pro-impérialistes qui s'y étaient développées.

Bush plus agressif qu'Hitler ?

Ludo Martens. Aujourd'hui, les USA reprennent la même voie qu'à l'époque de la guerre de Corée, sauf qu'ils sont encore plus arrogants et agressifs qu'Hitler. Ce dernier n'a jamais pu se permettre de narguer le monde entier pour ensuite l'entraîner dans une opération pour désarmer un petit pays qu'il voulait agresser. Mais c'est ce que les USA font aujourd'hui avec l'Irak.

Les Etats-Unis ont pu se permettre d'agresser un autre petit pays, la Yougoslavie, soi-disant pour y régler des problèmes ethniques. Tout le monde savait que cette agression violait la charte de l'Onu. La charte affirme-t-elle qu'un certain pays peut posséder assez d'armes de destruction massive pour faire exploser une dizaine de fois la planète et que d'autres pays, comme l'Irak, ne peuvent même pas détenir de moyens de défense modernes ?

Si les Etats-Unis reprennent cette voie hitlérienne avec une arrogance et une férocité jamais vues, ce n'est pas parce qu'ils sont plus «méchants» que d'autres, mais parce qu'ils se trouvent devant des problèmes économiques insolubles. C'est la crise, de plus en plus inextricable, qui oblige la bourgeoisie américaine à essayer d'«en sortir» par la guerre. Le même scénario qu'en 1914 et en 1939.

La grande différence, c'est que l'impérialisme américain n'est qu'une infime minorité de l'humanité. Il fait face à presque cinq milliards d'hommes et de femmes qui, en plus, sont bien plus conscients et organisés que lors des deux premières guerres mondiales. C'est pourquoi on peut être sûr que si l'impérialisme américain s'engage dans une nouvelle guerre à l'échelle planétaire, le contrôle sur les événements va finir par lui échapper. Il y aura des bouleversements comme ceux qui ont mené à la Révolution russe en 1917 et à la Révolution chinoise en 1949.

Note : 1 Un autre regard sur Staline, EPO, 1994, 350 pages, nouvelle édition à paraître en mars 2003 avec une préface d'Oscar Niemeyer, l'architecte de Brasilia

 

Commémoration Staline : discours de Juliette Broder

Discours de Juliette Broder, 78 ans, résistante, communiste, membre PTB, commémoration Staline, 5 mars 2003

Toute ma vie, je me souviendrai de ce matin du 5 mars 1953.

Nous déjeunions lorsque la radio annonça : « Le Maréchal Staline est mort » et nous éclatâmes en sanglots. Ces sanglots partagés par des millions d’êtres humains n’ont rien à voir avec une sensiblerie de style fleur bleue car, en perdant Staline, nous savions que nous perdions ce que nous avions de plus cher, nous perdions l’héritier de Lénine, le constructeur du socialisme en Union soviétique, l’homme de la victoire sur le fascisme, l’homme de la Paix qui était à nouveau menacée par l’impérialisme américain et ses bombes atomiques.

Nous perdions celui qui, contre vents et marées, était, comme le soulignait le grand écrivain français, Henri Barbusse : « inflexible et flexible comme l’acier ».

La bourgeoisie a eu beau applaudir à la mort de Staline, elle a eu beau déverser des tonneaux d’injures, renouveler ses calomnies, en ces heures pénibles, douloureuses, nous avons tous vu et appris combien ce mort était vivant dans le cœur des exploités du monde entier. Ici, en Belgique comme en France, des usines se sont tues, les machines de Turin ont stoppé leur course, les ouvriers agricoles de Sicile se sont figés dans l’immobilité. Des pampas de l’Argentine aux ruines de Corée et aux confins de la Chine, les hommes, les femmes, n’avaient pas honte de leurs larmes. Varsovie, ressuscitée de ses cendres, a drapé de deuil ses échafaudages et, à New York, les honnêtes gens, entourés de policiers et vraisemblablement de mouchards, proclamaient haut et fort : « L’ami de la Paix est mort. »

Il existe des livres admirables 1 qui reproduisent les lettres de communistes dans l’attente du peloton d’exécution. De quoi parlaient-ils dans leurs derniers instants ? Des êtres chers, de leurs enfants, mais aussi de leur parti et de l’avenir auquel ils mêlaient le visage de l’URSS et de son guide, Staline. S’il vous était donné de les lire, vous comprendriez mieux ce qu’il m’est difficile de vous décrire, vous comprendriez le lien profond qui lia, sous la terreur nazie, le résistant à Staline. Ce lien ne concerna pas uniquement les résistants membres ou sympathisants communistes, mais l’immense majorité de la résistance des pays occupés et, avec elle, l’immense majorité du peuple. Car l’expérience historique de ces hommes et de ces femmes fut, pour tous, révélatrice. Ils savaient que la « non-intervention » décidée par les démocraties – entre guillemets – française et anglaise et par l’Internationale Socialiste a été un coup de poignard dans le dos des antifascistes espagnols, provoquant ainsi leur défaite devant les Stukas nazis.

Seule, l’URSS porta secours à l’Espagne républicaine en lutte contre Franco et les siens. Cela, les résistants et le peuple ne l’ont pas oublié. Nombre d’entre eux se rappelaient avoir manifesté avec des banderoles où était écrit : « Des armes pour l’Espagne. »

Comme ils n’ont pas oublié la capitulation de la France et de l’Angleterre devant Hitler à Munich. France et Angleterre dirent alors : « Nous avons sauvé la paix ». L’URSS leur rétorqua : « Par votre capitulation honteuse, vous avez engendré la guerre. »

On n’ignorait plus, à l’heure de la résistance, toutes les manœuvres diplomatiques fomentées par l’Angleterre et la France pour qu’Hitler se retourne contre l’URSS au lieu de s’en prendre à l’Occident. Nul n’ignorait les demandes réitérées de l’URSS pour que s’ouvre un second front, second front constamment ajourné, laissant subir à l’URSS le poids principal de la guerre.

Pendant ce temps, nous vivions tous sous la terreur et la douleur de savoir la famille, les amis, disparus on ne sait où, des camarades torturés, massacrés, fusillés.

Notre première lueur d’espoir, c’est de l’URSS et de Staline qu’elle est venue. C’était en octobre 1941. Les blindés nazis étaient à quelques kilomètres de Moscou. Moscou qui recevait l’assaut de 51 divisions d’élite allemandes, c’est-à-dire autant de divisions qui attaquèrent toute la France en 1940. C’est Staline qui prit en main la défense de la capitale, qui galvanisa l’ensemble du peuple de Moscou par ses discours et ses mots d’ordre. Et Moscou ne tomba pas aux mains des fascistes. C’en était fini de la fameuse « guerre éclair » proclamée par l’état-major nazi.

Et puis, il y eut Stalingrad. Le tournant de la guerre, le crépuscule de l’armée hitlérienne et des collaborateurs italiens, belges, français, polonais, hongrois, roumains, etc., partis combattre le bolchevisme et à qui, depuis 1917, on inculquait la haine du communisme.

Ceux qui n’ont pas vécu le temps de cette bataille ont du mal à imaginer ce que Stalingrad représenta pour les peuples. Les peuples se redressèrent. Ils souffraient avec l’armée soviétique et, dans le même temps, à l’écoute de Radio Moscou clandestine, ils applaudissaient aux noms, incompréhensibles pour eux, des quartiers libérés. On avait tous la certitude de la victoire finale et on s’abordait enfin en souriant dans les rues, on oubliait tout ce qui n’était pas Stalingrad, on n’oubliait la peine et la faim.

Quant à la résistance, la victoire de Stalingrad lui apporta un souffle nouveau dont se sont fait l’écho les journaux clandestins, malgré les avis de l’Angleterre qui demandait à la résistance d’attendre le jour « J », c’est-à-dire le débarquement anglo-américain, pour procéder à des actes de résistance. La victoire de Stalingrad eut pour effet de décupler les actions de la Résistance et ce, avec le soutien du peuple, de plus en plus confiant dans la libération à venir, et qui savait maintenant à qui il la devrait en premier lieu.

Pour terminer, je souhaiterais insister sur le fait que personne autant que Staline ne fut aimé des masses et haï des possédants et de leurs valets.

Pardonnez-moi si, en toute modestie, je vous relate un fait personnel : mon communiste de père m’a dit, à la veille du jour où pour la première fois je devais me rendre au boulot : « Si un jour le patron t’applaudit, demande-toi ce que tu as fait contre la classe ouvrière. »

Devant les applaudissements des impérialistes, des exploiteurs, des traîtres, des soi-disant démocrates, des trotskistes et de tous ceux qui ont crié victoire, encensé le premier des contre-révolutionnaires, Khrouchtchev, et ceux qui l’ont suivi, les Brejnev et les Gorbatchev, le voeu que je formule pour vous tous, c’est que vous puissiez voir la réalité que cachent ces applaudissements, et il vous suffira d’ailleurs pour ce faire de comparer ce que fut l’URSS sous Lénine et Staline à la Russie de la misère et de la mafia d’aujourd’hui.

Vous voulez des faits, des documents irréfutables, étudiez donc attentivement le livre de Ludo Martens « Un autre regard sur Staline », et vous serez édifiés.

Je suis navrée de n’avoir pu être parmi vous, croyez que je le regrette, et merci pour votre écoute.

Juliette

Note : 1 Voir Fuçik, Ecrits sous la potence. Lettres de fusillés, à retrouver dans des livres français.

 

 


L'actualité et l'importance de Staline

Ludo Martens, Bruxelles - 1994, Introduction du livre "Un autre regard sur Staline"

Le 20 août 1991, l’écho du coup d’Etat farfelu de Yannaiev a résonné à travers le monde comme le prélude dissonant à la liquidation des derniers vestiges du communisme en Union soviétique. Les statues de Lénine ont été renversées et ses idées dénoncées. Cet événement a provoqué de nombreux débats au sein du mouvement communiste. Certains ont dit qu’il s’est produit de façon totalement inattendue.

En avril 1991, nous avons publié le livre L’URSS et la contre-révolution de velours [1] qui traite essentiellement de l’évolution politique et idéologique de l’URSS et de l’Europe de l’Est depuis 1956. Après le coup d’Etat professionnel d’Eltsine et sa proclamation vociférée du rétablissement capitaliste, nous n’avons rien à y changer. En effet, les dernières escarmouches confuses entre Yannaiev, Gorbatchev et Eltsine n’étaient que les convulsions d’un système moribond, des extériorisations de décisions prises lors du 28e Congrès de juillet 1990. 

«Ce congrès, écrivions-nous à l’époque, affirme nettement la rupture avec le socialisme et le passage à l’économie capitaliste.» [2] 

Une analyse marxiste des bouleversements précipités en URSS avait conduit, fin 1989 déjà, à la conclusion suivante : 

«Gorbatchev prône l’évolution lente, progressive mais systématique vers la restauration capitaliste. Le dos au mur, il cherche de plus en plus des appuis, tant politiques qu’économiques, du côté du monde impérialiste. En échange, il laisse les Occidentaux faire pratiquement tout ce qu’ils veulent en Union soviétique.» [3]

Une année plus tard, fin 1990, nous pouvions conclure notre analyse en ces termes :

«Depuis 1985, vague après vague, la droite a attaqué et, à chaque nouvelle étape, Gorbatchev a été entraîné plus loin vers la droite. Devant une agressivité redoublée des nationalistes et des fascistes, épaulés par Eltsine, il n’est pas impossible que Gorbatchev choisisse à nouveau la reculade. Ce qui provoquera sans doute l’effritement du Parti communiste, comme de l’Union soviétique.» [4] 

«La balkanisation de l’Afrique et du monde arabe a assuré les conditions optimales pour la domination impérialiste. Les esprits les plus imaginatifs de l’Occident commencent à rêver, au-delà de la restauration du capitalisme en URSS, à son assujettissement économique et politique.» [5]

C’est à dessein que nous rappelons ces conclusions auxquelles beaucoup de marxistes-léninistes étaient arrivés en 1989 et en 1990. En effet, le dynamitage des statues de Lénine s’est accompagné d’une explosion de propagande clamant l’échec du marxisme-léninisme. Pourtant, il a été prouvé que l’analyse marxiste est au fond la seule valable, la seule qui a permis de découv-rir les forces sociales réelles à l’œuvre derrière les mots d’ordre démagogiques «démocratie et liberté», «glasnost et perestroïka». 

En 1956, lors de la contre-révolution sanglante en Hongrie, les statues de Staline furent détruites ; trente-cinq ans plus tard, les statues de Lénine ont été réduites en poussière. Les déboulonnages des statues de Staline et de Lénine marquent les deux points de rupture avec le marxisme. En 1956, Khrouchtchev s’attaqua à l’œuvre de Staline pour changer la ligne fondamentale de la direction du Parti communiste. La dégénérescence progressive du système politique et économique qui s’ensuivit a conduit à la rupture définitive avec le socialisme, rupture consommée en 1990 par Gorbatchev. 

Bien sûr, les médias nous entretiennent chaque jour de l’échec définitif du communisme dans le monde. Mais nous devons souligner que, si échec en Union soviétique il y a, c’est bien l’échec du révisionnisme, introduit en Union soviétique par Khrouchtchev, il y a 35 ans. Ce révisionnisme a abouti à l’effondrement du système politique, à la capitulation devant l’impérialisme, à la catastrophe économique. L’éruption actuelle du capitalisme sauvage et du fascisme en URSS montre bien à quoi mène finalement le rejet des principes révolutionnaires du marxisme-léninisme.

Pendant trente-cinq ans, les révisionnistes ont peiné pour démolir Staline. Une fois Staline démoli, Lénine a été liquidé en un tour de main. Khrouchtchev s’est acharné contre Staline. Gorbatchev l’a relayé en menant, au cours des cinq années de sa glasnost, une véritable croisade contre le stalinisme. Avez-vous noté que le démontage des statues de Lénine n’a pas été précédé d’une campagne politique contre son œuvre ? La campagne contre Staline y avait suffi. Une fois toutes les idées politiques de Staline attaquées, dénigrées, démolies, on fit simplement le constat qu’on en avait fini, par la même occasion, avec les idées de Lénine.

Khrouchtchev a commencé son œuvre destructrice en affirmant qu’il critiquait les erreurs de Staline dans le but de «rétablir le léninisme dans sa pureté originelle» et d’améliorer le système communiste. Gorbatchev fit les mêmes promesses démagogiques pour désorienter les forces de gauche. Aujourd’hui, on doit se rendre à l’évidence : sous le prétexte de «retourner à Lénine», on a fait rentrer le tsar ; sous prétexte d’«améliorer le communisme», on a ressuscité le capitalisme sauvage. 

La plupart des hommes de gauche ont lu quelques ouvrages consacrés aux activités de la CIA et des services secrets occidentaux. Ils ont tous appris que la guerre psychologique et politique est une branche à part et extrêmement importante de la guerre totale moderne. La calomnie, l’intoxication, la provocation, l’exploitation de divergences, l’exacerbation des contradictions, la diabolisation de l’adversaire, la perpétration de crimes mis sur le dos de l’adversaire sont des tactiques habituelles auxquelles recourent les services secrets occidentaux. 

Or, depuis 1945, l’impérialisme «démocratique» a investi des moyens colossaux dans les guerres anticommunistes, guerres militaires, guerres clandestines, guerres politiques et guerres psychologiques. N’est-il pas évident que la campagne anti-Staline a été au centre de tous les combats idéologiques menés contre le socialisme ? Les porte-parole officiels de la machine de guerre américaine, Kissinger et Brzezinski, ont fait l’éloge des ouvrages de Soljenitsyne et de Conquest, qui sont aussi, par hasard, deux auteurs en vogue parmi les sociaux-démocrates, les trotskistes et les anarchistes. Au lieu de «découvrir la vérité sur Staline» chez ces spécialistes de l’anticommunisme, n’auraient-ils pas mieux fait d’y découvrir les ficelles de la guerre psychologique et politique menée par la CIA ? 

Ce n’est vraiment pas un hasard si l’on retrouve de nos jours, dans presque toutes les publications bourgeoises et petites-bourgeoises «en vogue», les calomnies et les mensonges à propos de Staline qu’on pouvait lire dans la presse nazie pendant la guerre. C’est un signe que la lutte des classes au niveau mondial devient de plus en plus âpre et que la grande bourgeoisie mobilise toutes ses forces pour la défense tous azimuts de sa «démocratie». 

Lors de quelques conférences que nous avons données sur la période de Staline, nous avons lu un long texte antistalinien et demandé aux personnes présentes ce qu’elles en pensaient. Presque toujours, les intervenants soulignaient que le texte, quoique violemment anti-communiste, montrait clairement l’enthousiasme des jeunes et des pauvres pour le bolchevisme ainsi que les réalisations techniques de l’URSS et qu’il était, somme toute, assez nuancé. Ensuite, nous révélions à l’auditoire que le texte qu’il venait de commenter était un texte nazi, publié dans Signal n° 24 de 1943, en pleine guerre... 

Les campagnes antistaliniennes menées par les «démocraties» occidentales en 1989-1991 étaient parfois plus violentes et calomnieuses que celles menées au cours des années trente par les nazis. De nos jours, il n’y a plus les grandes réalisations communistes des années trente pour faire contrepoids aux calomnies. Il n’y a plus de forces politiques significatives pour prendre la défense de l’expérience soviétique sous Staline.

Lorsque la bourgeoisie clame l’échec définitif du communisme, elle utilise la faillite lamentable du révisionnisme pour réaffirmer sa haine de l’œuvre grandiose réalisée par Lénine et Staline. Mais ce faisant, elle pense plus à l’avenir qu’au passé. La bourgeoisie veut faire croire que le marxisme-léninisme est définitivement enterré, parce qu’elle se rend parfaitement compte de l’actualité et de la vitalité de l’analyse communiste. 

La bourgeoisie dispose d’une pléthore de cadres capables de faire des évaluations scientifiques de l’évolution du monde. Aussi envisage-t-elle des crises majeures, des bouleversements d’ampleur planétaire et des guerres en tout genre. Après le rétablissement du capitalisme en Europe de l’Est et en Union soviétique, toutes les contradictions du système impérialiste mondial se trouvent exacerbées. 

Face aux gouffres du chômage, de la misère, de l’exploitation et de la guerre qui s’ouvrent devant les masses travailleuses du monde entier, seul le marxisme-léninisme pourra montrer la voie du salut. Seul le marxisme-léninisme peut apporter aux masses travailleuses du monde capitaliste et aux peuples opprimés du tiers monde les armes de leur libération. Tout le tapage sur la fin du communisme vise ainsi à désarmer, en vue des grandes luttes futures, les masses opprimées du monde entier. 

La défense de l’œuvre de Staline, qui est pour l’essentiel la défense du marxisme-léninisme, est une tâche actuelle et pressante pour faire face à la réalité de la lutte des classes sous le Nouvel Ordre mondial. L’œuvre de Staline est d’une actualité brûlante dans les anciens pays socialistes comme dans les pays qui maintiennent leur orientation socialiste, dans les pays du tiers monde comme dans les pays impérialistes.

Staline est au centre de l’actualité dans les anciens pays socialistes

Après la restauration capitaliste en URSS, l’œuvre de Staline a pris une grande importance pour comprendre les mécanismes de la lutte des classes sous le socialisme. 

Il existe un lien entre la restauration du capitalisme à laquelle nous avons assisté et la virulente campagne contre Staline qui l’a précédée. Les éclatements de haine contre un homme qui est décédé en 1953 peuvent, de prime abord, sembler étranges sinon incompréhensibles. 

Pendant les vingt années qui ont précédé l’arrivée de Gorbatchev, Brejnev a incarné la bureaucratie, la stagnation, la corruption et le militarisme. Mais ni en Union soviétique ni dans le monde «libre», on n’a assisté à cette critique violente, acharnée, rageuse contre Brejnev, qui a caractérisé la croisade anti-Staline. 

Il est évident qu’au cours des dernières années, tous les fanatiques du capitalisme et de l’impérialisme, pour en finir avec ce qui restait du socialisme en URSS, ont pris Staline pour cible. La dérive désastreuse entamée par Khrouchtchev montre, par opposition, la pertinence de la plupart des idées énoncées par Staline. 

Staline affirmait que la lutte des classes continue sous le socialisme, que les anciennes forces féodales et bourgeoises n’ont pas cessé le combat pour la restauration et que les opportunistes au sein du parti, les trotskistes, les boukhariniens et les nationalistes bourgeois aident les classes et couches antisocialistes à regrouper leurs forces. Khrouchtchev a déclaré que ces thèses étaient aberrantes et conduisaient à l’arbitraire. Mais en 1992, la figure massue du tsar Boris se dresse comme un monument témoignant de la justesse de l’analyse de Staline.

Les adversaires de la dictature du prolétariat n’ont cessé d’affirmer que Staline incarnait, non pas la dictature des travailleurs, mais sa propre dictature autocratique. Le mot Goulag devint synonyme de «dictature stalinienne». Or, ceux qui étaient dans le Goulag du temps de Staline font maintenant partie de la nouvelle bourgeoisie au pouvoir. Démolir Staline, c’était faire renaître la démocratie socialiste. 

Mais Staline enterré, Hitler a ressurgi de sa tombe. Et on réhabilite en Russie, en Ukraine, en Roumanie et en Slovaquie tous les héros noirs, les Vlassov, les Bandera, les Antonescu, les Tiso et autres collaborateurs nazis. La chute du mur de Berlin marque la montée du néo-nazisme en Allemagne. Aujourd’hui, confronté au déchaînement du capitalisme et du fascisme à l’Est, on comprend mieux que Staline a effectivement défendu le pouvoir ouvrier.

Staline est au centre du débat politique dans les pays qui maintiennent le socialisme

Les médias ne manquent pas de nous rappeler régulièrement qu’il existe encore, malheureusement, un dernier carré de staliniens sur la planète. 

Fidel Castro se maintient dans sa petite île comme un dinosaure stalinien. 
Kim Il Sung surpasse Staline dans le domaine du culte de la personnalité. 
Les bourreaux chinois de la place Tien An Men sont les dignes héritiers de Staline. 
Quelques dogmatiques Vietnamiens affichent toujours les photos de Hô Chi Minh et de Staline. 
Bref, les quatre pays qui maintiennent, d’une façon ou d’une autre, la voie socialiste sont excommuniés du monde «civilisé» au nom de Staline. Ce tapage incessant vise aussi à susciter et à renforcer des courants «antistaliniens», c’est-à-dire bourgeois et petits-bourgeois dans ces pays.

L’œuvre de Staline gagne en actualité dans le tiers monde

De nos jours, dans le tiers monde toutes les forces qui s’opposent à la barbarie impérialiste sont traquées et pourfendues au nom de la lutte contre le «stalinisme». 

Ainsi, le Parti communiste des Philippines vient d’être, «saisi du démon stalinien des purges» d’après les termes du journal Le Monde. [6] 

Selon un tract du groupe Meisone, les «staliniens» du Front populaire de libération du Tigré ont pris le pouvoir à Addis-Abeba

Au Pérou aussi, on entend encore les thèses mao-staliniennes, «cette langue de bois d’un autre âge», dixit monsieur Marcel Niedergang dans Le Monde. 

Il nous fut même donné de lire que le Baath syrien dirige «une société fermée, presque stalinienne» ! [7] 

En pleine guerre du Golfe, un journal nous rapportait les informations d’une feuille soviétique qui, en comparant des photos de Staline et de Saddam Hussein, croyait savoir que Saddam était un fils illégitime du grand Géorgien. 

Et les énergumènes qui ont chassé le brave père Aristide de Haïti, affirment tout à fait sérieusement que ce dernier avait installé «une dictature totalitaire» !

L’œuvre de Staline est d’une brûlante actualité pour tous les peuples qui se sont engagés dans le combat pour leur affranchissement de la domination impérialiste. Staline représente, tout comme Lénine, la fermeté dans les luttes des classes les plus acharnées, les plus impitoyables. Staline a montré que, dans les situations les plus difficiles, seule une attitude ferme et inflexible envers l’ennemi de classe permet de résoudre les problèmes fondamentaux des masses travailleuses. L’attitude conciliante, opportuniste, défaitiste et capitularde conduit nécessairement à la catastrophe et à la revanche sanguinaire des forces réactionnaires.

Aujourd’hui, les masses travailleuses du tiers monde se trouvent dans une situation des plus difficiles, apparemment sans issue, qui ressemble aux conditions de l’Union soviétique en 1920-1933. 

Au Mozambique, les forces les plus rétrogrades de la société ont été utilisées par la CIA et par les services sud-africains pour massacrer 900 000 Mozambicains. 

Les fondamentalistes hindous, protégés depuis longtemps par le Congrès et soutenus par une partie de la grande bourgeoisie indienne, plongent l’Inde dans la terreur. 

En Colombie, la collusion-rivalité entre l’armée et la police réactionnaires, la CIA et les trafiquants de drogue, provoque des bains de sang parmi les masses populaires. En Irak, où une agression criminelle a fait 200 000 morts, l’embargo imposé par nos grands défenseurs des droits de l’homme continue à tuer à petit feu des dizaines de milliers d’enfants.

Dans toutes ces situations extrêmes, l’exemple de Staline montre comment mobiliser les masses pour un combat impitoyable et victorieux contre des ennemis prêts à tout. Mais un certain nombre de partis révolutionnaires du tiers monde, engagés dans des combats acharnés avec l’impérialisme, ont progressivement dévié vers le défaitisme et la capitulation et ce processus de dégénérescence a presque toujours débuté par des attaques contre l’œuvre de Staline. L’évolution récente des partis qui constituent le FMNL au Salvador est exemplaire à ce propos. 

Au sein du Parti communiste des Philippines s’est développée, depuis au moins 1985, une tendance opportuniste qui voulait mettre fin à la guerre populaire et entrer dans un processus de «réconciliation nationale». Partisans de Gorbatchev, les défenseurs de cette ligne s’attaquaient avec acharnement à Staline. 

Ce même opportunisme s’est exprimé sous une forme de «gauche» : voulant rapidement arriver au pouvoir, certains ont proposé une ligne militariste et une politique d’insurrection urbaine. Des responsables de cette tendance ont organisé une épuration du Parti à Mindanao, pour mettre fin à des infiltrations policières : ils ont exécuté plusieurs centaines de personnes dans des conditions contraires à toutes les règles du Parti. 

Mais quand le Comité central a décidé de mener une campagne de rectification, tous ces opportunistes se sont unis contre «la purge stalinienne» ! José Maria Sison écrit : 

«Ceux qui s’opposent le plus âprement au mouvement de rectification, sont ceux qui portaient la plus grande responsabilité pour la tendance militariste, pour la réduction importante de notre base de masse, pour la chasse aux sorcières qui a pris des proportions monstrueuses et pour la dégénérescence vers le gangstérisme. Ils étaient engagés depuis longtemps dans des campagnes de calomnies et d’intrigues. Ces renégats se sont en fait joints aux agents secrets et aux spécialistes de la guerre psychologique du régime U.S.-Ramos dans une tentative pour empêcher le Parti communiste des Philippines de se renforcer idéologiquement, politiquement et organisationnellement.» [8] 

Le journal Democratic Palestine du Front populaire pour la libération de la Palestine a ouvert une discussion sur Staline. 

«Les aspects négatifs de l’époque de Staline qui ont été mis en avant comprennent : la collectivisation forcée; la répression de l’expression libre et de la démocratie dans le parti et la société ; l’ultracentralisme dans la prise des décisions dans le parti, dans l’Etat soviétique et dans le mouvement communiste international.» [9]

Toutes ces prétendues «critiques» de Staline ne sont rien d’autre que la reprise, telles quelles, des vieilles attaques anticommunistes de la social-démocratie. Prendre ce chemin et le suivre jusqu’au bout signifie, à terme, la mort du FDLP en tant qu’organisation révolutionnaire. Le parcours de tous ceux qui ont pris cette route dans le passé ne laisse aucun doute à ce propos.

L’évolution récente du Front sandiniste de libération nationale est instructive à ce sujet. Dans son interview avec Fidel Castro, Thomas Borge s’en prend dans des termes très vifs au «stalinisme» : c’est sous ce camouflage que s’est accomplie la transformation du FSLN en formation sociale-démocrate bourgeoise.

L’œuvre de Staline prend aussi une nouvelle signification dans la situation créée en Europe depuis la restauration capitaliste à l’Est

La guerre civile en Yougoslavie montre dans quels carnages l’ensemble du continent européen pourrait à nouveau sombrer si les rivalités croissantes entre puissances impérialistes devaient provoquer une nouvelle grande guerre. Une telle éventualité ne peut plus être exclue. 

La carte mondiale d’aujourd’hui montre certaines ressemblances avec la situation entre 1900 et 1914, lorsque des puissances impérialistes rivalisaient pour la domination économique mondiale. Aujourd’hui, les rapports entre les six grands centres capitalistes, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Allemagne, la Russie et la France, sont devenus très instables. 

Nous sommes entrés dans une période où des alliances se nouent et se dénouent et où les batailles dans le domaine économique et commercial se mènent avec une vigueur croissante. La formation de nouveaux blocs impérialistes prêts à s’affronter par les armes entre dans le domaine des possibilités. 

Une guerre entre grandes puissances impérialistes ferait de toute l’Europe une gigantesque Yougoslavie. En face d’une telle éventualité, l’œuvre de Staline mérite une nouvelle étude.

Dans les partis communistes de par le monde, la lutte idéologique autour de la question de Staline présente de nombreuses caractéristiques communes

Dans tous les pays capitalistes, la pression économique, politique et idéologique exercée par la bourgeoisie sur les communistes est extrêmement forte. Elle est une source permanente de dégénérescence, de trahison, de glissement lent vers l’autre camp. Mais toute trahison nécessite une justification idéologique aux yeux de celui-là même qui la commet. 

En général, un révolutionnaire qui s’est engagé sur la pente glissante de l’opportunisme «découvre la vérité sur le stalinisme». Il reprend, telle quelle, la version bourgeoise de l’histoire du mouvement révolutionnaire sous Staline. En fait, les renégats ne font aucune découverte, ils copient simplement la bourgeoisie. 

Pourquoi tant de renégats ont-ils «découvert la vérité sur Staline» (pour améliorer le mouvement communiste, bien sûr), mais pourquoi aucun parmi eux n’a-t-il «découvert la vérité sur Churchill» ? Une découverte qui serait autrement plus importante pour «améliorer» le combat anti-impérialiste! Ayant à son actif un demi-siècle de crimes au service de l’Empire britannique (guerre en Afrique du Sud, terreur aux Indes, Première Guerre mondiale inter-impérialiste suivie de l’intervention militaire contre la République soviétique, guerre contre l’Irak, terreur au Kenya, déclenchement de la guerre froide, agression contre la Grèce antifasciste, etc.), Churchill est sans doute le seul politicien bourgeois de ce siècle à avoir égalé Hitler.

Tout écrit politique et historique est marqué par la position de classe de son auteur. Des années vingt jusqu’en 1953, la majorité des publications occidentales sur l’Union soviétique servaient le combat de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie contre le socialisme soviétique. 

Les écrits des membres des partis communistes et des intellectuels de gauche défendant l’expérience soviétique constituaient un faible contre-courant de défense de la vérité sur l’expérience soviétique. Or, à partir de 1956, Khrouchtchev et le Parti communiste de l’Union soviétique ont repris pour leur compte, morceau par morceau, toute l’historiographie bourgeoise sur la période Staline.

Depuis lors, tous les révolutionnaires du monde occidental subissent une pression idéologique incessante concernant les périodes cruciales de l’essor du mouvement communiste, surtout la période de Staline. 

Si Lénine a dirigé la révolution d’Octobre et a tracé les grandes orientations pour la construction du socialisme, c’est Staline qui a réalisé l’édification socialiste pendant une période de trente ans. 

Toute la haine de la bourgeoisie s’est concentrée sur le travail titanesque accompli sous la direction de Staline. Un communiste qui n’adopte pas une position de classe ferme vis-à-vis de l’information orientée, unilatérale, tronquée ou mensongère que répand la bourgeoisie, se perdra irrémédiablement. 

Pour aucun autre sujet de l’histoire récente, la bourgeoisie n’a un tel intérêt à noircir et dénigrer ses adversaires. Tout communiste doit adopter une attitude de méfiance systématique envers toutes les «informations» que lui livre la bourgeoisie (et les khrouchtchéviens) sur la période Staline. Et il doit tout mettre en œuvre pour découvrir les rares sources d’informations alternatives qui défendent l’œuvre révolutionnaire de Staline.

Or, les opportunistes dans les différents partis n’osent pas contrecarrer de front l’offensive idéologique anti-Staline dont le but anticommuniste est pourtant évident. Les opportunistes plient sous la pression, ils disent «oui à la critique de Staline», mais prétendent critiquer Staline «par la gauche».

Aujourd’hui, nous pouvons faire le bilan de soixante-dix années de «critiques de gauche» formulées contre l’expérience du Parti bolchevik sous Staline. 

Nous disposons de centaines d’ouvrages écrits par des sociaux-démocrates et des trotskistes, par des boukhariniens et des intellectuels de gauche «indépendants». Leurs points de vue ont été repris et développés par les khrouchtchéviens et les titistes. Nous pouvons mieux comprendre aujourd’hui le véritable sens de classe de cette littérature. Toutes ces critiques ont-elles abouti à des pratiques révolutionnaires plus conséquentes que celle incarnée dans l’œuvre de Staline ? Les théories sont jugées, en fin de compte, par la pratique sociale qu’elles suscitent. 

La pratique révolutionnaire du mouvement communiste mondial sous Staline a bouleversé le monde entier et a imprimé une nouvelle orientation à l’histoire de l’humanité. 

Au cours des années 1985-1990, nous avons pu voir que toutes les prétendues «critiques de gauche» contre Staline, tel d’innombrables ruisseaux, se sont jetées dans le grand fleuve de l’anticommunisme. 

Sociaux-démocrates, trotskistes, anarchistes, boukhariniens, titistes, khrouchtchéviens, écologistes se sont tous retrouvés dans le mouvement «pour la liberté, la démocratie et les droits de l’homme» qui a liquidé ce qui restait du socialisme en URSS. 

Toutes ces «critiques de gauche» de Staline ont pu aller jusqu’aux conséquences finales de leur option politique et toutes ont contribué à la restauration d’un capitalisme sauvage, à l’instauration d’une dictature bourgeoise impitoyable, à la destruction des acquis sociaux, politiques et culturels des masses travailleuses et, dans de nombreux cas, à l’émergence du fascisme et des guerres civiles réactionnaires.

Parmi les communistes qui, en 1956, ont résisté au révisionnisme et ont pris la défense de Staline, les campagnes antistaliniennes se sont fait sentir d’une manière particulière. 

En 1956, le Parti communiste chinois a eu le courage de défendre l’œuvre de Staline. Son document A nouveau à propos de l’expérience de la dictature du prolétariat a apporté une aide considérable aux marxistes-léninistes du monde entier. Sur la base de leur propre expérience, les communistes chinois ont aussi émis des critiques sur certains aspects de l’œuvre de Staline. Ceci est tout à fait normal dans une discussion entre communistes. 

Cependant, avec le recul du temps, il apparaît que beaucoup de leurs critiques ont été formulées sous des formes trop générales. Ceci a influencé négativement beaucoup de communistes qui ont accordé de la crédibilité à toutes sortes de critiques opportunistes.

Ainsi, par exemple, les camarades chinois ont dit que, parfois, Staline ne distinguait pas nettement les deux types de contradictions, celles au sein du peuple, qui peuvent être surmontées par l’éducation et la lutte, et celles entre le peuple et l’ennemi, qui nécessitent des formes de lutte adéquates. De cette critique générale, certains ont conclu que Staline n’a pas bien traité les contradictions avec Boukharine, et ils ont fini par embrasser la ligne politique sociale-démocrate de Boukharine. 

Les camarades chinois ont affirmé aussi que Staline s’ingérait parfois dans les affaires des autres partis et qu’il niait leur indépendance. De cette critique générale, certains ont conclu que Staline avait eu tort de condamner la politique de Tito et ils ont fini par accepter le titisme comme la «forme spécifiquement yougoslave du marxisme-léninisme». Les événements récents en Yougoslavie font mieux comprendre comment Tito, depuis sa rupture avec le Parti bolchevik, a suivi une politique nationaliste-bourgeoise et est tombé sous la coupe américaine.

Les tâtonnements et les errements idéologiques relatifs à la question de Staline, que nous venons d’évoquer, se sont produits dans presque tous les partis marxistes-léninistes. Nous pouvons en tirer une conclusion de portée générale. 

Dans notre jugement de tous les épisodes de la période 1923-1953, il faut s’efforcer de connaître dans leur intégralité la ligne et la politique défendues par le Parti bolchevik et par Staline. 

On ne peut souscrire à aucune critique de l’œuvre de Staline sans avoir vérifié les données primaires de la question débattue et sans avoir pris connaissance de la version donnée par la direction bolchevique.

Notes : [1]. Ludo Martens, L’URSS et la contre-révolution de velours, EPO, Bruxelles et Anvers, 1991. [2]. Ibidem, p.215. [3]. Ibidem, p.186. [4]. Ibidem, p.253. [5]. Ibidem, p.245. [6]. Patrice de Beer, Le Monde, 7/8/1991 : La lente érosion. [7]. International Herald Tribune, 5/11/1991, p.1. [8]. Statement, 8/12/1992. [9]. Democratic Palestine, juillet-septembre 1992, p.31.

 

 

"Staline a été la plus grande personnalité du XXème siècle, le plus grand génie politique"

Discours de Ludo Martens, président du Parti du Travail de Belgique, 05-03-2003

C'est ainsi que parla, en 1993, le vieux dissident soviétique Alexandre Zinoviev : "J'ai été un anti-stalinien convaincu dès l'âge de 17 ans. Nous sommes passés à la préparation d'un attentat contre Staline. S'ils m'avaient condamné à mort en 1939, cette décision aurait été juste. Maintenant que je peux survoler ce siècle, je dis : Staline a été la plus grande personnalité de notre siècle, le plus grand génie politique".

En 1994, j'ai fait une conférence sur Staline à Paris. Un communiste algérien est intervenu pour évoquer le jour du 5 mars 1953. Il dit : "Le matin, je sortais à la main de mon père. Je voyais tous les Algériens abattus et les Français jubilaient. Je demandais à mon père ce qui se passait. Il me dit d'un ton grave : "Staline est mort..." Je demandais qui était Staline. Mon père me dit : "C'était le plus grand homme de notre temps. Il dirigeait l'Union soviétique, le plus grand pays révolutionnaire. Staline était le fils d'un cordonnier". Et moi je pensais : fils de cordonnier, quelqu'un comme moi... Pour les patriotes algériens, à qui le colonialisme français infligera un million de morts lors de la guerre de libération, Staline représentait le combat contre le colonialisme et l'impérialisme.

Aujourd'hui, au cinquantième anniversaire de sa mort, les révolutionnaires commémorent Staline comme un des plus grands révolutionnaires que l'histoire a connu jusqu'à présent. C'est Staline qui a réalisé les transformations politiques et économiques formidables de l'Union soviétique, ce grand pays stratégique, transformations qui ont marqué un grand tournant dans l'histoire de l'humanité. C'est Staline qui a dirigé la plus grande guerre révolutionnaire que le monde a connu, la guerre de défense patriotique, antifasciste de l’Union Soviétique. C'est Staline qui a impulsé les luttes de libération dans l'ensemble du monde colonisé et dominé et particulièrement en Asie, et notamment en Chine et en Inde.

Aujourd'hui, nous commémorons Staline parce que son oeuvre reste d'une importance cruciale pour l'avenir de l'humanité. Le nom de Staline symbolise les quatre grandes luttes révolutionnaires qui décideront du sort de l'humanité au cours de ce XXIe siècle : le combat pour le développement économique, le combat pour l'indépendance, le combat pour la paix et le combat pour le socialisme.

Staline et le combat pour l'indépendance contre l'impérialisme

L'expérience de Lénine et de Staline montre que le combat pour l'indépendance nationale et la lutte pour le socialisme sont inséparable. Elle montre aussi que l'opportunisme est une force de réserve de l'impérialisme et du capitalisme.

La grande Révolution socialiste a triomphé le 25 octobre 1917.

Or, le lendemain, le Parti menchevik proclamait sa détermination de renverser les bolcheviks accusés d'instaurer "l'esclavagisme". Et la social-démocratie russe décida de "libérer la Russie de la tyrannie bolchevique" en faisant appel à des armées impérialistes ! Churchill a joué un rôle clé dans l'intervention des troupes anglaises, françaises, japonaises, italiennes et américaines contre la jeune Union soviétique.

Staline a été le principal dirigeant bolchevik envoyé par Lénine sur les fronts décisifs pour y diriger la guerre populaire contre les armées interventionnistes. Sortant d'une longue clandestinité, les bolcheviques n'étaient pas encore très nombreux. Les puissances impérialistes estimaient que l’Union Soviétique ne pouvait tenir contre huit armées étrangères soutenues par les restes de l'armée tsariste, par les propriétaires fonciers et les capitalistes et par les partis sociaux-démocrates. Mais Lénine et Staline ont organisé une véritable guerre des masses populaires qui ont vaincu tous les agresseurs et tous leurs alliés russes.

Les combats politique et militaire dirigé par Lénine et Staline pour garantir l'indépendance de l’Union soviétique prennent une signification particulière dans les conditions actuelles de la mondialisation impérialiste. Aujourd'hui, le problème majeur qui se pose à l'écrasante majorité de l'humanité, est celui de la réalisation d'une indépendance politique et économique réelle. C'est le problème de la lutte de libération nationale contre la recolonisation politique, économique, militaire et culturelle à laquelle nous assistons aujourd'hui, une recolonisation qui est plus sanglante et féroce que la colonisation du 19e siècle.

Ces six dernières années, j'ai pu vivre cette réalité de près au Congo, un des pays potentiellement les plus riches au monde mais qui, privé de son indépendance pendant 37 années de dictature néocoloniale, victime aujourd'hui d'une guerre d'agression instiguée par les Etats-Unis, vivote dans une misère effrayante.

L'impérialisme anglo-américain prévoit «une nouvelle bataille pour l’Afrique à cause de  l’épuisement des ressources dans le monde industrialisé». Les Etats-Unis ont déclaré que «le Congo revêt une importance essentielle pour les intérêts des Etats-Unis en Afrique. ... parce qu'il possède 13 % des réserves hydroélectriques du monde, 28 % des réserves de cobalt, 18 % des réserves de diamant industriel » C'est presque ouvertement que l'impérialisme anglo-américain réclame son droit à la "recolonisation" du Congo et de l'Afrique et son refus catégorique de toute forme d'indépendance réelle. Comment les richesses du Congo peuvent-elles "revêtir une importance capitale pour les intérêts américains", sauf si les Américains ont pris la décision de mettre la main sur le Congo, quel qu'en soit le prix ? La guerre d'agression américano-rwando-ougandaise a aujourd'hui fait 4 000 000 de morts au Congo. Qui en parle ? Mais à l'occasion du 50e anniversaire de la mort du camarade Staline, toute la presse bourgeoise reprend les calomnies sur Staline-le-sanguinaire qui ont été lancées jadis par les nazis.

Staline et le combat pour le développement socialiste

L'indépendance était la pré-condition du développement accéléré de l'Union soviétique.

L'indépendance a permis de concentrer tous les grands moyens de production aux mains de l'Etat socialiste et de les utiliser de façon planifiée pour résoudre dans un temps records les problèmes essentiels du développement industriel, agricole, culturel et militaire. C'est en 1928 que Staline a lancé le premier Plan quinquennal pour un développement économique vertigineux. Le 4 février 1931, Staline dit : "Nous retardons 50 à 100 ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés". Staline a réussi son pari qu'aucun bourgeois pensait réalisable.

Il a utilisé deux armes magiques : l'organisation de l'avant-garde des ouvriers, paysans et travailleur dans le Parti bolchevique, d'abord et la conscientisation et la mobilisation des masses pour l'édification économique, ensuite.

Un étranger qui avait vécu 37 années dans la Russie tsariste a fait ce témoignage : "Les bolcheviques ont mobilisé plus de 150 millions d'êtres humains apathiques, morts vivants et leur ont insufflé un esprit nouveau. L'ardeur révolutionnaire fait fondre des obstacles colossaux. Jamais on n'a été témoin d'une chose pareille".

Ayant grandi à la campagne, le dissident Alexandre Zinoviev a vécu les luttes très âpres pour la collectivisation et la modernisation de l'agriculture. Il a fait ce témoignage : "Lors de mes retours au village, je demandais à ma mère et aux autres kolkhoziens s'ils accepteraient de reprendre leurs anciennes exploitations individuelles. Tous me répondaient par un refus catégorique. Au cours de la collectivisation, la campagne avait connu une révolution culturelle sans précédent : on avait créé des écoles primaires, des écoles techniques formant des vétérinaires, agronomes, mécaniciens, conducteurs de tracteurs, une école secondaire. La structure de la population rurale se rapprocha de celle des villes. Cette transformation extrêmement rapide fournit au nouveau système un soutien colossal dans les larges masses populaires".

De 1928 à 1937, chaque année la production industrielle augmenta de 16,5 %. Lénine avait proposé en 1920 un plan général d'électrification de l'Union soviétique. Quinze années plus tard, Staline a réalisé le Plan à 230 %.

La collectivisation de l'agriculture a été un mouvement de masse d'une ampleur jamais égalée qui a permis aux paysans pauvres et moyens de prospérer par le travail collectif avec des machines et instruments modernes, tout en éliminant leur exploitation par les anciens paysans riches. Début 1929, l'Union soviétique possédait 19 000 tracteurs. Douze années plus tard, en, 1941, les kolkhozes et sovkhozes comptaient 684 000 tracteurs.

Une mobilisation populaire jamais vue dans l'histoire a permis à un pays arriéré et ruiné de rattraper en douze ans la puissance impérialiste la plus redoutable de l'Europe : l'Allemagne nazie. Dans le Tiers Monde d'aujourd'hui, soumis à la privatisation, aux diktats extérieurs, à la désindustrialisation, à la misère généralisée, quel pays du tiers monde n'envie pas les réalisations de Staline ?

Staline et le Parti révolutionnaire bolchevique

Le Parti bolchevik a été l'artisan de toutes les victoires. Il n'était constitué que de 30 000 militants endurcis à la fin de la période clandestine, au moment du triomphe de la révolution en 1917. En 1921, après la guerre de résistance contre 8 puissances extérieures, le Parti avait 600 000 membres. Staline a impulsé un travail d'organisation et d'éducation jamais vu et le Parti comptait 2 500 000 membres en 1932, l'année cruciale pour la réussite de l'industrialisation et de la collectivisation. C'est l'esprit de sacrifice, le dévouement au peuple, l'ardeur au travail de cette grande armée politique qui a galvanisé les travailleurs pour la guerre contre le sous-développement.

Si Lénine a formulé les principes du Parti révolutionnaire des temps modernes et a formé le noyau d'acier de ce parti, c'est Staline qui a transformé ce Parti en une grande armée politique, encadrant et galvanisant toutes les masses populaires.

Sans le rôle dirigeant et déterminant du Parti bolchevik, aucune des victoires historiques n'aurait pu être arrachée, que ce soit dans la lutte pour l'indépendance, dans le combat pour le développement ou dans la grande guerre antifasciste. Staline a dirigé la rédaction du manuel "L'Histoire du Parti Communiste de l'Union soviétique - bolchevique", livre capital qui continue aujourd'hui à former une nouvelle génération de révolutionnaires dans le monde entier.

Staline et le danger mortel de l'opportunisme et de l'infiltration

Les ennemis intérieurs et extérieurs du socialisme soviétique ont dès le début de la révolution compris le rôle déterminant du Parti et ils ont tout mis en oeuvre pour l'infiltrer et le détruire de l'intérieur.

Le jeune contre-révolutionnaire Boris Bajanov avait 19 ans lorsqu'il qu'en 1919 il décida d'infiltrer le Parti bolchevik. En 1923, il devint le secrétaire du camarade Staline et du Bureau politique ! Dans son autobiographie, il écrira : "Soldat de l'armée anti-bolchevique, je m'étais imposé la tache difficile et périlleuse de pénétrer au sein de l'état-major ennemi. J'avais atteint mon but."

Mais en plus, les habitudes de la vieille société dominée par l'exploitation étaient tenaces et elles ont graduellement influencé un certain nombre de responsables du nouveau régime socialiste.

Ainsi, les luttes entre différentes tendances politiques au sein du Parti ont toujours reflété la lutte entre différents intérêts de classe qui traversait l’Union soviétique. Et dès la victoire en 1917, des courants opportunistes au sein du Parti bolchevique se sont opposés à la politique de Léonine et de Staline.

En 1927, Trotski, Zinoviev et Kamenev ont été exclus à juste titre pour leurs activités hostiles. Mais Zinoviev et Kamenev furent peu de temps après rétablis comme membres. Au cours des années 1928-30, Trotski, Zinoviev, Kamenev et Boukharine se sont opposés avec acharnement à l'industrialisation accélérée et à la collectivisation. Et en 1931, Zinoviev et Kamenev furent une seconde fois exclus pour avoir soutenu publiquement un programme anti-bolchevique que Boukharine, toujours au Bureau politique, avait également appuyé.

En 1934, le Parti tient son 17e Congrès, le Congrès de la Victoire et de l'Unité. Les réalisations gigantesques, fruits de l'héroïsme au travail de dizaines de millions de travailleurs, ne pouvaient plus être niées. Staline croyait que les progrès phénoménaux réalisés par le Parti et les masses, amèneraient les opposants à revoir leurs conceptions erronées. De nombreux cadres exclus ont été rétablis dans leurs droits de membres, entre autres Piatakov, Radek, Smirnov, Préobajenski, puis Zinoviev et Kamenev, qui tous participent au 17e Congrès et y prononcent des discours.

Il faut dire que Staline n'a jamais été un sectaire, Staline savait pardonner aux cadres leurs erreurs du passé et leur donner une deuxième et une troisième chance.

Mais le 1 décembre 1934, Kirov, le numéro deux du Parti, est assassiné dans son propre bureau. On ne trouvera pas les coupables.

Tableau représentant Staline devant la dépouille du camarade Kirov assassiné par les comploteurs en 1934

Ce n'est qu'en 1936-37 que le Parti découvrira que le complot contre Kirov fut organisé par une organisation clandestine dont Zinoviev, Kamenev, Smirnov, Radek et d'autres cadres faisaient partie et qui était en liaison avec Trotski.

Trotski est le prototype du communiste qui a dégénéré jusqu'au point de devenir un anticommuniste forcené. Il écrivait en 1934 : "La victoire de Hitler a été provoquée par la politique criminelle de Staline." "Pour renverser Hitler, il faut d'abord en finir avec l'Internationale Communiste".

Sous des termes à peines voilés, Trotski encourageait l'Allemagne à attaquer l'Union soviétique. Il écrit en 1938 : "Berlin sait à quel degré de démoralisation la clique au pouvoir a entraîné l'armée et la population. Staline continue à saper la force morale et la résistance du pays. Les carriéristes staliniens trahiront le pays dans les moments difficiles". Au moment où les nazis préparaient déjà l'agression contre l'Union soviétique, Trotski appelait le peuple soviétique à faire une insurrection contre le Parti et contre Staline. Il déclara ceci : "Seule une insurrection du prolétariat soviétique contre l'infâme tyrannie des nouveaux parasites peut sauver ce qui existe encore des conquêtes d'Octobre". Le langage provocateur de Trotski servait directement les fascistes allemands.

Lors des enquêtes sur les réseaux clandestins d'opposants et d'ennemis infiltrés, les preuves furent établies de l'existence de groupes clandestins au sein de la hiérarchie militaire qui préparaient un coup d'état. Le maréchal Toukhatchevski et les généraux Osepyan, Kashirin et Alksnis furent parmi les dizaines de comploteurs militaires qui ont été fusillés.

Contrairement à des pays comme la France et la Belgique, qui ont vu une partie majeure de la bourgeoisie passer dans la collaboration, en Union soviétique la cinquième colonne a été pour l'essentiel éliminée.

Sur les purges effectuées par Staline, Churchill, qui était en Angleterre un partisan de la lutte contre l'expansionnisme hitlérien, a dit ceci : "Le gouvernement allemand était en contact avec d'importantes personnalités russes par le canal de l'ambassade soviétique à Prague. La conspiration visait à renverser Staline et introduire en Russie un nouveau régime pro-allemand. La Russie soviétique pratiqua une purge impitoyable mais sans doute utile qui épura les milieux politiques et économiques. L'armée soviétique fut purgée des éléments pro-allemands".

Toujours à propos des purges, le nazi Goebbels note dans son journal le 8 mai 1943 : "Le Führer explique le cas de Toukhatchevski et dit que nous étions absolument dans l'erreur lorsque nous croyions que Staline ruinerait l'Armée Rouge. C'est le contraire qui est vrai : Staline s'est débarrassé de tous les cercles oppositionnels de l'Armée rouge et il a ainsi réussi à ce qu'il n'y ait plus de cercles défaitistes dans cette armée."

Du social-démocrate Boukharine au révisionniste Gorbatchev

Si l'épuration des années 37-38 a créé les conditions d'une résistance générale et implacable face à l'agression nazie, elle a aussi donné des coups mortels aux courants opportunistes qui visaient à devenir majoritaire à la direction du Parti et qui prônaient le retour graduel au capitalisme.

Dans ce sens, le procès de Boukharine de 1938 revêt une importance historique : Boukharine a été le Gorbatchev de l'époque.

Boukharine était en 1938 le dirigeant du Parti le plus prestigieux et le plus haut placé à avoir comploté le renversement du régime communiste. L'ambassadeur des Etats-Unis, Joseph Davis, qui a suivi son procès, écrit : "Le sentiment général des diplomates qui ont assisté au procès est que la preuve a été établie de l'existence d'un complot extrêmement grave".

Devant les preuves accablantes, Boukharine eut un sursaut d'honneur communiste et passa aux aveux. Il dévoila tout le processus de dégénérescence politique qui l'avait amené, lui vieux bolchevique et l'ancien enfant chéri de Lénine, à trahir la révolution soviétique.

Ses aveux sont particulièrement révélateurs parce que cinquante années plus tard, le groupe contre-révolutionnaire de Gorbatchev prendra exactement la même voie, mais l'ira jusqu'au bout, jusqu'à la restauration du capitalisme dans ses formes les plus maffieuses.

Il est fort instructif de relire aujourd'hui le compte-rendu du « Procès du bloc anti-soviétique des boukharinistes et des trotskistes ».

Lors de ce procès, Boukharine, Trotski et leurs adeptes ont été accusés d’utiliser un langage pseudo-léniniste pour attaquer les fondements du régime socialiste, de présenter des plates-formes démagogiques qui servaient à rallier les anciens bourgeois et féodaux et toutes les forces qui voulaient le renversement du socialisme en URSS. « Derrière le clinquant de la phraséologie trotskiste et boukhariniste, elles préparaient la restauration du capitalisme ». C'est exactement ce qu'a fait Gorbatchev avec sa démagogie faussement "léniniste" !

Le compte-rendu du procès Boukharine continue en affirmant que les opposants étaient entrés en contact avec des puissances impérialistes, dont l’Allemagne nazi, pour faciliter leur prise de pouvoir. L’accusation dit que « les boukharinistes et les trotskistes sont un détachement avancé du fascisme international », « un bloc de traîtres ». « Ce procès nous rappelle que deux mondes se dressent face à face, tels deux ennemis mortels et irréconciliables, le monde du capitalisme et le monde du socialisme. La logique des antagonismes de classe pousse les restes des classes exploiteuses à l’intérieur de l’URSS ainsi que les classes exploiteuses au de-là de nos frontières à des attaques toujours plus acharnées contre l’état des travailleurs. » Cinquante années plus tard, les gorbatcheviens agiront exactement de la même manière comme des traîtres à la cause du socialisme et comme un détachement avancé de l'impérialisme américain et du fascisme international. Dans la Russie de Eltsine, l'organisation fasciste de Vlassov opérait au grand jour.

Le procès Boukharine souligna que des relations existaient entre les comploteurs et les services de renseignement occidentaux. L’acte d’accusation mentionnait aussi que les boukharinistes et trotskistes préparaient « la séparation de l’Ukraine, de la Biélorussie et le démembrement de l’Union soviétique ».

Aujourd’hui, nous nous rendons compte que Gorbatchev et Eltsine ont effectivement réalisé intégralement le programme pour lequel leurs prédécesseurs Boukharine et Trotski ont été condamnés à mort en 1938. Depuis lors des hauts fonctionnaires du temps de Gorbatchev se sont vantés qu’ils entretenaient des relations avec les services de renseignements américains depuis des dizaines d’années ! Ce n’est donc pas un détail que Gorbatchev a officiellement réhabilité aussi bien Trotski que Boukharine en 1990 ! Il est également très significatif qu’un chef trotskiste comme Mandel a pu déclarer en 1989 : « La Pérestroïka est une véritable nouvelle révolution. Le mouvement trotskiste défend la même thèse depuis 55 ans, on l’a qualifié pour cette raison de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, on comprend mieux où se trouvaient les véritables contre-révolutionnaires et où se trouvaient les véritables révolutionnaires. » Effectivement, Boukharine et Trotski ont été les Gorbatchev et Eltsine de 1935... mais ils ont été démasqués et exécutés. L'Union soviétique a pu continuer à édifier le socialisme et à préparer sa défense contre l'agression fasciste imminente...

L'histoire a montré que l'opportunisme et l'infiltration constituent un danger intérieur mortel pour toute révolution socialiste. Trotski, Zinoviev et Boukharine ont formé une chaîne d'opportunistes, ils se sont liés aux forces réactionnaires intérieures et aux fascistes à l'extérieur. Mais ils ont été écrasés par les travailleurs, paysans et intellectuels révolutionnaires mobilisés par Staline et le Parti. Epurée de la cinquième colonne, l'Union soviétique a pu vaincre les hordes barbares fascistes. Le peuple soviétique à mené des combats héroïques pour sa propre liberté mais aussi pour la liberté de tous les peuples écrasés par le fascisme ou opprimés par le colonialisme, et dans ces luttes historiques il a sacrifié 23 millions de combattants et de civils résistants. Jamais l'histoire n'a vu un combat aussi grandiose, aussi héroïque et aussi décisif pour l'évolution du monde et ce ne sont pas les minables mensonges et les intoxication grotesques que les médias bourgeois nous servent à l'occasion du cinquantième anniversaire de la mort du grand Staline qui changeront cette vérité écrit avec le sang des plus braves.

Staline et l'alliance antifasciste internationale

Si Staline a détruit la cinquième colonne des nazis opérant en Union soviétique, il a également prôné à partir de 1935 une alliance internationale des forces et des pays antifascistes.

En 1935, l'Union soviétique propose d'établir un système de sécurité collective en Europe, dirigé contre l'expansionnisme fasciste allemand et italien. Les grandes "démocraties", l'Angleterre et la France, refusent et elles suivent en 1936 une politique de "neutralité" lorsque les puissances fascistes interviennent en Espagne pour aider Franco à établir sa dictature fasciste. Puis Londres et Paris se rendent à Munich négocier avec les puissances fascistes et céder la région tchécoslovaque des Sudètes à Hitler. Au même moment, l'Allemagne hitlérienne et l'Angleterre signent une déclaration selon laquelle ils n'entreront plus jamais en guerre l'un contre l'autre. Les appels répétés de Staline à former une défense collective restent sans effet : l'Angleterre et la France permettent même à Hitler d'occuper en mars 1939 toute la Tchécoslovaquie. En fait, ils poussent Hitler à faire la guerre à l'Est.

De juin à août 1939, l'Union soviétique mène avec l'Angleterre et la France des négociations de la dernière chance pour faire une alliance antifasciste. Mais en juillet, Chamberlain tient des négociations secrètes avec Hitler à qui il garantit la liberté d'action à l'Est et au Sud Est de l'Europe, il promet également de rompre les négociations avec Staline. En août 39, Staline comprend que Londres et Paris ont décidé de laisser Hitler occuper la Pologne pour lui montrer ainsi que le chemin est libre vers l'Union soviétique.

Hitler est décidé de vaincre l'Union soviétique, la France et l'Angleterre, mais il ne veut pas d'une guerre sur deux fronts à la fois. Il veut la guerre soit contre l'Angleterre et la France seules, soit contre l'Union soviétique seul. Stratège, il préfère combattre et vaincre d'abord ses ennemis les plus faibles. Il sait que la guerre contre l'Union soviétique sera une guerre implacable, féroce, le combat décisif entre deux mondes radicalement opposés. Hitler sait qu'il a de nombreux adeptes et sympathisants en France et en Angleterre. Le 20 août, il propose un pacte de non-agression à l'Union soviétique. Staline, face à l'éventualité de devoir affronter seule la barbarie nazie, accepte immédiatement.

Les impérialistes français et anglais qui voulaient utiliser Hitler pour défaire l'Union soviétique, sont pris à leur propre piège. Hitler estime qu'il pourra vaincre la France, la Belgique et l'Angleterre pour se tourner ensuite, fort du potentiel militaire de toute l'Europe, contre Staline.

L'Union soviétique aura gagné 21 mois cruciaux pour renforcer de façon décisive sa défense. Ce fait sera décisif pour la constitution d'un front anti-fasciste mondial et pour la victoire sur l'axe Allemagne-Japon-Italie.

Le rôle déterminant de Staline dans la grande guerre antifasciste

Pendant toute la guerre, mais surtout au cours de la première année qui fut la plus difficile, le courage, la détermination et la compétence de Staline ont galvanisé toute la population soviétique. Dans les heures de désespoir, c'est Staline qui incarnait la confiance dans la victoire finale.

Le 25 octobre 1941, les armées nazies étaient devant les portes de Moscou. Mais Staline décida de défier les hitlériens et d'organiser le traditionnel défilé militaire sur la Place Rouge. Staline y prononça un discours historique qui fut diffusé dans tout le pays et qui faisait pleurer de joie des partisans endurcis en Ukraine : Staline a dit que nous vaincrons, oui ! nous vaincrons !

Au cours des semaines suivantes, les nazis pénétrèrent dans les faubourgs de Moscou, mais Staline resta à Moscou, garda son calme et continua à concentrer en secret plus de 700 000 soldats à proximité de Moscou. Après avoir consulté tous les commandants, Staline décida de la grande contre-offensive qui libéra Moscou. Les nazis y ont perdu 500.000 hommes. C'était un tournant dans la guerre.

La base de la victoire de l'Union soviétique contre les nazis, se trouve dans l'oeuvre titanesque que Staline a accompli entre 1928 et 1941. Cette oeuvre grandiose, les partisans du fascisme ancien et nouveau l'appellent à l'occasion du cinquantième anniversaire du vainqueur de l'hitlérisme: la terreur, l'aveuglement meurtrier, la folie d'annihilation... Comment ne pas voir que ces journalistes bourgeois, qui sont payés pour flatter les fascistes de notre époque, pensent pouvoir obtenir ainsi une meilleure rétribution et un plus grand prestige ?

Le maréchal Joukov, l'officier supérieur le plus brillant de la grande guerre anti-fasciste, a soutenu au moment décisif l'escroc Khrouchtchev, mais quelques années plus tard il a fait ce bilan de Staline pour démentir les mensonges de Khrouchtchev : "Une industrie développée, une agriculture collectivisée, l'instruction publique étendue à l'ensemble de la population, l'unité de la nation, la puissance de l'Etat socialiste, le niveau élevé de patriotisme du peuple, la direction qui, par le Parti, était prête à réaliser l'unité entre le front et les arrières, tout cet ensemble de facteurs fut la cause fondamentale de la grande victoire qui devait couronner notre lutte contre le fascisme. L'industrie soviétique à pu produire une quantité colossale d'armements : près de 490 000 canons et mortiers, plus de 102 000 chars et canons autopropulsés, plus de 137 000 avions de combats prouve que les fondements de l'économie, au point de vue militaire, étaient solides."

Le traître et contre-révolutionnaire Khrouchtchev a osé écrire que Staline ne comptait sur personne et ne demandait l'avis de personne. Or, Staline a abattu un travail colossal en dirigeant la plus grande guerre que l'histoire a connue, il a signé 10 000 ordres et directives en s'appuyant sur la sagesse collective, Staline a toujours maintenu un style démocratique, écoutant toutes les opinions contradictoires, concentrant toutes les opinions utiles et faisant des synthèses de toutes les opinions valables.

Vassilevski, depuis 1942, chef de l'état-major, a écrit que Staline, pour préparer une opération, fit toujours venir les responsables concernés pour recevoir les informations et conseils nécessaires et il leur soumettait l'ébauche préliminaire des décisions. Il écrit : "Staline s'appuyait toujours sur la raison collective."

Le général Chtémenko, sous-chef de l'état-major, réfuta également les calomnies de Khrouchtchev : "Staline ne décidait pas seul et n'aimait pas décider à lui seul des questions importantes de la guerre. Il comprenait parfaitement la nécessité du travail collectif dans ce domaine complexe, il reconnaissait les gens qui faisaient autorité dans tel ou tel domaine et tenait compte de leur opinion".

Joukov, le premier chef de l'état-major, témoigna : "Joseph Staline n'était pas du tout un homme devant lequel des problèmes difficiles ne pouvaient être évoqués, avec qui on ne pouvait pas discuter et même défendre énergiquement son opinion. Si certains affirment le contraire, je dis que leurs assertions sont fausses". "Staline avait une grande érudition et une mémoire étonnante, il possédait une énorme intelligence naturelle mais aussi des connaissances étonnamment vastes. Il écoutait attentivement, posait parfois des questions, donnait des répliques. La discussion terminée, il en formulait nettement les conclusions".

Même le diplomate américain Averell Harriman, parlant de Staline, évoqua, "sa grande intelligence, sa fantastique capacité d'entrer dans les détails, sa perspicacité et la sensibilité humaine surprenante qu'il pouvait manifester. Il était mieux informé que Roosevelt, plus réaliste que Churchill, sous plusieurs aspects le plus efficace des dirigeants de la guerre".

En 1945, les Etats-Unis ont repris le flambeau hitlérien.

Immédiatement après la défaite des puissances fascistes allemande, japonaise et italienne, les Etats-Unis ont repris le rêve de domination mondiale de Hitler et Washington a engagé un grand nombre d'anciens nazis pour y arriver.

Robert Murphy, le conseiller du gouverneur militaire américain en Allemagne, écrit en 1945 : "Le général Patton voulait réarmer deux divisions de Waffen SS pour les incorporer dans la 3e armée américaine et pour les diriger contre les Rouges. Il me dit : 'Nous pouvons repousser l'armée rouge en Russie. Avec mes Allemands, nous sommes capables de le faire.' Patton disait qu'il se faisait fort d'arriver en trente jours à Moscou."

Le général nazi Gehlen fut pendant la guerre le chef de l'espionnage nazi en Union soviétique. En mai 45, il s'est rendu aux Américains. Par les accords entre alliés, les Américains devaient remettre Gehlen aux Soviétiques, puisqu'il figurait sur la liste des principaux criminels de guerre recherchés en Union Soviétique. Mais clandestinement les Américains ont transféré Gehlen aux Etats-Unis où il a négocié avec Allan Dulles lui-même, le chef des services secrets. Un accord fut conclu : Gehlen transféra toutes ses archives sur l'Union Soviétique aux Etats-Unis et il réactiva ses réseaux d'anciens en Union soviétique sous la direction des Etats-Unis. Gehlen, devenu peu après le premier chef du service de renseignement de la République Fédérale d'Allemagne (RFA), a simplement continué sous les ordres des Etats-Unis, la guerre anticommuniste qu'il a mené sous les ordres de Hitler.

Pendant la guerre, John Loftus était le chef du service secret américain responsable de dépister les d'anciens nazis qui tentaient d'entrer aux EU. Mais dès 1944, d'autres services secrets américains s'efforçaient de faire entrer le maximum d'anciens nazis ! Dans son livre, Lotus estime le nombre d'anciens nazis établis aux EU à quelques dix milles. Ces anciens nazis allemands, ukrainiens, lettonnes, russes, etc. ont joué un rôle crucial pendant la guerre froide. Parmi eux, certains des plus grands criminels nazis comme Klaus Barbie, Alois Brunner, tenu responsable de la mort de 130 000 personnes, Otto von Bolschwig, l'adjoint de Eichmann...

Dès 1945, les Etats-Unis ont repris la place et le rôle de l'Allemagne hitlérienne comme puissance impérialiste la plus agressive et la plus belliciste.

Les Américains ont utilisé la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki sans aucune utilité militaire: l'armée japonaise avait été écrasée en Chine par l'Armée Rouge. Hiroshima et Nagasaki étaient essentiellement une démonstration à l'adresse de Staline pour lui faire comprendre ce qui l'attendait. Le maréchal anglais Alan Brooke témoigna que Churchill se voyait déjà capable d'éliminer les centres industriels de l'Union soviétique.

Le peuple grec s'est libéré des fascistes allemands en organisant ses propres forces armées antifascistes et révolutionnaires. Après la libération de la Grèce, l'impérialisme anglais a occupé Athènes et s'est lié aux anciens partisans de l'Allemagne nazie pour combattre les patriotes.

En Corée, les forces nationalistes et communistes avaient vaincu les armées d'occupation japonaises avec l'aide de l'Union soviétique et des armées de Mao Zedong. Les Américains ont débarqué dans la partie sud de la Corée, ils ont sorti des prisons les anciens collaborateurs fascistes pour créer une république sud-coréenne dirigée par des laquais américains.

Les Etats-Unis ont déclenché la guerre contre la Corée en 1950 comme point de départ de la guerre anticommuniste générale: la Corée conquise, c'est la Chine qui serait l'objectif suivant. La Chine sous domination américaine serait alors la base principale pour la guerre contre l'Union soviétique, qui pouvait être attaquée également à partir de la R.F.A.

Au moment de l'agression américaine contre la Corée, l'Union soviétique fit une déclaration qui prend aujourd'hui un sens nouveau, 53 ans plus tard : "Si les impérialistes déclenchent une troisième guerre mondiale, cette guerre sera le tombeau, non seulement d'Etats capitalistes isolés, mais du capitalisme mondial tout entier".

Contre l'agression américaine en Corée s'est développé, sous la direction du Conseil Mondial pour la Paix le plus grand mouvement pour la paix que le monde a vu. Cinq cent millions de personnes ont signé l'Appel de Stockholm demandant entre autres l'interdiction des armes atomiques et le désarmement général.

Les agresseurs américains ont tué 3 000 000 Coréens, mais la résistance a triomphé, résistance dirigée par le Parti du Travail de Corée et le camarade Kim Il Sung, résistance soutenue par la Chine socialiste, par l'Union soviétique et par une campagne mondiale contre la guerre. Le plan d'une grande guerre pour éliminer le régime socialiste en Chine et en Union soviétique a du être enterré.

De la Contre-révolution en Union soviétique au Front mondial contre les guerres américaines

Cinquante années riches en événements et en retournements se sont passées depuis la mort du regretté camarade Staline. Avec Khrouchtchev, un groupe révisionniste, héritier de Trotski, Zinoviev et Boukharine, a pris le pouvoir et a précipité la dégénérescence politique et idéologique. Pour tromper le peuple soviétique qui était très attaché au socialisme, l'anticommuniste Khrouchtchev promit... la réalisation intégrale du communisme pour l'année 1980...

Sous Brejnev, le système économique socialiste était toujours puissant, mais il a été détourné vers le secteur militaire. Le secteur civil prenait du retard et fut envahi par des méthodes de l'économie capitaliste. Un secteur de l'économie de l'ombre, clairement capitaliste, se développa en même temps que dégénéraient progressivement les structures dirigeantes du parti.

Mais l'Union soviétique restait une grande puissance, capable de bloquer les tendances les plus agressives de l'impérialisme américain. Les luttes révolutionnaires du tiers monde mettaient également l'impérialisme en difficulté : la guerre victorieuse du Vietnam, la guerre de libération nationale en Angola, la lutte des pays producteurs de pétrole et de matières premières.

Or, depuis Reagan, début des années quatre vingt, la ligne du maccarthysme, proche du fascisme, pratiquée entre 1945 et 1956, a été remise en honneur aux Etats-Unis.

Reagan et Bush senior, prenant appui sur la dégénérescence politique et idéologique du PCUS, ont accompli ce que Hitler n'a pas réussi: détruire le socialisme en Union soviétique.

Mais l'histoire sait, comme nul autre professeur, nous enseigner la dialectique: la contre-révolution en Union soviétique de 1989-91 a rétabli intégralement le capitalisme sous ses formes les plus maffieuses, mais elle a prouvé en même temps... que le capitalisme n'a plus aucun d'avenir! L'impérialisme a promis que le capitalisme ferait des miracles en ex-Union soviétique. C'était la fin de l'histoire.

Eh bien, comme cadeau de fin de l'histoire, les Soviétiques ont encaissé la plus grande catastrophe qu'ai jamais connu un grand pays industrialisé. En 1999, la production industrielle de la Russie avait diminué de 41 % par rapport à 1990, celle de l'Ukraine avait chuté de 58 %. En 12 ans, la population russe a diminué de 12 millions d'habitants. Depuis la contre-révolution, la mortalité a augmenté de 33% et la natalité a chuté de 40%. La Russie connaît aujourd'hui 4 000 000 d'enfants abandonnés, situation absolument impensable durant le régime soviétique. En 1985, la scolarité dans l'enseignement secondaire était de presque 100 %. Aujourd'hui elle a chuté à 75 %.

Dans le camp du capitalisme vainqueur, la fin de l'histoire prend aussi des allures bizarres: les grandes crises économiques se suivent depuis 1990 dans presque tous les pays "modèles" : il y a eu la crise au Japon, au Mexique, en Asie du Sud Est, en Russie, au Brésil...

Aujourd'hui, nous assistons à de grandes vagues de concentrations de capitaux à l'échelle mondiale : 5 à 10 multinationales contrôlent les différents secteurs de l'économie mondiale. Elles intensifient l'exploitation, diminuent le nombre de travailleurs, augmentent de façon phénoménale la productivité. Tout cela fait apparaître de façon destructrice la contradiction fondamentale insoluble du système capitaliste: la contradiction entre une capacité de production apparemment sans limites et des marchés qui se rétrécissent.

Pour se sauver des crises économiques qui ébranleront leur système, les multinationales américaines s'engagent aujourd'hui dans la seule voie qui reste au capitalisme chaque fois qu'il fait face à une crise économique insoluble: c'est la voie de la guerre mondiale en "relançant" la production en fabriquant des armes et cela pour écraser des rivaux et pour conquérir des matières premières et des marchés.

Ce n'est pas par méchanceté, mais à cause des lois économiques et politiques inhérentes au système impérialiste, que le monde a connu deux guerres mondiales.

Aujourd'hui, devant la perspective de crises économiques d'une ampleur jamais vues, les Etats-Unis sont revenus aux années 1945-1953, lorsque, en reprenant le flambeau des nazis allemands, ils ont tenté d'instaurer leur hégémonie en préparant la guerre troisième guerre mondiale contre la Corée, la Chine et l’Union soviétique.

Mais aujourd'hui, les peuples du monde ont beaucoup appris des grandes victoires révolutionnaires du XXème siècle, comme des grandes défaites causées par l'opportunisme.

En 2003 se développe à une échelle jamais vue dans l'histoire un grand front uni mondial contre l'ennemi n° 1 des peuples, l'hégémonisme américain. Ce front est plus large, plus puissant et plus international que le front qui s'était constitué en 1941 contre l'axe fasciste Berlin-Tokyo-Rome.

Aujourd'hui, cinquantième anniversaire de la mort du camarade Staline, tous les nains politiques qui mangent des mains de la bourgeoisie américaine, peuvent cracher leur venin contre les révolutionnaires communistes des années glorieuses 1941-1953. Cela n'empêche pas qu'un mouvement anti-guerre et anti-impérialiste sans pareil dans l'histoire se développe contre le fascisme bushien et contre ses plans délirants d'une guerre mondiale pour établir un Reich américain de 1 000 ans.

Les dizaines de millions militants contre la mondialisation impérialiste s'instruiront par l'expérience de la lutte en par la réflexion sur l'histoire révolutionnaire du XXe siècle.

La stratégie et la tactique que le camarade Staline a développées entre 1932 et 1953 contre les puissances fascistes d'abord et contre l'hégémonisme américain ensuite, restent les références les plus importantes pour tous les peuples décidés de gagner la paix, l'indépendance, le développement planifié et équilibré - et le socialisme !

 

 

Mao Zedong et Staline

Ludo Martens, 5 novembre 1993

Cette année-ci, nous commémorerons le centième anniversaire de la naissance du camarade Mao Zedong, comme nous venons de commémorer la victoire de Stalingrad qui eut lieu il y a cinquante ans.

L'effondrement du socialisme en Europe de l'Est et en Union soviétique et le triomphe de la contre-révolution bourgeoise dans ces pays, oblige tous les communistes à faire un bilan du chemin parcouru par le mouvement communiste international au cours du demi-siècle passé.

Depuis l'attaque surprise de Khrouchtchev contre Staline, au XXe Congrès du PCUS en 1956, le mouvement communiste international a été miné politiquement et a connu une série de scissions qui l'ont finalement divisé et affaibli au maximum. Faire un bilan matérialiste de ces cinquante dernières années est essentiel pour rétablir l'unité du mouvement communiste internationale sur la base des principes marxistes-léninistes.

A nos yeux, deux tâches ont une importance particulière pour refaire l'unité du mouvement communiste : faire une réévalution des contributions inestimables du camarade Staline au mouvement communiste internationale et mettre en évidence les apports du camarade Mao Zedong à la théorie et la pratique de la construction socialiste, notamment sa théorie sur la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat.

La naissance du Parti du Travail de Belgique

Notre parti est né en octobre 1970. Au cours des années 1967-1969, les cadres de l'organisation étudiante Studenten Vak Beweging, organisation révolutionnaire petite-bourgeoise, avaient adopté le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Zedong comme fil conducteur ; ils s'étaient liés aux travailleurs lors des grandes vagues de grèves "sauvages" de l'année 1970.
Notre parti doit son existence en tant que formation marxiste-léniniste à l'influence internationale de l'oeuvre du camarade Mao Zedong et de la Révolution culturelle au cours des années 1966-1970.
Lorsque les cadres du mouvement étudiant se sont orientés vers les idées communistes, ils ont été marqués par les thèses suivantes, propagées lors de la révolution culturelle.

Vingt cinq ans après la formation du noyau de notre parti, nous maintenons tous ces principes que Mao Zedong nous a enseigné. C'est en appliquant ces principes que notre parti a pu se développer. Un de ces principes était la défense de l'oeuvre de Staline, qui a dirigé pendant trois décennies le Parti communiste de l'Union soviétique et le mouvement communiste international.

Staline contre le révisionnisme titiste

Staline a dû construire le socialisme dans une lutte idéologique soutenue et opiniâtre contre tous les courants bourgeois qui ont émergé au sein du parti. Trois courants bourgeois principaux ont mis en danger le socialisme soviétique.

Ces trois affrontements idéologiques ont eu une grande portée historique pour la consolidation de la dictature du prolétariat.

Et ces affrontement ont gagné une nouvelle actualité dès la fin de la seconde guerre mondiale. En écrasant les troupes fascistes, l'Union s'est rattaché certains territoires auparavant contestés à la Pologne et à la Roumanie, ainsi que les pays baltes, ces régions traditionnellement tiraillées entre l'Allemagne et la Russie. L'Union soviétique a intégré aussi certains territoires appartenant auparavant à la Finlande et au Japon, les Iles Kourilles, notamment. Ces mesures correspondaient aux besoins de la sécurité et de la défense de l'Union soviétique, seul pays socialiste au monde en 1945. Staline comprenait parfaitement que la défaite du fascisme allemand ne signifiait nullement que les impérialistes mettraient fin à leurs efforts pour détruire l'Union soviétique.

L'intégration de ces territoires dans l'Union soviétique correspondait également aux intérêts des ouvriers et des paysans qui pouvaient ainsi s'engager dans la voie du socialisme. Dès la fin de la guerre, les éléments fascistes et d'extrême droite de ces territoires ont développé des campagnes nationalistes et réactionnaires pour monter les masses contre le socialisme. Ils se sont engagés dans la voie qu'ont suivi, au cours des années vingt et trente, les réactionnaires géorgiens, ukrainiens et autres. Ils ont utilisé le nationalisme bourgeois comme point de ralliement de toutes les tendances anti-socialistes.

En 1948, Staline a critiqué, puis dénoncé la politique suivie par Tito. Le titisme est en fait un condensé des trois courants bourgeois, défaits en Union soviétique au cours des années vingt, trente et quarante. A l'époque, la bourgeoisie internationale a dénoncé le "contrôle" que Staline voulait exercer sur la Yougoslavie, et elle a soutenu la "politique d'indépendance" de Tito. Or, cette lutte n'opposait nullement le "contrôle" à l'indépendance, mais bien la ligne marxiste-léniniste à la ligne bourgeoise. La lutte contre Tito n'était pas un détail : elle était un résumé de toutes les luttes menées par Staline contre les ennemis du bolchevisme.

Dès 1948, le courant nationaliste et social-démocrate s'est imposé à la tête du Parti communiste yougoslave. En déclenchant en 1948 la lutte contre le révisionnisme de Tito, Staline a fait preuve de clairvoyance et de fermeté sur les principes. Quarante-cinq ans plus tard, l'histoire a entièrement confirmé ses prévisions. Au moment de l'invasion allemande, en 1941, le Parti Yougoslave clandestin comptait 12 000 membres ; 8 000 d'entre eux furent tués au cours de la guerre. Mais il s'est gonflé de près de 140 000 membres pendant la résistance et de 360 000 autres avant la mi-1948. Des dizaines de milliers de koulaks, de bourgeois et d'éléments petits-bourgeois étaient entrés au Parti. (James Klugmann, From Trotsky to Tito , Lawrence and Wishart, London, 1951, p. 13) Tito s'appuyait de plus en plus sur ces derniers dans sa lutte contre les communistes authentiques. Le parti n'avait pas de vie interne normale, il n'y avait pas de discussion politique en son sein, et par conséquent pas de critiques ni d'autocritiques marxistes-léninistes ; les dirigeants n'étaient pas élus mais cooptés. (p. 22)

En juin 1948, le Bureau d'Information des partis communistes, regroupant huit partis, publia une résolution critiquant le Parti yougoslave. Elle soulignait que Tito ne prêtait aucune attention à l'accentuation des différences de classes à la campagne ni à la croissance des éléments capitalistes dans le pays. (p.9) La résolution affirmait que, partant d'une position nationaliste bourgeoise, le Parti yougoslave avait brisé le front uni socialiste contre l'impérialisme. Le texte disait :"Une telle ligne nationaliste ne peut que conduire à la dégénérescence de la Yougoslavie en une république bourgeoisie ordinaire" . (p. 11) Ayant enregistré cette critique, Tito déclencha une épuration massive. Tous les éléments marxistes-léninistes furent éliminés du Parti. Deux membres du Comité central, Zhoujovic et Hebrang, avaient déjà été arrêtés en avril 1948. Le général Arso Jovanovic, chef de l'Etat-Major de l'Armée des partisans, fut arrêté et assassiné, de même que le général Slavko Rodic. (p. 43) The Times parlait de nombreuses arrestations de communistes soutenant la résolution du Kominform et estimait le nombre de personnes emprisonnées entre 100 000 et 200 000. (p. 143) Dans son rapport au Huitième Congrès du Parti, tenu en 1948, Kardelj eut recours à force citations de Staline pour affirmer que la Yougoslavie "refoulait les éléments koulaks" et ne prendrait jamais "des positions antisoviétiques" . (Rapport : Le PCY dans la lutte pour la Yougoslavie nouvelle... Beograd, 1948, p.94, 25)

Mais quelques mois plus tard, les titistes reprenaient publiquement la vieille théorie social-démocrate du passage de la bourgeoisie au socialisme sans lutte de classe ! Bebler, vice-ministre des Affaires étrangères, déclara en avril 1949 : "Nous n'avons pas de koulaks comme il y en avait en URSS. Nos paysans riches ont pris part en masse dans la guerre populaire de libération.(...) Serait-ce une erreur si nous réussissions à faire passer les koulaks au socialisme sans une lutte des classes ?" (29 avril 1949) (Klugmann, p.129) Et en 1951, l'équipe de Tito déclarait que les "kolkhozes (soviétiques) sont le reflet du capitalisme d'État qui, mélangé aux nombreux restes du féodalisme, est le système social de l'URSS" . Développant les conceptions de Boukharine, les titistes remplacent la planification par le marché libre : "Personne, en dehors de la coopérative, ne fixe les normes ni les catégories de ce que l'on doit produire" . Ils organisent "le passage à un système laissant plus de liberté au fonctionnement des lois économiques objectives. Le secteur socialiste de notre économie est à même de triompher des tendances capitalistes par des moyens purement économiques" . (Directives du CC, dans : Questions actuelles du socialisme, n 10, jan-fév. 1952, Agence Yougoslave d'Information, p. 160, 161, 145) En 1953, Tito réintroduira la liberté d'acheter et de vendre la terre et d'engager des ouvriers agricoles.

En 1951, Tito compare les communistes yougoslaves fidèles au marxisme-léninisme à la cinquième colonne hitlérienne, justifiant après coup l'arrestation de plus de 200 000 communistes, selon le témoignage du colonel Vladimir Dapcevic. Tito écrit : "Les attaques des agresseurs fascistes ont prouvé que l'on attache beaucoup d'importance à un élément nouveau : la cinquième colonne. Elle est un élément politique et militaire qui entre en action au moment des préparatifs de l'agression. Aujourd'hui, on tente de nouveau de faire quelque chose de semblable dans notre pays, sous différentes formes, particulièrement de la part des pays kominformistes." (Questions actuelles du socialisme, n° 10, p.85))

Au début des années cinquante, la Yougoslavie est toujours un pays largement féodal. Mais les titistes s'attaquent au principe selon lequel l'État socialiste doit maintenir la dictature du prolétariat. En 1950, les révisionnistes yougoslaves lancent une discussion sur "le problème du dépérissement de l'État et spécialement du dépérissement du rôle de l'État dans l'économie" . Pour justifier le retour à l'État bourgeois, Djilas traite l'État soviétique de "monstrueux édifice du capitalisme d'État" qui "oppresse et exploite le prolétariat" . Toujours selon Djilas, Staline lutte "pour l'agrandissement de son empire de capitalisme d'État et, à l'intérieur, pour le renforcement de la bureaucratie" . "Le rideau de fer, l'hégémonie sur les pays d'Europe orientale et une politique d'agression lui sont devenus actuellement indispensables" . Djilas parle de "la misère de toute la classe ouvrière qui travaille pour les intérêts 'supérieurs' impérialistes et pour les privilèges de la bureaucratie." "L'URSS est aujourd'hui objectivement la grande puissance la plus réactionnaire" . Staline est "un praticien du capitalisme d'État et le chef et guide spirituel et politique de la dictature bureaucratique" . En véritable agent de l'impérialisme américain, Djilas poursuit : "Nous rencontrons chez les hitlériens des théories qui, par leur contenu comme par la pratique sociale qu'elles supposent, ressemblent comme deux gouttes d'eau aux théories de Staline". (Questions actuelles du socialisme, n° 14, oct-nov. 1952, AYI, Paris, p. 2, 5, 18, 35-36, 30, 37, 44 et 47) Ajoutons que Djilas, qui s'est établi aux États-Unis par la suite, se référait dans ce texte à la "critique du système stalinien" faite par...Trotski ! (Ibidem, p.44)

En 1948, Kardelj jurait encore fidélité au combat anti-impérialiste. Pourtant deux années plus tard, la Yougoslavie soutenait l'agression américaine contre la Corée ! The Times rapportait : "Monsieur Dedeijer voit les événements de Corée comme une manifestation de la volonté soviétique de dominer le monde... Les travailleurs du monde doivent se rendre compte qu'un autre prétendant à la domination mondiale s'est présenté, et se débarrasser des illusions à propos de l'URSS qui serait, soi-disant, une force de démocratie et de paix" . (The Times, 27 déc. 1950)

Ainsi, Tito était devenu un simple pion dans la stratégique anticommuniste des États-Unis. Tito déclara en 1951 au New York Herald Tribune qu'"en cas d'attaque soviétique, n'importe où en Europe, même si cela se passe à des milliers de kilomètres des frontières yougoslaves, (il) se battrait immédiatement aux côtés de l'Occident... La Yougoslavie se considère comme une partie du mur de solidarité collective construit contre l'impérialisme soviétique" . (New York Herald Tribune , 26 juin 1951) Dans le domaine économique, les mesures socialistes que la Yougoslavie avait prises avant 1948, furent vite liquidées. Alexander Clifford, le correspondant du Daily Mail , écrit à propos des réformes économiques adoptées en 1951 : "Si elles se réalisent, la Yougoslavie sera finalement bien moins socialisée que la Grande Bretagne". "Les prix des biens (seront) déterminés par le marché, c'est-à-dire par l'offre et la demande", "les salaires (seront) fixés sur la base des revenus ou des profits de l'entreprise" , les entreprises "décident de façon indépendante ce qu'elles produisent et dans quelles quantités". "Il n'y a pas beaucoup de marxisme classique dans tout cela" . (Daily Mail , 31 août 1951) (p.150)

La bourgeoisie anglo-américaine reconnut très tôt qu'elle disposait, dans la personne de Tito, d'une arme efficace dans son combat anticommuniste. Business Week notait le 12 avril 1950 : "Pour les États-Unis en particulier et pour l'Occident en général, cet encouragement de Tito s'est révélé être une des méthodes les moins chères pour contenir le communisme russe. Le montant de l'aide occidentale à Tito se chiffre maintenant à 51,7 millions de dollars. C'est beaucoup moins que le milliard de dollars, environ, que les États-Unis a dépensé en Grèce pour le même but." (p. 175) Cette bourgeoisie comptait utiliser Tito pour encourager le révisionnisme et organiser la subversion dans les pays socialistes d'Europe de l'Est. Le 12 décembre 1949, Eden dit dans le Daily Telegraph : "L'exemple et l'influence de Tito peut changer de façon décisive le cours des événements en Europe centrale et orientale" . (p.191) Appréciant la démagogie communiste de Tito à sa juste valeur, The Times écrit : "Cependant, le titisme reste seulement une force, dans la mesure que le Maréchal Tito peut prétendre être communiste" . (The Times , 13 septembre 1949) (194)

Le révisionnisme et scissionnisme de Khrouchtchev

Le révisionnisme de Khrouchtchev et de Brejnev a constitué la plus grande trahison du marxisme-léninisme et il est la principale cause de la division et de l'affaiblissement du mouvement communiste international. Dans la dégénérescence révisionniste en Union soviétique, nous distinguons trois phases.

Le Rapport de Khrouchtchev ou XXe Congrès, son Rapport secret sur Staline de la même époque et son Rapport au XXIIe Congrès, en 1962 offrent un exposé complet de la ligne révisionniste, bourgeoise au sein du Mouvement Communiste International. Toutes les bases de la dégénérescence progressive, qui a abouti au cours des années 1985-1990 à la restauration ouverte du capitalisme, ont été formulées dans ces trois documents capitaux. Il est impossible de mener un combat conséquent contre la ligne de trahison de Gorbatchev, sans en déterrer les racines chez Khrouchtchev. Or, aujourd'hui que le capitalisme sauvage en ex-URSS prend des formes politiques de caractère fasciste, on peut parfaitement s'opposer à la dictature de Yeltsine à partir d'une ligne réformiste, sociale-démocrate inspirée par le khrouchtchévisme.

Mao Zedong et le Parti communiste chinois ont eu le mérite historique de défendre de façon conséquente le marxisme-léninisme contre le révisionnisme khrouchtchévien dans le livre : "Débat sur la ligne générale". Trente années après sa publication, ce document n'a rien perdu de son actualité, bien au contraire, l'effondrement de l'URSS est venu en souligner la clairvoyance. Ces textes étant suffisamment connus, nous nous limitons à en souligner un point particulier. Au cours de la polémique des années 1956-1964, Mao Zedong a non seulement défendu le marxisme-léninisme contre le révisionnisme, mais aussi l'unité des communistes contre le scissionnisme. Pour imposer leur ligne bourgeoise ou petite bourgeoise, les opportunistes ont toujours recours aux intrigues, à la division et au scisionnisme.

" Etant donné que les problèmes d'intérêt commun pour les différents partis frères sont extrêmement complexes, que les conditions dans lesquelles se trouve chacun de ces partis diffèrent grandement, et étant donné que la situation objective est constamment en mouvement, les divergences d'opinions sont souvent inévitables entre partis frères, et cela n'est pas nécessairement un mal. L'important, c'est de partir de la position qu'il faut défendre et renforcer l'unité internationaliste, et d'être ensemble dans le lutte contre l'ennemi " (Léninisme et révisionnisme moderne, Ed. La Cité Editeur, Lausanne, p. 12)

" Si, par malheur, des controverses ou divergences surgissent entre partis et pays frères, elles doivent être résolues patiemment dans l'esprit de l'internationalisme prolétarien et selon les principes de l'égalité et de l'unité de vues par voie de consultations. " (Léninisme et révisionnisme moderne, Ed. La Cité Editeur, Lausanne, p. 20)

" La cause du prolétariat a toujours eu un caractère international. Les communistes de tous les pays doivent s'unir dans la lutte commune pour faire triompher cette cause commune. Sans la solidarité et l'unité basées sur l'internationalisme prolétarien, aucun pays ne peut remporter ni consolider la victoire dans sa cause révolutionnaire. La seule voie juste pour sauvegarder et renforcer cette unité ne peut qu'être celle du respect des principes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères. Ces principes sont: l'union basée sur le marxisme-léninisme et l'internationalisme prolétarien, le soutien mutuel et l'assistance réciproque, l'indépendance et l'égalité, et l'unanimité des vues par voie de consultations. " (Léninisme et révisionnisme moderne, Ed. La Cité Editeur, Lausanne, p. 116-117)

Ces principes, le PCC les a exposés plus en détail dans les termes suivants.

" Respecter le principe de solidarité, et ne jamais inciter certains partis frères à attaquer d'autres partis frères, ne se livrer à des activités sectaires et scissionnistes ; respecter le principe de soutien et d'aide mutuels, et ne jamais tenter de contrôler les autres sous le couvert de l'aide (...). Respecter le principe d'indépendance et d'égalité, et ne jamais se situer au-dessus des autres partis frères ni imposer aux autres partis le programme, la ligne et les résolutions de leur propre Parti. Ne jamais s'ingérer dans les affaires intérieures des autres partis frères ni entreprendre d'activités subversives (...). Respecter le principe d'unanimité par voie de consultations, et ne jamais imposer la ligne erronée de leur propre Parti sous couvert d'une soi-disant majorité(...). " (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.370)

Au cours de la polémique de 1963, tout en critiquant le révisionnisme, le PCC a défendu de façon conséquente l'unité du mouvement communiste international, malgré les graves divergences qui le traversaient.

" Si vous ne redressez pas vos erreurs révisionnistes, nous continuerons à vous critiquer 'sans hésitation et en toute franchise', dans l'intérêt du PCUS, de l'Etat soviétique et du peuple soviétique, et pour l'unité du camp socialiste et du mouvement communiste international. " (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.344)

"Dans le mouvement communiste international, nous maintenons même des contacts avec les révisionnistes ; alors pourquoi ne pourrions-nous en faire autant avec les marxistes-léninistes ?" (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.360)

L'attitude hésitante de Mao

Au XXe Congrès, Khrouchtchev a lancé son attaque surprise contre l'oeuvre de Staline, pour imposer sa ligne révisionniste.
Au début, l'attitude de Mao Zedong et du Parti communiste chinois a été hésitante, ils n'ont pas défendu de façon conséquente l'oeuvre marxiste-léniniste de Staline, mais ont suivi Khrouchtchev dans certaines de ses critiques opportunistes contre Staline. Le document fondamental à ce propos est intitulé "L'expérience historique de la dictature du prolétariat", rédigé le 5 avril et le 29 décembre 1956.

Ce texte prend la défense de Staline et de "l'expérience fondamentale de la révolution et de l'édification en Union soviétique". (p. 33) Néanmoins, dans les critiques qu'il formule à l'adresse de Staline, nous pouvons déceler une tendance assez marquée à la réconciliation avec le révisionnisme. Certaines critiques formulées par Mao Zedong et le PCC reprennent simplement les calomnies formulées par Khrouchtchev. Le PCC lance certaines affirmations gratuites, qui ne sont basées sur aucune recherche sérieuse. La conclusion est à l'avenant : Khrouchtchev a pris des mesures pour rectifier ces erreurs de Staline !

"Pendant la dernière période de sa vie, des victoires en séries et les panégyriques dont il a été l'objet ont tourné la tête à Staline. Dans sa façon de penser, il s'est écarté partiellement, mais gravement, du matérialisme dialectique pour tomber dans le subjectivisme. Il commença à avoir une foi aveugle en sa propre sagesse et en sa propre autorité ; il se refusait à se livrer à des recherches et à l'étude sérieuses à l'égard de situations complexes, ou à prêter une oreille attentive à l'opinion de ses camarades comme à la voix des masses. En conséquence, certaines thèses et mesures politiques adoptées par lui allaient souvent à l'encontre de la réalité objective ; il s'est souvent obstiné à faire appliquer pendant un long laps de temps ces mesures erronées, et n'a pu rectifier ses erreurs en temps utile. Le Parti Communiste de l'Union Soviétique a déjà pris des mesures pour rectifier les erreurs de Staline." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.42)

Une des accusations les plus farfelues que Khrouchtchev lança contre Staline, est reprise par le PCC :

"(Staline) n'a pas fait preuve de la vigilance nécessaire à la veille de la guerre anti-fasciste." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.9-10)

Le PCC copie dans son texte les thèses de Khrouchtchev sur l'extinction de la lutte des classes, thèses développées au cours des années trente par Boukharine. Le PCC se passe complètement de l'analyse concrète de cette période cruciale et complexe qui fut celle de l'épuration. Il répète les banalités révisionnistes de Khrouchtchev qu'il fallait perfectionner la démocratie au lieu d'insister sur l'aggravation de la lutte des classes...

"Après l'anéantissement des classes exploiteuses et la liquidation, pour l'essentiel, des forces de la contre-révolution, la dictature du prolétariat était encore nécessaire vis-à-vis des débris de la contre-révolution à l'intérieur du pays (...) mais sa pointe devait être surtout dirigée contre les forces agressives impérialistes du dehors. Dans ces conditions, il fallait développer et perfectionner progressivement, dans la vie politique du pays, les diverses méthodes démocratiques, perfectionner la légalité socialiste, renforcer le contrôle du peuple sur les organismes d'Etat, développer les méthodes démocratiques dans l'administration de l'Etat et des entreprises, resserrer les liens entre les organismes d'Etat et l'administration des entreprises, d'une part, et les larges masses, de l'autre, (...) combattre encore plus fermement les tendances bureaucratiques, au lieu d'insister sur l'aggravation de la lutte de classes après la liquidation des classes, et d'entraver ainsi le développement sain de la démocratie socialiste, ainsi que le fit Staline." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.54-55)

Plus grave encore, Mao dénonce la critique que Staline a fait de la ligne titiste, remettant ainsi en cause les luttes idéologiques que Staline a mené contre le trotskisme, le boukharinisme et le nationalisme bourgeois.

"(Staline) a pris une décision erronée sur la question de la Yougoslavie. A propos de toutes ces questions, Staline s'est montré subjectif." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.9-10)

"Que les camarades yougoslaves éprouvent une aversion particulière à l'égard des erreurs de Staline, cela peut se comprendre. Placés dans des conditions difficiles, ils ont déployé dans le passé des efforts méritoires pour se maintenir dans la voie du socialisme. Dans les entreprises et autres organisations sociales, ils ont réalisé des expériences de gestion démocratique qui ont également attiré l'attention. Le peuple chinois applaudit à la réconciliation intervenue entre l'Union Soviétique et d'autres pays socialistes, d'une part, et la Yougoslavie, de l'autre." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.46)

Cette proposition exprime la conciliation et la complaisance envers le révisionnisme. Partant du nationalisme bourgeois, Tito a pris l'Union soviétique socialiste comme ennemi principal et a formé une alliance avec l'impérialisme américain. En menant des campagnes haineuses contre l'Union soviétique, Tito a repris les positions trotskistes. En laissant le libre développement aux paysans riches et aux petits capitalistes, a adopté le boukharinisme, la voie de la restauration progressive du capitalisme. Dans toutes ces questions essentielles, le PCC n'avait pas pris une position nette. Après avoir réhabilité le titisme, le PCC, critique les positions franchement anti-communistes de Tito. Apparemment, Mao a décidé que la contradiction avec Tito est "au sein du peuple", et ainsi il accepte de traiter cet anti-communiste au service de la stratégie globale américaine, en "ami qui se trompe". C'est le seul exemple concret que Mao nous donne pour prouver que Staline "confondait les deux types de contradictions"...

"Kardelj a... présenté aux camarades hongrois comme une exigence 'la nécessité de changements radicaux dans leur système politique' ; ... et il a exigé d'eux de ne pas faire 'de tentatives stériles pour restaurer le Parti communiste', 'car, dit-il, pour les masses, ce type de Parti incarnait le despotisme bureaucratique'. Tel est le modèle de la 'ligne non stalinienne' que le camarade Kardelj a mis au point pour des pays frères.(...) la position fondamentale et les méthodes que les camarades yougoslaves emploient, sont étrangères aux principes d'une discussion entre camarades." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.48-49)

Mao reprend aussi les thèses de Kadar et des révisionnistes "modérés" en Hongrie qui "expliquaient" la contre-révolution de 1956 par les "graves erreurs" commis par le stalinien Rakosi. Kadar ne s'est distancié de Nagy qu'au moment où celui-ci avait fait une alliance avec les insurgés d'extrême droite et fasciste.

"Le erreurs commises par Staline ont suscité un sérieux mécontentement chez les peuples de certains pays d'Europe orientale." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.66)

Dans sa façon de traiter la Yougoslavie et la Hongrie, Mao est influencé par le nationalisme bourgeois. La définition de l'internationalisme prolétarien que Mao Zedong donne dans ce texte de 1956, est d'ailleurs fort discutable.

"Le marxisme-léninisme a toujours insisté sur la nécessité de combiner l'internationalisme prolétarien avec le patriotisme de chaque peuple." "Les Partis communistes doivent se faire les interprètes des légitimes intérêts et sentiments nationaux de leurs peuples. Les communistes ont toujours été et restent de vrais patriotes. Ils savent que c'est seulement lorsqu'ils traduisent correctement les intérêts et sentiments de leur nation qu'ils peuvent jouir chez eux de la confiance et de l'affection véritables des larges masses populaires." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.63)

La conception du monde communiste est internationaliste ; elle part des intérêts d'ensemble de toute la classe ouvrière mondiale. Dans certaines conditions, des positions politiques nationalistes et une lutte nationale peuvent s'accorder aux intérêts de la classe ouvrière nationale et internationale. Mais il est faux, comme le présente ici le PCC, de faire concorder internationalisme et nationalisme. En Chine, le nationalisme a eu, pendant une longue période, un caractère révolutionnaire puisqu'il s'agissait de libérer la Chine de l'oppression impérialiste. Mais l'idéologie nationaliste révolutionnaire reste dans les limites de la révolution bourgeoise. Dans la longue lutte que les communistes chinois ont dû mener contre l'impérialisme, le nationalisme radical a été un de leurs leviers idéologiques les plus puissants au sein des masses. Et beaucoup ont été porté à croire que le nationalisme radical faisait partie de la conception communiste du monde. Ce qui est faux. Le passage de la révolution nationale et démocratique à la révolution socialiste est sans conteste un processus très complexe au cours duquel des intérêts de classe s'affrontent violemment. Dès 1959, Kang Cheng a tiré l'attention sur la position des démocrates bourgeois.

"A l'étape de la révolution démocratique, faisant preuve à des degrés divers d'un certain zèle pour la révolution démocratique, (ces démocrates bourgeois et petits-bourgeois) peuvent encore approuver, partiellement du moins, le programme minimum de lutte du Parti marxiste-léniniste ; aussi, guidés et aidés par le Parti, peuvent-ils encore accomplir un travail de quelque utilité pour la révolution. Mais dès l'origine, il a existé entre eux et le Parti des divergences de principe. Alors que le Parti se tient fermement au rôle dirigeant du prolétariat dans la révolution démocratique, persévère dans sa volonté de poursuivre la révolution démocratique jusqu'au bout, afin qu'après l'achèvement complet de la révolution démocratique celle-ci puisse passer aussitôt, sans discontinuité, à la révolution socialiste, ils sont d'avis de confier la direction de la révolution démocratique à la classe bourgeoise et n'ont pas la volonté de la mener jusqu'au bout, et ils sont moins prêts encore pour la révolution socialiste". (Dix Glorieuses Années, Ed. Pékin, 1960, p. 275)

Le même thème a été développé en 1976, lors de lutte politique que Mao Zedong a mené contre Deng Xiaoping. Le PCC écrivait à ce moment :

"En 1959, le président Mao fait cette remarque pénétrante : les opportunistes de droite au sein du Parti n'ont jamais été des révolutionnaires prolétariens ; ce ne sont que des démocrates bourgeois ou petits-bourgeois infiltrés dans les rangs révolutionnaires du prolétariat ; ils n'ont jamais été des marxistes-léninistes : ils ne sont que des compagnons de route pour notre parti." (La lutte en Chine contre le vent déviationniste de droite qui remet en cause les conclusions justes, 1976, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, p.189)

"Après le triomphe de la révolution de démocratie nouvelle, des membres du Parti, idéologiquement toujours à l'étape de la révolution démocratique, n'ont pas voulu progresser dans la voie socialiste et poursuivre la révolution. L'incorrigible responsable du Parti, engagé dans la voie capitaliste, n'est-il pas de ceux-là ? De ces gens qui représentent maintenant la bourgeoisie, qui craignent de voir la révolution socialiste se retourner contre eux, qui ont peur de voir affectés le système de propriété privée, le droit bourgeois qu'ils aiment, les concepts traditionnels qu'ils veulent défendre, qui appréhendent que l'on touche à leur position, à leur conception du monde bourgeoises. Plus la révolution socialiste avancera, plus sera aiguë la contradiction qui les oppose à la révolution, aux ouvriers, aux paysans pauvres et moyens-pauvres - tous fidèles à la poursuite de la révolution. Dans ce processus de la révolution socialiste, ils reculent, marchent à contre sens de la révolution." (La lutte en Chine contre le vent déviationniste de droite qui remet en cause les conclusions justes, 1976, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, p. 191-192)

S'il fallait mener la lutte contre les démocrates bourgeois, la critique du nationalisme bourgeois n'était sans doute pas moins importante. La Chine, une nation immense et relativement homogène, a dû affronter pendant plus d'un siècle le colonialisme et l'impérialisme. Mao Zedong n'a pas dû démêler des problèmes nationaux aussi complexes que ceux existant en Russie tsariste, puis en Union soviétique. Les communistes chinois n'ont pas assimilé les positions très riches, élaborées en la matière par Lénine et par Staline. Au cours des années vingt et trente, Staline a développé des positions qui ont acquis une nouvelle actualité après la guerre anti-fascistes, lorsque des pays sémi-féodaux, en Europe de l'Est et en Asie, ont commencé la construction socialiste. Les voici.

"Il faut se rappeler que nos organisations communistes de la périphérie, dans les Républiques et les régions, ne peuvent se développer et se mettre debout, devenir de véritables cadres marxistes internationalistes, que si elles ont raison du nationalisme. Le nationalisme est le principal obstacle idéologique dans la voie de la formation des cadres marxiste, de l'avant-garde marxiste à la périphérie et dans les Républiques. ... Le nationalisme joue pour ces organisations le même rôle que le menchevisme jouait dans le passé pour le Parti bolchevik. Ce n'est que sous le couvert du nationalisme que peuvent pénétrer dans nos organisations périphériques des influences bourgeoises de toutes sortes, y compris les influences mencheviks. ... Le souffle nationaliste s'acharne à pénétrer dans notre Parti à la périphérie... La bourgeoisie renaît, la NEP se développe, le nationalisme aussi... Des survivances du chauvinisme grand-russe existent qui poussent également en avant le nationalisme local... L'influence des Etats étrangers qui soutiennent par tous les moyens le nationalisme, s'exerce." (p.203) "L'essence de la déviation vers le nationalisme local, c'est la tendance à s'isoler et à s'enfermer dans sa coquille nationale ; la tendance à estomper les antagonismes de classe au sein de sa nation; la tendance à se défendre contre le chauvinisme grand-russe, en s'écartant du flot général de l'édification socialiste ; la tendance à ne pas voir ce qui rapproche et unit les masses travailleuses des nationalités de l'URSS, et à ne voir que ce qui peut les éloigner les unes des autres. La déviation vers le nationalisme local reflète le mécontentement des casses dépérissantes des nations autrefois opprimées, contre le régime de la dictature du prolétariat, leur tendance à s'isoler dans leurs Etats nationaux respectifs et à y établir leur domination de classe." (p.339) "Qu'est-ce que la déviation vers le nationalisme, qu'il s'agisse du nationalisme grand-russe ou du nationalisme local, il n'importe ? La déviation vers le nationalisme, c'est l'adaptation de la politique internationaliste de la classe ouvrière à la politique nationaliste de la bourgeoisie. La déviation vers le nationalisme reflète les tentatives de sa 'propre' bourgeoisie 'nationale' de saper le régime soviétique et de rétablir le capitalisme. La source de ces deux déviations... est commune. C'est l'abandon de l'internationalisme léniniste... Le principal danger est représenté par la déviation que l'on a cessé de combattre et à laquelle on a permis ainsi de se développer jusqu'à devenir un danger d'Etat." (p. 344-345)

L'attitude de Mao Zedong envers la politique suivie par Staline après la guerre, est souvent inspirée par le nationalisme bourgeois. Ainsi, les publications chinoises reprennent souvent les affirmations des auteurs bourgeois qu'à Yalta l'Union soviétique et les Etats-Unis ont divisé l'Europe en sphères d'influence. Mao Zedong lui-même a fait, en 1964, les déclarations suivantes à un délégation japonaise.

"L'Union soviétique a occupé trop de territoires. A la Conférence de Yalta, on a déclaré la Mongolie extérieure nominalement indépendante, nominalement, ce territoire a été détaché de la Chine, mais en fait il est tombé sous la gestion des Soviétiques. Comparé à vos Kourilles, le territoire de la Mongolie extérieure est beaucoup plus vaste. A l'époque (en 1954) nous avons demandé s'il serait possible de restituer la Mongolie extérieure à la Chine. Ils ont dit alors que c'était impossible... Ils ont aussi détaché une partie de la Roumanie, la Bessarabie. A l'Allemagne aussi, ils ont pris des territoires, notamment une partie de l'Allemagne de l'Est. Tous les Allemands qui y vivaient ont été chassés vers l'Ouest. De la Pologne aussi, ils ont pris des territoires qu'ils ont attaché à la Biélorussie... Finalement, ils ont aussi pris es territoires à la Finlande. ... Dans mon opinion, ils n'auraient pas du tout dû s'attacher des territoires... Pour cette raison, vos Kourilles, ne constituent pas un problème, quant à nous; elles doivent être restituées." (Mao ongecorrigeerd, Arbeiderspers, Amsterdam, 1974, Entretien du 10 juillet 1964, p.28-29)

Cette attitude conciliatrice envers le nationalisme bourgeois, se transformera, au cours des années soixante-dix, lorsque Brejnev pratiqua une politique d'ingérence et de contrôle, en soutien ouvert au nationalisme bourgeois et réactionnaire contre le "social-impérialisme".

Mao contre le révisionnisme khrouchtchévien

Lorsqu'en 1962, Khrouchtchev a approfondi ses thèses révisionnistes, le PCC est revenu sur quelques thèmes essentiels, débattus en 1956. Afin de combattre la trahison ouverte de Khrouchtchev, le PCC s'est servi de l'exemple yougoslave pour montrer aux Soviétiques l'aboutissement inévitable de la voie révisionniste.

"Il s'agit de savoir si la clique Tito est un parti frère et une force anti-impérialiste ou un groupe de renégats du mouvement communiste international et de laquais de l'impérialisme." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.151)

"Rien qu'entre 1948 et 1952, plus de 200 000 membres du Parti furent ainsi exclus, soit la moitié de l'effectif original de Parti communiste de Yougoslavie." "Le nombre des communistes et des éléments révolutionnaires actifs, arrêtés et emprisonnés, dépassa à lui seul 30 000." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.185)

"La soi-disant voie spécifique d'édification du "socialisme" avec l'aide américain, voie exaltée par la clique Tito, n'est rien d'autre que la voie de la transformation du système socialiste en système capitaliste en fonction des besoins de l'impérialisme, la voie qui conduit un pays indépendant à dégénérer en semi-colonie." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.178)

"Par son exemple de restauration du capitalisme en Yougoslavie, la clique Tito aide l'impérialisme américain à appliquer sa politique consistant à promouvoir dans les pays socialistes l'"évolution pacifique". Sous l'enseigne de pays socialiste, la clique Tito s'oppose avec frénésie au camp socialiste, s'emploie à le saper et est devenue un groupe de choc dans la campagne antichinoise. Sous le couvert du "non-engagement" elle cherche à saper le mouvement de libération nationale d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, et s'est mise au service du néo-colonialisme américain." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.178-179)

Le PCC défend Staline, dans la mesure où elle refuse de suivre l'anti-stalinisme de Khrouchtchev et de Tito, qui rejettent, en fait, le marxisme-léninisme lui-même.

"En s'acharnant encore et encore sur Staline, la direction du PCUS a voulu effacer l'influence impérissable de ce grand révolutionnaire prolétarien sur le peuple soviétique et les autres peuples du monde, et aussi frayer la voie à sa répudiation du marxisme-léninisme, que Staline avait défendu et développé." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.140)

"La répudiation totale de Staline fournit à l'impérialisme et à toute la réaction des munitions antisoviétiques et anticommunistes qu'ils ne sont que trop heureux d'obtenir." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.139)

Mais cette défense de Staline reste toujours très conditionnelle. L'importance vitale de la lutte idéologique et politique contre le trotskisme, le boukharinisme et la nationalisme bourgeois reste escamotée. Se contentant de parler dans des termes vagues des "deux types de contradictions", le PCC se refuse à analyser concrètement les lignes et les positions en jeu. Il s'agit en fait d'une défense inavouée des boukharinistes et autres opportunistes.

"Dans les luttes menées au sein du Parti comme en dehors, il confondit à certains moments et dans certains problèmes, les deux catégories de contradictions de nature différente - contradictions entre l'ennemi et nous, et contradictions au sein du peuple (...). Le travail de liquidation de la contre-révolution (...) permit de châtier à juste titre nombre d'éléments contre-révolutionnaires qui devait l'être; cependant, des gens honnêtes furent aussi injustement condamnés, et ainsi il commit l'erreur d'élargir le cadre de la répression en 1937 et 1938." (Débat sur la ligne générale du mouvement communiste international, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1965, p.129)

Mao et la continuation de la révolution sous le socialisme

Si l'analyse de la dégénérescence révisionniste en URSS a été correctement formulée par Mao au cours des années 1959-1964, c'est en 1966-1976 qu'il en a déduit une ligne politique cohérente pour la consolidation de la dictature du prolétariat en Chine. C'est ainsi que Mao a déclenché la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, pendant laquelle il appelé les communistes et les masses à critiquer le révisionnisme et le bureaucratisme au sein du parti et de l'appareil d'Etat.
La base théorique sur laquelle la révolution culturelle a été lancée, est le constat qu'un pays socialiste peut dégénérer politiquement et qu'une "évolution pacifique" vers la restauration est possible. Tout au long de la période socialiste, les classes et la lutte des classes subsistent, comme persiste la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste de développement continue.

Le cible de la révolution, ce sont les responsables du Parti engagée dans la voie capitaliste. Ces responsables sont des bureaucrates, des technocrates, des arrivistes et des révolutionnaires démocrates bourgeois qui n'ont pas la moindre intention de mettre le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Zedong en pratique, mais qui utilisent un langage marxiste-léniniste pour pratiquer le révisionnisme. La révolution culturelle est un vaste mouvement de masse pour critiquer et combattre tout ce qui dans l'idéologie et dans la superstructure ne correspond pas au socialisme, mais qui provient de l'ancienne société bourgeoise et féodale. Cette critique ne peut se réaliser correctement que sur la base d'un mouvement de masse pour l'assimilation du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong, non seulement par les membres du Parti, mais aussi par les larges masses. La participation des masses dans la critique et dans le combat est nécessaire pour débusquer les responsables engagés dans la voie capitaliste et c'est au cours de cette lutte que les masses peuvent s'éduquer. Cette révolution culturelle, déclenchée par le camarade Mao Zedong, était absolument nécessaire pour combattre le bureaucratisme et le révisionnisme et pour maintenir la dictature du prolétariat.

Dans un pays petit-bourgeois aussi vaste que la Chine, cette révolution devait inévitablement connaître un parcours mouvementé. Le radicalisme petit-bourgeois, anarchisant devait s'exprimer, comme on devait s'attendre à des provocations de type '"gauchiste" des anciens ennemis du socialisme. En plus, il n'était point facile de définir avec précision les cibles de la révolution, les responsables engagés dans la voie capitaliste, et de faire la distinction entre les ennemis habilles à se camoufler, les opportunistes qui peuvent se transformer et les communistes ayant commis certaines erreurs. Mais ce n'est qu'à travers l'expérience vécue que les interférences de droite et de "gauche" pouvaient être dévoilées et que les cadres et les masses pouvaient s'éduquer.

L'anti-maoïsme de Brezjnev

Au cours de la période 1965-1985, les révisionnistes ont fermement établi leur domination à la tête du Parti et de l'appareil d'Etat soviétiques et ils se sont engagés dans un processus aventurier d'ingérences à l'extérieure. Au cours des années soixante, les révisionnistes pouvaient toujours s'appuyer sur les bases économiques solides, jetées du temps de Staline. Cette puissance économique permettait à la bureaucratie d'accumuler des privilèges croissants, comme elle permettait de suivre une politique militaire aventuriste à l'extérieur, s'appuyant sur les armes pour créer et élargir la sphère d'influence soviétique. Cette quête de sphères d'influence de part le monde s'est accompagnée d'un discours "marxiste-léniniste" démagogique. Certains ont interprété ce retour au "marxisme-léninisme" comme un départ du Khrouchtchévisme et comme un retour prudent aux principes du temps de Staline. Il n'en est strictement rien.

A tous les congrès sous Brejnev, l'orientation des XXe et XXIIe congrès a été explicitement maintenue. Tous les phénomènes négatifs, survenus sous Khrouchtchev, se sont encore amplifiés, la bureaucratie comme couche sociale distincte s'est consolidée, les privilèges se sont accrus, le "capitalisme de l'ombre" s'est développé en liaison avec les fonctionnaires et les directeurs d'entreprise corrompus.

Nous devons cerner aussi bien le maintien des thèses révisionnistes de Khrouchtchev que la fonction spécifique d'un certain discours "marxiste-léniniste", destiné à gagner des forces anti-impérialistes, à les détourner de la voie marxiste-léniniste révolutionnaire et à les lier aux projets brejnéviens d'extension de la sphère d'influence soviétique. Au cours de cette période, Brejnev a développé un "anti-maoïsme" virulent qui était essentiellement une opposition farouche au marxisme-léninisme révolutionnaire. La plupart des partis communistes qui ont suivi l'orientation soviétiques, ont été influencé par cet anti-maoïsme qui a eu, dans l'idéologie soviétique, la même fonction que l'anti-stalinisme. Sous le drapeau de l'anti-maoïsme et de l'anti-stalinisme, toute l'essence révolutionnaire du marxisme-léninisme a été attaquée.

Khrouchtchev, puis Brejnev, ont justifié la capitulation, puis le collaboration-rivalité avec l'impérialisme en agitant la menace d'une guerre nucléaire qui exterminerait l'humanité. Partant d'une position petite-bourgeoise et capitularde, ils affirmaient qu'il n'y avait pas d'alternative à l'entente avec l'impérialisme américain : toute guerre anti-impérialiste risquait de provoquer une incendie nucléaire mondiale. Mao Zedong a maintenu qu'il fallait encourager les masses opprimées et exploitées à se soulever contre l'impérialisme, pour leur libération, qu'il faut avoir la conviction que l'ordre mondial injuste et criminel était condamné à disparaître et que, par conséquent, il fallait mépriser l'impérialisme sur le plan stratégique et en tenir sérieusement compte sur le plan tactique. Soulignant que les peuples, conscients, organisés et décidés à se libérer, peuvent vaincre l'impérialisme, Mao disait que l'impérialisme américain n'est qu'un tigre de papier. Toutes ces thèses marxistes-léninistes ont été dénaturées et attaquées de façon démagogique, malhonnête et perfide par Brejnev.

"La principale directive à long terme pour la politique extérieure du groupe de Beijing, a été formulé pour plonger l'humanité dans une fournaise nucléaire. On pourrait croire que seuls des fous pouvaient penser ainsi et souhaiter que cela arrive. Mais c'est vrai. Les dirigeants chinois actuels maintiennent que la guerre générale est l'autostrade vers le 'communisme' et que penser autrement, c'est croire dans des 'tigres de papier'." (Henry Ernst: What are they after in Peking, Progress Publishers, Moscow, 1979, p. 13-14; 1967)

""L'esprit belliciste et l'idée qu'une nouvelle guerre mondiale est inévitable et même souhaitable, ont d'ores et déjà pénétré tous les domaines de la vie publique en Chine : la politique, l'économie et la culture. 'Le pouvoir sort du canon du fusil'." (Le maoïsme: slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.61-62)

Afin de consolider leur pouvoir, les révisionnistes khrouchtchéviens ont affirmé que la victoire définitive et irréversible du socialisme était un fait dès l'année 1936. Ainsi, ils s'efforçaient de détruire la vigilance politique des communistes et des masses pour pouvoir appliquer, pas à pas, leurs plans de restauration. Ils se sont acharnés contre le maoïsme, parce que le camarade Mao Zedong rappelait à tous que le danger de restauration subsiste pendant une longue période historique.

"Dans un éditorial rédigé par Mao et publié(...) le 14 juin 1964, on pouvait lire : 'Il est impossible de parvenir en l'espace d'une ou de deux générations à la victoire définitive du socialisme. Il faudra cinq ou dix générations, voire une période encore plus longue, pour qu'on puisse l'obtenir une fois pour toutes'." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.26)

"Les héritiers de Mao (...) accusent l'Union soviétique et les autres pays socialistes d'avoir mis "la révolution en veilleuse", d'avoir cessé"la lutte de classe contre les ennemis de la révolution", si bien qu'en URSS et certains autres Etats socialistes, tenez-vous bien, "la bourgeoisie a repris le pouvoir" et on assiste à une "restauration du capitalisme"." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.28)

Les révisionniste soviétique se sont attaqué à la ligne générale pour l'édification socialiste que Mao Zedong a formulé en observant les luttes politiques et idéologiques sous Staline, puis le coup d'Etat de Khrouchtchev et l'imposition d'une ligne révisionniste, de trahison, en Union soviétique. Aujourd'hui, la justesse de cette ligne fondamentale, formulée par Mao Zedong, ne peut plus être mise en doute. Mao a écrit:

"La société socialiste s'étend sur une assez longue période historique, au cours de laquelle continuent d'exister les classes, les contradictions de classes et la lutte de classes, de même que la lutte entre la voix socialiste et la voie capitaliste, que le danger d'une restauration du capitalisme. Il faut comprendre que cette lutte sera longue et complexe, redoubler de vigilance et poursuivre l'éducation socialiste... Sinon un pays socialiste comme le nôtre se transformera en son contraire : il changera de nature et verra la restauration du capitalisme." (La Grande Révolution Culturelle, recueil de documents, Pékin, 1970, p.22-23)

Dans leurs efforts pour liquider le "maoïsme", les révisionnistes soviétiques se sont attaqués à ces thèses marxistes-léninistes dans les termes suivants.

"D'après Mao Tsé-toung, ce qui constitue la base du mode de vie socialiste, ce n'est pas l'unité morale et politique du peuple, mais on ne sait quelles contradictions, qu'il faut s'attacher à dénicher en son sein." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.23)

"La thèse de la "poursuite de la révolution" avait été choisie pour longtemps par le groupe de Mao pour imposer sa ligne au peuple et, sous le prétexte de "continuer la révolution", mettre hors d'état de nuire les adversaires des "idées" et des "options" de Mao, ces hommes que la propagande officielle qualifiait désormais d'"ennemis" et d'"éléments contre-révolutionnaires"." (Le maoïsme: slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.27)

Continuer la lutte de classes sous le socialisme, c'était, aux yeux des révisionnistes brejnéviens, imposer "une dictature militaire" au peuple !

"La "ligne particulière" proposée par Mao Tsé-toung dans les années 50 pour construire le socialisme en Chine se ramenait, elle aussi, à la transformation du pays en une énorme "commune" militarisée. Il s'agissait d'étendre l'organisation militaire à toutes les couches de la population, à l'industrie, aux administrations, à l'enseignement supérieur, aux écoles secondaires..." (Le maoïsme: slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.63)

"Le slogan : "Le pouvoir sort du canon du fusil" connut un vrai regain de jeunesse pendant la "révolution culturelle". D'abord, les "gardes rouges" eurent un grand rôle dans les répressions et les purges ; ensuite, l'armée entra en scène pour reprendre à l'aide du fusil, le pouvoir à ceux qui l'avaient reçu du peuple." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.64)

"Les nouveaux dirigeants de la Chine s'attachent eux aussi à faire du pays une "royaume de terreur" sans cesse secoué de campagnes politiques qu'on déclenche pour sévir contre les hétérodoxes, jeter des cadres dans des "camps de rééducation", organiser des procès publics contre les adversaires du régime. Le tout sous le signe du "fusil"." (Le maoïsme : slogans et pratique, Vladimir Glébov, Ed. Novosti, Moscou, 1978, p.67)

Il est indiscutable qu'à partir de l'année 1967, certains dirigeants soviétiques ont commencé à préparer les esprits à des opérations militaires contre la Chine. Dans le but de renverser la direction de Mao Zedong, les brejnéviens ont lancé des campagnes anti-chinois qui puisaient explicitement dans le vieil arsenal des théories fascistes sur le "danger jaune" et "le nouveau Djengis Khan, Mao Zedong". Les révisionnistes ne reculaient pas devant les falsifications les plus grossières. Ainsi, ils affirmaient que le prétendu mot d'ordre de Mao : "Le vent souffle de l'Est", annonçait la mise en application d'un grand plan d'expansion chinois visant à avaler tous ses voisins. Or, la phrase de Mao Zedong : "Le vent de l'Est l'emporte sur le vent de l'Ouest", signifie que les forces du socialisme l'emportent désormais sur les forces de l'impérialisme ; par conséquence, il faut avoir confiance dans la victoire et ne pas pratiquer une politique de capitulation. Ernst Henry, un commentateur soviétique influent, écrit déjà en 1967 :

"Le mot d'ordre de Beijing : 'le vent souffle de l'Est', cache un plan concret, un produit de l'esprit des nationalistes chinois, conçu au cours des années cinquante et récemment indiqué en Chine comme 'le grand plan stratégique'.... Le 'grand plan' a une ressemblance frappante avec le fameux plan Tanaka qui a été élaboré par l'état-major japonais et qui envisageait la conquête par étapes de l'Asie. Selon des rapports de la presse mondiale, le grand super-Etat chinois inclura, à part la Chine, aussi la Corée, la République Populaire de Mongolie, le Vietnam, le Cambodge, le Laos, l'Indonésie, la Malaysie, Birma et quelques autres pays. La seconde phase de la 'tempête venant de l'Est' envisage l'expansion en direction d'autres parties de l'extrême Orient et même du Moyen Orient." (p.30) "Les fanatiques maoïstes regardent Mao Zedong comme l'héritier direct de Genghis Khan, des empereur grand-Han et chauvin des dynasties des Tang et des Yuan et, sous certains aspects, même de Mohammed.... Il n'est pas nécessaire de prouver que les plans maoïstes sont intenables, ils peuvent être comparés uniquement aux hallucinations raciales de Hitler". (p.69)

Au cours de la période 1965-1976, le Parti communiste chinois a continué à s'opposer au révisionnisme et aux ingérences extérieures du groupe de Brejnev. Mais le Parti communiste chinois, du temps de Mao Zedong, avait déjà commis certaines erreurs d'analyse et de ligne, et après la mort de Mao, une tendance opportuniste s'est fait jour. Tout cela a rendu la lutte idéologique internationale plus complexe.

Social-impérialisme, social-fascisme

Deux événements majeurs des années 1968-1969 ont provoqué des réactions violentes de la part du PCC. A cette époque, un glissement dangereux vers le nationalisme s'est produit dans les positions du Parti communiste chinois. En 1968, il y eu des tensions le long de la frontière sino-soviétique qui ont abouti à des affrontements militaires majeures en mars 1969. Puis l'Armée rouge a occupé la Tchécoslovaquie, en août 1968. Ces deux événements ont provoqué au sein du PCC un retrait sur des positions nationalistes, qui cachaient en même temps des tendances à la conciliation envers le révisionnisme 'indépendant'.

Pour consolider ses positions nationales et internationales, le groupe révisionniste de Brejnev a escaladé sa lutte contre les forces marxistes-léninistes et principalement contre le Parti communiste chinois. Une Chine marxiste-léniniste représentait une grave menace idéologique pour les révisionnistes soviétiques. Elle constituait un exemple et un encouragement aux marxistes-léninistes soviétiques. Brejnev a tout fait pour ébranler, voir renverser le régime socialiste de Mao Zedong. Il est allé jusqu'à provoquer des affrontements militaires le long des frontières et à la menace nucléaire. La Chine avait raison de se défendre contre les ingérences et les provocations. Mais s'écartant du principe de l'analyse concrète de phénomènes différents, le PCC a inventé un concept global, le "social-impérialisme", qui l'a poussé à confondre toutes les oppositions à la politique soviétique. Puis le concept "social-fascisme" a conduit le PCC à faire l'économie de l'analyse concrète des contradictions spécifiques de la société soviétique.

Or, le groupe révisionniste de Brejnev ne devait pas seulement se défendre contre les marxistes-léninistes, il était aussi menacé sur sa droite par l'impérialisme et les ultra-révisionnistes, prêts à prendre le pouvoir "pacifiquement", encouragées et soutenues dans ces projets par l'impérialisme. Depuis 1948, la Yougoslavie était l'avant-garde de cette contre-révolution. Misant sur le développement du nationalisme bourgeois, elle exerçait une influence dans tous les pays de l'Est. En Hongrie, les révisionnistes Rajk, Nagy et Kadar appartenaient tous au courant titiste. La Chine avait dénoncé à juste titre la contre-révolution violente d'octobre 1956 à Budapest. Au cours des années soixante, les courants de la contre-révolution bourgeoise pacifique se sont développés dans tous les pays de l'Europe de l'Est.

Douze années après Budapest, les révisionnistes et les titistes avaient pris le pouvoir à la tête du Parti communiste tchécoslovaque. L'impérialisme allemand et américain, quant à eux, avaient tiré des leçons des événements hongrois et ils procédaient avec plus de prudence et de circonspection dans le déroulement de leurs plans contre-révolutionnaires. A partir des menaces réels qui planaient sur leur pays, les communistes chinois ont pris une position nationaliste bourgeoise dans la lutte contre le révisionnisme soviétique. Prenant appui sur l'histoire des agressions tsaristes contre la Chine féodale, ils ont élaboré la thèse du "social-impérialisme" et des "nouveaux tsars". L'analyse du révisionnisme tchécoslovaque, polonais, yougoslave a été complètement abandonnée, tous les feux étant braqués sur le "social-impérialisme". Le PCC n'a accordé aucune attention aux liens entre ces courants révisionnistes et l'impérialisme allemand et américain. Rappelons les thèses essentielles, formulées à l'époque par Mao Zedong et le PCC.

"De la couche privilégiée, bourgeoise, en Union soviétique, a émergé une classe de capitalistes monopolistiques et bureaucratiques". (Léninisme ou social-impérialisme ? The China Reader n° 4 - 1966-1972, vintage books, New York, p.456)

"L'économie capitaliste en URSS a une particularité : le capitalisme monopoliste d'Etat domine tout, régente tout. Cette situation est fort rare dans les pays impérialistes classiques." (Etudions l'économie politique, décembre 1975, Ed. du Peuple Shanghai, p.261)

"Les nouveaux tsars révisionnistes soviétiques ont restauré la vieille politique tsariste de l'oppression nationale... et transformé l'Union soviétique à nouveau en une 'prison des nations'." (China Raeder, p. 458)

"Le président Mao a indiqué : 'En URSS aujourd'hui, c'est la dictature de la bourgeoisie, la dictature de la grande bourgeoisie, c'est une dictature de type fasciste allemand, une dictature hitlérienne'." (Etudions l'économie politique, décembre 1975, Ed. du Peuple Shanghai, p.279)

"Sous le drapeau des 'forces armées unifiées', vous avez envahi la Tchécoslovaquie. Quelle est la différence entre cet acte... et l'agression des 'seize pays', organisée par l'impérialisme américain contre la Corée." (China Raeder, p. 464) "Que les chars soviétiques soient entrés à Prague, voilà qui, loin de représenter la force du social-impérialisme, est au contraire le signe que son empire néocolonial commence à s'effondrer." (Etudions l'économie politique, décembre 1975, Ed. du Peuple Shanghai, p.282)

"Elle pille à sa guise, sans pitié, et opprime sauvagement les peuples de certains pays d'Europe orientale(...) L'appétit de cette clique est plus dévorant que celui des tsars." (A bas les nouveaux tsars !, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1969, p.4)

"La clique des renégats révisionnistes soviétiques a complètement revêtu la défroque des tsars, dans le vain espoir de rediviser le monde en collusion avec l'impérialisme américain et d'établir son hégémonie mondiale de social-impérialisme.... En Asie, non contente d'avoir transformé la République populaire de Mongolie en colonie, encore cherche-t-elle à envahir et occuper davantage le territoire chinois. Au Moyen-Orient et dans le Sud-Asiatique, elle s'évertue à étendre son influence coloniale." (A bas les nouveaux tsars !, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1969, p.29)

L'évolution que l'Union soviétique a connu entre 1985 et 1990 a dévoilé l'inconsistance de toutes ces thèses. Mais à l'époque, nous, les marxistes-léninistes qui ont repris ces analyses du PCC, aurions dû faire preuve d'une plus grande prudence. En effet, le PCC n'a publié aucun travail de recherche scientifique, matérialiste et dialectique, sur les réalités économiques et politiques soviétiques dans leur complexité et dans leurs contradictions. L'argumentation du PCC était surtout basé sur des analogies historiques, dont la valeur est toujours toute relative, et sur des extrapolations assez arbitraires à partir des aspects bien réels, mais partiels de la réalité soviétique. Nous aurions pu appliquer à l'analyse de l'Union soviétique, faite par le PCC, les critiques que Mao avait adressé au Manuel d'Economie Politique publié sous la direction de Staline.

"Le style de l'ouvrage est très mauvais.... Son point de départ n'est pas l'analyse concrète de la contradiction entre les forces productives et les rapports de production, ni l'analyse concrète de la contradiction entre la base économique et la superstructure. Il ne tient pas compte de telles analyses pour présenter et étudier les problèmes. Tout dans ce livre résulte de notions et de définitions. Il se borne à définir ; il ignore les raisonnements. Or, en réalité, les définitions doivent être le résultat des analyses, et non le point de départ de celles-ci. Le livre énonce, ex nihilo, une série de lois qui ne découlent pas et ne sont pas prouvées par l'analyse du processus concret du développement historique. Or, les lois ne peuvent pas s'expliquer d'elles-mêmes. Il est impossible de les expliquer clairement si l'on ne commence pas par analyser le processus concret du développement historique." (Mao Tsé-toung et la construction du socialisme, 1975, Ed. du Seuil, p.161)

Menacé, le PCC devait indiscutablement défendre l'indépendance de la Chine contre les complots, les ingérences et les agressions dont elle était la victime de la part des révisionnistes soviétiques. Mais cette défense étant de plus en plus assuré à partir d'une position nationaliste bourgeoise, le PCC n'entreprenait plus des analyses marxistes-léninistes rigoureuses des différentes classes sociales et forces politiques opérant sur la scène internationale et dans les pays particuliers. Dans ses démarches, le PCC prenait de moins en moins en compte les intérêts d'ensemble de la révolution socialiste mondiale. Elle ne critiquait plus le révisionnisme et l'aventurisme soviétique sur une base de classe, marxiste-léniniste, qui aurait pu convaincre les communistes honnêtes, trompés par le groupe de Brejnev.

Le passage du socialisme au capitalisme

Aujourd'hui, le Parti du Travail de Belgique a réévalué les positions qu'il a partagé avec le PCC sur le social-impérialisme soviétique, le capitalisme d'Etat et le social-fascisme. Concernant la période 1956-1990 en Union soviétique, il est arrivé aux conclusions suivantes. Khrouchtchev a usurpé le pouvoir en 1956, après trois années de préparatifs. Ensuite, il a dû consolider son pouvoir à la direction du parti en éliminant la majorité du bureau politique, lors de la lutte contre "la clique anti-parti Molotov-Malenkov-Kaganovitch". Par des attaques idéologiques et politiques contre des principes essentiels de la construction socialiste, Khrouchtchev a d'abord changé l'orientation fondamentale du PCUS. Ceci était nécessaire pour permettre aux cadres bureaucratisés et opportunistes d'acquérir des positions confortables et privilégiées et de se constituer en couche sociale distincte.

Même après l'élimination de Khrouchtchev, certains cadres dirigeants ont continué à faire des efforts pour en revenir aux principes marxistes-léninistes. Les bases socialistes de la société n'étaient pas encore détruites et des millions de communistes persévéraient dans leur travail révolutionnaire.

Lors de la période Brejnev, la couche dirigeante a accumulé des privilèges et s'est enrichie de façon illégale, mais elle devait toujours parasiter, en quelque sorte, une base économique et politique qui ne lui appartenait pas. Les communistes authentiques défendaient un certain nombre d'acquis socialistes. Les mesures socialistes, les lois socialistes et l'idéologie marxiste-léniniste continuaient à occuper des positions importantes dans la société. Dans les relations extérieures, Brejnev a développé une hostilité outrancière envers la Chine et l'Albanie et envers certaines partis authentiquement marxistes-léninistes. Néanmoins, les liens basés sur l'internationalisme prolétarien et la solidarité anti-impérialiste, forgés du temps de Staline, ont continué à exercer une certaine influence et l'Union soviétique a continué à apporter une aide réelle à certains pays socialistes et anti-impérialistes et à des forces communistes et anti-impérialistes. Mais la tendance à transformer ces liens en de rapports de dépendance, à les utiliser pour pratiquer une politique de sphère d'influence s'est accentuée au cours des années Brejnev. Soutenant les forces réformistes-bourgeoises et petites-bourgeoises qui s'opposaient à l'impérialisme, Brejnev a remplacé l'internationalisme prolétarien par une politique de rivalité avec les puissances impérialistes. Ceci a conduit, dans certains cas, à une politique d'ingérence, de contrôle et d'hégémonie militaire.

La couche dirigeante, en faisant une caricature du marxisme et en encourageant ou en tolérant toutes sortes de courants idéologiques pro-occidentaux et réactionnaires, a renforcé les tendances pro-capitalistes parmi les masses. Dans un nombre croissant de secteurs, les nouveaux éléments bourgeois ont transformé les moyens de production ou les biens de l'Etat en leur propriété privée et ils se sont liés aux capitalistes nouveaux du secteur informel dont ils ont encouragé l'extension. A la fin de la période Brejnev, une nouvelle classe capitaliste s'était soudée ayant des intérêts propres, antagoniques à ceux des travailleurs. Elle était maintenant adulte et prête à lutter pour instaurer sa dictature bourgeoise ouverte, en détruisant les derniers éléments d'origine socialiste dans la politique intérieure et extérieure soviétique.

Il y a eu deux grands points de rupture en URSS : les rapports de Khrouchtchev de 1956, qui marquent le rejet des principes léninistes, et le programme de réformes de Gorbatchev de 1990, qui marque le passage à l'économie capitaliste. Le processus de dégénérescence a débuté en 1956 et il a abouti trois décennies plus tard.

Le révisionnisme de Khrouchtchev a initié une période de transition du socialisme au capitalisme. Au cours de cette période transitoire, des éléments socialistes ont continué à lutter avec les éléments capitalistes. Poser le problème en termes : dictature du prolétariat ou dictature de la grande bourgeoisie est une approche scolastique et idéaliste. Les nouveaux et les anciens éléments bourgeois ont eu besoin de trente ans pour consolider leurs positions dans le domaine politique, idéologique et économique et pour en finir, étape par étape, avec tous les éléments socialistes dans la société soviétique. La thèse selon laquelle Khrouchtchev a établi un mode de production spécifique, celui du capitalisme d'Etat, forme supérieure de capitalisme où la "nomenclature" possède collectivement les moyens de production, était fausse. L'expérience a montré qu'il ne s'agissait pas d'un système d'exploitation ayant sa propre base économique, lui permettant d'affronter les autres puissances bourgeoises. Au cours des périodes Khrouchtchev et Brejnev, les nouveaux éléments bourgeois ont forgé leurs armes, mais dès qu'ils ont été assez forts, ils se sont lancés dans le combat pour la propriété privée des moyens de production. Dans la logique de la théorie du capitalisme d'Etat, le parti révisionniste était le creuset de la nouvelle bourgeoisie : parti révisionniste, nomenclature et nouvelle bourgeoisie étaient synonymes. Or, avec l'achèvement du processus de dégénérescence, nous voyons que la grande bourgeoisie, en URSS comme à l'Est, se débarrasse du parti communiste en lançant le multipartisme bourgeois et en créant un nouveau parti social-démocrate.

Khrouchtchev représente une bourgeoisie naissante qui a besoin de faire de la démagogie communiste pour se protéger, pour cacher ses menées, pour gagner du temps afin de se développer et se renforcer. Gorbatchev représente la bourgeoisie mûre qui contrôle une grande partie des forces économiques et la plupart des leviers idéologiques et politiques et qui se lance dans la dernière bataille pour instaurer sa dictature ouverte. Il n'est pas correct d'identifier la suprématie de la tendance révisionniste à la tête du parti, avec la restauration du capitalisme et l'établissement de la dictature de la grande bourgeoisie. Les exemples de Cuba et de la Chine le démontrent à l'évidence. Les Cubains ont suivi très loin le révisionnisme et l'hégémonisme de Brejnev. Pourtant, nous constatons qu'une rectification au sein du Parti Communiste cubain a été possible et que le parti retourne à une conception révolutionnaire du marxisme-léninisme.

Lorsque Hu Yaobang et plus tard, Zhao Zhiyang ont été secrétaires généraux du Parti Communiste Chinois, ils ont appliqué une ligne plus révisionniste que celle adoptée par Khrouchtchev en 1956-1962. Ceux qui disent que la dictature de la grande bourgeoisie a commencé avec Khrouchtchev ont, en toute logique, conclu à la restauration du capitalisme en Chine. Or, nous avons vu se produire des luttes violentes au sein du PCC et la fraction la plus droitière a reçu des coups en juin 1989. Ceci indique que la prise de pouvoir par les révisionnistes se heurte, pendant une longue période historique, à une grande résistance et qu'elle peut être renversée. Ceci ne diminue en rien les difficultés énormes d'un tel renversement.

Alliances sans principes et révisionnisme

L'adoption des thèses sur le capitalisme d'Etat, le social-impérialisme et le social-fascisme par le Parti communiste chinois, a eu des conséquence graves. D'abord, le nationalisme a conduit la Chine socialiste à des alliances sans principes avec l'impérialisme américain et avec la réaction. La théorie des Trois Monde, formulée par Mao Zedong, a été accepté aussi bien par la tendance Tsiang Tsing que par celle de Deng Xiaoping. Voici sa thèse principale :

"Des deux superpuissances, l'Union Soviétique est l'impérialisme le plus féroce, le plus aventureux, le plus fourbe, et elle constitue le foyer de guerre mondiale le plus dangereux." (La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme-léninisme, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1977, p.33)

L'Union soviétique connaît une "dictature fasciste... qui permet au social-impérialisme soviétique de militariser plus facilement toute l'économie nationale et tout l'appareil d'Etat." (La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme-léninisme, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1977, p.36-37)

Lors de son voyage aux Etats-Unis, Deng Xiaoping a formulé les conclusions extrêmes, découlant de cette thèse, en prônant une alliance avec l'extrême droite de l'impérialisme américain. Ainsi, il a déclaré :

"Nous estimons que le danger de guerre provient de l'URSS. La menace qui pèse sur la paix, la sécurité et la stabilité internationale provient de l'URSS." "Ce dont on a besoin, ce sont des mesures réalistes et pratiques, par exemple, l'unité entre les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Europe occidentale et d'autres pays pour faire face à l'hégémonisme soviétique." (Beijing Information N 6, 12 février 1979, p.14)

L'impérialisme américain a adopté une double tactique dans sa lutte contre l'Union soviétique. La fraction d'extrême droite voulait pousser au maximum la militarisation de l'économie pour "saigner l'URSS à blanc" en la poussant à un effort militaire insoutenable ; elle mobilisait toutes les forces d'extrême droite et fascistes contre le communisme et était enclin à des aventures militaires. La fraction libérale croyait que la militarisation à outrance nuirait, en fin de compte, à l'économie et à la position internationale des Etats-Unis ; elle poursuivait la tactique de l'infiltration économique et politique, elle voulait lier les forces bourgeoises montantes en Union soviétique à la grande bourgeoisie américaine, corrompre des cadres, aider au développement de courants d'opinion pro-capitalistes. Le but était de réaliser la contre-révolution pacifique. Deng Xiaoping combattait cette seconde fraction de la bourgeoisie américaine pour se lier à la première. Ses partisans écrivaient :

"L'apaisement d'aujourd'hui est plus dangereux que celui de Chamberlain, parce que les victimes ne seront plus la Tchécoslovaquie seule, mais l'entière Europe occidentale, voire l'Afrique et le Moyen-Orient. A l'heure actuelle, l'Europe occidentale est sous la protection des Etats-Unis ; mais si l'Union soviétique lance une guerre éclair contre elle, on ignore comment Washington réagira." Les libéraux américains affirment: "La menace soviétique "n'est pas si urgente", car globalement, "les Etats-Unis sont encore les plus forts". La doctrine Sonnenfeldt reconnaît ouvertement l'Europe orientale comme sphère d'influence soviétique, dans le but d'amadouer l'Union soviétique." (Beijing Information N° 50, 12 décembre 1977, p.8-9)

Ces mêmes libéraux "veulent utiliser comme appât les crédits importants, les grosses transactions commerciales, l'exploitation commune des ressources naturelles, les échanges techniques, etc., dans le but de jeter la 'base matérielle' pour établir une soi-disant coopération pacifique et éviter la guerre." (La théorie du président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme-léninisme, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1977, p.72)

De cette orientation suivait une politique de rapprochement avec la pire réaction européenne. "Du côté européen, F.J. Strauss, leader de l'Union social-chrétienne de la RFA, a déclaré : "Le rejet de la bombe à neutrons aurait des conséquences désastreuses pour la capacité défensive de l'OTAN et de l'Europe"." (Beijing Information N° 15, 17 avril 1978, p.27)

Il en découlait aussi un soutien aux dictatures militaires les plus féroces, sous prétexte de combattre les "agents de la superpuissance la plus dangereuse".

"De nombreuses organisations terroristes turques ont subi un rude coup après la prise du pouvoir par les militaires le 12 septembre 1980. Au cours des six derniers mois, l'ordre social règne plus ou moins dans le pays." "Les forces de sécurité ont lancé plusieurs opérations massives dans tout le pays afin de faire la chasse aux terroristes ultra-gauchistes et ultra-droitiers. Selon la presse turque, plus de 45 000 personnes ont été mises en détention depuis septembre 1980." "La stabilité politique a aidé à un rétablissement économique." (Beijing Information N° 16, 20 avril 1981, p.12)

Deuxièmement, cette orientation nationaliste a conduit à l'abandon de toute critique du révisionnisme et à l'alliance avec les forces révisionnistes qui avaient des divergences avec la "superpuissance la plus dangereuse". Ce rapprochement s'est fait tout d'abord sur la base des positions nationalistes bourgeoises qui étaient partagées de part et autres. Comme toujours, c'est le titisme qui a joué ici encore son rôle d'avant-garde... au service de l'impérialisme américain. Ainsi, en 1975 déjà , Mao avait reçu le premier ministre yougoslave Djemal Biyedic et un rapprochement s'était entamé sur une base "anti-superpuissance soviétique". Hua Kouo-feng déclare en 1977 en Yougoslavie :

"Le président Mao prêtait une haute attention au développement des rapports sino-yougoslaves. En octobre 1975, il a eu une entrevue cordiale avec le président Bijedic, au cours de laquelle il a déclaré en termes élogieux que le président Tito ne craignait pas la pression, qu'il était aussi ferme que le fer." (Beijing Information N° 36, 5 septembre 1977, p.9)

En Pologne, le PCC a noué des alliances aussi bien avec cette force réactionnaire et pro-impérialiste que constitue Solidarnosc, qu'avec le Parti révisionniste, dans la mesure où les deux s'opposaient à la politique soviétique.

"Aucun interventionniste féroce ne pourra faire peur au gouvernement et au peuple polonais tant qu'ils auront à coeur les intérêts fondamentaux du pays, s'uniront ensemble dans la lutte commune contre l'ennemi étranger." (Beijing Information N° 14, 6 avril 1981, p.9)

Troisièmement, le nationalisme a conduit le PCC d'une position de conciliation envers et d'alliance avec le révisionnisme, à l'acceptation des thèses révisionnistes. Pour la deuxième fois dans son histoire, le PCC s'est rapproché politiquement de la Yougoslavie sur une base nationaliste bourgeoise commune. En septembre 1977, Tito arriva à Beijing où l'homme, taxé en 1963 d'agent américain et de restaurateur, fut salué comme un grand marxiste-léniniste... Hua Kouo-feng lui dira en 1978 :

"Les peuples chinois et yougoslave... entreprennent l'un comme l'autre la révolution et l'édification selon le principe d'indépendance et d'autonomie." "Suivant la théorie scientifique du marxisme et partant des conditions concrètes du pays, la Ligue des communistes yougoslaves a instauré et développé un système d'autogestion socialiste." (Beijing Information N° 35, 4 septembre 1978, p.13-14)

En novembre 1980, le PCC a renoué les contact avec le Parti révisionniste espagnol, pour la bonne raison qu'il avait les positions anti-soviétiques les plus tranchées parmi les partis révisionnistes européens. Dans la même foulée, le PCC taxait la ligne de l'eurocommunisme, ligne ouvertement sociale-démocrate, d'application concrète du marxisme-léninisme à la réalité spécifique de l'Espagne. Le PCC prend position contre la gauche du PCE qui défend encore certaines positions léninistes, mais qui maintient aussi sa solidarité avec l'Union soviétique.

"Lors du 10e congrès, l'écrasante majorité des délégués s'est prononcée pour la ligne de l'eurocommunisme, seule une minorité de "pro-soviétiques" a persisté dans son opposition." (Beijing Information N° 32, 10 août 1981, p.9)

La lutte pour l'unité des communistes

Au moment où le PCC a formulé sa théorie du social-impérialisme social-fascisme, il a aussi abandonné ses principes sur l'unité du mouvement communiste international pour pratiquer un scissionnisme de gauche. Ses dénonciations outrancières des directions révisionnistes lui rendaient impossible de maintenir le contact avec les forces marxistes-léninistes, opérant au sein de ces partis. Ces positions scissionnistes étaient, par conséquence, nuisibles au développement du courant marxiste-léniniste au sein de ces partis. En plus, cette position était incohérente avec l'affirmation souvent répétée que les masses des cadres et des membres du PCUS restaient fidèles au marxisme-léninisme. En 1968, le PCC écrit :

"Les larges masses des révolutionnaires soviétiques savent de mieux en mieux reconnaître sous son vrai jour le visage de renégats de Brejnev, Kossyguine et consorts. Leur mécontentement, leur condamnation et leur lutte dirigés contre cette clique ne cessent de s'accroître et de se renforcer, et se transformeront inéluctablement en d'ardentes flammes révolutionnaires qui détruiront finalement la domination réactionnaire des nouveaux tsars du Kremlin." (Les révisionnistes soviétiques restaurent le capitalisme sur toute la ligne en Union soviétique, Ed. en Langues Etrangères, Pékin, 1968, p.70-71)

Mais cette révolution, se fera-t-elle sans Parti communiste ? Où se trouvent les communistes fidèles au marxisme-léninisme ? En avril 1969, le Rapport soumis au IXe Congrès du PCC reprend une thèse de Mao :

"Je conseille aux camarades d'avoir la ferme conviction que le peuple soviétique, la grande masse des membres du Parti et des cadres sont bons et veulent la révolution, et que la domination du révisionnisme ne sera pas de longue durée." (Recueil, p. 99)

Tout en critiquant à partir des principes marxistes-léninistes le révisionnisme et l'ingérence à l'extérieure, le PCC aurait du suivre une politique d'unité, capable d'aider politiquement et idéologiquement cette "grande masse des membres et des cadres". Le révisionnisme krouchtchévien a commencé par rompre l'unité du mouvement en expulsant les Partis qui défendaient fermement le marxisme-léninisme. Mais ensuite, le sectarisme et la gauchisme ont conduit à d'innombrables scissions injustifiées.

Des Partis communistes qui ont soutenu la lutte anti-révisionniste du Parti communiste chinois, dont le nôtre, ont taxés les Cubains de "mercenaires de l'expansionnisme soviétique". Le Parti cubain, à son tour, a traité le Parti communiste chinois de parti hégémoniste et réactionnaire, allié de l'impérialisme américain. Des divergences d'analyse et d'appréciation réelles, ont été poussées à l'antagonisme et à la rupture. Le point de vue de la partie opposée n'était plus étudié avec objectivité et pondération. Les divergences de fond devaient être clarifiées, mais il fallait prendre son temps et faire des analyses matérialistes et lucides, tout en maintenant l'unité entre communistes. De la même façon, il y a eu des conflit idéologiques et politiques importants concernant la Tchécoslovaquie en 1968, le Kampuchéa en 1979, l'Afghanistan en 1980, la théorie des trois monde en 1977, l'élimination de la Bande des Quatre en 1976, la ligne de Deng Xiaoping au début des années quatre-vingt.

Tout ces conflits étaient important. Chaque parti aurait dû étudier avec grand sérieux les différentes positions qui s'affrontaient, formuler sur cette base sa propre opinion, tout en gardant l'unité du mouvement. Le fait est qu'aujourd'hui, des communistes qui se sont affrontés avec la plus grande violence à propos de la Tchécoslovaquie, de l'Afghanistan, de la théorie des trois monde, de la ligne de Deng, et cétera, se retrouvent dans le même camp, défendent le marxisme-léninisme et combattent le révisionnisme, après avoir apporté les corrections nécessaires à leurs positions anciennes. Pour sa part, notre parti a tiré une conclusion des nombreuses luttes violentes auxquelles nous avons assisté : quelle que soit l'âpreté des affrontements au sein d'un autre parti ou entre deux autres partis communistes, nous devons, tout en les étudiant avec sérieux, maintenir à tout prix l'unité de notre propre parti. Le même principe doit s'appliquer au mouvement communiste international dans son ensemble : quelle que soit l'âpreté des divergences, nous ne devons pas permettre qu'elles conduisent à l'éclatement du mouvement et au scissionnisme.

Bien sûr, on pourrait objecter à cette position que les communistes ne peuvent pas faire des concessions sur les principes. Nous y répondons ceci. Chaque parti applique les principes marxistes-léninistes à la réalité présente selon sa propre conception. Personne ne peut lui demander de faire des concessions qu'il juge de principe. Chaque parti définit sa position en toute indépendance. Mais cela n'est pas en contradiction avec son devoir de maintenir l'unité du mouvement communiste international, puisque cette unité est, elle aussi, une question de principe primordiale.

A ce propos, il est aussi important de réfléchir aux agissements des ennemis du mouvement communiste. Il y a une ample documentation sur la pratique de la CIA et d'autres services secrets, d'utiliser systématiquement les divergences dans les partis communistes et entre partis, pour pousser à la lutte extrémistes, à la division et à la scission. Parce qu'il connaît l'importance de l'unité du mouvement communiste, l'ennemi entreprend tout pour le faire éclater et soutient toutes les tendances centrifuges, appuyant souvent aussi bien les révisionnistes de droite que les positions gauchistes pour précipiter l'éclatement. Mao Zedong a dit un jour : "L'important est de savoir apprendre". Maintenir l'unité du mouvement permet à chaque partis d'apprendre plus et d'apprendre plus vite. On peut apprendre non seulement des partis avec lesquels on a un accord global, mais aussi des partis dont on pense qu'ils suivent une orientation révisionniste ou gauchiste.

Notre parti a adopté le principe de maintenir et de développer des rapports avec des partis communistes dont il juge la ligne opportuniste de droite ou de gauche.

D'abord, parce que nous pouvons nous tromper dans notre jugement.

Ensuite, parce que l'expérience nous a montré que nous pouvons tirer profit de certains aspect de leur travail dans les masses, de leurs expériences, de leur travaux théoriques, etc.

Troisièmement parce que des divergences fondamentale sur la ligne idéologique ne doivent pas empêcher certaines formes de coopération et de luttes communes dans les domaines du racisme, des droits syndicaux, du combat anti-impérialiste.

Quatre. Nous devons tenir compte des évolutions possibles. Certains Partis que nous considérons comme révisionnistes, peuvent évoluer pour le mieux ou certaines fractions de ces Partis peuvent évoluer positivement. Nous avons considéré que les directions des Partis au pouvoir en Europe de l'Est suivaient depuis les années soixante une politique révisionniste. Cette analyse était assez bien fondée, puisqu'on a vu passer ces directions presque intégralement au libéralisme. Néanmoins, lorsque le vieux camarade Honecker a eu le courage de dénoncer la restauration capitaliste en RDA et d'affronter devant le tribunal ceux qui continuent la lutte anticommuniste des nazis, nous l'avons soutenu, quelles que soient nos divergences passées. Finalement, des partis que nous considérons comme révisionnistes ou gauchistes peuvent dégénérer complètement, disparaître ou passer ouvertement du côté de l'ordre bourgeois. Avoir gardé des rapports avec un tel parti, peut aussi nous apporter des leçons utiles, des leçons négatives que nous pouvons mieux formuler à partir de l'évolution que nous avons suivie pas à pas. Bien sûr, le danger de conciliation avec le révisionnisme et le passage, à petits pas, sur des positions opportunistes guette tous les partis communistes, aussi longtemps que nous vivons dans un environnement mondial dominé par l'impérialisme et l'idéologie bourgeoise. Mais ce danger réel ne doit pas nous pousser à adopter une attitude erronée dans la question de l'unité du mouvement communiste international. Nous devons lutter contre ce danger en renforçant notre vigilance et notre éducation politique.

Conclusion

Pour terminer ce rapport, nous formulons quatre conclusions.

 

 

L'actualité de la voie de la Révolution d'Octobre

 

Rapport du Séminaire Communiste International du 2-4 Mai 1997 à Bruxelles

La voie de la révolution mondiale au XXIe siècle

Introduction

Premier chapitre - L'état et la révolution :

I - La nature de classe de l'état bourgeois (L'Etat du capital ; Le perfectionnement de la machine militaire et bureaucratique ; Une machine de répression constamment renforcée et perfectionnée ; Marx : "Il faut briser l'Etat bourgeois" ; Le révisionnisme et l'État bourgeois) ; II. La démocratie bourgeoise (Au nom de la démocratie, les crimes les plus abominables... ; La démocratie pour quelle classe ? ; La "liberté" de la presse ; "Le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie" ; La démocratie défend-elle les minorités ? ; La démocratie bourgeoise contre les travailleurs ; Aspiration à une démocratie populaire et révolution ; La démocratie sous le socialisme ; Les révisionnistes et la démocratie bourgeoise) ; III. Le "passage parlementaire" (Le parlement, un paravent devant les forces de répression ; Le capital contrôle et surveille le parlement ; Le sens des élections en régime bourgeois ; Un reflet indirect de la maturité des travailleurs ; La participation communiste aux élections ; Comment la majorité peut-elle réellement décider ? ; Les révisionnistes et le parlementarisme bourgeois ; Un "retour" à Lénine pour tuer Lénine ; Glorifier la force du socialisme pour le miner ; "Une stupidité et une duperie")

Chapitre deux - L'Impérialisme est la veille de la révolution socialiste :

I. La nature de l'Impérialisme (Le capitalisme et le capitalisme monopoliste ; Le capitalisme monopoliste d'Etat et l'exploitation maximale ; Réaction en politique intérieure et extérieure ; Capitalisme monopoliste et fascisation) ; II. L'Impérialisme, la guerre et la révolution (L'impérialisme, c'est la guerre ; L'impérialisme et la guerre mondiale ; Seule la révolution sauvera l'humanité) ; III. Réformisme et révisionnisme contre léninisme (Le réformisme, la guerre et la "paix" impérialiste ; Le pacifisme bourgeois ; La "paix" pour préparer d'autres guerres ; L'impérialisme et la révolution : le révisionnisme contre Lénine ; "L'époque de l'écroulement automatique de l'impérialisme..." ; "Les lois objectives du capitalisme ont changé..." ; "L'impérialisme veut la paix" ; "La voie d'Octobre est dépassée"...)

Chapitre trois - Révolution socialiste et violence révolutionnaire :

I. La révolution, c'est une guerre acharnée (Inculquer systématiquement l'idée de la révolution violente ; L'insurrection est un art ; Difficultés inouïes et grands sacrifices ; A la terreur blanche répond la terreur rouge) ; II. Le développement pacifique de la révolution (Révisionnisme et haine de la révolution violente ; Entre deux guerres civiles ; "Préparer fermement l'insurrection" ; Quelle lutte contre le coup d'Etat militaire ? ; Le pouvoir aux Soviets par l'insurrection) ; III. Les opportunistes Kamenev et Zinoviev contre Lénine (La participation au pré-parlement ; "Attendre la décision du Congrès des Soviets" ; "L'insurrection est impossible et prématurée..." ; La trahison de Kamenev et Zinoviev)

Chapitre quatre - La dictature du prolétariat :

I. La question essentielle du marxisme ; II. L'état socialiste et les soviets (Les Soviets, le Parti et les classes travailleuses ; Les Soviets, organes des masses exploitées ; Le rapport entre le Parti communiste et les Soviets ; Les Soviets, l'armée et l'appareil d'Etat socialistes ; L'Armée rouge, armée des travailleurs ; Le pouvoir législatif et exécutif ; La participation des masses à la gestion de l'Etat) ; III. La lutte de classes sous la dictature du prolétariat (Une longue période historique ; La lutte de classes contre la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie ; La bourgeoisie dans les institutions soviétiques ; Le révisionnisme du temps de Lénine ; Les révisionnistes et la lutte de classes sous le socialisme)

Rapport du Séminaire Communiste International du 2-4 Mai 1997 à Bruxelles

Ludo Martens

Du 2 au 4 mai 1997 a eu lieu à Bruxelles le sixième Séminaire International pour l'Unification du Mouvement Communiste International. 74 partis et organisations ont participé au Séminaire et 24 autres ont envoyé des messages de solidarité. L'intervention enregistrée sur vidéo du président du Parti Communiste albanais, le camarade Hysni Milloshi, ainsi que la présence de quatre partis de l'ex-Union soviétique - le Parti Communiste des Ouvriers de Russie, représenté par Youri Térentchev, le Parti Communiste des Bolcheviks de l'Union soviétique, représenté par Alexandre Barychev, la Russie au Travail/Parti unifié des communistes soviétiques représenté par Victor Anpilov et le Parti Russe des Ouvriers et des Paysans représenté par Michail Popov - ont été particulièrement remarqués.

1.

Le thème général de ce Séminaire était 'L'actualité de la voie de la révolution d'Octobre'. Par rapport aux années précédentes, un plus grand nombre de délégués est intervenu dans des questions controversées et la discussion était d'un bon niveau. Plusieurs participants ont souligné que les rapports étaient mieux préparés et qu'ils apportaient tous des éléments intéressants, même s'ils exprimaient des positions opposées. Certains participants ont particulièrement apprécié la confrontation d'expériences très diverses et l'ont jugée très stimulante pour la réflexion. Des participants venus d'Afrique ont souligné que le Séminaire les a fortement encouragés et a renforcé leur détermination : voir que des communistes s'organisent, se battent et remportent des victoires à travers le monde est essentiel pour le moral.

La plus grande participation des différents délégués est due à une meilleure préparation. La formule : rapports principaux, rapports d'appui, rapports d'expérience et répliques, doit être maintenue. Elle a permis une meilleure qualité des discussions. Pour l'an prochain, il est essentiel que les rapporteurs principaux soient trouvés à temps et que leurs textes parviennent au secrétariat début janvier 1998 pour qu'ils puissent être traduits et communiqués aux participants un mois avant le Séminaire. La richesse du débat dépend de la possibilité de tous les participants de préparer à l'avance leurs remarques et observations sur les rapports principaux.

Certains ont estimé que le programme était surchargé, que les sujets ne pouvaient être épuisés et qu'il n'y avait pas assez de temps pour des contributions et des commentaires. D'autres, en revanche, pensent qu'il est bon d'avoir un maximum d'informations en trois jours, qu'on dispose d'un an pour étudier et analyser tout le matériel et que nous aurons tout cela en tête lors du Séminaire de 1998. A l'avenir, nous comptons réserver plus de temps aux débats, tout en remettant un maximum de rapports et de documents aux participants. Pour y parvenir, l'ordre du jour doit être fixé définitivement début août et les rapports doivent être rentrés dans les délais fixés.

2.

Le caractère large du Séminaire s'est manifesté plus clairement par la présence de nombreux partis venant d'horizons différents. Grâce à l'expérience de ces dernières années, le caractère large est mieux accepté et ses avantages sont mieux appréciés. Il y avait moins d'animosité lorsque des positions divergentes étaient exprimées. La pratique du Séminaire, c'est-à-dire l'écoute des différentes interventions, les discussions lors des sessions, les échanges de vue lors des rencontres bilatérales, a entraîné un changement d'attitude de la part de nombreux participants. Chacun a appris à connaître et à apprécier des partis appartenant à d'autres courants, avec lesquels il n'avait, dans le passé, aucun rapport. Dans l'ensemble, les participants comprennent mieux que des partis qui ont appartenu à différentes tendances, qui ont soutenu les positions de Mao Zedong ou de Brejnev, de Guevara ou d'Enver Hoxha, peuvent s'unir sur base du marxisme-léninisme, de l'internationalisme prolétarien et de la lutte contre le révisionnisme. Une résolution de soutien au Parti Communiste albanais a été signée par de nombreux partis qui, dans le passé, soutenaient l'Union soviétique, la Chine ou Cuba. Plusieurs intervenants ont souligné que la critique du révisionnisme de Khrouchtchev et de Brejnev, faite par les partis de l'ex-Union soviétique, a gagné en profondeur. Les Partis de l'ex-Union soviétique, qui insistent sur la nécessité d'une coordination internationale entre les partis marxistes-léninistes, ont mieux compris la difficulté de la tâche, vu les divergences idéologiques léguées par le passé. Ils ont exprimé leur volonté d'avancer avec prudence, pas à pas, dans le processus d'unification.

Dans son intervention fort remarquée, le camarade Hysni Milloshi, président du Parti Communiste albanais, a exprimé des points de vue qui s'accordent pleinement avec l'orientation qui est à la base du Séminaire Communiste International.
Hysni Milloshi a dit notamment ceci :

«Je suis d'accord avec la plate-forme rendue publique aux séminaires de Bruxelles pour la défense du marxisme-léninisme et la lutte contre le révisionnisme et l'opportunisme. Nous, les communistes, savons bien qu'on a combattu le marxisme en l'acclamant. Nous devons développer un débat sur ce problème, dans lequel les communistes exposent de manière sincère et ouverte leurs conceptions, avec pour objectif d'avancer dans l'unité du mouvement communiste international, qui est si nécessaire. Je pense que seuls les communistes unis dans le monde entier au sein du grand parti du prolétariat seront la locomotive qui conduira le train de la société humaine vers la démocratie populaire, vers le socialisme et le communisme. Je ne pense pas que cette unité se réalisera facilement, ni en une heure ni en une journée. Cette unité, il faut l'obtenir sur des bases saines, exemptes de tout opportunisme, de tout libéralisme ou de tout dogmatisme. 

C'est maintenant une tradition qu'au séminaire de Bruxelles prennent part des partis qui soutiennent la ligne de Mao Zedong et d'autres partis qui soutiennent la ligne d'Enver Hoxha. D'autres encore s'inspirent de la révolution cubaine et de Che Guevara, et certains se situent de manière indépendante. Il est naturel que des partis différents aient des opinions différentes sur les différents dirigeants communistes et révolutionnaires, mais il est nécessaire qu'après des débats scientifiquement argumentés, on parvienne à des conclusions en surmontant les préjugés et les sentiments. Avant de glorifier ou de dénigrer les dirigeants communistes, il faut les lire et confronter la vérité de leurs écrits avec la vérité de l'histoire. Le président Mao Zedong était un grand dirigeant révolutionnaire. Il a beaucoup fait pour le peuple chinois et il a été un ami du peuple albanais. Enver Hoxha a cependant exprimé des contradictions idéologiques de principe, à divers moments, avec le président Mao Zedong. C'est quelque chose de tout à fait normal dans la vie et l'oeuvre des dirigeants communistes. Que les débats idéologiques entre les dirigeants communistes aient été justes ou non, seule l'histoire peut en juger, en se guidant sur le marxisme-léninisme.

Si des partis différents ont des divergences idéologiques sur l'une ou l'autre question, cela peut se régler graduellement en restaurant la confiance au service des idéaux les plus élevés de l'humanité, mais sans restaurer l'opportunisme. Les contacts entre partis, les discussions et les relations entre eux doivent se faire sur une base d'égalité et de sincérité. Chaque parti a son identité et son individualité, son indépendance pratique et idéologique, ses questions intérieures. Si nous parvenons à l'unité des conceptions concernant les tâches internationales de la classe ouvrière, la coopération dans les actions communes conduira à la seule force internationale qui défende avec conséquence les intérêts de la révolution et du socialisme mondial.

A ce jour, le mouvement communiste international n'a pas accompli son devoir à l'égard de la petite Albanie, lorsque celle-ci était attaquée et détruite par les traîtres à l'intérieur du pays et la bourgeoisie internationale. C'est une honte pour le mouvement communiste en Europe et dans le monde entier. Je pense qu'indépendamment des courants différents, les partis qui seront présents au séminaire de Bruxelles ont le devoir d'élever la voix contre les forces intérieures et extérieures qui ont infligé aux Albanais la tragédie sans précédent dans l'histoire de ce siècle. Cette année, en Albanie, s'est déclenchée une révolution populaire spontanée. Je pense qu'il est intéressant de la faire connaître à toutes les forces progressistes. Une résolution signée par tous les partis serait un acte humain à l'égard du peuple qui a été et demeure un ami des peuples du monde entier.»

3.

L'objection la plus souvent formulée contre la démarche du Séminaire International pour l'Unification est qu'avant se s'unir, il faut avoir atteint une unité idéologique à travers une lutte de principe. Dans les circonstances actuelles, prôner cette voie, revient à maintenir les divisions et en créer de nouvelles. Pendant quatre ans, de 1992 à 1995, les participants au Séminaire Communiste International ont discuté la question de la voie à suivre pour réaliser l'unification du mouvement communiste international. De ces discussions sont sorties les 'Propositions pour l'Unification' qui formulent un certain nombre de positions idéologiques et politiques. Ces Propositions forment un cadre minimal commun qui permet à des organisations marxistes-léninistes de différentes tendances de se rencontrer, d'échanger des expériences et des analyses et de prendre des initiatives communes. Ce cadre permet d'entamer un processus d'unification théorique et politique.

Patrick Kessel a écrit 41 pages pour critiquer cette approche. Il affirme : «Il faut lutter pour l'unité idéologique sans compromis». Cette 'unité sans compromis' consiste entre autres à affirmer que seul Enver Hoxha a mené correctement la lutte antirévisionniste depuis la mort de Staline, que Mao n'a jamais été un marxiste et que la même chose vaut pour Castro et Kim Il Sung. L''unité sans compromis' de Kessel implique également une unité de vues sur l'instauration d'une dictature bourgeoise en Union soviétique dès 1956, sur le social-impérialisme, sur la théorie contre-révolutionnaire des Trois Monde formulée par Mao Zedong, sur la nature contre-révolutionnaire de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, etc. Kessel déclare que sur toutes ces questions, on a vu surgir des divergences antagoniques qu'il faut d'abord tirer au clair avant de s'unir. Avec le groupe d'Ischia, le camarade Kessel se propose de mener 'un débat scientifique' jusqu'à ce qu'une clarté dans le domaine théorique et historique' soit atteinte, ce qui permettra de 'former une Internationale unie et basée sur des principes'. Quelque part dans son texte, Patrick Kessel évoque l'hypothèse que le marxisme-léninisme peut devenir 'une arme rouillée, vénérée de quelques sectes impuissantes'. Nous craignons qu'à la fin de sa longue 'lutte sans compromis', il se trouve exactement dans cette situation.

Certains partis maoïstes ont, eux aussi, formulé ce principe de la 'lutte sans compromis pour l'unité idéologique'. Pour eux, l'unité idéologique consiste à reconnaître la pensée Mao Zedong comme la troisième étape de la théorie révolutionnaire prolétarienne après celle du marxisme et celle du léninisme. Ces différentes positions, apparemment 'fermes sur les principes', reviennent à maintenir les divisions entre les partis qui se sont réclamés de l'orientation maoïste, de l'orientation albanaise ou de l'orientation soviétique et les partis qui n'ont suivi aucune de ces trois tendances.

Non seulement elles maintiennent ces divisions, mais elles en créent de nouvelles. En effet, l'oeuvre d'Enver Hoxha ne suffit pas pour maintenir l'unité idéologique et politique entre les partis qui s'en réclament. Patrick Kessel s'est lié au groupe d'Ischia (L'Uguaglianzia de l'Italie, l'Alliance Marxiste-Léniniste des Etats-Unis et du Canada et le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de Turquie) pour créer une nouvelle Internationale. Mais la plupart des partis qui ont suivi la ligne d'Enver Hoxha se trouvent déjà dans la Conférence Internationale de Quito - Conférence qui connaît par ailleurs aussi de graves divergences en son sein. De même, l'oeuvre de Mao Zedong ne suffit pas pour maintenir l'unité entre les partis qui s'en réclamant, puisqu'on peut distinguer au moins cinq orientations différentes parmi eux.

Ces divisions et subdivisions appauvrissent nécessairement les discussions et les échanges dans chaque groupe. De même, elles facilitent l'adoption de positions unilatérales qui auraient pu être évitées grâce à des débats plus larges, contradictoires. Les divisions et subdivisions ont aussi comme résultat que les discussions théoriques et idéologiques sont privilégiées au détriment de l'échange et de la discussion des expériences politiques. Les partis marxistes-léninistes qui sont réellement engagés dans les luttes de la classe ouvrière et des masses travailleuses pourront toujours apprendre l'un de l'autre, même s'ils appartiennent à des 'écoles idéologiques' différentes. Il est impossible qu'une unité de combat, réalisée sur une base marxiste-léniniste dans la lutte commune, puisse surgir en axant le débat sur telle ou telle thèse de Mao Zedong ou d'Enver Hoxha ou sur l'interprétation de la révolution culturelle ou de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Les communistes ont des tâches pratiques, la lutte des classes n'attend pas qu'ils aient réalisé leur unification. Des échanges d'expériences pratiques et l'organisation de certaines activités et campagnes communes joueront un grand rôle dans l'unification et faciliteront les discussions théoriques. Comme l'a souligné le camarade Hysni Milloshi, tous les communistes, qu'ils soutiennent Mao ou Enver Hoxha, Che Guevara ou Ho Chi Min, ont le devoir de soutenir la lutte du peuple albanais et son parti communiste. Cette pratique commune créera aussi de meilleures conditions pour une discussion saine sur les divergences que certains peuvent avoir avec telle ou telle position d'Enver Hoxha.

Finalement, les divisions et subdivisions nuisent au rayonnement de l'idéologie et de la politique marxistes-léninistes. C'est par leur unité et leurs actions communes que les partis marxistes-léninistes peuvent avoir une influence croissante dans le monde. La crise du système capitaliste international pousse les masses populaires à gauche mais la bourgeoisie utilise la social-démocratie, le révisionnisme et le trotskisme pour briser leur élan révolutionnaire. Une lutte efficace contre le révisionnisme, le trotskisme et la social-démocratie nécessite l'unité des communistes.

4.

Prendre chaque divergence théorique ou politique grave comme point de départ d'une scission est une attitude opportuniste de 'gauche'. La défense intégrale du léninisme exige un combat idéologique principalement contre le révisionnisme mais aussi contre l'opportunisme de 'gauche'. Il faut mettre en évidence l'universalité du léninisme tout en reconnaissant les particularités de chaque révolution.

A ce propos, Lénine nous a laissé deux principes. Lénine a souligné avant tout la signification internationale des principes de la révolution d'Octobre. «Tous les traits essentiels et aussi maints traits secondaires de notre révolution ont une portée internationale... Certains traits essentiels de notre révolution ont cette portée dans le sens le plus étroit du mot, c'est-à-dire en entendant par portée internationale: la valeur internationale ou la répétition historique inévitable, à l'échelle internationale, de ce qui s'est passé chez nous... L'exemple russe montre à tous les pays quelque chose de tout à fait essentiel, de leur inévitable et prochain avenir.» (XXXI, p.15-16)

Lénine a en même temps souligné la nécessité d'adapter les principes fondamentaux aux particularités de chaque pays. «Que signifient tous les racontars de Serrati et de son parti, prétendant que tout ce que veulent les Russes, c'est qu'on les imite ? Nous demandons exactement l'inverse... Nous sommes d'avance contre les communistes qui connaissent par coeur telle ou telle résolution. La première condition du véritable communisme, c'est de rompre avec l'opportunisme... Les principes révolutionnaires fondamentaux doivent s'adapter aux particularités des différents pays. En Italie, la révolution se déroulera autrement qu'en Russie... Comment au juste? Ni vous ni nous ne le savons... Le communisme n'existait pas encore en Italie... Il est encore à créer... Et le premier pas sur ce chemin, c'est une rupture définitive avec les mencheviks.» (XXXII,pp.494-95)

Pour fonder l'Internationale Communiste, Lénine a combattu le kautskysme et les autres variantes du révisionnisme qui niaient la valeur universelle de la voie de la révolution d'Octobre. Mais Lénine a dû également se battre avec énergie contre l'opportunisme de 'gauche' pour qui l'essentiel était la répétition des 'vérités' tirées de la révolution d'Octobre. Pour Lénine, l'essentiel était l'intégration des vérités universelles de la révolution d'Octobre dans une pratique révolutionnaire spécifique répondant aux particularités de chaque pays.

Lénine a réitéré sa mise en garde contre le sectarisme et la scolastique en soulignant que chaque révolution socialiste victorieuse aura non seulement certaines caractéristiques qui lui sont propres, mais qu'elle souffrira nécessairement de certaines faiblesses et limites. Gonfler ces faiblesses et limites inévitables pour en faire un point de rupture serait une approche petite-bourgeoise des plus néfastes. Lénine a déclaré: «Les maîtres du socialisme ont... insisté sur les 'longues douleurs de l'enfantement' de la société nouvelle, celle-ci n'étant qu'une abstraction et ne pouvant s'incarner dans la vie qu'à travers maintes tentatives concrètes, diverses et imparfaites, visant à créer tel ou tel Etat socialiste.» (T.XXXII, p.356) «Le socialisme achevé ne saurait résulter que de la collaboration révolutionnaire des prolétaires de tous les pays et à la suite de nombreuses tentatives dont chacune, considérée isolément, sera unilatérale et souffrira d'une certaine disproportion.» (T.XXXII, p.360)

L'Internationale Communiste a été fondée autour du noyau que constituait le Parti Bolchevik de l'Union soviétique. Dans les autres pays, les groupes communistes étaient loin d'avoir atteint la même maturité politique. Lénine a suivi une tactique souple pour regrouper un maximum de forces autour de quelques axes essentiels: rompre avec la social-démocratie, aussi bien avec son aile contre-révolutionnaire (Scheidemann) qu'avec son aile 'de gauche' (Kautsky); édifier un parti communiste fort et uni capable de conquérir la majorité des ouvriers et de diriger les masses; prendre la voie de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat.

Pour atteindre cet objectif, Lénine a fait preuve de beaucoup de souplesse. A propos des opportunistes de 'gauche', il disait : «Tant que l'on n'a pas encore fondé de partis communistes suffisamment forts, expérimentés et influents, nous devons tolérer la présence d'éléments semi-anarchistes à nos congrès internationaux.» Ses arguments : «Certains éléments sont encore susceptibles de s'instruire ; l'expérience des grandes révolutions est presque entièrement oubliée en Europe occidentale, passer des bavardages sur la révolution à l'action révolutionnaire véritable est très difficile, long et douloureux". (T.XXXII, p.547)

En mars 1921, les opportunistes de 'gauche' allemands ont poussé à une insurrection prématurée. Ce 'gauchisme' menaçait l'avenir du mouvement communiste en Allemagne et Lénine l'a combattu fermement. «Pour expliquer et corriger ces fautes, il fallait figurer dans l'aile droite au IIIe Congrès de l'Internationale communiste... (Les gauchistes) criaient tout simplement au 'menchévisme', au 'centrisme'... Ces gens faisaient du marxisme révolutionnaire une caricature et de la lutte contre le 'centrisme' un sport ridicule.» (T.XXXII, p.550)

5.

Le problème de l'unification des partis et organisations communistes se pose aujourd'hui dans un contexte particulier. La restauration intégrale du capitalisme en Union soviétique et en Europe de l'Est a définitivement montré que la voie du révisionnisme, initiée par Khrouchtchev, est la voie prônée par la bourgeoisie intérieure et par la bourgeoisie internationale pour liquider la dictature du prolétariat et le socialisme. Cette restauration, liée à l'offensive anticommuniste qui l'a accompagnée et à la propagation des thèses social-démocrates et trotskistes, a aussi accentué la confusion chez beaucoup de forces anti-impérialistes et anticapitalistes. La globalisation et l'internationalisation conduisent à une oppression et à une exploitation accrues des pays dominés par les multinationales des trois centres impérialistes. La situation de la classe ouvrière et des masses travailleuses s'aggrave aussi bien dans le monde impérialiste que dans les anciens pays socialistes et dans les pays dominés. Les forces capitalistes du monde entier mènent une offensive concertée contre la classe ouvrière. Une réplique concertée des forces marxistes-léninistes, qui exprime les intérêts généraux et historiques des ouvriers et des travailleurs du monde entier, est une nécessité de l'heure.

De multiples luttes et conflits ont traversé le mouvement communiste international depuis 1954-1956, dates de la réhabilitation du titisme et de la dénonciation de la politique révolutionnaire de Staline. Le mouvement communiste est divisé et éparpillé et nombre de partis se trouvent isolés. Beaucoup de partis n'ont qu'une expérience limitée, aucun parti n'a le poids politique et les forces matérielles nécessaires pour diriger le processus d'unification. Dans ces conditions, l'unification est un processus délicat et difficile à gérer, et cela nécessite la coopération de plusieurs partis. Il faut bannir le sectarisme et les habitudes de se retrouver 'entre vieux copains'. La volonté d'unir tous ceux qui s'en tiennent au marxisme-léninisme et s'opposent au révisionnisme est nécessaire, comme la prudence et le sens de l'initiative.

Les quatre partis de l'ex-Union soviétique ont souligné le danger de voir surgir une nouvelle Internationale Social-Démocrate qui se réclame du communisme à la mode Gorbatchev-Zjouganov et qui poussera une nouvelle fois les ouvriers dans la voie de la conciliation de classe. Ils se sont félicités des résultats du Séminaire, des échanges de vue mutuellement enrichissants et du rapprochement dans certaines questions importantes. Mais ils ont estimé que la lutte de classe n'attend pas et qu'il faut non seulement parler, mais surtout agir ensemble. Ils ont appelé à un travail coordonné pour soutenir les luttes les plus importantes qui se produisent sur la scène internationale. Ils estiment que les communistes doivent se manifester en commun dans des actions concrètes. Dans cette optique, le Séminaire a pris deux décisions.

D'abord, le Séminaire publiera le livre L'Effondrement de l'Union soviétique, causes et leçons, qui contient différentes contributions de partis participant au Séminaire. Il publiera également deux numéros d'une revue théorique qui contiendront les rapports du Séminaire Communiste International de mai 1997. Ensuite, le Séminaire a discuté trois résolutions sur la Corée, sur l'Albanie et sur l'anniversaire de la mort de Che Guevara. Elles ont été présentées aux participants pour signature. Le Séminaire a demandé que les propositions de résolutions et d'actions communes soient introduites avant l'ouverture du Séminaire 1998 pour qu'elles puissent être discutées en profondeur. Les partis soviétiques ont fait un appel à tous les participants afin qu'ils réfléchissent aux pas concrets à entreprendre pour agir ensemble et afin qu'ils formulent leurs propositions à ce propos. Victor Anpilov a fait une suggestion à l'adresse des représentants de partis qui se rendent dans des pays où des luttes importantes se produisent. Il serait utile que leur compte rendu et leur analyse puisse être communiqués aux autres partis participant au Séminaire.

 

 

La voie de la révolution mondiale au XXIe siècle

A l'occasion du 80ème anniversaire de la révolution d'Octobre ; Ludo Martens ; Parti du Travail de Belgique

Introduction

Il y a quatre-vingt ans, le 25 octobre 1917, Lénine et le Parti bolchevik ont déclenché l'insurrection populaire à Pétrograd. C'est ainsi que débuta la révolution socialiste soviétique qui a bouleversé le monde entier et qui a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire de l'humanité.

Le puissant souffle de la révolution d'Octobre a inspiré un développement ascendant du mouvement révolutionnaire prolétarien jusqu'à la mort de Staline, en 1953. Depuis lors, le révisionnisme, initié par Khrouchtchev, a trahi la révolution d'Octobre et renié tous ses principes essentiels. Trente-cinq ans de révisionnisme ont conduit au rétablissement du capitalisme dans ses formes les plus sauvages en Union soviétique et dans les pays socialistes de l'Europe de l'Est et au déclin momentané de la révolution prolétarienne mondiale.

Le vingtième siècle aura été le siècle de la répétition générale de la révolution socialiste mondiale. Au seuil de l'an 2000, l'expérience tant positive que négative permet à toutes les forces anticapitalistes d'avoir une compréhension plus profonde de la justesse historique des principes de la révolution d'Octobre. En effet, au cours de la première moitié du vingtième siècle, la fidélité aux principes marxistes-léninistes a apporté des victoires aux forces révolutionnaires dans le monde entier ; au cours de la seconde moitié de ce siècle, leur liquidation progressive par le révisionnisme a provoqué des défaites cinglantes au niveau mondial.

Les communistes ont la conviction que le vingt-et-unième siècle sera le siècle du triomphe des principes de la révolution d'Octobre et du marxisme-léninisme sur les cinq continents. Les deux grands problèmes que notre monde a connus dès le début du siècle, le problème de la libération du travail par la révolution socialiste et celui de la libération nationale par la révolution anti-impérialiste et démocratique comme phase préparatoire à la révolution socialiste, se poseront aussi au siècle prochain. Mais ils se poseront avec une intensité beaucoup plus forte et avec une ampleur incomparable, puisque les travailleurs dans les coins les plus reculés de la terre seront entraînés dans un seul torrent révolutionnaire. Et au début du vingt-et-unième siècle, la classe ouvrière possédera une expérience infiniment plus riche que celle dont le prolétariat, encore embryonnaire au niveau mondial, disposait en 1900.

Aujourd'hui, en 1997, commémorer la révolution d'Octobre signifie défendre la doctrine intégrale du léninisme en lutte contre le révisionnisme imposé par Khrouchtchev. Khrouchtchev a été le représentant d'une ligne petite-bourgeoise existant au sein du Parti bolchevik depuis la révolution d'Octobre. Cette ligne exprimait les intérêts de la bourgeoisie, de la petite-bourgeoise et des éléments bureaucratisés au sein de l'appareil soviétique. Cette ligne a été représentée dans l'histoire du Parti bolchevik par Kamenev et Zinoviev, par Trotsky, par Boukharine et Rykov. Du temps de Lénine et de Staline, cette ligne petite-bourgeoise a été systématiquement critiquée et combattue et le socialisme est allé de victoire en victoire. Après la mort de Staline, la ligne menchevique a réussi à prendre le pouvoir avec Khrouchtchev. Khrouchtchev a imposé au Parti communiste de l'Union soviétique les idées de Kautsky et des mencheviks que Lénine avait combattues avec tant d'acharnement. L'analyse faite par Lénine du kautskisme est d'une actualité brûlante, puisqu'elle s'applique mot par mot au révisionnisme moderne. «A l'aide de sophismes patents, (Kautsky) vide le marxisme de son âme vivante, révolutionnaire ; on accepte tout dans le marxisme, excepté les moyens de lutte révolutionnaires, leur propagande et leur préparation, l'éducation des masses précisément dans ce sens... La classe ouvrière ne peut atteindre ses objectifs de révolution mondiale sans soutenir une lutte implacable contre ce reniement, cette veulerie, cette basse complaisance envers l'opportunisme, cet incroyable avilissement du marxisme sur le plan théorique.»

La négation de tous les principes fondamentaux du léninisme, la réhabilitation des idées des mencheviks, s'est faite sous le mot d'ordre fallacieux : «Il faut critiquer les déviations de Staline et retourner à Lénine.» Or, Staline a appliqué intégralement les principes du léninisme et pour cette raison il s'est attiré la haine la plus féroce de tous les réactionnaires. L'histoire a prouvé incontestablement que les attaques contre Staline, depuis Khrouchtchev jusqu'à Gorbatchev, visaient tous les principes essentiels avancés par Lénine. Il est facile de vérifier que Khrouchtchev, en attaquant Staline, a effectué un retour, non pas à Lénine, mais à Kautsky.

Sans l'oeuvre de Staline, la révolution d'Octobre aurait été un épisode glorieux, certes, mais local et de courte durée, sans grand impact sur l'histoire mondiale. C'est Staline qui a matérialisé les principes élaborés par Lénine et qui a transformé la révolution d'Octobre en une force matérielle capable d'influencer le destin du monde. Lorsque Staline a commencé à diriger le Parti bolchevik à la fin de 1922, le pays était en ruines et rien ne garantissait la réussite de l'expérience. Si au cours des années vingt, les lignes de Trotsky, Zinoviev, Kamenev ou Boukharine avaient triomphé à la tête du Parti, elles auraient conduit à la chute de la dictature du prolétariat. Les principes de la révolution d'Octobre n'auraient pas pu être matérialisés en Union soviétique et ils n'auraient pas connu le rayonnement international et durable que Staline leur a assuré.

Trente cinq ans de pratique politique, de Khrouchtchev à Brejnev et Gorbatchev, ont prouvé que ces révisionnistes n'ont nullement «corrigé les erreurs de Staline» ou «développé de façon créatrice le léninisme en l'adaptant aux conditions internationales nouvelles», comme ils le proclamaient démagogiquement. Dans tous les documents fondamentaux du PCUS à partir du XXe Congrès de 1956, nous trouvons un 'léninisme' révisé et falsifié. Sans la critique systématique de toutes ces thèses révisionnistes, il est impossible de rétablir la doctrine intégrale du léninisme authentique. Et il est nécessaire de réétudier toutes les oeuvres importantes de Lénine, pour être en mesure de réfuter les sophismes de Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev. En effet, on peut constater que depuis le soi-disant 'retour à Lénine' proclamé par Khrouchtchev, dans beaucoup de Partis communistes les Ïuvres de Lénine sont de moins en moins lues, assimilées et appliquées. Dans plusieurs partis marxistes-léninistes qui se sont dressés contre le révisionnisme, nous constatons d'ailleurs une évolution dans le même sens. Si la première génération des cadres a acquis une connaissance assez systématique du léninisme, la génération suivante a fait peu d'efforts pour maîtriser l'ensemble de la doctrine de Lénine et pour l'appliquer dans la lutte pratique d'aujourd'hui. Cette faiblesse se fait aussi sentir au sein du Parti du Travail de Belgique. Il est donc important, aujourd'hui, de systématiser les thèses essentielles telles que Lénine les a formulées sur l'Etat, la démocratie, le parlementarisme, l'impérialisme, la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat. C'est ce que nous ferons dans ce rapport. Et cela nous semble la meilleure façon de démontrer l'actualité brûlante des principes de la révolution d'Octobre.

A la fin du règne de Brejnev et pendant celui de Gorbatchev, la plus grande partie de l'appareil du Parti communiste avait déjà adopté les positions politiques de la grande bourgeoisie internationale. Un large secteur du "capitalisme de l'ombre" s'était développé avec le soutien des forces révisionnistes ; ce secteur capitaliste "illégal" a noué des alliances avec la haute bureaucratie qui traitait de plus en plus les moyens de production comme sa propriété privée. Le révisionnisme achevait son travail de destruction des fondements économiques, politiques, idéologiques et moraux du socialisme. La nouvelle grande bourgeoisie était devenue une classe pour soi, consciente de son rôle dirigeant dans la société et prête à instaurer sa dictature ouverte. Au vingt-huitième congrès, Gorbatchev a publiquement proclamé la restauration intégrale du capitalisme en URSS. Lors du combat final pour éliminer les dernières vestiges du régime socialiste en Union soviétique, nous avons vu à l'oeuvre au niveau mondial un front uni de toutes les forces anticommunistes.

La révolution d'Octobre a marqué la première moitié de notre siècle et nous avons vu toutes les forces authentiquement révolutionnaires et socialistes se rallier autour de son drapeau. La contre-révolution de 1989-1990, aboutissement de la dégénérescence initiée en 1956, fut, à son tour, un événement marquant de l'histoire mondiale. C'est au moment où se produisent de grands événements de portée historique et internationale, que les différentes forces politiques montrent leur véritable nature. Au cours de la contre-révolution de 1998-1990, le révisionnisme, la social-démocratie, le trotskisme, l'anarchisme et l'écologisme ont révélé leur caractère bourgeois et anticommuniste. Tous ces courants idéologiques se sont liés dans un front uni contre-révolutionnaire pour réaliser et appuyer la restauration intégrale du capitalisme sauvage en Europe de l'Est et en Union soviétique. Tout cela, bien sûr, au nom de la liberté, de la démocratie et des droits de l'homme et au nom du "socialisme à visage humain" et du "socialisme démocratique". Toutes ces idéologies relèvent du "socialisme" petit-bourgeois, bourgeois ou réactionnaire dénoncé dans leur temps par Marx et par Lénine.

Le rétablissement du capitalisme intégral en Union soviétique et en Europe de l'Est au cours des années 1989-1990 a été suivi immédiatement par une vague réactionnaire déferlant sur le monde entier, par un accroissement dramatique de l'agressivité et de la barbarie impérialiste. Aujourd'hui, la véritable nature du capitalisme et de l'impérialisme apparaît à l'oeil nu. Les masses populaires subissent la violence barbare du fascisme, du nationalisme réactionnaire, du tribalisme, du fondamentalisme religieux, des agressions impérialistes et du terrorisme d'Etat. Les âpres réalités prouvent que les thèses sur le capitalisme et l'impérialisme développées par Lénine sont non seulement restées valables, mais semblent encore plus pertinentes dans la situation actuelle qu'elles ne l'étaient au début du siècle. Les violences que subissent aujourd'hui les travailleurs et les peuples opprimés sont une confirmation dramatique que la seule voie pour sortir de la barbarie capitaliste et impérialiste est le chemin tracé par la grande révolution d'Octobre.

Premier chapitre - L'état et la révolution

I - La nature de classe de l'état bourgeois

L'Etat du capital

En élaborant leur conception du socialisme scientifique, Marx et Engels ont traité deux questions fondamentales : celle de la propriété des moyens de production et celle du caractère de l'Etat. Du temps de Marx, les réformistes étaient d'accord que les moyens de production soient en dernière instance la propriété de la collectivité. Mais pour eux, la collectivité était représentée par l'Etat. La question de l'Etat a été la question la plus controversée depuis l'apparition de Marx. L'Etat bourgeois peut revêtir différentes formes, de la monarchie à la république, de l'Etat réactionnaire et policier à l'Etat démocratique.

Selon Marx et Lénine, la république démocratique est la forme d'Etat la plus progressiste en régime bourgeois. Or, une telle république est fondamentalement caractérisée par la toute-puissance du capital, de la richesse. Lénine, citant Engels, dit : «Dans la république démocratique... 'la richesse exerce son pouvoir d'une façon indirecte, mais d'autant plus sûre'... premièrement, par la 'corruption directe des fonctionnaires' et deuxièmement, par 'l'alliance du gouvernement et de la Bourse'.» Puis Lénine conclut : «La toute-puissance de la 'richesse' est plus sûre en république démocratique, parce qu'elle ne dépend pas des défauts de l'enveloppe politique du capitalisme. La république démocratique est la meilleure forme politique possible du capitalisme ; aussi bien le Capital, après s'en être emparé, assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d'institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise.»

Marx et Lénine affirment que l'Etat n'est jamais "au-dessus de la mêlée", qu'il n'est jamais au-dessus des classes. Au contraire, aussi longtemps que la société est divisée en classes sociales dont les intérêts sont fondamentalement opposés, tout Etat est un instrument par lequel une classe domine et opprime d'autres classes. C'est un instrument qui légalise la toute-puissance d'une classe, en l'occurrence de la bourgeoisie, et qui interdit et enlève certains moyens de lutte aux classes dominées par cette bourgeoisie. Lénine : «Selon Marx, l'Etat est un organisme de domination de classe, un organisme d'oppression d'une classe par une autre ; c'est la création d'un 'ordre' qui légalise et affermit cette oppression en modérant le conflit des classes. Selon l'opinion des politiciens petits-bourgeois, l'ordre est précisément la conciliation des classes, et non l'oppression d'une classe par une autre ; modérer le conflit, c'est concilier, et non retirer certains moyens et procédés de combat aux classes opprimées en lutte pour le renversement des oppresseurs.»

Le perfectionnement de la machine militaire et bureaucratique

L'Etat, c'est l'armée et la bureaucratie

Marx et Lénine expliquent que les deux institutions clés de l'Etat bourgeois sont, d'une part, les forces de répression et, d'autre part, la bureaucratie, et principalement son échelon supérieur, qui est étroitement lié à la grande bourgeoisie et mène le même style de vie. Lénine : «Les deux institutions les plus caractéristiques de cette machine d'Etat sont : la bureaucratie et l'armée permanente. Maintes fois, dans leurs oeuvres, Marx et Engels parlent des mille liens qui rattachent ces institutions à la bourgeoisie.» Et Lénine cite Marx dans Le 18e Brumaire : «Ce pouvoir exécutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire... son armée de fonctionnaires d'un demi million d'hommes et son autre armée de cinq cent mille soldats, effroyable corps parasite... se constitua... au déclin de la féodalité qu'il aida à renverser.»

Dans la conception marxiste, le noyau central de la machine de l'Etat est constitué par les forces armées et les forces de répression. «L'armée est traditionnellement l'instrument qui sert à perpétuer l'ancien régime, le rempart le plus solide de la discipline bourgeoise, de la domination du capital, et l'école de la soumission servile et de la subordination des travailleurs au capital.» «Dans toutes les républiques bourgeoises, même les plus démocratiques, la police est (avec l'armée permanente) l'instrument principal de l'oppression des masses... La police passe les 'petites gens' à tabac... elle est pleine de prévenance pour les capitalistes qui s'assurent son indulgence en lui versant tout simplement des pots-de-vin... Coupée du peuple, constituant une caste professionnelle formée d'hommes 'dressés' à sévir contre les pauvres, d'hommes relativement bien payés et jouissant des privilèges du 'pouvoir' (sans parler des 'revenus licites'), la police demeure infailliblement, dans toutes les républiques démocratiques où règne la bourgeoisie, l'instrument... de cette dernière.»

Une machine de répression constamment renforcée et perfectionnée

La machine de l'Etat bourgeois a été créée par les classes exploiteuses pour servir leur domination et elle a été renforcée et perfectionnée lors des différentes crises et révolutions qu'ont connues les pays capitalistes. Lénine : «Le développement, le perfectionnement, la consolidation de cet appareil bureaucratique et militaire se poursuivent à travers la multitude des révolutions bourgeoises.» «Plus on procède aux 'redistributions' de l'appareil bureaucratique entre les divers partis bourgeois et petits-bourgeois... et plus évidente apparaît aux classes opprimées, prolétariat en tête, leur hostilité irréductible à la société bourgeoise tout entière. D'où la nécessité pour tous les partis bourgeois, même les plus démocratiques, y compris les 'démocrates révolutionnaires', d'accentuer la répression contre le prolétariat révolutionnaire, de renforcer l'appareil répressif, c'est-à-dire précisément la machine d'Etat. Ce cours des événements oblige la révolution à 'concentrer toutes les forces de destruction' contre le pouvoir d'Etat ; il lui impose pour tâche non d'améliorer la machine d'Etat, mais de la démolir, de la détruire.»

Depuis la Première Guerre mondiale et l'accès des partis sociaux-démocrates aux gouvernements bourgeois, la bureaucratie des Partis socialistes a reçu une large part de l'appareil bureaucratique. Et ces partis ont effectivement soutenu les renforcements successifs de l'appareil de répression anti-populaire. Les soi-disant 'démocrates révolutionnaires' du PS sont souvent devenus les chantres de la répression bourgeoise. L'ancien partisan de la "dictature du prolétariat", Paul-Henri Spaak, est devenu un des pères spirituels de l'Otan dont il est devenu secrétaire général. André Cools, qui participa à la direction de la grève révolutionnaire de 1960-61, a, peu de temps après, soutenu toutes les mesures répressives que la bourgeoisie a prises suite à cette grève. Vandenbroucke, ancien chef trotskiste devenu ministre social-démocrate, a soutenu la participation belge à la guerre d'agression contre l'Irak, il a appuyé l'élargissement du champ d'action de l'Otan, il était solidaire de son ami Tobback dans sa politique de renforcement de la gendarmerie.

Marx : "Il faut briser l'Etat bourgeois"

Lénine formule ensuite la thèse essentielle de la doctrine marxiste sur l'Etat : la vieille machine d'Etat doit être détruite. Lénine : «Toutes les révolutions politiques n'ont fait que perfectionner cette machine au lieu de la briser'... Cette déduction est le principal, l'essentiel, dans la doctrine marxiste de l'Etat.» «L'essentiel est de savoir si la vieille machine d'Etat (liée à la bourgeoisie par des milliers d'attaches et toute pénétrée de... conservatisme) sera maintenue ou si elle sera détruite et remplacée par une nouvelle. La révolution ne doit pas aboutir à ce que la classe nouvelle commande et gouverne à l'aide de la vieille machine d'Etat, mais à ceci, qu'après l'avoir brisée, elle commande et gouverne à l'aide d'une machine nouvelle : c'est cette idée fondamentale du marxisme que Kautsky escamote.»

Lénine en tire une conclusion politique catégorique par rapport aux révisionnistes. Il affirme : «(Kautsky écrit ceci :) 'Jamais et en aucun cas,... la victoire du prolétariat sur le gouvernement hostile... ne peut mener à la destruction du pouvoir d'Etat ; il ne peut en résulter qu'un certain déplacement... du rapport des forces à l'intérieur du pouvoir d'Etat... le but de notre lutte politique reste donc, comme par le passé, la conquête du pouvoir d'Etat par l'acquisition de la majorité au parlement et la transformation de ce dernier en maître du gouvernement'. Voilà bien l'opportunisme le plus pur et le plus plat ; c'est renoncer en fait à la révolution tout en la reconnaissant en paroles... Quant à nous, nous romprons avec ces renégats du socialisme et lutterons pour la destruction de toute la vieille machine d'Etat, afin que le prolétariat armé devienne lui-même le gouvernement... le prolétariat conscient sera tout entier avec nous dans la lutte, non pour un 'déplacement du rapport des forces', mais pour le renversement de la bourgeoisie, pour la destruction du parlementarisme bourgeois,... pour une république des Soviets des députés ouvriers et soldats, pour la dictature révolutionnaire du prolétariat.» Il saute aux yeux que ces conclusions de Lénine s'appliquent intégralement, mot par mot, à tous ceux qui ont suivi la politique de Khrouchtchev et qui continuent à la suivre.

Le révisionnisme et l'État bourgeois

Depuis Khrouchtchev, les révisionnistes ont rejeté la position marxiste sur l'Etat et la révolution. Leur conception de l'Etat est identique à celle de Kautsky et de Vandervelde : l'Etat serait un instrument "neutre", au-dessus des classes, dont la classe ouvrière pourrait s'emparer grâce à une majorité parlementaire. Khrouchtchev déclare : «La conquête d'une solide majorité parlementaire... créerait... des conditions tendant à assurer des transformations sociales radicales. Certes, une sérieuse résistance... de l'énorme appareil militaire et policier... est inévitable. La transition au socialisme se fera à travers une lutte de classes aiguë, révolutionnaire.» Il n'est pas question de briser l'appareil d'Etat bourgeois et de le remplacer par un appareil révolutionnaire issu de la lutte du prolétariat. L'essentiel dans la doctrine de Marx sur l'Etat est escamoté par la phrase nébuleuse : «Transformations sociales radicales à travers la lutte de classe». Le livre-manuel Le Mouvement révolutionnaire international de la classe ouvrière, édité par Boris Ponomarev en 1964, puis réédité en 1967, exprime parfaitement la continuité des idées révisionnistes sous Khrouchtchev et Brejnev. Il traite de la construction du socialisme, de la lutte de classes sous le capitalisme, de la lutte contre l'impérialisme dans les pays dominés et de la lutte pour la paix. Dans ces quatre domaines, sous un verbiage apparemment "léniniste", il expose un programme révisionniste et contre-révolutionnaire cohérent et complet.

Le chapitre qui traite du "Mouvement ouvrier dans les pays capitalistes évolués" ne dit pas un seul mot sur l'Etat en tant qu'instrument de la dictature de la bourgeoisie. Ecrire 502 pages sur la "révolution socialiste" sans le moindre développement sur la nature de l'Etat actuel, il faut le faire ! Rien n'est dit de la fonction de l'armée bourgeoise comme noyau de la dictature de la bourgeoisie, dressée pour combattre militairement les forces qui menacent l'ordre économique et politique bourgeois. On apprend seulement que «un large front anti-monopoliste (est) capable de brider la bourgeoisie, de l'empêcher de faire sa politique de violence grossière à l'égard des travailleurs.» Les rares allusions à l'Etat le font toujours apparaître comme un instrument neutre qu'on peut "arracher" au contrôle des monopoles. «Pendant la résistance (antifasciste), la classe ouvrière a combattu pour des constitutions authentiquement démocratiques qui prévoyaient la participation des travailleurs à la gestion de l'Etat, et la limitation des pouvoir des monopoles, des transformations progressistes dans l'économie et la politique.» Il n'est pas question de briser l'Etat fasciste et de le remplacer par un nouvel Etat, construit au cours du processus du renversement du fascisme par la lutte populaire armée. Plus loin, on lit : «Les révolutionnaires... voient dans la voie pacifique du passage au socialisme l'expression de la lutte acharnée des grandes masses populaires pour conquérir des droits économiques et politiques toujours nouveaux, pour évincer progressivement les monopoles de la direction de la société et finalement amener au pouvoir les classes travailleuses.» On trouve ici l'image de l'Etat en tant que « direction de la société », dont on peut «évincer progressivement les monopoles» pour les remplacer par «le pouvoir des classes travailleuses».

II. La démocratie bourgeoise

Comment se pose la question de la démocratie

Au nom de la démocratie, les crimes les plus abominables...

Au moment de l'effondrement de l'Union soviétique, la signification de classe des discours sur "la démocratie" en général, "au-dessus des classes", est apparue avec une clarté évidente. La contre-révolution en Europe de l'Est et en Union soviétique a été faite sous le mot d'ordre : "la liberté et la démocratie". La chute de la production industrielle de 50 % : 'au nom de la démocratie'. Le règne de 4 000 organisations de la maffia : 'au nom de la démocratie'. Le vol de toutes les économies des pensionnés au moyen d'une inflation de 3 000 % : 'au nom de la démocratie'. Des guerres civiles réactionnaires en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie, en Tchétchénie, en Tadjikistan : 'au nom de la démocratie'. Un surplus de morts de 1 700 000 personnes en trois ans : 'au nom de la démocratie'.

Après l'effondrement de l'URSS, la World Anti-Communist League, qui regroupe les principales organisations fascistes et d'extrême droite du monde, a changé son nom en "Ligue Mondiale pour la Liberté et la Démocratie"! C'est tout dire.
En Russie, le restaurateur du capitalisme sauvage, Eltsine, a pu détruire le Parlement russe sous le feu de ses chars, il a pu instaurer un régime s'appuyant sur la maffia et sur les puissances impérialistes, il a pu truquer à fond les élections : toute la presse bourgeoisie ne cesse de répéter que "la démocratie progresse" en Russie. En Afrique, en 1990, le "vent de la démocratie" a commencé à souffler à l'initiative de Mitterrand lors du sommet de la Beaule. Depuis lors, la situation des masses populaires s'est gravement détériorée et les interventions impérialistes se sont succédées. Lors du sommet de Chaillot, en novembre 1991, Habyarimana affirma que «la consolidation de la démocratie pluraliste s'est accélérée au Rwanda depuis le sommet de la Beaule.» Et deux ans plus tard, sous ce drapeau, Habyarimana avait achevé les préparatifs du génocide...

La démocratie pour quelle classe ?

Traitant de la démocratie, tous les réformistes "oublient" le principe le plus élémentaire du marxisme, celui de l'analyse des classes. Dans une société basée sur la propriété privée des moyens de production, la bourgeoisie et la classe ouvrière constituent deux classes aux intérêts diamétralement opposés. Quel type de démocratie peut-il y avoir dans un tel contexte ?
Lénine : «Il est naturel qu'un libéral parle de 'démocratie' en général. Un marxiste ne manquera jamais de demander : 'Pour quelle classe ?'.» «Tant qu'il existe des classes distinctes, on ne saurait parler de 'démocratie pure', mais seulement de démocratie de classe.»

«Démocratie pour une infime minorité, démocratie pour les riches, tel est le démocratisme de la société capitaliste.» Où est "la" démocratie, lorsqu'au nom du droit à la propriété des moyens de production, une poignée d'exploiteurs décident de fermer "leur" usine et de jeter des milliers d'ouvriers dans la rue ? Où est "la" démocratie lorsque, pour protéger la "propriété privé" du patron, la gendarmerie intervient avec violence pour briser la lutte des ouvriers licenciés pour le maintien de leur emploi ? Pour protéger les intérêts de la grande bourgeoisie, notre "démocratie" est prête à tout moment à lancer les forces de répression contre les ouvriers, les jeunes, les immigrés. La "démocratie" peut à tout moment, pour protéger l'ordre bourgeois établi, arrêter des syndicalistes et des anticapitalistes, interdire des partis et des journaux, décréter le régime d'exception.

La presse et le parlement, instruments de la démocratie ?

La "liberté" de la presse

La "liberté de la presse" est un des meilleurs exemples de ce que signifie réellement la démocratie bourgeoise. Chacun est "libre" de publier un quotidien. Mais, bien sûr, il faut posséder au moins cent millions de FB. La "liberté de la presse" sous le capitalisme, c'est essentiellement la liberté de glorifier, de justifier, d'embellir et de défendre le capitalisme et la liberté de dénigrer, de calomnier, de noircir, de salir les luttes anticapitalistes.

Le 2 février 1997 a eu lieu en Belgique, à Clabecq, une des manifestations ouvrières les plus mémorables du dernier demi-siècle. Elle se proclamait fièrement une manifestation de la classe ouvrière contre le patronat, pour des revendications radicales. La presse bourgeoise, impressionnée par l'immense succès, attaqua la manifestation d'abord "par la douceur". La manifestation était «d'un calme et d'une dignité parfaites, entachée d'aucun incident,... le réveil des citoyens.» (Le Soir) «Les couleurs du sursaut citoyen», titrait Vers l'Avenir et «Le sursaut citoyen s'élargit» affirmait La Libre Belgique. La Dernière Heure annonçait «le réveil de la citoyenneté». En clair : la presse bourgeoise nie que les classes exploitées se sont mobilisées contre leurs exploiteurs. Le concept contre-révolutionnaire de la "citoyenneté" est utilisé pour insinuer une solidarité de tous les citoyens, patrons, banquiers et hauts cadres se préoccupant autant de l'emploi que le font les ouvriers menacés. Une semaine plus tard, devant les manoeuvres de plus en plus grossières pour liquider les Forges de Clabecq par pans, des ouvriers assénaient quelques coups de poing bien mérités au président de la curatelle. Et immédiatement, la presse "libre" se déchaîna. Pour cette presse, la violence, ce n'est pas le capitalisme qui s'apprête à mettre 2 000 ouvriers dans la rue, à plonger 2 000 familles dans le désespoir, à pousser des gens au suicide, à en faire sombrer d'autres dans la drogue et la petite criminalité. La violence, c'est l'ouvrier désespéré qui a levé le poing contre son exploiteur. L'Echo, le journal de la bourse, écrit : «A l'égard de la direction, des ingénieurs, cela a toujours été la terreur», «C'est tout le contraire de la démocratie : le totalitarisme», «Ce sont des pratiques qui, derrière des discours d'extrême gauche, relèvent en fait de l'extrême droite.» Le Soir accuse D'Orazio, le principal dirigeant ouvrier de Clabecq, d'avoir «confisqué et détourné» la volonté des 50 000 personnes présentes à la manifestation ! «Roberto D'Orazio, le 'pape rouge' des Forges, dérape. Il a confisqué l'énorme élan de solidarité citoyenne au seul profit de son jusqu'au-boutisme.»

Ecoutons les commentaires de Lénine à ce propos : «La 'liberté de la presse' est également un des principaux mots d'ordre de la 'démocratie pure'... Les ouvriers savent... que cette liberté est une duperie tant que les meilleures imprimeries et les gros stocks de papier sont accaparés par les capitalistes, tant que demeure le pouvoir du capital sur la presse... Les capitalistes qualifient de liberté de la presse la liberté d'utiliser leurs richesses pour fabriquer et falsifier ce qu'on appelle l'opinion publique.»

"Le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie"

Et qu'en est-il du rapport entre la démocratie et les élections ? La bourgeoisie affirme que les élections libres constituent l'essence du processus démocratique. Quelle est la position léniniste à ce propos ? Même dans une république démocratique, l'Etat est essentiellement une machine destinée à opprimer les classes travailleuses et sa fonction principale est de maintenir la dictature du capital. La bourgeoisie organise certaines formes de démocratie dans le but explicite de réconcilier les masses avec la dictature du capital, de leur faire accepter l'inévitabilité ou le bien fondé de la domination du capital. Les élections, sous le régime bourgeois, sont une gigantesque opération de manipulation de l'opinion qui vise à donner l'illusion que la politique gouvernementale, qui est directement dictée par le grand capital, émane de la volonté du peuple. Chaque année, les faits prouvent cette affirmation. Felipe Gonzalez gagna ses premières élections en Espagne en promettant que l'Espagne resterait en dehors de l'Otan. Une fois qu'il eut récolté les voix grâce à ces promesses démagogiques, il entra dans l'Otan ! Les sociaux-démocrates belges ont mené campagne en promettant de "sauver" le secteur public. Arrivés au gouvernement, ils ont fait passer un programme de privatisations qui dépassait même les plans les plus aventuristes des libéraux ! Par la manipulation et la propagande, la bourgeoisie arrive à faire passer chaque nouveau gouvernement comme l'émanation de la volonté populaire, exprimée lors des élections ! Puis ce gouvernement exécute la politique que la grande bourgeoisie juge le plus opportun de suivre.

Lénine dit à juste titre : «Le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie.» En effet, sous la domination de la bourgeoisie, lorsque pratiquement tous les médias sont aux mains du grand capital, lorsque toute la machine de l'Etat est contrôlée par la grande bourgeoisie et les partis bourgeois, lorsque l'Etat et les monopoles financent les campagnes des partis bourgeois à l'aide de centaines de millions de francs, les élections sont effectivement une opération pour consolider la dictature de la bourgeoisie. Les sociaux-démocrates et les révisionnistes, pour embellir la démocratie bourgeoise, affirment que le suffrage universel «est une grande conquête du mouvement ouvrier.» L'avènement du suffrage universel en Belgique permet de réfuter cette fable. D'abord, la direction du Parti Ouvrier Belge avait mis en avant cette revendication pour escamoter le nécessité de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat. Il se battait pour le suffrage universel dans le but explicite de pousser les ouvriers dans la voie du réformisme et de la collaboration de classes. En plus, le suffrage universel ne fut accordé que lorsque le Parti Ouvrier eut donné toutes les garanties qu'il défendrait l'ordre établi et qu'il serait un gestionnaire loyal de la société bourgeoise. Oui, comme le dit Lénine : dans la société capitaliste, le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie. Voici comment Lénine s'est exprimé à ce propos. «Même dans la plus démocratique des républiques... l'Etat n'est pas autre chose qu'une machine d'oppression d'une classe par une autre. La bourgeoisie est obligée de faire l'hypocrite et de donner le nom de 'pouvoir du peuple entier' ou de démocratie en général, ou de démocratie pure, à la république démocratique bourgeoise, qui est en fait la dictature de la bourgeoisie, la dictature des exploiteurs sur les masses travailleuses... «La république démocratique, l'assemblée constituante, le suffrage universel, etc., c'est la dictature de la bourgeoisie. Pour libérer le travail du joug capitaliste, il n'est point d'autre moyen que de remplacer cette dictature par la dictature du prolétariat. Seule la dictature du prolétariat est capable de libérer l'humanité du joug capitaliste, du mensonge, de la fausseté et de l'hypocrisie de la démocratie bourgeoise, démocratie pour les riches, et d'instaurer la démocratie pour les pauvres.»

La démocratie défend-elle les minorités ?

La bourgeoisie prétend que son système "démocratique" permet d'assurer la défense des minorités. En fait, elle s'efforce de placer les 'minorités' sous le contrôle de l'un ou l'autre parti bourgeois pour qu'il brise l'esprit de lutte de cette minorité et "l'intègre" dans l'ordre établi. Lénine écrit : «La démocratie bourgeoise n'accorde la défense de la minorité qu'à un autre parti bourgeois ; tandis que le prolétariat, dans toute question sérieuse, profonde, fondamentale, reçoit en guise de 'protection de la minorité' la loi martiale ou les massacres. Plus la démocratie est développée et plus elle est près, en cas de divergence politique profonde et dangereuse pour la bourgeoisie, du massacre ou de la guerre civile.» Aux Etats-Unis, certains politiciens bourgeois se spécialisent dans la "protection de la minorité noire", mais la police se spécialise dans des raids meurtriers dans les quartiers noirs les plus pauvres. Celle de Los Angeles a une longue histoire de violence raciste et c'est ainsi qu'une nuit, elle a tabassé un homme seul, Roney King. Un témoin a enregistré la scène sur vidéo. Et les policiers ont malgré tout été acquittés. Une révolte violente de la majorité des gens pauvres à Los Angeles s'en est suivie, révolte qui fut matée par l'armée américaine et par la police.

La démocratie bourgeoise contre les travailleurs

La démocratie exclut les pauvres

Dans la société capitaliste, la "démocratie" est faite sur mesure pour les riches, tandis que mille obstacles, restrictions et difficultés empêchent les pauvres d'utiliser le peu de droits qui leur sont accordés nominalement. Lénine a parfaitement décrit le type de "démocratie" dont les travailleurs peuvent jouir sous le règne du capital. «La démocratie bourgeoise... reste toujours... une démocratie étroite, tronquée, fausse, hypocrite, un paradis pour les riches, un piège et un leurre pour les exploités, pour les pauvres.» «En régime capitaliste, la démocratie est rétrécie, comprimée, tronquée, mutilée par cette ambiance que créent l'esclavage salarié, le besoin et la misère des masses.» «Si l'on considère de plus près le mécanisme de la démocratie capitaliste, on verra partout... restriction sur restriction au démocratisme. Ces restrictions, éliminations, exclusions, obstacles pour les pauvres paraissent menus,... mais, totalisées, ces restrictions excluent, éliminent les pauvres de la politique, de la participation active à la démocratie.»

Les lois et les juristes au service du capital

Sous la "démocratie", la bourgeoisie a adopté des centaines de lois et d'arrêtés qui protègent l'exploitation et l'arbitraire capitaliste, des centaines de lois et règlements qui briment, accablent, discriminent et volent les travailleurs. Mais il ne suffit pas à la bourgeoisie que les lois soient faites par elle et pour elle. Sous la "démocratie", ceux qui ont de l'argent peuvent engager des juristes et des spécialistes pour "détourner" légalement les lois et règlements qui limitent tant soit peu l'arbitraire des capitalistes. En plus, sous la "démocratie" bourgeoise, l'appareil policier et juridique est lié par mille liens à la grande bourgeoisie et il "aide" les riches à "arranger" leurs problèmes, tandis qu'il applique sans merci les lois contre les pauvres. Lénine écrit : «Lorsque dans les pays capitalistes, les juristes, bourgeois jusqu'au bout des ongles... mettent des siècles ou des décennies à élaborer les règlements... à écrire... des centaines de volumes de lois et commentaires qui accablent l'ouvrier, maintiennent le pauvre pieds et mains liés, dressent mille chicanes et obstacles au simple travailleur... alors les libéraux bourgeois et monsieur Kautsky ne voient là nul 'arbitraire' ! Là règnent l' 'ordre' et la 'légalité' ! Là tout a été médité et codifié pour mieux "pressurer" le pauvre. Là des milliers d'avocats et de fonctionnaires bourgeois... savent interpréter les lois de façon qu'il soit impossible à l'ouvrier et au paysan moyen de rompre le barrage de barbelés que dressent ces lois. Ce n'est pas 'l'arbitraire' de la bourgeoisie, ce n'est pas la dictature des exploiteurs avides et malpropres, gorgés du sang du peuple. Pas du tout. C'est la 'démocratie pure', qui devient plus pure de jour en jour.»

Démocratie bourgeoise et terreur anti-populaire

En Turquie comme en Colombie et au Pérou, des élections ont lieu, des parlements sont élus, la démocratie règne. Mais l'armée et les bandes "d'autodéfense" organisées par le pouvoir terrorisent la population, massacrent des dizaines de milliers de syndicalistes, de paysans, de révolutionnaires. Lénine notait déjà : «Il n'est point d'Etat, même le plus démocratique, qui n'ait dans sa Constitution des biais ou restrictions permettant à la bourgeoisie de lancer la troupe contre les ouvriers, de proclamer la loi martiale, etc., 'en cas de violation de l'ordre', mais, en fait, au cas où la classe exploitée 'violait' son état d'asservissement et si elle avait la velléité de ne pas se conduire en esclave.»

Aspiration à une démocratie populaire et révolution

Les travailleurs veulent une démocratie qui les sert

A l'époque actuelle, où les travailleurs ont atteint un certain niveau d'éducation, la grande bourgeoisie est obligée d'invoquer la démocratie pour justifier son règne. Elle façonne une 'majorité démocratique' en utilisant la propagande, l'intoxication, le lavage de cerveaux mais aussi l'intimidation et la pression. Néanmoins, un réel désir de démocratie authentique vit dans les masses travailleuses. Or : «Dans l'État bourgeois le plus démocratique, les masses opprimées se heurtent constamment à la contradiction criante entre l'égalité nominale proclamée par la 'démocratie' des capitalistes, et les milliers de restrictions et de subterfuges réels, qui font des prolétaires des esclaves salariés.» Comment utiliser cette contradiction entre la démocratie "nominale", formelle et fausse et l'aspiration profonde des travailleurs à une démocratie "pour eux" ? Réaliser les aspirations démocratiques des prolétaires et des travailleurs, c'est l'exact opposé de la mystification "démocratique" organisée par les tyrans que sont les grands entrepreneurs et leurs politiciens. Dans ce sens, la lutte pour réaliser les aspirations démocratiques des travailleurs est un aspect essentiel de la lutte pour la révolution socialiste.

Lénine : «Réalisée... aussi pleinement et aussi méthodiquement qu'il est possible de le concevoir, la démocratie, de bourgeoise, devient prolétarienne.» Les aspirations démocratiques des travailleurs, exprimées dans le cadre d'une démocratie bourgeoise, mais poursuivies et réalisées de façon radicale, jusqu'à bout, deviennent démocratie prolétarienne par le renversement du système bourgeois. Pour le dire encore avec les mots de Lénine : «Développer la démocratie jusqu'au bout... est une des tâches essentielles de la lutte pour la révolution sociale.» Il y a ici un point de rupture, la quantité se transforme en qualité, les droits démocratiques conquis dans le cadre du système bourgeois se transforment en démocratie prolétarienne à travers la révolution socialiste. Or, les sociaux-démocrates et les révisionnistes prétendent le contraire depuis quatre-vingt ans. L'élargissement systématique de "la" démocratie dans le cadre bourgeois nous rapprochera toujours plus du socialisme et se transformera finalement de façon pacifique en socialisme. Pour eux, la différence entre démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne est une différence de quantité, l'une pouvant se transformer pacifiquement dans l'autre sans passer par la rupture qualitative qu'est la révolution socialiste.

Lénine a dénoncé ces gens en ces termes : «Les kautskistes de toutes les nations... s'aplatissent devant la bourgeoisie, s'accommodent du parlementarisme bourgeois, dissimulent le caractère bourgeois de la démocratie actuelle et se contentent de demander qu'elle soit élargie, qu'elle soit réalisée jusqu'au bout.» Or, dans l'époque historique où règnent les monopoles et l'impérialisme, la démocratie bourgeoise se dégrade toujours plus : c'est la réaction qui triomphe sur toute la ligne, les droits démocratiques des travailleurs sont de plus en plus réduits... Et aujourd'hui ces attaques sont le fait de cette même social-démocratie, qui prétendait que "l'extension continue" de la démocratie bourgeoise allait conduire au socialisme ! Les paroles de Lénine à ce propos méritent ample réflexion. «La superstructure politique qui coiffe la nouvelle économie, le capitalisme monopoliste... c'est le tournant à partir de la démocratie vers la réaction politique.» «Politiquement, l'impérialisme tend, d'une façon générale, à la violence et à la réaction.»

Les faits essentiels de l'histoire récente ne confirment-ils pas de façon éclatante ces thèses ? La guerre barbare contre l'Irak, l'embargo qui tue "pacifiquement" un million de bébés, d'enfants et de vieillards irakiens (avec la participation active des sociaux-démocrates et le soutien politique du révisionniste Gorbatchev !) ; le génocide au Rwanda qui tua un million de Tutsi et de Hutu démocratiques (avec la participation active de l'armée française du social-démocrate Mitterrand !) ; les lois antisyndicales en Angleterre ; les scandales de corruption des partis sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates qui ont éclaté en Italie et en Belgique... Alors, bien sûr que Lénine dénonça les opportunistes du genre Khrouchtchev, Marchais, Carillo, Berlinguer ! «La marche en avant, à partir de cette démocratie capitaliste,... ne mène pas simplement, directement et sans heurts 'à une démocratie de plus en plus parfaite', comme le prétendent... les opportunistes petits-bourgeois. Non. La marche en avant... se fait en passant par la dictature du prolétariat.»

La démocratie sous le socialisme

Alors, comment se pose la question de la démocratie sous le socialisme ? Le socialisme n'est nullement la "vraie démocratie pour tous", comme le prétendent les kautskistes et les khrouchtchéviens. Pour les capitalistes qui jouissaient pleinement de la démocratie bourgeoise, le socialisme signifie essentiellement la fin de la démocratie, la fin de la liberté d'exploiter, la fin de la liberté d'accumuler des fortunes par des moyens légaux et illégaux, la fin de la liberté d'acheter les médias et de "fabriquer" l'opinion publique, la fin de la liberté d'organiser l'enseignement dans leur intérêt, etc.

Pour les travailleurs, le socialisme ne signifie pas l'élargissement de la vieille démocratie bourgeoise, mais la création de nouvelles formes de démocratie qui permettent aux travailleurs de réellement participer aux décisions politiques et économiques. Lénine déclare : «La dictature du prolétariat... ne peut se borner à un simple élargissement de la démocratie. En même temps qu'un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prolétariat apporte une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-là, nous devons les mater afin de libérer l'humanité de l'esclavage salarié ; il faut briser leur résistance par la force ; et il est évident que, là où il y a répression, il y a violence, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de démocratie.»

Les révisionnistes et la démocratie bourgeoise

Khrouchtchev et les révisionnistes qui nient le caractère de classe de l'Etat, refusent aussi de reconnaître que toute forme de démocratie a un caractère de classe. Ils ont repris les phrases de Kautsky sur "la démocratie pure" et "la démocratie authentique" ou encore sur "la démocratie véritable". Le livre de Ponomarev affirme : «Le concept de la démocratie authentique en tant que pouvoir du peuple dans l'intérêt du peuple a été exposé dans les programmes des partis communistes d'Italie, de France, d'Angleterre, de Belgique, de Finlande, des USA.» Les révisionnistes nient le caractère de classe de la démocratie et ils utilisent des phrases ampoulées : "sortir du cadre étroit de la démocratie bourgeoise", "transformer graduellement" et "enrichir" la démocratie. Ainsi, ils veulent faire passer la thèse réformiste qu'un élargissement de "la" démocratie (sous la dictature de la bourgeoisie !) mène directement au socialisme. Ponomarev : «En sortant du cadre étroit des formes démocratiques bourgeoises, en enrichissant la démocratie d'un nouveau contenu, en la transformant graduellement en un moyen pour le peuple d'exercer toujours davantage un pouvoir réel et de limiter et ensuite liquider le pouvoir des monopoles, les travailleurs jetteront les bases d'une véritable démocratie évoluant vers le socialisme.»

Ce verbiage ronflant et vide est repris directement des sociaux-démocrates Kautsky et Vandervelde. Il sert à masquer les questions essentielles. D'abord celle de l'Etat: est-ce un instrument de la dictature du capital ou est-ce une institution neutre où le "peuple" peut exercer un "pouvoir réel" grandissant et "limiter" puis "liquider" le pouvoir du capital ? Ensuite la question de la dictature de la bourgeoisie et des formes "démocratiques" que cette dictature peut revêtir. Il masque aussi la question de la révolution socialiste et finalement celle de la dictature du prolétariat qui, seule, peut assurer réellement la démocratie aux travailleurs. Le même verbiage a été utilisé par Thorez pour escamoter les problèmes de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat. Ponomarev cite Thorez : «Maurice Thorez a dit : 'Il n'y a plus à notre époque de long intervalle historique entre les transformations démocratiques et les transformations socialistes... La démocratie, création continue, s'achèvera dans le socialisme.» Grâce à la thèse de la "création continue", Thorez fait disparaître la rupture que constitue la révolution socialiste, rupture qui sépare deux mondes, celui de la dictature de la bourgeoisie et celui de la dictature du prolétariat.

III. Le "passage parlementaire"

Les notions que nous venons d'étudier, celle de l'Etat neutre, "au-dessus des classes", et celle de la "démocratie pure", sont à la base de la stratégie réformiste du passage au socialisme par l'acquisition d'une majorité parlementaire. Lénine s'est âprement moqué des inepties sociales-démocrates proférées par Kautsky et Vandervelde à ce propos.

La véritable nature du parlement

Le parlement, un paravent devant les forces de répression

Lénine a clairement montré la nature de classe du parlementarisme bourgeois: c'est un organe de la classe hostile, c'est une machine à réprimer les travailleurs, c'est un organe de décoration où les véritables décisions ne sont pas prises, c'est un paravent pour les forces de l'ordre qui, se livrent à l'espionnage, à la répression et si besoin en est, aux massacres. Lénine écrit : «Les ouvriers savent et sentent... que le parlement bourgeois est pour eux un organisme étranger, un instrument d'oppression des prolétaires par la bourgeoisie, l'organisme d'une classe hostile, d'une minorité d'exploiteurs.» Le parlement bourgeois fait partie intégrale de l'appareil de l'Etat bourgeois ; si ses forces de répression et sa bureaucratie anti-populaires en sont les noyaux, le parlement est surtout un paravent qui cache les véritables centres du pouvoir bourgeois, une machine à vent qui sème des illusions 'démocratiques'. Si les véritables centres du pouvoir capitaliste décident de réprimer des mouvements populaires, le parlement a pour instruction de justifier 'démocratiquement' la répression. Lénine : «Le parlement bourgeois, (dans les conditions) où la propriété des capitalistes et leur pouvoir sont maintenus, est une machine destinée à réprimer les millions de travailleurs par une poignée d'exploiteurs... Aujourd'hui que l'histoire mondiale a inscrit à l'ordre du jour la destruction de ce régime tout entier, le passage du capitalisme au socialisme, se contenter du parlementarisme bourgeois,... le parer du nom de 'démocratie' en général, estomper son caractère bourgeois, oublier que le suffrage universel, aussi longtemps qu'est maintenue la propriété capitaliste, est un des instruments de l'Etat bourgeois, c'est trahir honteusement le prolétariat.» Ces mots de Lénine s'appliquent intégralement aux adeptes de Khrouchtchev qui «se contentent du parlementarisme bourgeois, estompent son caractère bourgeois et trahissent honteusement le prolétariat.»

Le capital contrôle et surveille le parlement

L'idée du passage parlementaire au socialisme est d'autant plus ridicule que le parlement n'est pas du tout le centre du pouvoir dans la société capitaliste. Tout le monde sait que les grandes décisions politiques, économiques et militaires sont élaborées dans des cercles étroits de la grande bourgeoisie, dans les cercles dirigeants de la Banque Mondiale, du FMI, de l'OCDE, des services d'études spécialisés des Etats-majors de la gendarmerie et de l'armée, de l'Otan, des fédérations des entreprises... Leurs décisions sont alors soumises par le gouvernement au parlement qui s'incline et dit "Oui". En Belgique, ces dernières années, le budget alloué à l'enseignement secondaire a été fortement réduit et l'accès à l'université limité. Qui a formulé et qui a pris ces décisions ? Est-ce que ce sont les masses concernées d'élèves, de professeurs et de travailleurs ? Bien sûr que non, elles n'avaient rien à dire. Est-ce que ce sont les parlementaires ? Pas du tout. Ce sont les services d'étude du patronat et des spécialistes de la haute bureaucratie de l'Etat qui ont élaboré des plans anti-populaires. Puis les états-majors des partis bourgeois ont soumis ces plans au parlement et ont ordonné à "leurs" parlementaires d'acquiescer !

Lénine a dit à ce propos : «Le parlement bourgeois... dans une démocratie bourgeoise, ne résout jamais les questions majeures ; celles-ci sont tranchées par la Bourse, par les banques.» «La véritable besogne d' "Etat" se fait dans la coulisse ; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors. Dans les parlements, on ne fait que bavarder, à seule fin de duper le 'bon peuple'.» «Dans la société capitaliste,... les questions les plus importantes... sont tranchées par une poignée infime de capitalistes qui ne se bornent pas à tromper les masses, mais souvent trompent aussi le parlement. Il n'y a pas de parlement au monde qui ait jamais dit quelque chose de sérieux sur la guerre et la paix ! Dans la société capitaliste, les principales questions concernant la vie économique des travailleurs... sont tranchées par le capitaliste comme par un seigneur, comme par Dieu !»

Le sens des élections en régime bourgeois

Choisir "son" parti bourgeois

Le parlementarisme bourgeois est bel et bien un instrument au service de la dictature de la bourgeoisie. Mais quelle est alors la véritable signification des élections en régime bourgeois ? Les partis bourgeois et petits-bourgeois ont des moyens gigantesques, ils ont le soutien ou la sympathie des grands capitalistes qui possèdent les médias. Dans ces conditions, les élections permettent essentiellement aux masses de choisir quel élément bourgeois ou petit-bourgeois ira au parlement pour y défendre 'au nom du peuple', l'ordre bourgeois. Que la majorité parlementaire soit composée de libéraux, de sociaux-démocrates, de nationalistes, de sociaux-chrétiens, d'écologistes ou de fascistes, tous défendent les principes de base du système capitaliste et les intérêts de la grande bourgeoisie. Lénine disait fort à propos : «Décider périodiquement... quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l'essence véritable du parlementarisme bourgeois.»

Un reflet indirect de la maturité des travailleurs

D'autre part, les élections peuvent aussi indiquer dans quelle mesure les travailleurs commencent à se détourner du système capitaliste. Lénine, citant Engels : «Le suffrage universel est 'l'indice qui permet de mesurer la maturité de classe ouvrière. Il ne peut être rien de plus, il ne sera jamais rien de plus dans l'Etat actuel'.» Même si la majorité de la population élit des révolutionnaires, ce vote prouve seulement les sentiments révolutionnaires des masses. Il indique que les esprits sont mûrs pour la révolution. Mais encore faudra-t-il la faire et vaincre l'ennemi par des moyens révolutionnaires. Lénine : «Le suffrage universel atteste du degré de maturité des diverses classes dans la compréhension de leurs tâches respectives. Il montre comment les diverses classes sont disposées à s'acquitter de leurs tâches. La solution même de ces tâches est donnée non par le vote, mais par toutes les formes de la lutte de classes, jusque et y compris la guerre civile.»

La participation communiste aux élections

Pourquoi alors les communistes participent-ils au parlement ? Ils ne le font jamais pour semer des illusions sur un prétendu passage parlementaire au socialisme. Ils y participent pour prouver aux travailleurs qu'un jour, il faudra dissoudre ce parlement qui n'est qu'un instrument de la dictature bourgeoise et qu'il faudra le remplacer par des organes révolutionnaires des masses travailleuses. Lénine : «La participation aux élections parlementaires et aux luttes parlementaires est obligatoire pour le parti du prolétariat révolutionnaire précisément afin d'éduquer les couches retardataires de sa classe, précisément afin d'éveiller et d'éclairer la masse villageoise inculte, opprimée et ignorante. Tant que vous n'avez pas la force de dissoudre le parlement bourgeois et toutes les autres institutions réactionnaires, vous êtes tenus de travailler dans ces institutions précisément parce qu'il s'y trouve encore des ouvriers abrutis par la prêtraille et par l'atmosphère étouffante des trous de province.»

Comment la majorité peut-elle réellement décider ?

Qu'est-ce que la volonté de la majorité du peuple ? Comment cette volonté peut-elle s'exprimer ? Est-ce que les questions vitales, celles qui décident de la vie ou de la mort du système capitaliste, peuvent être tranchées par un vote minorité contre majorité au parlement ? Est-ce que la question de la dictature de la bourgeoisie ou de la dictature des travailleurs peut être tranchée par un vote majoritaire au parlement ? Lénine dit : «Les... socialistes petits-bourgeois... rêvent encore d'instaurer le socialisme par la persuasion. La majorité du peuple sera persuadée, et alors, la minorité se soumettra, la majorité votera, et le socialisme sera instauré. Non, le monde n'est pas fait d'une façon aussi heureuse ; les exploiteurs, les hobereaux rapaces, la classe capitaliste ne se laissent pas convaincre. La révolution socialiste confirme ce que tout le monde a vu : la résistance acharnée des exploiteurs. Plus la pression des classes opprimées s'accentue, plus elles sont prêtes à renverser toute oppression, toute exploitation... et plus furieuse devient la résistance des exploiteurs.» «Les démocrates petits-bourgeois... qui ont substitué à la lutte de classes leurs rêveries sur l'entente des classes, se représentaient la transformation socialiste,... non point comme le renversement de la domination de la classe exploiteuse, mais comme une soumission pacifique de la minorité à la majorité consciente de ses taches. Cette utopie petite-bourgeoise, indissolublement liée à la notion d'un Etat placé au-dessus des classes, a abouti pratiquement à la trahison.»

Ainsi, pour instaurer le socialisme, il faut renverser la domination de la classe bourgeoise et il faut briser la résistance inévitable, la résistance féroce et acharnée des exploiteurs. Ces questions sont tranchées par la lutte de classes la plus âpre, et non pas par un simple vote au parlement. Même dans les cas très rares où un parlement se prononce majoritairement pour le passage au socialisme ou pour des mesures anticapitalistes conséquentes, le vote en soi ne résout nullement le problème de la réalisation effective de ces mesures. La victoire des forces anticapitalistes ne peut être assurée que par la lutte de classes, par la conquête de la majorité dans l'action révolutionnaire et le renversement par la force de la classe dominante. Lénine : «Le prolétariat ne peut vaincre sans gagner à ses côtés la majorité de la population. Mais limiter ou subordonner cette conquête à l'obtention de la majorité des suffrages aux élections, sous la domination de la bourgeoisie, c'est faire preuve d'une incurable indigence d'esprit, ou c'est simplement tromper les ouvriers. Pour gagner la majorité de la population à ses côtés, le prolétariat doit premièrement renverser la bourgeoisie et s'emparer du pouvoir d'Etat; il doit deuxièmement instaurer le pouvoir des Soviets, après avoir démoli à fond le vieil appareil d'Etat, sapant ainsi d'un seul coup la domination, le prestige, l'influence de la bourgeoisie et des conciliateurs petits-bourgeois sur les masses travailleuses non prolétariennes. Il doit, troisièmement, achever de ruiner l'influence de la bourgeoisie et des conciliateurs petits-bourgeois sur la majorité des masses laborieuses non prolétariennes, en satisfaisant par des moyens révolutionnaires leurs besoins économiques aux dépens des exploiteurs.»

Les révisionnistes et le parlementarisme bourgeois

Toutes les positions de Lénine sur le parlementarisme bourgeois ont été liquidées par Khrouchtchev. 

Eloge du parlementarisme bourgeois

Dans le livre de Boris Ponomarev, nous lisons : «Les partis communistes des pays capitalistes ont toujours indiqué qu'il était possible d'utiliser le système parlementaire... après l'accession au pouvoir des classes laborieuses. Ainsi, le Parti communiste français, dans les thèses de son XIVe Congrès (1956) a indiqué : « Notre peuple est attaché aux institutions parlementaires conquises par les luttes du passé, rétablies avec l'indépendance nationale dans les combats de 1944. Il est donc probable qu'il s'efforcera de tirer parti de ces institutions pour la refonte du système social » « Les communistes étudient... les possibilités d'utiliser les institutions... bourgeoises... Aussi, procède-t-on... à la mise en lumière du caractère limité et inconséquent de la démocratie bourgeoise. Les communistes le font sans froisser les sentiments des masses attachées aux institutions démocratiques traditionnelles qui, en fait, sont le résultat de la lutte de plusieurs générations de la classe ouvrière». Faisons quelques remarques sur deux affirmations de Ponomarev. Il est faux de présenter les institutions parlementaires comme "le résultat des luttes de la classe ouvrière" pour insinuer qu'elles peuvent donc incarner la volonté des travailleurs. Le parlement a été créé par la grande bourgeoisie pour servir sa domination sur la société. Ensuite, les luttes de la classe ouvrière à la fin du siècle passé ont été dénaturées et détournées par des chefs réformistes. Ces luttes ont été orientées vers le soutien au système politique bourgeois et les chefs réformistes s'y sont complètement intégrés, notamment à travers leur participation au parlement bourgeois. Le suffrage universel (à l'exclusion des femmes, bien sûr) fut accordé dans le but explicite de briser le mouvement révolutionnaire des travailleurs et les chefs réformistes s'en sont servi pour combattre la révolution.

Lorsque les khrouchtchéviens affirment qu'il ne faut pas "froisser les sentiments des masses attachées au parlement", ils marquent clairement leur rupture totale avec le léninisme. En 1917-1918, Lénine souligna que la petite-bourgeoise suivait souvent la grande bourgeoisie à cause de son attachement au parlementarisme et au nationalisme bourgeois. Il appelait le parlementarisme «le préjugé le plus profond de la petite-bourgeoise.» La petite-bourgeoise était "attachée" à l'Assemblée constituante, élue quelques semaines après la révolution d'Octobre, en novembre 1917, au suffrage universel... Cette Assemblée avait donné une majorité contre-révolutionnaire. Dans les semaines qui suivirent les élections, le mouvement révolutionnaire s'est approfondi dans les campagnes. L'Assemblée a refusé d'entériner le programme socialiste de la révolution d'Octobre et les bolcheviks ont dû dissoudre cette Assemblée contre-révolutionnaire. Alors, une partie de la petite-bourgeoise a soutenu la bourgeoisie dans la guerre civile contre les bolcheviks à cause de ses stupides préjugés parlementaristes. Il est impossible de faire la révolution socialiste, de passer à un stade qualitativement supérieur de démocratie, au pouvoir des Soviets, sans "froisser" les préjugés d'une partie de la petite-bourgeoise qui croit à la valeur éternelle de la démocratie bourgeoise. Il leur faut l'expérience des avantages du pouvoir socialiste pour s'y rallier.

Un "retour" à Lénine pour tuer Lénine

Voyons maintenant comment Khrouchtchev "a brisé les notions périmées", comme il dit, à propos du parlementarisme. Au XXe Congrès, en 1956, il affirme ceci : «La question se pose de la possibilité d'utiliser aussi la voie parlementaire pour passer au socialisme... Lénine nous a indiqué une autre voie, celle de la création de la République des Soviets, la seule voie juste dans les conditions historiques d'alors... Mais depuis lors, des changements essentiels sont survenus dans la situation historique... Les forces du socialisme et de la démocratie ont grandi considérablement dans le monde entier, tandis que le capitalisme est de beaucoup plus faible... Les idées du socialisme s'emparent réellement de l'esprit de toute l'humanité travailleuse. Par ailleurs, dans les conditions actuelles, la classe ouvrière de plusieurs pays capitalistes a la possibilité d'unir sous sa direction l'immense majorité du peuple et d'assurer le passage des principaux moyens de production dans les mains du peuple. Les partis politiques de droite... font de plus en plus souvent faillite. Dès lors la classe ouvrière... est en mesure d'infliger la défaite aux forces réactionnaires, de conquérir une solide majorité au parlement et de le transformer d'organe de démocratie bourgeoise en instrument d'une volonté populaire véritable. En ce cas, cet établissement traditionnel... peut devenir un organisme de véritable démocratie, de démocratie pour les travailleurs.»

Glorifier la force du socialisme pour le miner

Pour justifier son ralliement au kautskisme et au parlementarisme bourgeois, Khrouchtchev a invoqué des "changements essentiels dans la situation historique". Ce renégat prétendait que la création d'une République des Soviets était "la seule voie juste dans les conditions historiques de 1917", mais que ce n'est plus le cas en 1956 ! Et pourquoi ? Parce que les pays socialistes seraient devenus très forts, parce que le capitalisme mondial aurait été sérieusement affaibli, parce que "toute l'humanité travailleuse" aspirerait au socialisme. Ces trois arguments sont faux. Le camp socialiste était effectivement devenu fort sous Staline. C'était une raison pour le capitalisme de s'acharner avec une dernière énergie contre son adversaire historique. Lénine a justement indiqué que le renforcement de l'Union soviétique faisait redoubler de haine toutes les forces réactionnaires. Mais si l'Union soviétique s'est effectivement renforcée de façon continue sous Staline, à partir de 1953, l'opportunisme a miné de l'intérieur le Parti et l'Etat. En décrétant en 1956 "la victoire définitive du socialisme en USSR" et la fin de la dictature du prolétariat, Khrouchtchev a ouvert les portes à tous les courants bourgeois qui n'allaient pas tarder à affaiblir et à miner politiquement l'Etat socialiste.

L'argument : "le capitalisme est devenu faible" ne correspond nullement à la réalité. Le capitalisme serait devenu tellement faible et dérouté, qu'il ne pourrait plus lancer ses forces armées et ses formations fascistes dans une guerre civile pour mater les travailleurs. Les renégats présentent la situation sous une lumière fausse, ils s'éloignent complètement de l'analyse matérialiste et objective des réalités, ils présentent la grande bourgeoisie comme une classe presque sans moyens de défense, obligée de se résigner devant la marche 'irrésistible' du socialisme ! Ces mensonges et ces illusions servent à "justifier" une ligne réformiste. L'argument "les idées du socialisme s'emparent de tous les travailleurs" exprime également le passage de Khrouchtchev au réformisme bourgeois. Il faut se rappeler que les "socialismes" bourgeois et petit-bourgeois ont déjà été dénoncés par Marx et Engels en 1848 dans Le Manifeste. Or, l'affirmation de Khrouchtchev que tous les travailleurs deviennent socialistes, est basée sur l'acceptation du socialisme bourgeois et du socialisme petit-bourgeois comme véritables doctrines socialistes ! C'est ce qu'avoue franchement Ponomarev : «Il n'est pas exclu que dans de nombreux pays, surtout là où existent de vieilles traditions de parlementarisme et de démocratie bourgeoise, de forts partis sociaux-démocrates et des partis s'appuyant surtout sur les couches moyennes, le passage au socialisme se fasse avec la participation à une coalition au pouvoir de plusieurs partis ayant des divergences idéologiques, mais unis par un objectif commun, la construction du socialisme.» Les khrouchtchéviens disent donc explicitement qu'on peut réaliser le socialisme, c'est-à-dire la dictature du prolétariat dans la terminologie de Marx, avec des partis bourgeois comme le parti social-démocrate et avec des partis des classes moyennes !

Les révisionnistes ont utilisé la grande force que le socialisme a acquise sous Staline pour faire croire que la cause du communisme avancera désormais sans devoir livrer des batailles âpres et violentes contre le capitalisme et l'impérialisme. Cet esprit de quiétude et de passivité devant l'ennemi de classe s'est accentuée à mesure que la bureaucratie s'est éloignée de plus en plus des masses travailleuses, qu'elle a acquis des privilèges et s'est enrichie par des moyens illégaux. De nouvelles forces capitalistes ont pu se développer librement jusqu'à la contre-révolution ouverte de Gorbatchev en 1990. En bernant le prolétariat soviétique et mondial avec leur "théorie" du capitalisme de plus en plus faible et leur affirmation que "tous deviennent socialistes", Khrouchtchev et Brejnev ont préparé le terrain pour le retour en force du capitalisme sauvage et la perte totale des acquis socialistes.

"Une stupidité et une duperie"

Khrouchtchev affirme que la «conquête d'une solide majorité au parlement» est capable de «transformer cet organe de la démocratie bourgeoise en un instrument de la volonté populaire véritable.» Or, aucun parlement n'empêchera jamais la bourgeoisie de massacrer les travailleurs, lorsqu'ils veulent mettre fin à la propriété privée des moyens de production. Seule la force militaire des classes opprimées peut l'empêcher. Lénine dit : «Le fait même d'admettre l'idée d'une paisible soumission des capitalistes à la volonté de la majorité des exploités, et d'une évolution pacifique, réformiste vers le socialisme, n'est pas seulement le signe d'une extrême stupidité petite-bourgeoise, c'est aussi duper manifestement les ouvriers,... dissimuler la vérité. Cette vérité est que la bourgeoisie, même la plus démocratique, ne s'arrête plus devant aucun mensonge, ni devant aucun crime, devant le massacre de millions d'ouvriers et de paysans pour sauver la propriété privée des moyens de production.»

Chapitre deux - L'Impérialisme est la veille de la révolution socialiste

I. La nature de l'Impérialisme

Le capitalisme et le capitalisme monopoliste

En 1916, Lénine a analysé le développement du capitalisme depuis la mort de Marx et Engels. Le capitalisme "libéral" s'est transformé, par la loi de la concurrence et par la concentration des capitaux qui s'en suit, en capitalisme monopoliste. Les monopoles bancaires et industriels ont fusionné. Pour réaliser des profits maximaux, ils ont commencé à exporter des capitaux. Les grandes puissances impérialistes se sont partagé l'ensemble du globe. Depuis le début du siècle, le mouvement de concentration des capitaux a continuellement progressé ainsi que le développement des forces productives grâce aux innovations technologiques. Néanmoins, le capitalisme monopoliste comporte aussi une tendance à freiner le développement technologique et notamment à cause des monopoles (temporaires) dans certaines branches. La limitation du développement intellectuel et scientifique des masses populaires et leur exclusion des décisions économiques freinent aussi le développement des forces productives.

Le capitalisme monopoliste d'Etat et l'exploitation maximale

Lénine souligne que la domination des grands monopoles, qui "fusionnent" avec l'appareil d'Etat bourgeois, aiguise toutes les contradictions économiques, politiques et sociales du capitalisme. Cette tendance était déjà manifeste avant 1914, mais elle s'est très fortement accentuée pendant la première guerre impérialiste. Lénine montra qu'au cours de l'époque de l'impérialisme, la dictature de la bourgeoisie prend nécessairement un caractère plus féroce : «Le capitalisme de monopole se transforme en capitalisme monopoliste d'Etat ... La propriété privée des moyens de production étant maintenue, cette monopolisation et cette étatisation croissantes de la production entraînent nécessairement une exploitation plus intense des masses laborieuses, une oppression plus pressante, la résistance aux exploiteurs devenant plus difficile. La monopolisation et l'étatisation renforcent la réaction et le despotisme militaire, en même temps qu'elles conduisent inéluctablement à une augmentation inouïe du profit des gros capitalistes aux dépens de toutes les autres couches.» «La monstrueuse oppression des masses laborieuses par l'Etat, qui se confond toujours plus étroitement avec les groupements capitalistes tout-puissants, s'affirme de plus en plus.» Lénine avait noté ces tendances au cours de la Première Guerre mondiale. Elles se sont accentuées dans l'entre deux guerres et ont conduit, entre autres, à la fascisation et au fascisme. Aujourd'hui, ces tendances s'expriment avec une force encore plus grande à l'échelle mondiale.

Réaction en politique intérieure et extérieure

L'oppression plus pressante et le despotisme militaire ne sont pas un hasard ni un phénomène temporaire. La transformation de la base économique du capitalisme a des conséquence sur sa superstructure politique et idéologique. Au monopole économique correspond le monopole politique d'une grande bourgeoisie qui impose sa volonté par les méthodes les plus réactionnaires. Lénine : «La superstructure politique qui coiffe la nouvelle économie, le capitalisme monopoliste ... c'est le tournant à partir de la démocratie vers la réaction politique ... En politique extérieure tout comme en politique intérieure, l'impérialisme tend à enfreindre la démocratie, à instaurer la réaction.» En politique intérieure : «La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l'impérialisme. Vénalité, corruption dans des proportions gigantesques.» «(Au stade impérialiste) le joug exercé par une poignée de monopolistes sur le reste de la population devient cent fois plus lourd, plus tangible, plus intolérable.» Au moment du partage du monde entier, la violence et la guerre sont la règle dans la politique extérieure de l'impérialisme. «Le capitalisme 'pacifique' a été remplacé par l'impérialisme non pacifique, belliqueux et catastrophique.»

Capitalisme monopoliste et fascisation

C'est ainsi que Lénine a décrit la fascisation comme tendance fondamentale du capitalisme monopoliste et de l'impérialisme.
La fascisation rampante et son aboutissement, le fascisme ouvert, ne sont pas des phénomènes étrangers à la démocratie bourgeoise; au contraire, ils sont des expressions de la dégénérescence inévitable de la "démocratie" bourgeoise à l'époque de l'impérialisme. Sous le capitalisme monopoliste et l'impérialisme, la tendance générale est à la restriction et l'élimination des droits démocratiques des masses populaires, à l'exclusion des masses populaires de la solution des problèmes politiques et économiques essentiels. Le capitalisme monopoliste impose sa dictature aussi bien par la méthode de la fascisation et du fascisme que par la méthode de la démagogie et la manipulation des masses. Les différents partis bourgeois utilisent ces deux méthodes avec une intensité variable. Si les partis fascistes et de droite privilégient la fascisation, ils n'en recourent pas moins à la démagogie sociale. Si les partis sociaux-démocrates et réformistes imposent la politique du grand capital surtout par la démagogie sociale, ils jouent parfois un rôle décisif dans la fascisation du régime bourgeois.

Lénine souligne que le capitalisme monopoliste est caractérisé par la réaction sur toute la ligne, par la réaction en politique intérieure et en politique extérieure; il en tire la conclusion que l'impérialisme est la veille de la révolution socialiste. Le kautskisme et le révisionnisme prétendent combattre la réaction et le fascisme en s'alignant derrière la bourgeoisie "démocratique" et en acceptant sa direction. Cette position est réactionnaire parce qu'elle sème l'illusion d'un retour au passé "démocratique" du capitalisme pré-monopoliste. Pour défaire le prolétariat et les masses travailleuses, la bourgeoisie utilise alternativement le fascisme et la démagogie "démocratique". Au Chili, la dictature fasciste de Pinochet fut remplacée par la "démocratie" bourgeoise où la démocratie chrétienne et la social-démocratie jouent le rôle principal... sous l'oeil vigilant de l'ex-dictateur Pinochet, toujours à la tête de l'armée ! En 1945, le fascisme allemand fut remplacé, dans la partie occidentale de l'Allemagne, par la "démocratie" bourgeoise qui maintint des anciens nazis à la tête de l'armée, des services de police, des services de renseignement, de l'industrie et des administration de l'Etat. Au même moment, la "plus grande démocratie au monde", les Etats-Unis, ouvrait ses portes à 10 000 nazis allemands, ukrainiens, croates, hongrois... La révolution socialiste doit éliminer la dictature de la bourgeoisie non seulement dans sa forme fasciste, mais aussi sous sa forme "démocratique".

II. L'Impérialisme, la guerre et la révolution

L'impérialisme, c'est la guerre

Les monopoles et les puissances impérialistes se partagent le monde non pas par 'méchanceté' ou parce qu'ils ont choisi une 'mauvaise' politique : ils le font par nécessité. Pour survivre dans la lutte concurrentielle impitoyable, les monopoles doivent réaliser des bénéfices maximaux et pour le faire, il faut être présent sur les marchés les plus juteux. Lénine : «Si les capitalistes se partagent le monde, ... c'est parce que le degré de concentration déjà atteint les oblige à s'engager dans cette voie afin de réaliser des bénéfices ; et ils le partagent 'proportionnellement aux capitaux', 'selon les forces de chacun' ... Or, les forces changent avec le développement économique et politique.» «Il est inconcevable, en régime capitaliste, que le partage des zones d'influence, des intérêts, des colonies, etc., repose sur autre chose que la force de ceux qui prennent part au partage, à la force économique, financière, militaire, etc. Or, les forces respectives de ces participants au partage varient d'une façon inégale, car il ne peut y avoir en régime capitaliste de développement uniforme ... des pays.» Par conséquent, aussi longtemps que l'impérialisme domine la plus grande partie du monde, des guerres de type colonial, des guerres entre puissances impérialistes et des guerres mondiales sont inévitables. «Le capitalisme est devenu réactionnaire. Il a développé les forces productives au point que l'humanité n'a plus qu'à passer au socialisme, ou bien à subir pendant des années et même des dizaines d'années, la lutte armée des 'grandes' puissances pour le maintien artificiel du capitalisme à l'aide de colonies, de monopoles, de privilèges et d'oppressions nationales de toute nature.»

L'impérialisme et la guerre mondiale

La Première Guerre mondiale était une conséquence d'un repartage devenu inévitable entre différentes puissances impérialistes. Dès la fin du dix-neuvième siècle, le monde était partagé entre les puissances coloniales, l'Angleterre étant la puissance hégémonique mondiale et la France, la Belgique, la Hollande et le Portugal possédant une "juste part" des colonies.
L'impérialisme allemand, qui n'avait connu un développement fulgurant qu'à partir de 1900, n'avait presque pas de colonies et revendiquait un repartage. Deux blocs impérialistes, le premier comprenant l'Angleterre, la France, la Russie, la Belgique et le second constitué par l'Allemagne, l'Empire austro-hongrois et la Turquie, s'engagèrent dans la Première Guerre mondiale. Des deux côtés, elle était criminelle puisqu'elle visait à abattre le mouvement ouvrier socialiste dans chaque pays et à conquérir de nouvelles colonies. Dès les premiers jours de la Première Guerre mondiale, Lénine a montré que d'autres guerres mondiales allaient suivre, si la classe ouvrière européenne n'arrivait pas à mettre fin au capitalisme et à l'impérialisme par la révolution. «L'impérialisme met en jeu le destin de la civilisation européenne : d'autres guerres suivront bientôt celle-ci, à moins qu'il ne se produise une série de révolutions victorieuses. La fable de la "dernière guerre" est un songe creux et nuisible ; c'est un 'mythe' petit-bourgeois.»

La Seconde Guerre mondiale était, elle aussi, provoquée par la nécessité d'un repartage du monde entre les puissances impérialistes. L'impérialisme allemand, qui avait perdu toutes ses colonies après 1918, et l'impérialisme japonais exigeaient un nouveau partage du monde qui correspondait à leur puissance économique et militaire. L'Angleterre et la France ont d'abord essayé de pousser l'expansionnisme allemand contre le seul pays socialiste au monde, l'Union soviétique. Mais finalement, la guerre mondiale a commencé comme une guerre entre les puissances impérialistes pour le contrôle de l'Europe, des Balkans et du Moyen-Orient; elle a ensuite pris sa véritable dimension lorsque les nazis ont attaqué l'Union soviétique dans le but d'y détruire le socialisme et de réduire le pays à l'état de colonie allemande.

Après la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis sont devenus la seule superpuissance impérialiste et un tiers de l'humanité a pris le chemin du socialisme. En 1952, Staline souligna que la Grande-Bretagne et la France essayeront tôt ou tard de s'arracher au contrôle américain et que l'Allemagne et le Japon se relèveront et tenteront de briser la domination américaine. Le danger de guerre entre les puissances impérialistes reste entier, affirma Staline. 

A la lecture de ses thèses, on comprend que des idées révisionnistes s'étaient déjà développées au sein du PCUS et que Staline se voyait obligé d'y réagir. «La guerre contre l'URSS, pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes.... La guerre contre l'URSS doit nécessairement poser la question de l'existence même du capitalisme.» «On dit qu'il faut considérer comme périmée la thèse de Lénine selon laquelle l'impérialisme engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux. Le mouvement actuel pour la paix ... ne vise pas à renverser le capitalisme et à établir le socialisme, il se borne à des buts démocratiques de lutte pour le maintien de la paix. ... Cela ne suffit pas pour supprimer les guerres inévitables en général entre pays impérialistes.... Malgré tous les succès du mouvement pour la paix, l'impérialisme demeure debout. Par suite, l'inévitabilité des guerres reste également entière. Pour supprimer les guerres inévitables, il faut détruire l'impérialisme.»

Aujourd'hui, la guerre économique pour la conquête des marchés mondiaux et pour le contrôle des matières premières fait rage entre l'impérialisme américain, l'impérialisme européen sous domination allemande et l'impérialisme japonais. La Russie, pays totalement ravagé par la restauration du capitalisme et tombé sous le contrôle de l'impérialisme américain et allemand, est devenu un facteur de grande instabilité au niveau international. Toutes les puissances impérialistes se préparent fébrilement à des interventions et des agressions militaires extérieures. La matière inflammable d'une troisième guerre mondiale s'accumule.

Seule la révolution sauvera l'humanité

L'impérialisme est la veille de la révolution socialiste. Les forces productives sont mûres pour le socialisme, les forces productives gigantesques ne peuvent rester enfermées dans la propriété privée qu'au prix de l'oppression, de la terreur et de la guerre. Seule la révolution socialiste permettra à l'humanité d'échapper à la barbarie de l'impérialisme et à survivre dans la dignité. «Il est impossible de supprimer les guerres, sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme. ... Nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c'est-à-dire des guerres de la classe opprimée contre la classe qui l'opprime... des ouvriers salariés contre la bourgeoisie.»

Aussi longtemps que subsiste l'impérialisme, la classe ouvrière sera entraînée dans des guerres réactionnaires, criminelles. Ou bien la classe ouvrière se prépare à la guerre civile pour le socialisme et la paix, ou bien elle aura à subir d'autres guerres mondiales plus barbares que les précédentes. Lénine : «Si ce n'est au cours de la présente guerre, cela sera dans la période qui suivra: ... le drapeau de la guerre civile du prolétariat deviendra le point de ralliement non seulement de centaines de milliers d'ouvriers conscients, mais aussi de millions de semi-prolétaires et de petits bourgeois aujourd'hui bernés par le chauvinisme, et que les horreurs de la guerre, au lieu de les épouvanter et de les abrutir seulement, vont éclairer, instruire, éveiller, organiser, tremper et préparer à la guerre contre la bourgeoisie de 'leur propre' pays et des pays 'étrangers'.»

III. Réformisme et révisionnisme contre léninisme

Le réformisme, la guerre et la "paix" impérialiste

Pendant la première guerre impérialiste, la social-démocratie est définitivement passée du côté de la bourgeoisie monopoliste et de l'impérialisme. Elle a justifié la guerre criminelle menée par sa propre bourgeoisie. Son aile "gauche" faisait miroiter la perspective d'une paix "durable" ... après la guerre en cours et sans le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie.

Le pacifisme bourgeois

Le pacifisme social-démocrate défend au fond l'ordre impérialiste. Il répand dans les masses travailleuses l'illusion d'une paix durable sans passer par la révolution socialiste. Lénine dénonce le 'marxiste' Kautsky en ces termes : «Toutes les classes oppressives ont besoin, pour sauvegarder leur domination, de deux fonctions sociales: celle du bourreau et celle du prêtre. Le bourreau doit réprimer la protestation et la révolte des opprimés. Le prêtre doit consoler les opprimés, leur tracer les perspectives ... d'un adoucissement des malheurs et des sacrifices avec le maintien de la domination de classe et, par là même, leur faire accepter cette domination, les détourner de l'action révolutionnaire, chercher à abattre leur état d'esprit révolutionnaire et à briser leur énergie révolutionnaire. Kautsky a fait du marxisme la théorie contre-révolutionnaire la plus répugnante et la plus stupide.»

La guerre impérialiste dévoile les antagonismes aigus du capitalisme monopoliste, et ces antagonismes prouvent justement que le capitalisme est un système criminel, barbare et inhumain auquel il faut à tout prix mettre fin par la révolution socialiste. Les réformistes jettent une voile sur ces antagonismes, peignent l'impérialisme en rose, maintiennent l'illusion que l'impérialisme est compatible avec la démocratie et la paix, et que, par conséquent, la révolution socialiste n'est pas nécessaire pour libérer les travailleurs. Lénine : «Kautsky détache la politique de l'impérialisme de son économie ... Il en résulte que les monopoles dans l'économie sont compatibles avec un comportement politique qui exclurait le monopole, la violence et la conquête ... Cela revient à estomper, à émousser, les contradictions les plus fondamentales de la phase actuelle du capitalisme, au lieu d'en dévoiler la profondeur.» «La signification sociale objective ... de la 'théorie' de Kautsky est ... de consoler les masses, dans un esprit éminemment réactionnaire, par l'espoir d'une paix permanente en régime capitaliste, en détournant leur attention des antagonismes aigus.»

La "paix" pour préparer d'autres guerres

Les réformistes sont devenus les agents les plus performants de la bourgeoisie parce qu'ils s'efforcent d'empêcher les ouvriers et les travailleurs de puiser dans les horreurs sanglantes de la guerre impérialiste, le courage et la détermination de renverser ce système criminel et de construire un avenir socialiste. Si les réformistes réussissent à paralyser la classe ouvrière, celle-ci aura inévitablement à subir d'autres guerres mondiales, encore plus barbares et génocidaires. Lénine prévoyait, immédiatement après la Première Guerre mondiale, le déclenchement d'une seconde guerre mondiale, au cas où les ouvriers n'arriveraient pas à renverser la bourgeoisie dans les principaux centres impérialistes. «L'attitude réformiste à l'égard du capitalisme a engendré hier (et engendrera inévitablement demain) le massacre impérialiste de millions d'hommes et toutes sortes de crises sans fin.» Analysant l'opposition entre l'Angleterre, sortie renforcée de la guerre, et toutes les autres puissances impérialistes, puis l'antagonisme entre les Etats-Unis et le Japon, Lénine concluait dès 1919 : «Toutes les puissances sont en train de préparer une nouvelle guerre impérialiste... Une nouvelle et furieuse guerre est en préparation.»

Les bêlements sur la "paix" de la social-démocratie visent à paralyser les luttes révolutionnaires et à conduire les travailleurs vers de nouvelles guerres impérialistes. «Si la révolution du prolétariat ne renverse pas les classes dirigeantes actuelles, il ne peut y avoir d'autre paix qu'un armistice plus ou moins court entre puissances impérialistes, qu'une paix s'accompagnant d'un renforcement de la réaction à l'intérieur, d'un renforcement de l'oppression nationale et de l'asservissement des nations faibles, de l'accumulation des matières explosives, ouvrant la voie à de nouvelles guerres. Car, de la politique engendrée par toute l'époque impérialiste ... découle inévitablement une paix fondée sur une oppression nouvelle et encore plus violente des nations.» Après la Première Guerre mondiale, la réaction à l'intérieur des pays impérialistes ainsi que l'oppression et les guerres extérieures ont pris un caractère encore plus violent. Et aujourd'hui, chacun peut se rendre compte que la Seconde Guerre mondiale a été suivie par un nouveau développement ahurissant des services de répression et de leur contrôle sur les populations dans les pays impérialistes ; les interventions et les guerres extérieures sont plus barbares que celles que nous avons connues entre 1918 et 1939.

L'impérialisme et la révolution : le révisionnisme contre Lénine

Lénine a montré qu'à la fin du dix-neuvième siècle, a commencé une nouvelle époque, celle du capitalisme monopoliste, l'époque de l'impérialisme. Le développement des forces productives exige le passage au socialisme. L'exacerbation de toutes les contradictions du monde capitaliste oblige la classe ouvrière à réaliser la révolution socialiste pour assurer sa survie. L'impérialisme est la veille de la révolution socialiste. Toute l'analyse de Lénine sur l'époque de l'impérialisme et les conclusions politiques qu'il en a tirées, ont été rejetées par les révisionnistes Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev.

"L'époque de l'écroulement automatique de l'impérialisme..."

Les révisionnistes affirment ouvertement que notre époque n'est plus celle de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne.
«Appliquer à l'époque contemporaine la définition d'époque de l'impérialisme et des révolutions prolétariennes qui reflète les particularités d'une période révolue, où les forces de l'impérialisme jouaient un rôle dominant, ... c'est ne pas comprendre la réalité, la modification radicale du rapport des forces.» Alors, comment les révisionnistes définissent-ils l'époque actuelle ?

Ils la définissent comme l'époque historique de l'écroulement automatique du capitalisme sans passer par la révolution prolétarienne. Ponomarev écrit : «Voyons quels sont les nouveaux facteurs objectifs. ... Ce sont en premier lieu les changements radicaux survenus dans le rapport des forces de classe dans le monde et qui résultent de la transformation du système mondial en facteur décisif de l'évolution sociale. ... Les réalisations de l'Union Soviétique ... exercent une influence sans cesse accrue sur tout le processus révolutionnaire mondial, facilitant la lutte des travailleurs dans les pays capitalistes.» «L'un après l'autre les peuples rompent résolument avec le capitalisme, avec l'impérialisme. ... Le capitalisme ne peut plus se relever du coup qui lui a été assené en 1917. Nous en sommes à l'époque historique ... de la désagrégation, du déclin, de l'écroulement du capitalisme, de la consolidation et du triomphe complet du socialisme à l'échelle mondiale. Il n'est pas donné au capitalisme de sortir de la crise profonde que traverse la société bourgeoise.»

Il faut d'abord observer que les "changements radicaux dans le rapport des forces de classe dans le monde" étaient exclusivement le résultat de la politique révolutionnaire appliquée par Staline jusqu'à sa mort en 1953. Khrouchtchev et Brejnev ont fanfaronné à propos de la force de l'Union soviétique que Staline leur avait léguée. Or, ces révisionnistes, en attaquant toute la politique de Staline, ont entamé l'érosion et la destruction de cette force ! En plus, ils vantent la force de l'URSS hors propos. Staline n'a jamais dit que la grande force que l'Union soviétique a bâtie sous sa direction, rendait superflue la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes et la révolution anti-impérialiste et démocratique dans les pays opprimés ! Or, Khrouchtchev et Brejnev prennent prétexte de la force de l'URSS pour prôner le passage pacifique au socialisme aussi bien dans les pays impérialistes que dans les pays opprimés, le capitalisme et l'impérialisme s'écroulant devant les mouvements de masse pacifiques...

"Les lois objectives du capitalisme ont changé..."

Les révisionnistes rejettent en plus toute l'analyse de Lénine des lois objectives du capitalisme monopoliste, lois qui obligent la classe ouvrière à s'engager dans la voie de la révolution socialiste. Ponomarev écrit : «L'existence de puissantes tendances antagonistes affaiblit ou modifie l'action de certaines lois sociales et économiques propres au capitalisme. ... La compétition des deux systèmes mondiaux exerce une influence toujours plus forte sur les processus sociaux et économiques dans la société capitaliste. La politique de la bourgeoisie n'est plus le reflet "pur" des lois objectives du capitalisme.» «Le système socialiste contribue à modifier certaines lois du capitalisme et leurs manifestations.» En fait, toutes les lois du capitalisme monopoliste que Lénine a analysées et qui rendent la révolution prolétarienne nécessaire, sont niées : l'exploitation plus intense, l'oppression monstrueuse, la réaction politique et la fascisation, le militarisme, l'oppression des pays coloniaux et néo-coloniaux. Et bien sûr la thèse centrale de Lénine : l'impérialisme, c'est la guerre.

"L'impérialisme veut la paix"

Les révisionnistes sont tombés plus bas que Kautsky. Ils nous assurent que l'impérialisme veut la paix et qu'il se soumettra à la volonté des peuples !

Après la Seconde Guerre mondiale, Staline a montré clairement aux peuples du monde entier que l'impérialisme américain marchait sur les traces de l'impérialisme hitlérien et qu'il préparait fébrilement des guerres dans le monde entier. Khrouchtchev prit le contre-pied de cette thèse léniniste. Il déclara au XXe Congrès : «L'établissement de relations d'amitié durables entre les deux plus grandes puissances du monde - l'Union soviétique et les Etats-Unis d'Amérique - aurait pour la consolidation de la paix dans le monde entier une importance majeure.» Ponomarev déclare : «Les marxistes-léninistes ... sont convaincus que les forces du progrès et du socialisme sont en mesure d'arrêter les agresseurs impérialistes, d'obliger l'impérialisme à se soumettre à la volonté des peuples.»

Aux yeux des révisionnistes, l'impérialisme n'est plus en mesure de déclencher une guerre mondiale, de mener une guerre contre l'Union soviétique ou un autre pays socialiste, ni même d'intervenir militairement contre un mouvement révolutionnaire dans un pays du tiers monde ! «Il devient possible de bannir la guerre mondiale même avant la disparition du régime capitaliste qui l'engendre. La force du système socialiste rend non seulement vaines toutes les tentatives de l'impérialisme de 'repousser' le socialisme par la voie militaire, de restaurer le capitalisme là où il est liquidé depuis longtemps, mais elle fait aussi obstacle à l'intervention armée contre les peuples qui ne font que s'engager sur la voie de la révolution. Auparavant, une révolution victorieuse devait presque inévitablement se heurter à une intervention contre-révolutionnaire. Aujourd'hui, la situation a radicalement changée. Les impérialistes n'ont plus la possibilité d'exporter la contre-révolution sans s'exposer à des risques sérieux.»

Toute cette théorie a servi uniquement à désarmer le prolétariat des pays socialistes, des pays capitalistes et des pays néo-coloniaux devant l'impérialisme, l'ennemi mortel de la classe ouvrière internationale ! Khrouchtchev utilisa le chantage le plus ignoble contre les marxistes-léninistes qui refusaient de désarmer et de renoncer à la révolution prolétarienne et au renversement de l'impérialisme. Il accusa les révolutionnaires qui continuaient d'appliquer la politique léniniste, de vouloir provoquer une guerre nucléaire mondiale qui mettrait fin à l'existence de l'humanité ! Lénine a dit que l'impérialisme pouvait recourir aux formes les plus extrêmes de la barbarie, que le prolétariat devait être prêt à toutes les éventualités et se préparer au renversement de l'impérialisme. Khrouchtchev, en revanche, prônait la capitulation, la passivité et le désespoir : «Une guerre thermonucléaire causerait de telles destructions que la progression vers le socialisme ... se ralentirait au lieu de s'accélérer.»

Selon Lénine et Staline, la lutte pour la paix prépare la lutte pour le triomphe de la révolution, au cas où l'impérialisme oserait déclencher une nouvelle guerre. Les révisionnistes, au contraire, sont des pacifistes bourgeois : leur soi-disant "lutte pour la paix" va rendre l'impérialisme doux et raisonnable : «Chaque victoire dans la lutte pour la paix ... assainit le climat dans le monde entier, contribue à l'atténuation de la guerre froide et de l'hystérie anticommuniste.» L'histoire nous a montré exactement le contraire: la capitulation révisionniste a dégradé le climat politique international, a poussé la guerre froide et l'hystérie anticommuniste à son comble et a conduit au renversement du socialisme...

"La voie d'Octobre est dépassée"...

Les révisionnistes arrivent alors à la conclusion logique de ce qui précède : la voie de la révolution d'Octobre n'est plus valable. «Les révolutions sociales à venir différeront à beaucoup d'égards de la révolution d'Octobre ... par leurs formes, leurs cadences et en partie par la composition des participants.» Les révisionnistes récusent la révolution violente et prônent le réformisme : le "passage pacifique" devient la ligne générale non seulement pour les pays impérialistes, mais aussi pour les néo-colonies ! Nous savons aujourd'hui que ces conceptions anti-léninistes ont conduit directement à l'affaiblissement dramatique des forces de la révolution mondiale et à la restauration du capitalisme dans ses formes les plus barbares en Union soviétique. L'âpre réalité que nous voyons devant nos yeux, nous prouve la faillite intégrale de toute la démagogie révisionniste comme elle prouve la pertinence de toutes les thèses avancées par Lénine et défendues par Staline.

Chapitre trois - Révolution socialiste et violence révolutionnaire

Tout au long de la guerre mondiale, Lénine n'a cessé de dénoncer la trahison des réformistes. Au moment de la fondation de la Troisième Internationale, le point central de sa défense du marxisme révolutionnaire contre le réformisme, fut celui-ci : «Pour remporter la victoire sur la bourgeoisie, le prolétariat doit en venir à l'insurrection armée.» «La guerre civile est mise à l'ordre du jour dans le monde entier. La devise est : "Le pouvoir aux Soviets".» «L'Internationale Communiste, c'est le parti de l'insurrection du prolétariat mondial révolutionné.»

I. La révolution, c'est une guerre acharnée

Si pour les réformistes et les révisionnistes, le mot "révolution" a un sens purement démagogique, Lénine souligna que cette notion comprend nécessairement la violence révolutionnaire et vise l'instauration de la dictature du prolétariat. Lénine disait à l'encontre des révisionnistes futurs : «Les grandes révolutions, même quand elles ont commencé pacifiquement, comme la grande Révolution française, se sont terminées par des guerres acharnées, déclenchées par la bourgeoisie contre-révolutionnaire. Et il ne peut en être autrement, si l'on considère la question du point de vue de la lutte des classes, et non de la phraséologie petite-bourgeoise sur la liberté, l'égalité, la démocratie du travail et la volonté de la majorité ... Il ne peut y avoir d'évolution pacifique vers le socialisme.» Nous voulons systématiser dans cette partie quatre positions fondamentales de Lénine en ce qui concerne la violence révolutionnaire.

Pour mieux faire ressortir leur importance, voyons d'abord comment les révisionnistes ont traité la question de la violence. Le révisionniste Khrouchtchev a réhabilité toutes les conceptions de Kautsky et Vandervelde en ce qui concerne la violence révolutionnaire. Ceci fut présenté comme une lutte contre le "dogmatisme" et un retour au "marxisme vivifiant" ! Le XXe Congrès disait : «L'expérience historique ... nous enseigne la nécessité d'une lutte intransigeante pour surmonter le dogmatisme qui dessèche la source vivifiante du marxisme. Le dogmatisme fait obstacle aux progrès du mouvement communiste.» A partir du XXe Congrès, la défense de l'insurrection armée par Lénine, qui faisait de cette question le principal point de rupture avec les réformistes, était taxée d'attitude dogmatique ! Ponomarev écrit : «Les fondateurs du marxisme étaient loin de faire de l'insurrection armée un absolu, un dogme, de la considérer comme le seul moyen de la révolution socialiste.» Les révisionnistes soviétiques approuvent leurs disciples chiliens, qui, quelques années plus tard, seront responsables de la défaite sanglante de la révolution chilienne ! «Les communistes latino-américains partent du fait que la révolution n'est pas synonyme de la lutte armée. ... "La thèse de la voie pacifique, lit-on dans le Programme du Parti communiste du Chili, n'est pas une formule tactique. C'est une revendication fondamentale du mouvement communiste. ...".»

Inculquer systématiquement l'idée de la révolution violente

Dans son ouvrage le plus célèbre et le plus lu, L'Etat et la Révolution, Lénine relève précisément ce point pour traiter les Kautsky, les Tsérételli et les Dan, ces prédécesseurs de Khrouchtchev et de Corvallan, de "traîtres à la doctrine de Marx et d'Engels" ! Parlant de l'Anti-Dühring de Friedrich Engels, Lénine écrit :

«Cet ouvrage d'Engels... renferme un raisonnement sur l'importance de la révolution violente. L'appréciation historique de son rôle se transforme chez Engels en un véritable panégyrique de la révolution violente. De cela, "nul ne se souvient" ; il n'est pas d'usage, dans les partis socialistes de nos jours, de parler de l'importance de cette idée ... Dans la propagande et l'agitation quotidiennes parmi les masses, ces idées ne jouent aucun rôle ... Voici ce raisonnement d'Engels : "... Que la violence ... soit l'accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs ; qu'elle soit l'instrument grâce auquel le mouvement social l'emporte et met en pièces des formes politiques figées et mortes - de cela, pas un mot chez M. Dühring" ... Ce panégyrique n'est pas le moins du monde l'effet d'un 'engouement', ni une déclamation, ni une boutade polémique. La nécessité d'inculquer systématiquement aux masses cette idée - et précisément celle-là - de la révolution violente est à la base de toute la doctrine de Marx et Engels. La trahison de leur doctrine ... s'exprime avec un relief singulier dans l'oubli ... de cette propagande, de cette agitation. Sans révolution violente, il est impossible de substituer l'Etat prolétarien à l'Etat bourgeois».

L'insurrection est un art

Au cours de la préparation directe de la révolution prolétarienne, c'est-à-dire depuis le début de septembre 1917 jusqu'à la révolution du 25 octobre, Lénine ne cessa de marteler l'idée de l'insurrection armée. Lénine s'attaqua frontalement à certains opportunistes à la tête du Parti bolchevik, des hommes comme Kamenev, Zinoviev et Rykov. Il leur répétait : «On ne peut rester fidèle au marxisme, à la révolution, si on ne considère pas l'insurrection comme un art.»

Lénine développa cette idée essentielle de la façon suivante. «L'insurrection est un art au même titre que la guerre et que d'autres formes d'art. Elle est soumise à certaines règles ... Primo, il convient de ne jamais jouer à l'insurrection, si l'on n'est pas décidé à la mener jusqu'au bout ... Si les insurgés ne peuvent pas rassembler des forces supérieures contre leur adversaire, alors ils sont battus et anéantis. Secundo, une fois l'insurrection commencée, il faut alors agir avec la plus grande détermination et passer à l'attaque. La défensive est la mort de tout soulèvement armé ; dans la défensive, il est perdu avant même de s'être mesuré avec les forces de l'ennemi. Il faut attaquer l'adversaire à l'improviste, alors que ses troupes sont encore dispersées, il faut s'efforcer de remporter chaque jour de nouveaux succès, même modestes; il faut maintenir l'ascendant moral que vous aura valu le premier succès des insurgés ; il faut attirer les éléments hésitants qui suivent toujours le plus fort et se rangent toujours du côté le plus sûr; il faut contraindre l'ennemi à la retraite avant qu'il ait pu rassembler ses troupes contre vous ; bref, agissez suivant les paroles de Danton, le plus grand maître jusqu'à ce jour de la tactique révolutionnaire : "de l'audace, encore de l'audace et toujours de l'audace".»

Difficultés inouïes et grands sacrifices

Les réformistes et les révisionnistes utilisent, eux aussi, le mot "révolution", mais veulent une "révolution" aux moindres frais, sans destructions, sans guerre civile, une révolution en dehors des circonstances concrètes qui produisent les révolutions... Lénine a dénoncé sans complaisance les réformistes qui ont une conception livresque, idyllique de la révolution. Les masses populaires s'engagent dans la révolution, lorsqu'elles ne voient aucune autre manière d'assurer leur survie. La révolution naît de la barbarie extrême du capitalisme et les masses doivent être prêtes à de grands sacrifices pour assurer la victoire de la révolution.

«Celui qui n' "admet" la révolution du prolétariat qu'à la condition qu'elle se déroule avec facilité et sans heurt ; que l'action commune des prolétaires des différents pays soit acquise d'emblée ; que l'éventualité des défaites soit exclue d'avance ; que la révolution suive une voie large, dégagée, bien droite ; qu'on n'ait pas ... à faire parfois les plus grands sacrifices ... celui-là glissera toujours ... dans le camp de la bourgeoisie contre-révolutionnaire comme nos socialistes-révolutionnaires ... nos mencheviks. ... Ces messieurs se plaisent à nous imputer le "chaos" de la révolution, la "ruine" de l'industrie ... C'est la guerre impérialiste qui a entraîné toutes ces calamités.... A l'époque de la révolution, la lutte des classes a pris nécessairement, inéluctablement, toujours et dans tous les pays, la forme d'une guerre civile ; et cette guerre civile est inconcevable sans les pires destructions, sans la terreur, sans des restrictions apportées à la démocratie formelle dans l'intérêt de la guerre.» Or, les révisionnistes Khrouchtchev et Ponomarev ont défendu textuellement les positions de "messieurs les mencheviks", positions qui les ont effectivement amenés "dans le camp de la bourgeoisie contre-révolutionnaire"... Ponomarev a écrit ceci : «La classe ouvrière ... s'efforce d'obtenir des transformations sociales radicales aux moindres frais pour les masses populaires, sans effusion de sang inutile, sans destruction des forces productives.» Puis il cite le Parti Communiste chilien : «Nous sommes partisans d'une voie qui implique le minimum de sacrifices pour éviter dans la mesure du possible l'effusion de sang et la destruction de valeurs matérielles et culturelles.»

Une chose est le désir des masses travailleuses de se libérer de la domination capitaliste en limitant autant que possible les sacrifices et les destructions. Autre chose est de faire face de façon courageuse à la violence et à la terreur utilisées par la grande bourgeoisie pour perpétuer son règne. Et autre chose encore est la détermination des ouvriers et des travailleurs à utiliser tous les moyens nécessaires, à faire tous les sacrifices nécessaires pour briser la violence et la terreur bourgeoises.

A la terreur blanche répond la terreur rouge

Le 3 mars 1918, la Russie signa la paix de Brest-Litovsk, une paix injuste imposée par l'impérialisme allemand qui arracha des territoires importants à la Russie socialiste. Comme l'armée russe, complètement démoralisée, était incapable de mener la guerre, cette paix s'imposait pour sauver le régime bolchevik, consolider l'ordre socialiste et former une nouvelle armée rouge. La bourgeoisie russe suivait une politique de provocation : elle faisait de l'agitation en faveur de la guerre contre l'Allemagne parce qu'elle savait qu'une telle guerre entraînerait inévitablement la chute du pouvoir bolchevik. La petite-bourgeoisie menchevique et socialiste-révolutionnaire, par esprit nationaliste borné, voulait aussi la guerre et s'attaqua avec rage aux bolcheviks. Une guerre civile des plus acharnées s'en suivit.

Lénine explique que dans cette guerre, la violence révolutionnaire la plus extrême s'est imposée aux bolcheviks. «A l'époque de la paix de Brest-Litovsk, nous avons dû heurter le sentiment patriotique. Nous disions : si tu es socialiste, tu dois sacrifier tes sentiments patriotiques au nom de la révolution mondiale qui viendra ... Les mencheviks aussi bien que les socialistes-révolutionnaires étaient ... du côté des (armées contre-révolutionnaires) Tchécoslovaques, des bandes de Doutov et de Krasnov. Cette situation exigeait de notre part la lutte la plus acharnée et les méthodes terroristes d'une telle guerre. Les gens ont eu beau condamner de différents points de vue ce terrorisme ... pour nous il est clair que la terreur avait été provoquée par la guerre civile à outrance. Elle était due au fait que tous les démocrates petits-bourgeois s'étaient retournés contre nous. Ils menaient la guerre contre nous de différentes manières, par la guerre civile, par la corruption, par le sabotage. Telles sont les circonstances qui ont rendu la terreur nécessaire. C'est pourquoi nous ne devons pas nous en repentir, ni la désavouer ... Les démocrates petits-bourgeois ... avaient marché contre nous avec une haine qui allait jusqu'à la fureur, parce que nous étions obligés de briser ses sentiments patriotiques.»

Après la défaite de l'Allemagne, ce sont les puissances impérialistes victorieuses, l'Angleterre et la France, qui ont agressé la jeune Union soviétique et qui ont armé les forces contre-révolutionnaires russes, ukrainiennes, géorgiennes, etc. Dans cette guerre de résistance, les bolcheviks ont dû répondre à la terreur blanche par la terreur rouge. «On nous a toujours accusés de terrorisme. Accusation courante que reprend volontiers la presse. On nous impute d'avoir érigé le terrorisme en principe. A cela nous répondons : «Vous ne croyez pas vous-mêmes à cette calomnie.» ... Nous disons : la terreur nous a été imposée. On oublie que le terrorisme a été provoqué par l'invasion de l'Entente toute-puissante. Ne s'agit-il pas de terreur lorsque la flotte du monde entier fait le blocus d'un pays affamé ? Ne s'agit-il pas de terreur lorsque des représentants étrangers, couverts par la prétendue immunité diplomatique, organisent des soulèvements de gardes blancs ? ... Si nous avions essayé d'agir sur ces troupes mises sur pied par la flibuste internationale, rendues féroces par la guerre, au moyen de paroles, si nous avions essayé d'agir autrement que par la terreur, nous n'aurions pas tenu deux mois, nous aurions été des imbéciles. La terreur nous a été imposée par le terrorisme de l'Entente, par la terreur que pratique le capitaliste international tout-puissant qui a écrasé, écrase et condamne à mourir de faim les ouvriers et les paysans, en lutte pour la liberté de leur pays.»

II. Le développement pacifique de la révolution

Après la révolution de février 1917 et le renversement du pouvoir féodal tsariste, une situation unique s'était créée en Russie, caractérisée par l'existence d'un double pouvoir : le pouvoir bourgeois représenté par le gouvernement provisoire et le pouvoir révolutionnaire démocratique, représenté par les Soviets. Les Soviets étaient le pouvoir des ouvriers, des paysans et des soldats. Mais sous la direction des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires, ce pouvoir "faisait confiance" au pouvoir bourgeois et soutenait, de sa propre gré, la politique du gouvernement provisoire.

Les armes étaient aux mains du peuple, la bourgeoisie n'avait pas de forces de répression capables de mater le peuple en armes. Les Soviets pouvaient déclarer la paix, ils pouvaient donner la terre aux paysans et prendre des mesures draconiennes contre les capitalistes. Mais ils renoncèrent volontairement à toutes ces mesures nécessaires et réalisables par confiance dans les phrases "révolutionnaires" du nouveau gouvernement provisoire. Dans ces conditions, l'axe centrale de la tactique bolchevique était de convaincre les Soviets que le gouvernement bourgeois ne méritait pas la moindre confiance, que les Soviets devaient prendre tout le pouvoir et imposer les mesures nécessaires à la survie des ouvriers et des paysans. Lénine a répété pendant trois mois : «Le développement pacifique de la révolution est possible et vraisemblable, si tout le pouvoir est transmis aux Soviets.»

Révisionnisme et haine de la révolution violente

C'est sur cette ligne tactique, poursuivie par Lénine entre avril et juillet 1917, que Khrouchtchev prétend baser sa thèse : «La classe ouvrière et son avant-garde ... cherchent à faire la révolution socialiste par la voie pacifique.» Gorbatchev aussi prétendait que la ligne bolchevique après février 1917 a «montré la possibilité d'un passage pacifique du pouvoir entre les mains des travailleurs, possibilité qui n'a pu être réalisée, malheureusement, du fait de certaines circonstances historiques». Cette "révolution par la voie pacifique" que prônent les révisionnistes, cache, en fait, leur véritable haine de la révolution, de l'insurrection populaire et de la guerre civile révolutionnaire, bref du léninisme. Cette haine a été ouvertement exprimée par les sous-fifres de Gorbatchev et notamment par Pavel Volobouïev, docteur en histoire et Président du Conseil scientifique de l'Académie des Sciences d'URSS.

Voici ses propos. «Lénine et les communistes de Russie n'ont jamais fétiché la violence révolutionnaire. ... Avant la révolution d'Octobre 1917, les communistes de Russie proclamaient leur intention de briser sans effusion de sang l'opposition des capitalistes aux mesures révolutionnaires dans le domaine économique. ... Mais la Providence en a disposé autrement. La révolution déboucha sur une guerre civile acharnée. La haine séculaire des oppresseurs, la férocité des hommes qui s'étaient ensauvagés pendant les années de guerre, les excès anarchistes - tout retentit puissamment sur le caractère que prit cette guerre fratricide. La victoire de la révolution d'Octobre fut obtenue au prix d'efforts et de difficultés inouïs, elle s'accompagna d'échecs d'envergure, d'erreurs énormes de notre part. Des spécialistes militaires simplement soupçonnés de trahison furent fusillés sur ordre de Staline. ... La lutte armée des ouvriers et paysans a aussi contribué à déclencher l'élément anarchique. Les masses déclassées en étaient la source. ... Les "bas-fonds" déclassés ont effectivement existé et leur agression féroce a existé aussi. Ajoutez à cela l'existence d'une masse énorme de gens qui avaient tout perdu, dont la guerre était devenue le métier, et vous avez l'explication du banditisme qui sévit partout dans le pays.»

Remarquons entre parenthèses que la lutte des révisionnistes contre la violence révolutionnaire se prolonge logiquement dans leur haine pour le continuateur de l'oeuvre de Lénine, Staline. Le docteur en histoire Volobouïev prolonge ses diatribes contre "la violence des bas-fonds déclassés de la société" par des attaques virulentes contre Staline : «Staline est un thermidorien classique. Il a pratiqué, sous des formes pseudo-socialistes, un despotisme oriental des plus cruels de type médiéval.»

Entre deux guerres civiles

Retournons maintenant à la tactique suivie par Lénine dans les mois qui ont précédé la révolution d'Octobre. Il notait à propos de cette tactique : «Le développement pacifique d'une révolution quelle qu'elle soit est en général chose extrêmement rare et difficile, la révolution étant l'aggravation extrême des contradictions de classe les plus graves.» Dès le 24 avril 1917, Lénine avait expliqué sa tactique pour les mois à venir à l'intention des renégats présents et futurs. Le développement pacifique d'une révolution est tout autre chose qu'une prétendue "révolution pacifique". Le développement pacifique est une phase particulière dans le processus révolutionnaire. En avril 1917, les masses ouvrières et paysannes de la Russie venaient de terminer victorieusement la première guerre civile (révolution démocratique) et le pays se trouvait dans une phase de transition vers la seconde guerre civile (révolution socialiste). Comme les masses avaient confiance dans le langage "révolutionnaire" du gouvernement bourgeois, il fallait se concentrer sur l'éducation politique pour que les masses comprennent la nécessité de la seconde guerre civile. Se lancer dans la lutte armée lorsque les conditions objectives et subjectives n'étaient pas réunies, revenait à pratiquer l'aventurisme et le blanquisme.

Lénine dit : «Certains camarades en arrivent à se demander si nous ne nous sommes pas reniés : nous prêchions la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, et voilà que nous parlons contre nous-mêmes. Mais la première guerre civile est finie en Russie, nous passons maintenant à la seconde, entre l'impérialisme et le peuple en armes ; et dans cette période de transition, tant que la force des armes est entre les mains des soldats, ... cette guerre civile se transforme en une propagande de classe pacifique, longue et patiente. Si nous parlons de la guerre civile avant que les gens en aient compris la nécessité, nous versons sans aucun doute dans le blanquisme.» «Tant que les capitalistes et leur gouvernement ne peuvent pas et n'osent pas user de violence contre les masses, tant que la masse des soldats et des ouvriers élit et révoque librement toutes les autorités - toute idée de guerre civile est naïve, insensée et grotesque.» «La crise ne peut être résolue ... par les actions partielles de petits groupes armés, ni par des tentatives blanquistes de 'prendre le pouvoir', d' 'arrêter' le Gouvernement provisoire, etc.» 

«Nous sommes pour la guerre civile, mais seulement lorsqu'elle est conduite par une classe consciente ... Nous renonçons pour le moment à ce mot d'ordre, mais rien que pour le moment. Les armes sont maintenant entre les mains des soldats et des ouvriers, et non des capitalistes. Tant que le gouvernement n'a pas ouvert les hostilités, nous faisons notre propagande pacifiquement. ... Nous ne devons pas transiger avec la petite-bourgeoisie, actuellement dans l'attente, sur la moindre syllabe de nos principes. Il n'y a pas d'erreur plus dangereuse pour un parti prolétarien que de fonder sa tactique sur des désirs subjectifs là où il faut de l'organisation.» «Nous sommes actuellement en minorité, les masses ne nous font pas encore confiance. Nous saurons attendre : elles se rangeront de notre côté quand le gouvernement se révélera à elles tel qu'il est. Nous dirons alors, en tenant compte du rapport de forces : notre heure est venue.»

"Préparer fermement l'insurrection"

Début juillet 1917, beaucoup d'ouvriers et de soldats se prononçaient pour une manifestation insurrectionnelle afin de renverser le gouvernement. Les bolcheviks s'y opposaient parce que la majorité des ouvriers, des soldats et des paysans n'y était pas encore prête. Une victoire éventuelle ne pouvait donc pas être durable. Mais devant l'élan populaire, les bolcheviks furent obligés de se mettre à la tête de la manifestation projetée et de lui donner un caractère pacifique sous le mot d'ordre : "Tout le pouvoir aux Soviets". Un demi million d'ouvriers et de soldats défilèrent le 4 juillet à Pétrograd. Pris de panique, les réformistes avaient concentré sur Pétrograd des troupes fidèles au gouvernement afin d'y "rétablir l'ordre". Le 5 juillet, la rédaction de la Pravda fut saccagée, des bolcheviks arrêtés. Kerenski déclara que les désordres furent l'oeuvre d'agents de l'Allemagne et il exigea que Lénine passe devant le tribunal pour espionnage au profit de l'Allemagne. Le comité central des mencheviks dénonça "l'aventure criminelle entreprise par l'état-major léniniste" et il soutint les pleins pouvoirs que le gouvernement s'était attribué pour "combattre tous les actes de contre-révolution et d'anarchie". Lénine tira les conclusions de ces événements. «Tous les espoirs fondés sur le développement pacifique de la révolution russe se sont à jamais évanouis. La situation objective se présente ainsi : ou la victoire complète de la dictature militaire ou la victoire de l'insurrection armée des ouvriers ... ... Plus d'illusions au sujet des voies pacifiques, plus d'actions dispersées ... se préparer fermement à l'insurrection armée, si l'évolution de la crise permet d'y engager vraiment les masses.»

Quelle lutte contre le coup d'Etat militaire ?

C'est dans ce contexte que la bourgeoisie réactionnaire organisa, le 25 août, le coup d'Etat de Kornilov, commandant en chef de l'armée. Toute la bourgeoisie était d'accord, depuis les événements des 3-5 juillet, que les bolcheviks constituaient une grave menace pour le régime et qu'il fallait les réprimer. Deux hommes se portèrent candidats pour "restaurer l'ordre" par la manière forte : d'un côté Kornilov, qui voulait une dictature militaire ouverte s'appuyant sur les forces tsaristes et sur la bourgeoisie réactionnaire, et de l'autre côté Kerenski, qui voulait donner une base populaire à la répression contre les bolcheviks en s'appuyant non seulement sur les forces réactionnaires, mais aussi sur les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires. Le programme de Kornilov consistait à interdire les Soviets dans l'armée et dans les grandes villes, à livrer Riga aux Allemands pour donner ainsi un coup au mouvement ouvrier révolutionnaire, à envoyer l'armée contre Pétrograd pour y proclamer la loi martiale.

Après beaucoup d'hésitations, Kerenski décida de s'opposer à ce plan parce qu'il craignait que les masses ouvrières se tournent en bloc vers les bolcheviks, si les réformistes soutenaient le coup d'Etat militaire. Lénine réagit au coup d'Etat de Kornilov en intensifiant la lutte révolutionnaire des ouvriers. Jusqu'à ce moment, les mencheviks avaient par tous les moyens empêché la formation de la Garde Rouge, formations d'ouvriers armés pour la défense de la révolution. Lénine dit maintenant : «L'heure est à l'action. Il faut faire la guerre à Kornilov avec des méthodes révolutionnaires, en entraînant les masses», «en armant les ouvriers de Pétrograd». Lénine mit en garde contre la tactique opportuniste de subordonner la lutte révolutionnaire à la direction des réformistes-mencheviks. «Même à présent, nous ne devons pas soutenir le gouvernement Kerenski.... Nous faisons et nous continuerons à faire la guerre à Kornilov, comme les troupes de Kerenski; mais nous ne soutenons pas Kerenski, nous dévoilons au contraire sa faiblesse. ... Nous modifions la forme de notre lutte contre Kerenski. Sans atténuer le moins du monde notre hostilité envers lui.»

Cette tactique léniniste est à l'extrême opposé de la tactique des révisionnistes qui, devant la menace des coups de force des réactionnaires et des fascistes, crient à "l'unité antifasciste" sur une ligne de capitulation devant la social-démocratie. Dans leurs "unités antifascistes", les révisionnistes se soumettent à la direction des sociaux-démocrates, ils se laissent enfermer dans le programme de la social-démocratie et dans ses méthodes de lutte. Lénine, en revanche, développa la lutte révolutionnaire des masses populaires dans l'optique de la prise du pouvoir ultérieure, il accepta de se battre côte à côte avec les organisations réformistes qui effectivement luttaient contre l'adversaire commun, il modifia la forme de la lutte contre les chefs réformistes, mais il ne modifia en rien son hostilité totale au programme et à la ligne politique des réformistes.

Le pouvoir aux Soviets par l'insurrection

Après cinq jours, le 30 août, le complot de Kornilov avait échoué. Pendant la lutte contre Kornilov, les Soviets jouent à nouveau un rôle de mobilisation révolutionnaire et beaucoup d'ouvriers et de soldats mencheviks se rapprochent des positions bolcheviques. Au cours de la première quinzaine de septembre, les Soviets de Pétrograd, de Moscou et de la Finlande passent sous direction bolchevique. Les Soviets retirent leur soutien au gouvernement de coalition bourgeois, dirigé par le social-démocrate Kerenski, et réclament "Le Pouvoir aux Soviets". Dans ces nouvelles conditions, pour pousser en avant les masses vers la révolution, Lénine en revient, en quelque sorte, à la tactique d'avant les 3-5 juillet.

Il écrit le 3 septembre 1917 : «Tout le pouvoir aux Soviets, formation d'un gouvernement ... responsable devant les Soviets. En ce moment ... un tel gouvernement ... pourrait très vraisemblablement assurer la progression pacifique de la révolution russe.» Avant les 3-5 juillet, cette tactique avait principalement pour but de démasquer la politique de collaboration de classe de la majorité menchevique et socialistes-révolutionnaires des Soviets et de convaincre la majorité des ouvriers et des paysans de la justesse de la position bolchevique. Mais depuis le début de septembre, cette tactique vise à préparer directement l'instauration de la dictature du prolétariat par l'insurrection armée.

En effet, depuis le coup d'Etat de Kornilov il n'y a plus que deux options fondamentales : «Ou bien tout le pouvoir aux Soviets et la démocratisation complète de l'armée, ou bien le kornilovisme.» Est-ce que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires ont tiré des leçons du coup d'Etat militaire de Kornilov ? «Si c'est oui, il faut commencer par créer immédiatement un pouvoir stable et ferme ... Seul le pouvoir des Soviets peut être stable et s'appuyer ouvertement sur la majorité du peuple.» «Qu'est-ce qu'un pouvoir hardi et décidé, une politique ferme, sinon la dictature du prolétariat et des paysans pauvres ? ... Que signifierait, en effet, cette dictature ? Rien d'autre que l'écrasement de la résistance des korniloviens et la reprise, le parachèvement de la démocratisation complète de l'armée ... Seule la dictature des prolétaires et des paysans pauvres est capable de briser la résistance des capitalistes, d'exercer le pouvoir avec une hardiesse et un esprit de décision vraiment grandioses, de s'assurer l'appui enthousiaste, total, véritablement héroïque, des masses de l'armée et de la paysannerie.» «'Le pouvoir aux Soviets', cela signifie une refonte radicale de tout l'ancien appareil d'Etat, appareil bureaucratique qui entrave toute initiative démocratique ; la suppression de cet appareil et son remplacement par un appareil nouveau, populaire, authentiquement démocratique, celui des Soviets ; la faculté donnée à la majorité du peuple de faire preuve d'initiative et d'indépendance non seulement pour l'élection des députés, mais encore dans l'administration de l'Etat, dans l'application de réformes et de transformations sociales.» «Le pouvoir aux Soviets : tel est le seul moyen d'assurer désormais une évolution graduelle, pacifique, paisible des événements, allant exactement de pair avec les progrès de la conscience et de l'esprit de décision des masses populaires.»

Et cette conscience et cet esprit de décision se développent à mesure que les masses comprennent la nécessité de l'insurrection armée pour prendre réellement tout le pouvoir, pour désarmer les troupes réactionnaires dont dispose encore la bourgeoisie. Comme l'écrit Lénine une semaine avant la Révolution du 25 octobre : «Depuis septembre, le parti discute la question de l'insurrection, désormais inévitable pour appliquer le mot d'ordre "Tout le pouvoir aux Soviets".»

III. Les opportunistes Kamenev et Zinoviev contre Lénine

Depuis le coup d'Etat de Kornilov, les masses ouvrières et paysannes de Russie se trouvaient donc placées devant un choix fondamental : soit donner tout le pouvoir aux Soviets révolutionnaires par l'insurrection, soit suivre les conciliateurs et se laisser entraîner vers la dictature militaire.

La participation au pré-parlement

Pour endiguer la montée révolutionnaire, les dirigeants mencheviks et socialistes-révolutionnaires avaient convoqué pour le 12 septembre une Conférence Démocratique. Ils s'arrangèrent pour qu'elle ait une solide majorité petite-bourgeoise et bourgeoise. Quoiqu'une majorité du Comité Central ait décidé de participer à la Conférence, Lénine la dénonça dès le 14 septembre, jour de l'ouverture. «La Conférence démocratique trompe la paysannerie, car elle ne lui donne ni la paix ni la terre.» «Il s'agit ... de mettre à l'ordre du jour l'insurrection armée à Pétrograd et à Moscou, la conquête du pouvoir. ... Se rappeler les paroles de Marx sur l'insurrection, les méditer : "l'insurrection est un art". ... L'histoire ne nous pardonnera pas si nous ne prenons pas le pouvoir dès maintenant.»

Lénine voyait dans la participation à la Conférence démocratique un premier signe de crétinisme parlementaire chez les bolcheviks. En effet, une nouvelle révolution grandissait dans le pays, la révolution du prolétariat et de la majorité des paysans contre la bourgeoisie et son allié, l'impérialisme franco-anglais. Il ne fallait pas tourner l'attention des masses vers une Conférence de type parlementaire dont le seul but était de paralyser les forces révolutionnaires montantes. Les bolcheviks ne devaient pas perdre leur temps dans cette Conférence, il fallait la dénoncer et envoyer tous les cadres dans les masses pour les préparer à l'insurrection imminente. «Il fallait boycotter la Conférence démocratique. Nous nous sommes tous trompés en ne le faisant pas.» Les bolcheviks qui avaient participé à la Conférence, ont voté par 77 voix contre 50 de prendre aussi part à la suite de cette Conférence, appelée pré-parlement. Kamenev et Rykov étaient les porte-parole des "parlementaristes". Lénine observa : «Dans les "milieux dirigeants" de notre parti, on remarque des hésitations qui peuvent devenir funestes.»

"Attendre la décision du Congrès des Soviets"

Après la décision de ne pas participer au pré-parlement, le "crétinisme parlementaire" de type "bolchevik" prit immédiatement une nouvelle forme : il faut attendre la convocation du Congrès des Soviets qui "prendra la pouvoir". Or, la contre-révolution se préparait fiévreusement à réunir des forces pour écraser la révolution. En plus, la réaction s'apprêtait à livrer Pétrograd aux Allemands pour y abattre les révolutionnaires. Le 29 septembre, Lénine mit tout son poids dans la balance contre les "parlementaristes" et les hésitants qui refusaient de passer immédiatement à l'insurrection: Lénine demanda d'être démis d'un comité central capitulard !

«Les bolcheviks, s'ils se laissent prendre au piège des illusions constitutionnelles, de la 'foi' dans le Congrès des Soviets,... au piège de l' 'attente' du Congrès des Soviets, etc., ... ces bolcheviks seraient des traîtres méprisables à la cause du prolétariat. ... Il existe chez nous, au Comité central et dans les milieux dirigeants du parti, un courant ou une opinion en faveur de l'attente du Congrès des Soviets et hostile à la prise immédiate du pouvoir, hostile à l'insurrection immédiate. Il faut vaincre ce courant ou cette opinion. Autrement, les bolcheviks se déshonoreraient à tout jamais et seraient réduits à zéro en tant que parti. ... "Attendre" le Congrès des Soviets est une idiotie complète, car c'est laisser s'écouler des semaines ; or, à l'heure actuelle, les semaines et même les jours décident de tout. ... Battez d'abord Kerenski, puis convoquez le congrès. ... Convoquer le Congrès des Soviets au 20 octobre pour décider 'la prise du pouvoir', n'est-ce pas comme "fixer" sottement la date de l'insurrection ? On peut prendre le pouvoir aujourd'hui, mais du 20 au 29 octobre, on ne vous le laissera pas prendre... L'organe central biffe dans mes articles les indications que je donne sur les erreurs criantes des bolcheviks ... Je dois présenter ma demande de démission du Comité central, ce que je fais.»

"L'insurrection est impossible et prématurée..."

Ces explications et ces menaces de Lénine n'ont pas eu d'effet. Lors de la réunion du Comité central du 10 octobre, Kamenev et Zinoviev se sont à nouveau opposés à la préparation de l'insurrection et Trotsky demanda qu'elle soit remise jusqu'à la convocation du Congrès des Soviets. Lors de la réunion du 16 aussi, Kamenev et Zinoviev votèrent contre l'insurrection ; il y eut 4 abstentions et 19 voix pour. Le lendemain, Lénine écrit une critique mordante des arguments contre l'insurrection avancés par Kamenev et Zinoviev qu'il accuse de "ralliement politique à la bourgeoisie".

«Nous n'avons pas la majorité parmi le peuple et, sans cette condition, l'insurrection est impossible...» Les hommes, capables de parler ainsi ... sont des formalistes qui désirent obtenir d'avance ... la garantie que dans tout le pays le Parti bolchevik a recueilli exactement la moitié des voix plus une ... La réalité nous montre avec évidence que depuis les journées de juillet, la majorité du peuple a commencé à se ranger rapidement du côté des bolcheviks. ... Le fait capital dans la vie actuelle de la Russie, c'est le soulèvement paysan. Voilà comment s'effectue en réalité le passage du peuple aux côtés des bolcheviks. ...

«Dans la situation internationale, il n'y a rien qui nous oblige à agir sur-le-champ ; nous nuirons plutôt à la cause de la révolution socialiste en Occident si nous nous faisons fusiller.» ...Nous raisonnerions comme les Scheidemann et les Renaudel : le plus sage est de ne pas nous soulever, car si on nous fusille, le monde perdra des internationalistes d'une si belle trempe, si sensés ! ... La guerre a imposé aux ouvriers de tous les pays les pires souffrances; elle les a épuisés. Les explosions se multiplient en Italie, en Allemagne, en Autriche. Nous sommes seuls à avoir des Soviets de députés ouvriers et soldats et nous resterions dans l'attente, nous trahirions les internationalistes allemands comme nous trahissons les paysans russes qui ... par des actes, par un soulèvement contre les propriétaires fonciers, nous appellent à nous soulever contre le gouvernement Kerenski...

«Nous ne sommes pas assez forts pour prendre le pouvoir, et la bourgeoisie n'est pas assez forte pour faire échouer l'Assemblée constituante.» ...On exprime son désarroi et sa peur de la bourgeoisie en faisant preuve de pessimisme à l'égard des ouvriers ... Si les Soviets n'ont pas la force de renverser la bourgeoisie, cette dernière est donc assez forte pour faire échouer l'Assemblée constituante. ... Renoncer à l'insurrection, c'est renoncer à la remise du pouvoir aux Soviets, c'est "confier" tous nos espoirs à la brave bourgeoisie qui a "promis" de convoquer l'Assemblée constituante. ... Hésiter sur la question de l'insurrection comme seul moyen de sauver la révolution, c'est tomber dans cette lâche confiance en la bourgeoisie.»

La trahison de Kamenev et Zinoviev

Le 18 octobre, Kamenev et Zinoviev publiaient dans un journal menchevik une note où ils parlaient de la décision des bolchevik d'organiser l'insurrection, décision qu'ils condamnaient. Lénine écrit le même jour que Kamenev et Zinoviev étaient des "briseurs de grève" et des "traîtres" : «je lutterai de toutes mes forces ... pour leur exclusion du parti.» La révolution triompha le 25 octobre, malgré le sabotage des opportunistes. Après la révolution d'Octobre, Kamenev et Zinoviev voulaient faire entrer au gouvernement des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires qui s'opposaient au programme révolutionnaire adopté le 25 octobre par le Congrès des Soviets. Le 3 novembre, Kamenev et Zinoviev faisaient voter par le Comité exécutif central des Soviets une résolution qui indiquait que les bolcheviks n'auraient que la moitié des sièges au gouvernement. Ceci créerait une situation où les réformistes pourraient complètement bloquer l'activité révolutionnaire du gouvernement.

Lénine déclara : «L'opposition qui s'est formée au sein du Comité central s'écarte complètement de toutes les positions fondamentales du bolchevisme et de la lutte prolétarienne de classe en général, en répétant les propos non marxistes sur l'impossibilité de la révolution socialiste en Russie, sur la nécessité de céder aux ultimatums et aux menaces de départ émanant d'une minorité notoire de l'organisation des Soviets (les mencheviks).» Ces deux points : l'impossibilité de construire le socialisme dans un seul pays, l'URSS, et la nécessité d'un compromis avec les mencheviks seront, au cours des années vingt, la plate-forme commune des deux courants révisionnistes, celui de Trotsky et celui de Kamenev et Zinoviev.

Lénine déclara ensuite : «Kamenev, Zinoviev, Noguine, Rykov, Milioutine et d'autres, ont démissionné hier, le 4 novembre, du Comité central de notre Parti, et les trois derniers, du Conseil des Commissaires du peuple. Dans un Parti aussi grand que le nôtre ... il ne pouvait manquer de se trouver des camarades insuffisamment fermes et persévérants dans la lutte contre les ennemis du peuple ... Les camarades partis ont agi en déserteurs ... Nous condamnons résolument cette désertion ... Mais nous déclarons que la désertion de quelques membres haut placés de notre Parti n'ébranlera pas un instant l'unité des masses qui suivent notre Parti et, par conséquent, n'ébranlera pas notre Parti.»

L'opposition à l'insurrection armée et la réconciliation avec les partis réformistes sont deux positions essentielles du révisionnisme khrouchtchévien. Dans ce sens, Kamenev, Zinoviev et Rykov ont été des précurseurs de Khrouchtchev. C'est une preuve de la continuité d'une ligne opportuniste à la tête du parti bolchevik qui s'opposait à la réalisation de la politique léniniste. Staline a combattu l'opportunisme de Kamenev et de Zinoviev avec une énorme patience et il a appliqué la ligne léniniste. Lorsque Kamenev et Zinoviev se sont engagés dans des activités clandestines et des complots contre le parti, ils ont été jugés et condamnés à mort. Trotsky, l'ennemi le plus acharné du bolchevisme, rendait alors hommage à Kamenev et Zinoviev, ces "représentants de la vieille garde bolchevique"...

Chapitre quatre - La dictature du prolétariat

I. La question essentielle du marxisme

Marx et Engels ont analysé le capitalisme en tant que système basé sur la dictature de la bourgeoisie. Avant eux, des auteurs libéraux avaient déjà décrit et analysé la lutte de classes qui se développe dans la société capitaliste entre la classe ouvrière et la bourgeoisie. Ce que Marx et Engels ont apporté de fondamentalement nouveau, c'est la thèse que le socialisme ne peut exister qu'en tant que négation de la dictature de la bourgeoise, qu'en tant que dictature du prolétariat. Lénine dit : «Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c'est le tronquer, le réduire à ce qui est acceptable pour la bourgeoisie. Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu'à la reconnaissance de la dictature du prolétariat.» «La question de la dictature du prolétariat est la question essentielle du mouvement ouvrier moderne dans tous les pays capitalistes... A l'échelle internationale, l'histoire de la doctrine... de la dictature du prolétariat... coïncide avec celle... du marxisme... Quiconque n'a pas compris la nécessité de la dictature de toute classe révolutionnaire pour remporter la victoire n'a rien compris à l'histoire des révolutions.»

Le traître Khrouchtchev a non seulement nié la nécessité de la dictature du prolétariat en URSS, mais lors du XXe congrès, il a même affirmé que la dictature du prolétariat n'est pas la question essentielle dans le passage au socialisme pour les pays capitalistes. Khrouchtchev déclara : «Pour toutes les formes de transition au socialisme, la direction politique de la classe ouvrière... est la condition majeure. Sinon, il est impossible de passer au socialisme.» La 'direction politique de la classe ouvrière' est une formule floue qui peut couvrir toutes les 'voies réformistes' au socialisme et qui sert à masquer la question essentielle: quelle classe exerce sa dictature ?

Le pouvoir de la classe ouvrière naît de la révolution, de l'insurrection, de la violence révolutionnaire contre la bourgeoisie, il n'a pas son origine dans les lois et les institutions de la bourgeoisie ; au contraire, il balaie ces lois et institutions pour les remplacer par de nouvelles lois et institutions créées par les classes révolutionnaires pour servir leurs intérêts. Lénine : «La doctrine de la lutte des classes, appliquée par Marx à l'Etat et à la révolution socialiste, mène nécessairement à la reconnaissance de la domination politique du prolétariat, de sa dictature, c'est-à-dire d'un pouvoir qu'il ne partage avec personne et qui s'appuie directement sur la force armée des masses.»

Pourquoi le socialisme est-il nécessairement la dictature du prolétariat et quelles sont les relations entre les différentes classes, et notamment entre le prolétariat et les autres classes travailleuses, sous le socialisme ? Le capitalisme du XXe siècle est essentiellement la dictature de la bourgeoisie monopoliste qui s'appuie sur l'ensemble de la bourgeoisie et sur les couches supérieures de la petite-bourgeoise. La bourgeoisie monopoliste est le noyau central du système capitaliste comme le prolétariat est le noyau central au cours de la révolution socialiste et pendant toute la période historique du socialisme.

Lénine : «Seule une classe déterminée, à savoir les ouvriers des villes et, en général, les ouvriers d'usine, les ouvriers industriels, est capable de diriger la masse des travailleurs et des exploités dans la lutte pour renverser le joug du capital,... dans l'oeuvre de création d'un ordre social nouveau, socialiste, dans la lutte pour supprimer totalement les classes.» Pour édifier le socialisme, le prolétariat, noyau central, doit s'appuyer sur l'ensemble des couches de travailleurs. «La dictature du prolétariat est une forme particulière d'alliance de classe entre le prolétariat, avant-garde des travailleurs, et les nombreuses couches non prolétariennes de travailleurs (petite-bourgeoise, petits patrons, paysans, intellectuels, etc.) ou la majorité de ces couches, alliance dirigée contre le capital, alliance visant au renversement complet du capital, à l'écrasement complet de la résistance de la bourgeoisie et de ses tentatives de restauration, à l'édification et à la consolidation définitive du socialisme... C'est l'alliance des partisans résolus du socialisme avec ses alliés hésitants, parfois 'neutres'..., l'alliance entre des classes qui diffèrent sur les plans économique, politique, social et idéologique.»

La dictature du prolétariat est l'exercice de la dictature contre la bourgeoisie et l'organisation de la démocratie populaire pour les classes travailleuses. «La dictature du prolétariat est la répression par la violence de la résistance des exploiteurs, c'est-à-dire de la minorité infime... La dictature du prolétariat doit engendrer... l'extension sans précédent de la démocratie réelle en faveur des classes laborieuses opprimées par le capitalisme.»

Le socialisme a deux tâches essentielles: réprimer la bourgeoisie et organiser un système économique supérieur. «Le prolétariat se transforme en classe dominante capable de réprimer la résistance inévitable, désespérée, de la bourgeoisie, et d'organiser pour un nouveau régime économique toutes les masses laborieuses et exploitées.» Le socialisme réprime la bourgeoise et organise la démocratie populaire pour créer un système économique supérieur au capitalisme, un système qui réalise une plus haute productivité au service exclusif des travailleurs. «La dictature du prolétariat, ce n'est pas uniquement la violence exercée contre les exploiteurs, et même pas essentiellement la violence. Le fondement économique de cette violence révolutionnaire, le gage de sa vitalité et de son succès, c'est que le prolétariat offre et réalise un type supérieur d'organisation sociale du travail par comparaison avec le capitalisme.»

II. L'état socialiste et les soviets

L'Etat socialiste de la classe ouvrière ne peut surgir qu'au cours de la lutte pour la destruction de l'Etat bourgeois. Ces deux types d'Etat sont l'exact opposé par leur nature de classe et par leurs méthodes de fonctionnement. «Pouvoir des Soviets ou parlement bourgeois,... ainsi se pose la question sur le plan historique et mondial.»

Les Soviets, le Parti et les classes travailleuses

Les Soviets sont nés en tant qu'organes de la mobilisation et du combat révolutionnaire des masses exploitées par le capitalisme. Les Soviets ont surgi au cours de la révolution de 1905-1906. Ils ont émergé à nouveau pendant la révolution de février 1917 et leur caractère révolutionnaire s'est nettement affirmé au moment de la révolution d'Octobre lorsqu'ils sont entrés dans l'histoire comme des organes de l'insurrection des ouvriers, des soldats et des paysans, comme des organes de la prise du pouvoir révolutionnaire. Et c'est à travers la guerre civile, entre 1918 et fin 1920, que les Soviets ont définitivement fait leurs preuves comme organisations de gouvernement.

Les Soviets, organes des masses exploitées

Au cours de ces quatre années révolutionnaires, des dizaines de millions d'ouvriers, de paysans et de travailleurs se sont éveillés à la vie politique active. Les Soviets ont été les centres d'une créativité politique formidable. «L'essence du pouvoir des Soviets consiste en ce que la base constante et unique de tout le pouvoir gouvernemental, ce soit l'organisation des masses jadis opprimées par les capitalistes, c'est-à-dire les ouvriers et les semi-prolétaires. Ce sont ces masses qui... sont appelées à prendre une part décisive à la gestion démocratique de l'Etat.» Comme organes de combat, les Soviets avaient dès le départ un caractère de classe. «Seuls les travailleurs et les exploités étaient admis aux Soviets, à l'exclusion des exploiteurs de toute espèce.» Les Soviets, c'est «l'union et l'organisation des masses laborieuses et exploitées opprimées par le capitalisme, et d'elles seules... les classes exploiteuses et les représentants riches de la petite-bourgeoisie étant automatiquement exclus.»

Le rapport entre le Parti communiste et les Soviets

Les Soviets n'ont pas été un "produit spontané" de la lutte de classes. S'ils ont surgi spontanément au cours de la lutte contre la bourgeoisie, ils ont acquis leur caractère révolutionnaire grâce au travail de synthèse et à la créativité du Parti communiste. En effet, comme organisation de masse des travailleurs, les Soviets devaient nécessairement refléter les courants politiques et idéologiques qui traversaient le peuple. Ainsi, avant la révolution d'Octobre, les mencheviks, qui avaient la majorité dans les Soviets, utilisaient les Soviets pour subordonner la classe ouvrière à l'appareil d'Etat bourgeois. Ce n'est que par le travail du Parti bolchevik que les Soviets se sont arrachés à la tutelle de l'Etat bourgeois et sont devenus des organes de pouvoir alternatif, s'opposant frontalement aux organes de l'Etat bourgeois.

Comme la formation d'un nouveau appareil d'Etat prolétarien n'est pas un processus spontané, le rôle du Parti communiste dans sa formation et sa consolidation est essentielle. «Ce n'est que dans le cas où le prolétariat est guidé par un Parti organisé et éprouvé,... que la conquête du pouvoir politique peut être considérée, non comme un épisode, mais comme le point de départ d'un travail durable d'édification communiste de la société par le prolétariat.» «Le Parti communiste est l'arme principale, essentielle, de l'émancipation du prolétariat ; nous devons avoir maintenant dans tous les pays, non plus des groupes et des tendances, mais un Parti communiste; il ne doit y avoir dans chaque pays qu'un seul et unique Parti communiste.»
Le nouveau système de gestion de l'Etat socialiste est donc complexe. Lénine résume cette complexité de la façon suivante : «Les choses se passent ainsi : le Parti absorbe en quelque sorte l'avant-garde du prolétariat et c'est elle qui exerce la dictature du prolétariat. Mais sans un fondement tel que les syndicats, il est impossible d'exercer la dictature, de s'acquitter des fonctions d'Etat. Il faut les assumer par le canal de diverses institutions, d'un type nouveau elles aussi: par l'intermédiaire de l'appareil des Soviets.»

Après la révolution d'Octobre, lors de l'insurrection de Cronstadt, les anarchistes, les mencheviks et toute la bourgeoisie soutenaient le mot d'ordre «les Soviets sans les bolcheviks» pour briser la dictature du prolétariat et pour réintroduire la politique de la subordination des Soviets aux organes de la démocratie bourgeoisie. Ainsi, au cours de la lutte révolutionnaire comme au cours de l'exercice du pouvoir socialiste, les Soviets étaient des organes où s'est effectuée la symbiose entre l'avant-garde communiste et toutes les classes travailleuses. «L'appareil (des Soviets)... assure une forme d'organisation de l'avant-garde, c'est-à-dire de la partie la plus consciente, la plus énergique, la plus avancée des classes opprimées, paysans et ouvriers; c'est donc un appareil au moyen duquel l'avant-garde des classes opprimées peut élever, éduquer, instruire et entraîner derrière soi toute la masse énorme de ces classes.»

Les Soviets, l'armée et l'appareil d'Etat socialistes

Les Soviets ont développé leur travail de construction d'un Etat prolétarien, socialiste selon trois axes. D'abord, les Soviets se sont consolidés comme organes représentatifs des masses exploitées et comme organes de leur pouvoir. Leur caractère de classe s'exprimait, entre autres, par l'organisation des élections sur les lieux du travail, ce qui renforçait l'influence des ouvriers et des travailleurs les plus révolutionnaires. Ensuite, les Soviets ont joué un rôle essentiel dans la formation de l'Armée rouge, ainsi que de la police et de la sécurité socialistes. Et finalement, les Soviets ont créé un appareil de justice complètement nouveau où les juges étaient issus des masses ouvrières et travailleuses et se trouvaient sous leur contrôle, et ils ont entamé le travail de refonte intégrale de l'appareil administratif.

L'Armée rouge, armée des travailleurs

L'Etat, c'est d'abord les forces armées au service d'une classe. L'Armée rouge est née de l'effondrement de l'armée bourgeoise à la fin de la guerre mondiale et des insurrections armées organisées par les soldats, les marins et les officiers révolutionnaires. Ce noyau de départ a été renforcé par l'engagement de centaines de milliers de jeunes communistes et d'ouvriers, ainsi que de jeunes paysans révolutionnaires pour défendre les acquis de la révolution d'Octobre.

Pendant les journées de la révolution d'Octobre, les Soviets étaient essentiellement des Soviets de soldats et d'ouvriers ; ils ont joué un rôle essentiel dans l'éclatement de l'ancienne armée réactionnaire et dans la formation de l'armée révolutionnaire.
A propos de l'armée et de la police socialistes, Lénine déclara : «La contre-révolution n'a jamais toléré la présence des ouvriers en armes à côté de l'armée. En France, écrivait Engels, après chaque révolution, les ouvriers étaient armés; 'pour les bourgeois qui se trouvaient au pouvoir, le désarmement des ouvriers était donc le premier devoir'. Les ouvriers en armes étaient l'embryon de l'armée nouvelle, la cellule d'organisation du nouvel ordre social. Ecraser cette cellule, en empêcher la croissance, tel a été le premier souci de la bourgeoisie. Le premier souci de toute révolution victorieuse... a été de détruire la vieille armée, de la licencier, de la remplacer par une nouvelle. La nouvelle classe sociale qui accède au pouvoir n'a jamais pu et ne peut maintenant parvenir à ce pouvoir et l'affermir autrement qu'en décomposant à fond l'ancienne armée... autrement qu'en forgeant peu à peu, dans une dure guerre civile, une nouvelle armée, une nouvelle discipline, l'organisation militaire nouvelle de la nouvelle classe.» «Les Soviets constituent un nouvel appareil d'Etat qui représente... la force armée des ouvriers et des paysans, force qui n'est pas détachée du peuple comme celle de l'ancienne armée permanente, mais qui est étroitement liée à lui.»

La police bourgeoise fut également démantelée. Lénine : «La substitution d'une milice populaire à la police... est la condition du succès de toute réforme... au profit des travailleurs. En période révolutionnaire, cette condition est réalisable.»

Le pouvoir législatif et exécutif

Sous la dictature de la bourgeoisie, le pouvoir réel se trouve aux mains des grands capitalistes, des hauts fonctionnaires de l'Etat bourgeois et des ministres qui sont étroitement liés aux capitalistes et aux hauts fonctionnaires. Le parlement sert à donner une apparence de "démocratie" aux mesures dictatoriales du grand capital. Sous la dictature du prolétariat, les grands capitalistes ont été expropriés et les moyens de production appartiennent à la communauté des travailleurs. L'armée et la police socialistes sont essentiellement composées de travailleurs révolutionnaires en armes. Dans ce nouveau système, les organes élus par les travailleurs, les Soviets, peuvent effectivement détenir tout le pouvoir. Les Soviets ont comme tâche essentielle d'élaborer des lois et de créer des institutions qui expriment uniquement les intérêts des masses travailleuses. Mais les membres des Soviets jouent aussi un rôle dans l'exécution des lois et dans le fonctionnement des institutions. Comme le dit Lénine, le système des Soviets «permet d'allier les avantages du parlementarisme et ceux de la démocratie immédiate et directe, c'est-à-dire d'allier dans la personne des représentants élus du peuple à la fois la fonction législative et l'exécution des lois.»

La participation des masses à la gestion de l'Etat

Sous la dictature de la bourgeoisie, l'appareil d'Etat est une machine bureaucratique monstrueuse qui opprime, brime, tracasse et exploite les travailleurs. Le parlement bourgeois ne sert qu'à masquer et à faire accepter cet état des choses. Une des fonctions essentielles de l'Etat socialiste est de créer un appareil d'Etat qui soit entièrement et uniquement au service des masses travailleuses. Les Soviets ont la tâche historique d'en finir avec l'Etat comme corps parasitaire vivant sur le dos les travailleurs et hostile à eux. L'essence du système socialiste est que les travailleurs révolutionnaires élus participent eux-mêmes à la gestion de l'Etat et organisent le contrôle de l'ensemble des travailleurs sur les organes de l'Etat. Lénine : «Tous les citoyens sans exception doivent participer à l'exercice de la justice et à la gestion du pays. Et il importe pour nous que tous les travailleurs sans exception participent à l'administration de l'Etat.»

Cette participation des travailleurs à la gestion de l'Etat socialiste et au contrôle sur les organes du pouvoir relève de l'essence même de la dictature du prolétariat. La résistance de la bourgeoisie s'exprime entre autres dans les efforts pour bureaucratiser les organes du pouvoir socialiste, pour les détacher des travailleurs, pour les soustraire à leur contrôle. Staline a bien compris que la bureaucratisation des Soviets (la rupture entre les élus et la base, le refus de préparer tous les travailleurs à participer à la gestion de l'Etat socialiste), était une grave menace interne pour le socialisme. «Un des ennemis les plus dangereux pour le progrès de notre cause est le bureaucratisme. Il vit dans chacune de nos organisations. Le bureaucrate communiste est le type de bureaucrate le plus dangereux... Il n'y a rien à redire, lorsque la colère des masses du Parti vise ces éléments démoralisés et lorsqu'elles ont la possibilité d'envoyer ces éléments au diable.» Cette position de 1928, Staline la répétera encore en 1952. Lorsque Khrouchtchev, en 1956, a déclaré que la dictature du prolétariat avait cessé d'exister en Union soviétique, il a donné libre cours aux tendances à la bureaucratisation. Il a fait entrer dans les Soviets des éléments bourgeois et petits-bourgeois. Puis Brejnev a achevé la bureaucratisation des Soviets, les soustrayant de plus en plus à tout contrôle des travailleurs. Sous Gorbatchev, les Soviets sont devenus des endroits où la nouvelle bourgeoisie a organisé sa propre représentation politique, luttant pour la destruction totale des derniers vestiges du socialisme.

III. La lutte de classes sous la dictature du prolétariat

Une longue période historique

La dictature du prolétariat est nécessaire pendant toute la période historique où subsistent des forces intérieures et extérieures, qui rendent la restauration du capitalisme possible. Lénine dit : «Ceux-là seuls ont assimilé l'essence de la doctrine de Marx sur l'Etat, qui ont compris que la dictature d'une classe est nécessaire... pour toute la période historique qui sépare le capitalisme de la 'société sans classes', du communisme.» «Les classes demeurent et demeureront à l'époque de la dictature du prolétariat. La dictature deviendra inutile lorsque les classes auront disparu. Elles ne disparaîtront pas sans la dictature du prolétariat.»

Sur ce thème, Lénine a simplement développé les idées essentielles de Marx et d'Engels, sur la base d'une expérience révolutionnaire beaucoup plus vaste et riche. Marx avait déjà indiqué qu'après la période du socialisme, caractérisée par la dictature du prolétariat, viendra la période du communisme. La société n'entrera dans la phase du communisme qu'après une longue période historique de transformations socialistes en profondeur. Selon Marx, le communisme viendra «quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail, et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance.» Avant que l'on atteigne ce stade supérieur du développement matériel et intellectuel et pour l'atteindre, la dictature du prolétariat est nécessaire. «Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. A quoi correspond une période de transition politique, où l'Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat.»

Lénine a repris et élaboré ces thèses de Marx. La dictature du prolétariat reste nécessaire jusqu'à ce que les moindres différences entre des classes sociales aient disparu et jusqu'à ce que la classe ouvrière internationale ait détruit l'impérialisme mondial. «Il est clair que pour supprimer entièrement les classes, il faut non seulement renverser les exploiteurs, les grands propriétaires fonciers et les capitalistes, non seulement abolir leur propriété: il faut encore abolir toute propriété privée des moyens de production ; il faut effacer aussi bien la différence entre la ville et la campagne, que celle entre les travailleurs manuels et intellectuels. C'est une Ïuvre de longue haleine. Pour l'accomplir, il faut faire un grand pas en avant dans le développement des forces productives.» «Marx et Engels... ont vu clairement que... il faudra...une longue période de dictature du prolétariat,... et la collaboration des ouvriers de tous les pays, qui devront conjuguer tous leurs efforts afin d'assurer la victoire jusqu'au bout.»

Les réformistes se sont toujours dressés contre cette thèse essentielle du léninisme. Quoiqu'ils soient des ennemis irréductibles de la dictature du prolétariat, dans des situations où les ouvriers veulent la révolution, ils peuvent prétendre "être d'accord avec la dictature du prolétariat", mais alors "pour un temps limité"... Le chef de la social-démocratie internationale, Vandervelde, était, au début de la Première Guerre mondiale, ministre dans le gouvernement bourgeois de la Belgique. Il fit de la propagande pour envoyer les travailleurs à la boucherie de cette guerre impérialiste criminelle ; il prit la défense des institutions bourgeoises, y compris de la monarchie. Mais après la guerre, devant la montée révolutionnaire, il prétendit accepter la nécessité de la dictature du prolétariat, mais comme mesure de courte durée, pour retourner aussi vite que possible à la "démocratie pure" !

Voici comment cet ennemi déclaré de la dictature du prolétariat parlait à ce moment : «La dictature du prolétariat, oui, par le fer et le feu, s'il le faut, pour briser la résistance de la bourgeoisie, pour frayer la route à la révolution sociale. Mais la dictature comme moyen, comme un moyen provisoire et non pas la prolongation indéterminée de l'état de siège et de la terreur, en mettant les autres partis lors la loi, en éliminant les libertés, en remplaçant la démocratie par la dictature d'une poignée.»
Cinq ans auparavant, Lénine avait déjà décrit avec précision la tactique contre-révolutionnaire des réformistes du genre Vandervelde. Il écrit en 1919 : «Le plus dangereux, de la part de (Kautsky, Macdonald, Vandervelde), c'est la reconnaissance verbale de la dictature du prolétariat. Ces gens sont capables de tout reconnaître, de tout signer, pourvu qu'ils restent à la tête du mouvement ouvrier. On voudrait admettre verbalement la dictature du prolétariat pour faire passer 'le suffrage universel', le parlementarisme bourgeois, le refus de briser complètement l'appareil d'Etat bourgeois.»

Et on peut dire que les révisionnistes du genre Khrouchtchev ont repris, trente ans après Vandervelde, exactement la même ligne en ce qui concerne la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat: ils prônent le passage pacifique et la dictature du prolétariat "sous telle ou telle forme" et "de courte durée", Ponomarev, traitant de la lutte pour le socialisme dans les pays capitaliste, écrit : «Une révolution pacifique sans guerre civile n'a rien de commun avec la paix sociale. Ce n'est pas un "partnership social", mais une forme de lutte de classes tout comme la révolution non pacifique; sa victoire se consolide également par la dictature du prolétariat sous telle ou telle forme et dont la durée dépend des conditions concrètes.»

Formellement, le concept de "dictature du prolétariat" y est et beaucoup de communistes honnêtes se sont laissés aveugler par ces mots. Ils disaient alors : «Mais non, vos critiques contre Khrouchtchev sont fausses, voyez, il défend, lui aussi, la dictature du prolétariat» ! Chaque mot peut être "rempli" de contenus différents, voire opposés. Or, Khrouchtchev s'est opposé à l'ensemble des thèses que Lénine a développées sous la notion de la dictature du prolétariat. La dictature du prolétariat "sous telle ou telle forme", "pour une période limitée", c'est exactement la formule que Vandervelde a utilisée pour combattre le contenu léniniste de cette notion et pour y fourrer sa conception sociale-démocrate.

Plus généralement et traitant de la construction du socialisme en URSS, Khrouchtchev a rejeté la thèse fondamentale que la dictature du prolétariat est nécessaire pendant toute la période historique qui prépare le communisme. Pour Khrouchtchev, la dictature du prolétariat avait cessé d'être nécessaire dès 1956. Pourtant il était évident que la productivité du travail en URSS était encore loin derrière celle du monde capitaliste et que l'impérialisme était toujours la force dominante dans le monde.

Au XXIIe Congrès, Khrouchtchev déclara : «Les classes exploiteuses ayant été supprimées, on a vu disparaître la fonction qui consiste à briser leur résistance. Les principales fonctions de l'Etat socialiste - d'organisation de l'économie, culturelle et éducative - ont reçu le plus large développement. Après avoir assuré la victoire totale et définitive du socialisme et le passage en grand au communisme, la dictature du prolétariat a rempli sa mission historique et, du point de vue des objectifs du développement intérieur, a cessé d'être une nécessité en URSS. L'Etat qui a surgi comme Etat de la dictature du prolétariat s'est converti à l'étape actuelle en Etat de tout le peuple, en organe qui traduit les intérêts et la volonté de l'ensemble du peuple.» Fondamentalement, c'était la thèse de la social-démocratie : on est obligé d'accepter la dictature du prolétariat pour une brève période, mais on retourne aussi vite que possible au régime bourgeois et sa "démocratie pour tous".

La lutte de classes contre la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie

Lénine a développé la thèse que la lutte de classes demeure pendant toute la durée de la dictature du prolétariat, que la résistance de la bourgeoisie s'intensifie et qu'il y aura immanquablement de multiples tentatives de restaurer le capitalisme. Lénine : «La dictature du prolétariat n'est pas la fin de la lutte des classes; c'est sa continuation sous des formes nouvelles. La dictature du prolétariat, c'est la lutte de classes du prolétariat victorieux qui a pris en main le pouvoir politique, contre la bourgeoisie vaincue, mais non anéantie, qui, loin d'avoir cessé de résister, a intensifié sa résistance.» «A la suite d'une première défaite sérieuse, les exploiteurs qui ne s'attendaient point à être renversés, se lancent dans la bataille avec une énergie décuplée, avec une passion furieuse, avec une haine centuplée pour reconquérir le 'paradis' perdu.» «La transition du capitalisme au communisme, c'est toute une époque historique. Tant qu'elle n'est pas terminée, les exploiteurs gardent inéluctablement l'espoir d'une restauration, espoir qui se transforme en tentatives de restauration.»

La bourgeoisie et les propriétaires fonciers ont perdu les moyens de production, mais ils sont toujours là et ils disposent de beaucoup de moyens pour tenter de reprendre le contrôle des moyens de productions. «Les classes demeurent, mais chacune d'elles s'est modifiée à l'époque de la dictature du prolétariat, La classe des exploiteurs, des propriétaires fonciers et des capitalistes n'a pas disparu et ne peut disparaître d'emblée sous la dictature du prolétariat. Les exploiteurs ont été battus, mais non anéantis.»

Quelles sont les armes dont la bourgeoisie dispose encore sous le socialisme ? «Longtemps après la révolution, les exploiteurs conservent nécessairement une série de réels et notables avantages.» «Il leur reste une base internationale, le capital international, dont ils sont une succursale. Il leur reste en partie certains moyens de production. L'"art" de gouverner l'Etat, l'armée, l'économie leur donne un grand, un très grand avantage, de sorte que leur rôle est infiniment plus important que leur part dans l'ensemble de la population.» «Il leur reste l'argent (impossible de le supprimer d'un coup), certains biens mobiliers, souvent considérables ; il leur reste des relations, des habitudes d'organisation et de gestion, la connaissance de tous les "secrets" de l'administration (coutumes, procédés, moyens, possibilités) ; il leur reste une instruction plus poussée, des affinités avec le haut personnel technique (bourgeois par sa vie et son idéologie) ; il leur reste une expérience infiniment supérieure de l'art militaire (ce qui est très important), etc., etc.»

Sous le socialisme, la bourgeoisie dispose encore d'une grande force de réserve potentielle dans la petite-bourgeoise. «Derrière les capitalistes exploiteurs, c'est la grande masse de la petite-bourgeoisie qui hésite et balance, qui aujourd'hui suit le prolétariat et demain, effrayée des difficultés de la révolution, est prise de panique à la première défaite des ouvriers, s'affole, s'agite, pleurniche, court d'un camp à l'autre.» Dans certaines circonstances, le petit producteur qui vend sur le marché libre, peut devenir un ennemi dangereux du prolétariat.

«Le paysan qui, en 1918-19, a livré aux ouvriers affamés des villes 40 millions de pouds de blé aux prix de l'Etat, qui les a livrés aux organismes de l'Etat , ce paysan-là est un paysan travailleur. Le paysan qui a vendu en cachette 40 millions de pouds de blé dix fois plus cher que le prix de l'Etat, ce paysan-là est un spéculateur, l'allié du capitaliste, l'ennemi de classe de l'ouvrier. C'est un exploiteur. Vous violez la liberté, l'égalité, la démocratie, nous crie-t-on de toutes parts. Nous ne reconnaîtrons jamais l'égalité avec le paysan spéculateur, comme nous ne reconnaîtrons pas "l'égalité" de l'exploiteur avec l'exploité, la "liberté" du premier de piller de second.» Les habitudes, les traditions, la routine de la petite production agricole créent inévitablement un terrain sur lequel des éléments bourgeois surgissent. De la petite production marchande sortent inévitablement des petits capitalistes qui s'efforcent de devenir grands.»

«La dictature du prolétariat est une lutte opiniâtre, sanglante et non sanglante, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative, contre les forces et les traditions de la vieille société. La force de l'habitude chez les millions et les dizaines de millions d'hommes est la force la plus terrible.» «Il faut vaincre la résistance (souvent passive, singulièrement tenace et singulièrement difficile à briser) des nombreux vestiges de la petite production; il faut vaincre la force énorme de l'habitude et de la routine, attachée à ces vestiges.» «Il est mille fois plus facile de vaincre la grande bourgeoisie centralisée que de "vaincre" les millions et les millions de petits patrons ; or ceux-ci, par leur activité quotidienne, coutumière, invisible, insaisissable, dissolvante, réalisent les résultats qui sont nécessaires à la bourgeoisie, qui restaurent la bourgeoisie.»

La bourgeoisie dans les institutions soviétiques

La lutte de classes sous le socialisme n'est pas uniquement menée contre les anciens propriétaires fonciers et capitalistes ou contre les nouveaux bourgeois qui surgissent de la petite production. La bourgeoisie se recompose aussi à l'intérieur des institutions soviétiques, à l'intérieur de l'appareil d'Etat soviétique. Les hauts salaires permettent à une minorité d'adopter un style de vie bourgeois; les aventuriers et escrocs qui se sont infiltrés dans l'appareil et les "communistes" qui cherchent à se remplir les poches deviennent de nouveaux éléments bourgeois. Lénine : «On ne saurait contester l'influence dissolvante que les hauts traitements exercent sur le pouvoir soviétique. Cela d'autant plus que, la révolution ayant été faite très rapidement, le nouveau pouvoir a vu s'attacher à lui un certain nombre d'aventuriers et d'escrocs qui, avec certains commissaires incapables ou sans scrupules, ne demanderaient pas mieux que de devenir des "étoiles", dans l'art de piller le Trésor.»

D'innombrables fonctionnaires de la vieille société défendent toujours le tsarisme et le capitalisme. Des propriétaires fonciers et des capitalistes expropriés ou leurs enfants s'infiltrent dans les institutions soviétiques. Lénine : «En fait, il arrive très souvent qu'ici, au sommet, où nous avons le pouvoir d'Etat, l'appareil fonctionne tant bien que mal. A la base, il y a des centaines de milliers d'anciens fonctionnaires, légués par le tsar et la société bourgeoise, et qui travaillent en partie consciemment, en partie inconsciemment, contre nous.» «Les grands propriétaires terriens et les capitalistes n'ont pas disparu en Russie, mais ils ont été entièrement expropriés, politiquement battus en tant que classe dont les vestiges se cachent parmi les employés des administrations publiques du pouvoir soviétique.»

Tous ces éléments mènent une lutte de classes pour miner, saboter et pourrir le pouvoir soviétique. «Maintenant, d'excellents fonctionnaires occupent des postes; l'intérêt de leur classe, selon eux, est de nous jouer de sales tours, de faire obstruction au travail; ils s'imaginent sauver la culture en préparant la chute des bolcheviks et connaissent le domaine administratif cent fois mieux que nous. A ces gens-là, il faut faire la guerre dans toutes les règles de l'art.» Les gens de la Smiéna Viekh formaient un groupe d'intellectuels de l'émigration blanche anti-soviétique. Certains avaient combattu le pouvoir socialiste par les armes sous Koltchak. Ils étaient des ennemis acharnés du communisme, mais ils jugeaient vaines les tentatives de renverser les Soviets. Ils soutenaient les Soviets pour les détruire de l'intérieur. Dans leur "soutien" aux Soviets, certains se faisaient même passer pour "communistes". On s'imagine que ces gens n'ont eu aucun problème à soutenir, quelques années plus tard, l'opposition trotskiste et pour se fondre à elle.

Lénine nota la difficulté de combattre ces ennemis camouflés. «Les gens de la Smiéna Viekh représentent un courant politique et social ayant à sa tête des cadets (bourgeois) marquants. Certains se posent en communistes, mais il y a des hommes plus francs, entre autres Oustrialov. Il a été ministre sous Koltchak. "Je suis pour le soutien du pouvoir des Soviets en Russie, dit Oustrialov , parce qu'il s'est engagé dans une voie où il roule vers le pouvoir bourgeois ordinaire" . Les choses dont parle Oustrialov sont possibles, disons-le sans ambages. L'histoire connaît des transformations en tout genre. Les gens de la Smiéna Viekh expriment l'état d'esprit de milliers et de dizaines de milliers de bourgeois de tout acabit ou d'employés soviétiques participant à notre nouvelle politique économique. Là est le danger essentiel et réel. Et c'est pourquoi il faut réserver l'attention principale à cette question: qui, effectivement, l'emportera . La lutte contre la société capitaliste est devenue cent fois plus acharnée et périlleuse, car nous ne voyons pas toujours nettement où est l'ennemi qui nous combat, et qui est notre ami . Si nous considérons Moscou - 4700 communistes responsables - et si nous considérons la machine bureaucratique, cette masse énorme, qui donc mène et qui est mené ? . la NEP .. c'est... une forme de lutte entre deux classes irréductiblement hostiles.»

Le révisionnisme du temps de Lénine

L'ancienne bourgeoisie et les forces bourgeoises issues de la petite-bourgeoisie, ainsi que les éléments anti-socialistes infiltrés dans les institutions soviétiques, ont toujours trouvé leurs représentants dans les éléments opportunistes à la direction du parti.
En effet, leur politique opportuniste de droite ou de "gauche" correspondait aux intérêts objectifs de ces classes. En voici deux exemples. Au moment de la discussion sur la paix de Brest-Litovsk, de début janvier à avril 1918, Boukharine et Piatakov prônaient une politique aventuriste ; ils tombèrent dans le piège de la provocation à la "guerre révolutionnaire" contre l'Allemagne qu'organisaient les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires. L'armée était complètement épuisée et incapable de se battre ; l'obliger à faire une "guerre révolutionnaire" devait tourner à la catastrophe. L'opportunisme de "gauche" de Boukharine exprimait les intérêts de classe de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie qui voulaient provoquer l'effondrement du pouvoir bolchevik.

Depuis le début de novembre 1920 jusque fin janvier 1921, le Parti bolchevik a été paralysé par une discussion inutile et inopportune provoquée par Trotsky. Selon les termes de Lénine, Trotsky aurait fabriqué des textes d'une "logomachie creuse, dépourvue de tout contenu", d'un "vain bavardage d'intellectuels" qui ne portaient aucune attention à "l'expérience pratique" et à la vérification de cette expérience. «C'est là une erreur politique radicale, très profonde et dangereuse.»

Politiquement, Trotsky proposait de "secouer les syndicats" et il défendait "les excès inutiles et néfastes de la bureaucratie" à l'encontre des syndicats. «La politique de Trotsky est une politique de tracasserie bureaucratique à l'égard des syndicats», disait Lénine. «Le camarade Trotsky a commis plusieurs erreurs qui touchent au fond même de la question de la dictature du prolétariat. ... (Nous avons) des désaccords sur les méthodes d'aborder les masses, de gagner les masses, de réaliser la liaison avec les masses. Tel est le fond du problème.» «Si nous abordons les syndicats d'une manière erronée, le pouvoir des soviets et la dictature du prolétariat sont perdus.»

La politique de Trotsky aurait conduit à ce que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires gagnent la majorité des syndicalistes et provoquent le renversement du pouvoir bolchevique.

Déjà du temps de Lénine, les lignes opportunistes apparues à la tête du parti auraient pu conduire le pouvoir socialiste à sa perte, si la majorité de la direction les avait suivies. En effet, ces lignes trouvaient immanquablement le soutien des éléments opportunistes, douteux et contre-révolutionnaires qui s'étaient infiltrés en masse dans le parti. D'abord, des aventuriers, des éléments douteux, des filous et d'autres ennemis entrèrent dans le Parti bolchevik. Lénine : «Chacun sait qu'au nombre des "amis" du bolchevisme, il existe, depuis que nous avons triomphé, beaucoup d'ennemis. Il se faufile souvent parmi nous des éléments extrêmement douteux, des filous, qui ... nous vendent, nous trompent, nous trahissent.» «Il est absolument inévitable que des aventuriers et d'autres éléments des plus nuisibles s'insinuent dans le parti dirigeant. Aucune révolution ne l'a évité et ne l'évitera. Le tout est que le parti dirigeant qui s'appuie sur une classe avancée, saine et vigoureuse, sache épurer ses rangs.»

Ensuite, l'esprit bureaucratique qui régnait dans de nombreuses institutions soviétiques, a également gagné les membres du parti travaillant dans ces institutions. Lénine : «On conçoit que le bureaucratisme, qui a fait sa réapparition dans les institutions soviétiques, ne pouvait manquer d'exercer aussi une influence dissolvante dans les organisations du parti, puisque les cadres supérieurs du parti sont également ceux de l'appareil soviétique: c'est une seule et même chose.» «Notre pire ennemi intérieur, c'est le bureaucrate, le communiste qui occupe dans les institutions soviétiques un poste responsable ... entouré du respect de tous, comme un homme consciencieux. Un peu brutal, peut-être, mais sobre. Il n'a pas appris à lutter contre la paperasserie, il ne sait pas lutter contre elle, il la couvre.»

En plus, des révolutionnaires qui avaient accepté beaucoup de sacrifices au cours de la lutte, voulaient être "récompensés" et "profiter" à leur tour du pouvoir. Lénine : «Oui, en renversant les grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie, nous avons déblayé la voie au socialisme, mais nous n'en avons pas bâti l'édifice. Et, sur le terrain où une génération a fait place nette, on voit constamment paraître dans l'histoire des générations nouvelles, pourvu que la terre enfante, et elle enfante des bourgeois à profusion. Et ceux qui considèrent la victoire sur les capitalistes du point de vue des petits propriétaires : "Ils ont empoché, maintenant c'est notre tour !" donnent naissance à une nouvelle génération de bourgeois.»

Et finalement, de nombreux anciens membres du parti menchevik ont rejoint le parti bolchevik sans pour autant avoir changé fondamentalement leur idéologie et leurs conceptions politiques. Lénine : «En fait d'épuration du Parti, j'indiquerai une tâche particulière, celle qui consiste à l'épurer des anciens mencheviks. ... Dans la période de 1918 à 1921, les mencheviks ont révélé deux traits qui leur sont propres: le premier, c'est l'art de s'adapter habilement, de s'accrocher au courant qui domine chez les ouvriers ; le second, c'est de servir encore plus habilement, corps et âme, les gardes blancs. ... Il faut chasser du Parti les filous, les communistes bureaucratisés, malhonnêtes, mous, et les mencheviks qui ont 'repeint façade', mais qui, dans l'âme, sont restés des mencheviks.»

Les révisionnistes et la lutte de classes sous le socialisme

Staline a toujours suivi la politique de Lénine et il a mené correctement la lutte de classes contre la bourgeoisie, aussi bien contre la vieille bourgeoisie que contre la bureaucratie, c'est-à-dire la bourgeoisie qui se reconstituait à l'intérieur des institutions socialistes.

Au cours des années 1937-1938, l'imminence de la guerre a poussé toutes les forces bourgeoises et tous les opportunistes à joindre leurs forces dans une tentative ultime de renverser le pouvoir soviétique. La cinquième colonne recrutée par l'impérialisme allemand, les forces ennemies à l'extérieur et à l'intérieur des institutions soviétiques, les trotskistes et boukharinistes, devenus des adversaires irréductibles du léninisme, ainsi que les bureaucrates, ont tous groupé leurs efforts pour renverser ce qu'ils appelaient la direction stalinienne. Le parti a pu écraser à temps ce complot, épurer le parti, l'armée et les institutions soviétiques et créer ainsi les conditions de la victoire sur l'agression nazie.

En 1956, lorsqu'il a rejeté publiquement tous les principes léninistes, le traître Khrouchtchev a affirmé qu'en 1936 les classes exploiteuses étaient déjà liquidées et qu'il n'y avait plus de base sociale pour une contre-révolution !

Dans son Rapport secret, il prétend : «Même pendant que se déroulait la furieuse lutte idéologique contre les trotskistes, les zinoviévistes, les boukharinistes et les autres, on n'a jamais pris contre eux des mesures de répression extrême. Mais quelques années plus tard, alors que les classes exploiteuses étaient déjà liquidées, que la structure sociale soviétique avait radicalement changé, alors que la base sociale pour des mouvements et les groupes politiques hostiles au Parti s'était extrêmement rétrécie, alors que les adversaires idéologiques du Parti étaient depuis longtemps vaincus politiquement, c'est alors que commença la répression contre eux.»

Il s'agit là d'une négation de toute la théorie léniniste sur le maintien des classes et de la lutte de classes sous le socialisme. Est-ce qu'en 1937, les nombreux moyens dont, selon Lénine, l'ancienne bourgeoisie dispose pour combattre le socialisme lui avaient été complètement enlevés ? Est-ce que les éléments bourgeois ne s'infiltraient plus dans les institutions soviétiques ? Est-ce que la dégénérescence politique des communistes aux postes de direction ne se produisait plus ? Est-ce que l'impérialisme ne nouait plus de liens avec l'ancienne bourgeoise et avec les communistes bureaucratisés ? Il est certain que tous ces phénomènes négatifs se produisaient à une grande échelle en 1936, comme ils continuèrent à se produire en 1956... et même en 1986. Que la contre-révolution soit encore possible après soixante-dix années de socialisme, est la meilleure preuve qu'il y avait bel et bien une "base sociale" pour les groupes anti-léninistes en 1937, à peine vingt ans après la révolution d'Octobre !

Khrouchtchev attaqua la pratique révolutionnaire de Staline, pour pouvoir officiellement enterrer la théorie de Lénine sur la lutte de classes sous le socialisme. Ainsi, Ponomarev écrit en 1964-1967 : «La force du système socialiste rend ... vaines toutes les tentatives de l'impérialisme de 'repousser' le socialisme par la voie militaire, de restaurer le capitalisme là où il est liquidé depuis longtemps.» «Actuellement, non seulement en URSS., mais dans les autres pays socialistes, ont été liquidées les bases économiques et sociales d'une 'restauration du capitalisme'. La pratique a confirmé que bien qu'en période de construction socialiste, la résistance des vestiges de la contre-révolution intérieure puisse par moments se renforcer et prendre une forme aiguë, comme ce fut, par exemple, le cas en Hongrie lors du soulèvement contre-révolutionnaire, elle est néanmoins incapable de ressusciter le vieil ordre bourgeois.»

La stupidité de cette thèse saute aux yeux. La contre-révolution hongroise de 1956 a mobilisé toutes les anciennes forces fascistes et bourgeoises de la Hongrie, soutenues et encouragées par les révisionnistes à la tête du parti, du genre Imre Nagy. Les impérialismes américain et allemand ont apporté une aide multiforme aux anticommunistes. Le révisionniste Nagy s'affichait trop ouvertement avec les anciens fascistes et les anciens bourgeois ; il prônait ouvertement la "neutralité" et le passage dans le camp de l'impérialisme. Si Khrouchtchev avait accepté cela, il aurait été renversé par la gauche du PCUS. Mais après l'écrasement de l'insurrection contre-révolutionnaire, la ligne révisionniste a continué à se développer sous Kadar et les forces contre-révolutionnaires ont perfectionné leurs tactiques. La restauration capitaliste en Hongrie de 1989 a été réalisée par les mêmes forces et sur le même programme que l'insurrection de 1956. En prétendant que la restauration du capitalisme n'était plus possible en 1936 et a fortiori en 1956, Khrouchtchev a liquidé la dictature du prolétariat qui est la question essentielle du marxisme et du léninisme. Ainsi Khrouchtchev a entamé un processus politique qui a réintroduit toutes les conceptions sociales-démocrates, bourgeoises dans le Parti communiste. De cette façon, les révisionnistes ont jeté les bases idéologiques et politiques de la restauration effective du capitalisme par Gorbatchev.

 

Dossier complémentaire : A propos de la polémique sino-albanaise

 

 

Déclaration de la Conférence internationale de Leningrad des partis communistes et ouvriers

Les leçons du 80ème anniversaire de la révolution d'Octobre, Leningrad, 7 novembre 1997

La Conférence de Leningrad tenue du 6 au 9 novembre 1997 a adopté une importante déclaration, signée initialement par vingt-trois partis communistes.

Cette conférence marque une évolution importante du mouvement communiste international. Particulièrement en ex-URSS où elle trace une nette ligne de démarcation entre le parti réformiste de Ziouganov et les partis marxistes-léninistes.

Voici la déclaration :

La grande révolution d'Octobre 1917 a confirmé la justesse de la théorie marxiste-léniniste sur la nécessité de la révolution socialiste, seule voie conduisant à la victoire du prolétariat dans la lutte contre le capital, et sur le succès de la construction du socialisme et du communisme - une société où chacun peut se développer librement. Toutes les autres voies de réformes progressives conduisent inévitablement au renforcement de l'inégalité sociale et au perfectionnement des formes d'exploitation. La voie du socialisme, que la Commune de Paris a été la première à suivre ouvertement, est une voie de pionniers. La théorie du socialisme scientifique et la pratique de la construction du socialisme au 20ème siècle ont démontré de manière convaincante que le pouvoir établi après la révolution socialiste ne peut être essentiellement que la dictature du prolétariat, de la classe ouvrière.

Pas de pouvoir ouvrier sans soviets, pas de révolution sans parti révolutionnaire : Les diverses formes de pouvoir de la classe ouvrière, qui est le noyau le plus révolutionnaire et le plus organisé du prolétariat, correspondent toujours et partout dans leur essence aux mesures pratiques de la Commune de Paris qui a voulu faire des travailleurs les vrais maîtres de la société. La classe ouvrière russe a démontré que la forme la plus adéquate, correspondant à l'essence de la dictature du prolétariat, est celle des soviets. Dans leur constitution et leur fonctionnement, les soviets s'appuient notamment sur la réalité objective: l'organisation des travailleurs dans le processus de la production sociale. Les soviets, qui sont élus dans les collectivités ouvrières et unissent la société dans un seul réseau, constituent la garantie du caractère prolétaire du pouvoir, du contrôle et de la direction par les masses travailleuses. L'expérience de la Commune de Paris et, surtout, celle de l'URSS, ont démontré le rôle irremplaçable d'un parti ouvrier révolutionnaire comme noyau dirigeant dans la construction de la nouvelle société. La théorie de Lénine sur le parti garde toute sa signification: « Pas de mouvement révolutionnaire sans parti révolutionnaire. » Le Parti bolchevique de Lénine et de Staline était un tel parti. Sous la direction de ce parti, l'URSS a réussi à résoudre de nombreuses questions fondamentales. Aucun pays capitaliste n'est jamais parvenu et ne parviendra jamais à les résoudre. Ceci a été démontré par les expériences des partis frères dans les pays de la communauté socialiste. Ont été résolus : le problème du plein emploi, de l'enseignement gratuit et de la médecine gratuite, de l'accès à la science et à la culture. En URSS, le logement, les services sociaux et le transport public étaient pratiquement gratuits. Il est également important d'observer que le socialisme protégeait la vie humaine. Aucun pays capitaliste n'a jamais assuré la sécurité que l'Union soviétique garantissait à la population sous le socialisme.

La révision du marxisme-léninisme a détruit le pouvoir ouvrier de l'intérieur : L'expérience de l'URSS a également démontré de manière convaincante que la base économique de la réalisation, du renforcement et du développement du pouvoir soviétique comme forme de dictature du prolétariat est la propriété collective des moyens de production et la production planifiée des biens au service direct de la société. C'est la production de biens de consommation visant à l'accomplissement des besoins matériels et culturels des travailleurs. Le but de la production socialiste n'est pas l'accroissement de la valeur en soi, il n'est pas la plus-value, mais la réalisation du bien-être ainsi que le développement et l'épanouissement de tous les membres de la société. Rejeter ce but en s'orientant vers l'économie de marché conduit à la destruction du socialisme, car, par principe, l'économie de marché ne peut pas constituer la base de la dictature du prolétariat. L'économie de marché, c'est le capitalisme, la base de la dictature de la bourgeoisie.

La théorie marxiste-léniniste ne dicte pas de recettes détaillées ou de modèles idéaux de la société future. Marx et Engels écrivaient que le communisme n'est pas un état qu'il faut instituer, qu'il n'est pas un idéal auquel il faut conformer la pratique. Selon eux, le communisme est une action, une force agissante qui détruit la situation actuelle basée sur l'injustice qui freine le développement de la société. Le prolétariat a besoin d'un Etat pour détruire ses ennemis de classe. La révolution ne s'achève donc que lorsque les communistes ont atteint leur but final: la société sans classes, lorsque l'Etat s'éteint progressivement, lorsque la construction du communisme se réalise, lorsque la menace d'agression du capitalisme, émanant de l'intérieur mais également de l'extérieur, disparaît. La bureaucratie et la dégénérescence idéologique et politique à la direction de l'appareil d'Etat et du parti, la révision du marxisme-léninisme effectuée à partir des 20ème et 22ème congrès du PCUS, et portée à son apogée dans la politique de la perestroïka, le rejet des principes fondateurs du communisme dans la théorie et la pratique, ont conduit à la contre-révolution et, avec l'aide de l'impérialisme international, au renversement du socialisme en URSS.

Dans ces conditions, les communistes disent ouvertement : il ne faut pas que la révolution s'arrête. Derrière la contre-révolution, la révolution est déjà en train de monter !

Le mouvement communiste se renforce en s'épurant : L'oligarchie financière, les sociétés transnationales, dont les troupes de choc sont l'impérialisme américain et le sionisme international, sous la bannière mensongère de la 'Démocratie au niveau mondial', exercent une pression croissante pour instaurer un nouvel ordre mondial et tentent d'arrêter le processus historique objectif et d'imposer l'esclavage industriel à l'humanité sur base d'un partage international du travail inéquitable et d'un système d'endettement. Leur idéologie est le néo-libéralisme, ainsi que les théories sociales-démocrates sur le partenariat social, la paix civile et l'épuisement du potentiel révolutionnaire. Cette idéologie est complétée par les idées révisionnistes et opportunistes répandues par la bourgeoisie comme des foyers d'infection au sein du mouvement communiste international. Et lorsque cette tactique échoue, les machines militaires des Etats-Unis et de l'Otan se mettent en marche. Mais l'humanité ne peut pas poursuivre son développement sur base d'une production dominée par la propriété privée. La vie et le développement d'un être humain ne peuvent être limités par le critère de la propriété ou par la volonté de quelques individus de dominer le monde et de maintenir les autres dans l'esclavage. Le mouvement communiste international se purifie des traîtres sociaux et se renforce en acquérant une qualité nouvelle dans le courant de la lutte.

Face au slogan bourgeois 'démocratie au niveau mondial', les communistes déclarent devant le monde entier: seule la lutte contre l'impérialisme dans la perspective de la construction du socialisme et du communisme, seule la voie dans laquelle les communistes se sont engagés par la révolution d'Octobre, est la voie de l'humanité, la voie vers la liberté, l'égalité et la fraternité et le bonheur de tous les peuples. La réorganisation du mouvement communiste international, la sortie de la crise actuelle, la fin de la capitulation, l'élaboration d'une stratégie commune sur base du marxisme-léninisme et de l'internationalisme prolétarien, voilà les tâches urgentes que les conditions actuelles de la lutte contre le capital international nous imposent. Pour le mouvement communiste, il importe aujourd'hui de mener la lutte internationale contre l'impérialisme et la guerre. L'une de nos tâches principales est de combattre le révisionnisme sous toutes ses formes, sans faire de compromis et en le désignant comme le danger principal nous menaçant. Le potentiel de la révolution n'a pas de limites. Elle n'est pas imposée par la volonté de ses dirigeants et de ses partis, mais elle exprime la volonté inébranlable de la classe d'avant-garde et des peuples opprimés et exploités d'investir les résultats de leur travail dans le développement des moyens de production de la société et de créer des valeurs idéologiques pour tous.

Que l'idée et la cause de la grande révolution d'Octobre continuent à vivre à travers les siècles ! Travailleurs et peuples exploités et opprimés, au combat ! Vive la révolution socialiste soviétique ! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Liste des signataires :

1 - Nouveau parti communiste de Yougoslavie ; 2 - Parti du Travail de Belgique ; 3 - Parti ouvrier de Turquie ; 4 - Parti communiste grec (KKE) ; 5 - Parti communiste syrien ; 6 - Parti communiste de Palestine ; 7 - Front démocratique pour la libération de la Palestine ; 8 - Parti communiste roumain ; 9 - Parti communiste des Peuples d'Espagne ; 10 - Parti communiste égyptien ; 11 - Parti communiste slovaque ; 12 - Union des Partis communistes - PCUS ; 13 - Parti communiste d'Azerbaïdjan ; 14 - Parti communiste de Tadjikistan ; 15 - Parti communiste de Biélorussie ; 16 - Parti communiste d'Estonie ; 17 - Parti communiste de Lituanie ; 18 - Parti communiste de Kirghizistan ; 19 - Parti communiste de Géorgie ; 20 - Parti communiste d'Ukraine ; 21 - Parti communiste ouvrier de Russie ; 22 - Parti communiste bolchevique de toute l'Union soviétique ; 23 - Parti ouvrier et paysan de Russie ; 24 - Parti communiste des Philippines ; 25 - CPI (ML) Libération - Inde ; 26 - CPI (ML) Second Comité Central - Inde ; 27 - Organisation des Peuples Iraniens Guerrillas Fédaii ; 28 - L'Action Tchadienne pour l'Unité et le Socialisme (ACTUS) ; 29 - Association pour la Promotion de l'Etude du Mouvement Ouvrier - Allemagne ; 30 - Forum anti-impérialiste - Allemagne ; 31 - Parti Communiste d'Allemagne KPD ; 32 - Gauche Radicale Luxembourg ; 33 - Parti ouvrier et paysan du Népal ; 34 - Mouvement pour la Paix et le Socialisme – Italie ; 35 - Parti de l'Avant-Garde Démocratique Socialiste (PADS) - Maroc ; 36 - Nouveau Parti communiste de Grande-Bretagne ; 37 - Centre d'Unité Socialiste d'Inde (SUCI) ; 38 - Parti révolutionnaire marxiste-léniniste du Chili ; 39 - Parti Socialiste de Bangladesh ; 40 - Parti de la Libération d'Argentine ; 41 - Chimurenga, Congrès des Forces démocratiques anti-impérialistes panafricaines ; 42 - Convention Kwame Nkrumah - Parti populaire du Ghana ; 43 - Front Patriotique pour le Renouveau et le Progrès - République Démocratique du Congo ; 44 - Cercle Henri Barbusse – France.

Documents du Séminaire Communiste International

 

Thèmes des dernières sessions du SCI :

4-6 mai 2007, Validité et actualité de la Révolution d'Octobre 1917 pour le 21ème siècle

5-7 mai 2006, Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international

2-4 mai 2005, Les expériences et les tâches internationalistes des communistes en lutte contre l'impérialisme

2-4 mai 2004, La stratégie et la tactique de la lutte contre la guerre globale impérialiste des États-Unis

2-4 mai 2003, Le parti marxiste-léniniste et le front anti-impérialiste face à la guerre

2-4 mai 2002, Crises économiques et la possibilité d'une crise mondiale majeure

2-4 mai 2001, La révolution socialiste mondiale dans les conditions de la globalisation impérialiste

2-4 mai 2000, Impérialisme, fascisation et fascisme

2-4 mai 1999, L’impérialisme, c’est la guerre

2-4 mai 1998, La classe ouvrière, son rôle dirigeant, nouvelles formes d’exploitation et expériences de lutte et d’organisation

2-4 mai 1997, L'actualité de la voie de la Révolution d’Octobre

Depuis 1992, le Séminaire communiste international (SCI), organisé chaque année à Bruxelles (Belgique), réunit des partis et organisations qui défendent le marxisme-léninisme et l'internationalisme prolétarien, et qui s'opposent au révisionnisme. Au total, quelques 150 organisations d'Afrique, d'Amérique latine, d'Amérique du Nord, d'Asie et d'Europe ont participé à ses travaux.

Pendant quatre ans, de 1992 à 1995, le SCI s'est attaché à identifier les véritables causes de la restauration capitaliste en Union soviétique et en Europe de l'Est et d'en tirer les leçons pour l'avenir. Le livre "L'effondrement de l'Union soviétique : causes et leçons", édité (en anglais et en français) par le SCI et EPO (Bruxelles, 1998 ; 15 euros, port non compris) contient notamment 12 contributions présentées au Séminaire. On peut y lire :

"Dans la situation créée par l’éclatement de l’Union soviétique et l’introduction du capitalisme sauvage dans ce pays et en Europe de l’Est les partis et organisations fidèles aux principes révolutionnaires du marxisme-léninisme tirent les leçons des processus contre-révolutionnaires qui ont détruit le socialisme en Union soviétique. Face à l’offensive déchaînée par la réaction, ils ressentent la nécessité de s’unir pour mener une contre-offensive en faveur des masses exploitées et opprimées et pour redonner à tous ceux qui se battent contre le capitalisme et l’impérialisme confiance dans l’avenir socialiste de l’humanité " (p.331).

Le Parti du Travail de Belgique (PTB) assure le secrétariat du Séminaire.

Depuis 1996, Le SCI a eu pour thèmes des questions brûlantes pour le mouvement communiste international. Une partie importante des résolutions et les rapports présentés aux différentes sessions du SCI sont disponibles sur le site internet http://www.icsbrussels.org/index.htm

SEMINAIRE COMMUNISTE INTERNATIONAL BRUXELLES MAI 2004
 

La reconstitution du Parti Communiste de l’Union soviétique,
une nouvelle étape dans la lutte pour la renaissance de l’URSS,
contre la globalisation impérialiste et le néo-colonialisme

 

 

Oleg Chénine, président du PCUS

 

 

Thèses

 

 

L’analyse léniniste de l ‘impérialisme reste adéquate dans son essence : «L’impérialisme augmente et aggrave les contradictions du capitalisme, passe de la concurrence libre au monopole, mais il ne peut pas éliminer l’échange, le marché, la concurrence, les crises».

 

On peut constater aujourd’hui avec certitude :

Ce dernier point est surtout vrai pour les républiques de l’Union soviétique, et notamment la plus forte entre elles, la Russie, n’y fait pas exception. Le début du processus contre-révolutionnaire, c’était le révisionnisme de Khrouchtchev, qui a rejeté la ligne du 19ème congrès de l’URSS, concernant les mouvements de libération nationale, qui montaient après la deuxième guerre mondiale et après le krach du système colonialiste.

 

La décision, qui a été prise au 20ème congrès du Parti Communiste de l’Union soviétique en 1956, concernant la question du «culte de la personnalité», et qui a été rejetée par le 32ème Congrès du PCUS, en 2002, a provoqué sur le plan mondial :

Au milieu des années quatre-vingt dix, l’impérialisme américain a employé de façon toujours plus active le mécanisme des bourses internationales pour la circulation des dollars superflus, qui surpassaient les besoins du marché. Le volume des billets de dollars superflus surpasse de 50 à 200 fois les besoins réels. Dans cette situation l’économie des Etats-Unis marchait vers le krach, et avait besoin du 11 septembre. Ici dans la salle nous avons tous du bon sens, et personne d’entre nous ne pourrait croire que le 11 septembre a été organisé dans une caverne. Ces événements étaient organisés avec la participation de forces puissantes aux Etats-Unis mêmes.

 

La Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak, la Palestine, sont des maillons dans la guerre globale contre «le terrorisme global» comme unique moyen de sauver le capitalisme, suivant la présentation des stratèges transnationaux.

 

On démolit le système international, édifié après la deuxième guerre mondiale sous la direction des Nations unies. Il ne plaît plus aux intérêts de l’impérialisme américain, qui veut l’hégémonie mondiale en opposition aux intérêts des peuples qui luttent contre lui.

 

L’effondrement, lié à l’agression militaire de l’impérialisme et du sionisme contre l’Irak et la Palestine, s’approche et peut amener à l’explosion de l’Etat et de la société américaine, et encore à une crise globale mondiale.

 

La montée dans le monde entier du mouvement anti-impérialiste, anti-globaliste, antisioniste est évidente dans les derniers événements et est significative. Le désir et la possibilité d’atteindre l’unité vont de pair pour la première fois avec les conditions objectives qui se sont formées.

 

Le mouvement communiste mondial n’est pas encore sorti de la crise longue et aiguë, qui épuise ses forces, et son rôle et autorité dans l’arène mondiale s’affaiblissent. La racine du mal, c’est le «multipartisme communiste» crée artificiellement, qui conditionne le révisionnisme dans la théorie et l’opportunisme dans la pratique.

 

Les bases de l’unification :

Notre apport, c’est l’unification le 29 février de cette année au 33ème congrès de l’Union des Partis Communistes - PCUS en Parti Communiste de l’Union soviétique, l’adoption du Programme et des Statuts.

 

Le PCUS part de la position, que la destruction criminelle de l’URSS est le résultat de l’activité hostile, ininterrompue après la victoire de la Révolution d’Octobre, des forces de classe bourgeoises, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Tous les moyens du monde capitaliste ont été utilisés pour détruire l’Union soviétique, et cette contre-révolution portait et porte un caractère mondial, vraiment planétaire.

 

Il y avait aussi des facteurs complémentaires. Le premier, le plus important, c’est l’économie marchande croissante, qui a acquis des traits du capitalisme d’Etat à partir des réformes des années 50-60.

 

Le rejet de la dictature du prolétariat, la proclamation de l’ «Etat du peuple entier», par principe impossible dans une société de classe, et la séparation de la direction du parti prolétarien de sa base de masse sociale.

 

Les organes du PCUS se sont transformés graduellement en appendice de l’appareil d’Etat, formation de castes et de couches bureaucratisées.

 

Néanmoins, il n’y avait aucun problème politique, économique, social ou culturel insoluble, qui devait nécessairement mener à la destruction de la grande puissance. En dépit de toutes les erreurs, l’URSS contenait un tel potentiel puissant, qui lui permettait de résoudre n’importe quelle tâche de défense du pays, de vaincre les difficultés (ce n’étaient pas des crises), qui surgissaient naturellement sur la voie du développement socio-économique. Le rôle décisif dans le succès de la contre-révolution a été tenu par le facteur subjectif.

 

La reconstitution du PCUS est une nouvelle étape dans la lutte pour la renaissance de l’URSS, contre la globalisation impérialiste et le néocolonialisme.

 

Les tâches prioritaires :

 

La lutte intransigeante contre l’opportunisme et le révisionnisme, l’éducation, l’enseignement et l’unification de la classe ouvrière, le travail avec les alliés et les compagnons de route, l’attraction des hésitants vers soi, et l’activité journalière et tenace organisationnelle.

 

La restauration de l’URSS comme un type d’Union européenne serait une absurdité. Dans celle-ci règnent la loi du plus fort, et les faibles n’ont qu’à se soumettre et entrer dans les schémas proposés.

 

Notre approche, c’est le libre consentement, l’égalité absolue en droits et l’absence de la moindre discrimination quelconque.

Les conditions et facteurs réels de l’unification soviétique sont restés les mêmes :

 

L’intérêt de classe du prolétariat, la seule classe qui peut diriger le travail, la propriété et le pouvoir dans une harmonie au profit de toute la société

 

Le vrai internationalisme, la base de la conception du monde du peuple soviétique, dans lequel il a été éduqué dès sa naissance. Il n’a pas disparu, il a seulement été chassé dans les profondeurs.

 

La nécessité d’une alliance militaire de toutes les républiques face à la contre-révolution et l’asservissement

 

La nécessité d’une union économique des républiques, car l’expérience «de l’indépendance et de la souveraineté complète», de la division, menace de détruire finalement leurs dernières ressources.

 

La nécessité de relations extérieures unifiées (les affaires étrangères, le commerce extérieur), en laissant aux républiques l’autonomie dans les affaires intérieures.

 

Un grand avantage, c’est l’héritage inestimable matériel et économique de l’URSS (qu’on n’a pas pu «dévorer» jusqu’ici), et aussi l’héritage politique, morale et culturelle.

 

La bourgeoisie «nationale» de compradores dans les républiques, craint le peuple soviétique plus que l’expansion du capital étranger et se prépare à défendre le butin, volé avec l’aide de l’Otan. Dans ces conditions, l’arsenal nucléaire de la Russie joue un rôle important. (ainsi que le travail du parti dans l’armée).

 

Le cercle se ferme : l’homme soviétique individuel, le peuple soviétique, l’Etat soviétique unifié, l’humanité «socialisée». Les facteurs internes et externes sont dialectiquement complémentaires. On ne peut pas se passer d’un Komintern.

 

La voie de la liquidation de la menace pour l’existence de l’homme de la part de l’impérialisme, vers la renaissance de l’Union soviétique, c’est la révolution socialiste.

SEMINAIRE COMMUNISTE INTERNATIONAL BRUXELLES MAI 2005

Contribution de « Union des Révolutionnaires-Communistes de France »

La bataille pour le NON à la constitution européenne

 et l’unité des communistes.

 

La politique générale de l’Union Européenne correspond à la nécessité de concentrer le capital monopoliste à l’échelle du vieux continent afin de faire face à la lutte pour le repartage du globe ; par la recherche du surprofit au moyen de la surexploitation des travailleurs, du pillage des Etats dominés, de la consolidation et la conquête de nouveaux marchés. L’UE vise à disputer l’hégémonie mondiale à ses rivaux impérialistes : les Etats-Unis, le Japon.

 

Le projet de traité constitutionnel de L’Union Européenne (UE) exprime une nouvelle étape de la construction capitaliste de l’Europe, renforçant et structurant la domination absolue des monopoles sur les sociétés et Etats. Au centre du projet se trouve

 

« La concurrence libre et non faussée (…), une économie de haute compétitivité » (extrait de l’article 1-3).

 

Ce projet appelle plusieurs réflexions de forme et de fond. Sur la forme, une commission de 105 membres dirigée par l ‘ancien Président Français Giscard (connu pour sa politique antisociale) et qui comprenait  63 membres de l’Internationale socialiste a rédigé ce projet. Ce texte est à donc l’expression du consensus entre les deux forces dirigeantes des Etats capitalistes d’Europe, en alternance : le courant réactionnaire-conservateur et la social-démocratie. Consensus qui se fonde sur la gestion de la crise capitaliste pour le seul bénéfice des monopoles.

 

Le projet est aussi le fruit d’un compromis entre les deux coalitions s’affrontant au sein de l’UE : L’Euro-atlantisme (Grande-Bretagne, Italie), partisans sous la direction de l’impérialisme US, d’un marché euro-atlantique  intégré du type AMI ; et l’autre coalition qui dirige l’UE : le condominium Germano-Français qui souhaite une UE forte voire l’émergence demain d’un Etat Européen sous son hégémonie. Ce compromis se reflète dans la partie militaire du Traité qui inscrit les missions de l’UE dans le cadre de L’OTAN (d’où le soutien de Bush), tout en ne fermant pas la porte à l’armée européenne.

 

Le Traité présente une originalité par rapport aux constitutions bourgeoises traditionnelles. Ces dernières reconnaissent un certain nombre de droits, obtenus parfois comme résultat des luttes de classes existantes, obligeant le capital à des reculs (comme les constitutions nées des Résistances antifascistes), soit sur la base de la démagogie et tromperie pour lier le prolétariat et les travailleurs à la démocratie bourgeoise. Dans tous les cas, ces constitutions présentent un caractère formel.

 

Le projet de L’UE est plus un programme commun des Etats impérialistes d’Europe, la définition d’une stratégie générale des monopoles, qu’une constitution à proprement parler.  L’objectif est de faire entériner par les peuples : un cadre économique, social, politique, militaire, idéologique obligatoire autour du néo-libéralisme.

 

En effet, l’aspect principal du Traité est d’imposer partout une seule politique économique, et ainsi d’interdire toute tentative de régulation bourgeoise de type Keynésien, mais aussi des mesures démocratiques comme la nationalisation de secteurs industriels voulant délocaliser dans le but de sauvegarder la production, les emplois, de satisfaire des besoins. Dans le même ordre, la taxation du capital, la progressivité des impôts sur le revenu, formellement perdent leur caractère légal. Il s’agit donc d’un tournant réactionnaire qui vise à intensifier la surexploitation, à aggraver les conditions de travail, à liquider les conquêtes sociales et démocratiques, liés aux succès notamment des Résistances Antifascistes Ces conquêtes mises à mal depuis plusieurs décennies sont clairement en voie de liquidation.

 

La bataille contre ce Traité constitutionnel revêt une haute portée de classe. Sans prétendre développer une analyse exhaustive, appuyons notre démonstration sur deux questions : les droits sociaux, la politique militaire.

 

La très bureaucratique et réformiste Confédération Européenne des syndicats (CES), présente ce projet comme une « avancée sociale ». Il n’en est rien, puisque aucun droit nouveau n’y figure. Certains droits sont rappelés de manière formelle mais sont vides de tout contenu.

« L’UE combat l’exclusion sociale et les discriminations et promeut l’égalité entre les femmes et les hommes. » (art. 1-3).

 

La réalité est passablement différente puisqu’en moyenne dans les Etats de l’UE, le salaire des femmes est inférieur de 30%, les discriminations à l’embauche ou pour les promotions persistent. En France,  seul le  secteur  public accordait à travail égal, l’égalité de traitement, mais précisément, le Traité constitutionnel veut privatiser l’ensemble de ses services !

 

Pire de nombreux droits des femmes ont été supprimés au nom d’une conception dévoyée de l’égalité. La directive 76/207 de l’UE a levé l’interdiction du travail de nuit des femmes dans le secteur industriel ! En France, la majorité des emplois précaires sont attribués aux femmes.

 

«  L’UE promeut la justice sociale et la protection sociale (…), la solidarité entre les générations . » (art 1-3).

 

Que devient en France et en Europe, la solidarité inter-générationnelle quand les réformes sur les retraites s’attaquent au régime par répartition, fondée sur la solidarité entre jeunes et anciens (les jeunes finançant les pensions des retraités) et mettent en place la capitalisation individuelle et les fonds de pension !

 

Même mensonge sur la protection sociale , la Commission Européenne déclare la nécessité « d’adapter les systèmes de protection y compris les systèmes de santé à la réduction des déficits ». Politique de l’UE, qui s’est traduite en France par la suppression de 105 000 lits d’hôpitaux, rentabilité financière oblige, cause des 15 000 morts de la canicule durant l’été 2003.

 

« Tout citoyen a la liberté de chercher un emploi » (art 2-75). Ainsi, dans ce projet, le droit au travail reconnu dans nombre de constitutions bourgeoises nationales est simplement liquidé. Certes ce droit était plus que formel, mais du moins l’Etat avait certaines obligations  vis à vis des citoyens. A la place, on a le droit de « chercher » un travail (comme le dit la chanson, en France, « merci patron »), et si on est au chômage , ni les capitalistes ni l’Etat n’ont de comptes à vous rendre.

 

« l’UE  veut promouvoir une politique de main d’œuvre qualifiée, susceptible de s’adapter »  (art III-27). C’est justement au nom de cette « adaptation » que partout des mesures néo-libérales ont été prises, afin de faire de l’UE, un champion de la flexibilité, de la précarité, en France, 40 % des emplois crées sont précaires, un salarié sur 5 est payé ainsi en-dessous du salaire minimum. Tout le projet constitutionnel tourne autour de l’objectif maintes fois réitéré : « maintenir la compétitivité » (art.III-209).

 

Concernant la durée légale du temps de travail, le texte est cynique :

 

« Tout travailleur a droit  à une limitation de la durée maximale, c’est à dire à des périodes de repos journalier et hebdomadaire » (art. III-91). Dans ce cadre , une nouvelle loi en France allonge la durée du temps de travail jusqu’à 45 heures par semaine, rappelons que la revendication syndicale est de 35 heures ! On va dans certains Etats d’Europe, vers des semaines de 65 heures. Où sont les avancées sociales saluées par la CES, quand le projet écrit sur les licenciements :

 

 «  tout travailleur a droit à une protection contre tout licenciement injustifié » (art.2-90), ce qui revient à s’inscrire dans la logique capitaliste, en reconnaissant qu’il y a des licenciements justifiés ! C’est bien, la loi de la jungle, fondé sur la concurrence tous azimuts et ses corollaires : les fermetures d’entreprises, les délocalisations, le chômage massif. Le projet écarte tout moratoire sur les licenciements (mesure pourtant timide) a fortiori, toute interdiction législative des licenciements, revendication des forces syndicales de progrès. D’autres droits sont liquidés d’un trait de plume, le droit au logement, aux pensions aux minima sociaux. Rien sur la gratuité des transports pour les chômeurs.

 

            Le lock-out, vieille arme patronale pour briser les grèves, est légalisé ! La question des services publics fait couler beaucoup d’encre en France où la majorité des citoyens souhaitent leur maintien (66%). La direction du parti socialiste défendant le projet de constitution, prétend que les services publics sont reconnus « pour la première fois ».

 

Notons leur particulière démagogie, puisque c’est le gouvernement de la « gauche plurielle » (PS et PCF révisionniste), dirigé par Jospin, qui a le plus privatisé en France et affaibli ainsi les services que ces messieurs prétendent défendre aujourd’hui ! Le projet met en place des SIEG (services d’intérêt économique général), que la social-démocratie déclare être « en langue européenne » des services publics ! Il n’en est rien. Seuls peuvent exister des services publics en concurrence avec des prestataires privés, la constitution refuse « tout monopole public » puisque la « concurrence est libre et sans entraves ». Or ces entreprises privées concurrentes vont utiliser comme à France-Télécom, ou à Electricité de France-Gaz de France (EDF-GDF), les équipements, installations, pour lesquels elles n’ont pas investi un sou (puisque ces entreprise capitalistes d’Etat ont été financées par l’argent public). Ce véritable vol et détournement de l’argent public, permet aux opérateurs privés un véritable dumping des tarifs sans maintenance ni qualités équivalentes.

 

De plus, le « livre blanc de l’Union Européenne » stipule :

 

 « les services d’intérêt économique général (SIEG) ne doivent pas être confondus avec l’expression ‘services publics’ » (annexe 1 du livre blanc).

 

           Le  néo-libéralisme   liquide le secteur capitaliste d’Etat qui a assuré tout un temps des missions de services publics dans le domaine des transports, de l’énergie, de la santé, des postes, pour le seul profit des oligarques financiers et boursicoteurs qui s’accapare à bas prix, des entreprises financées par l’argent public. Ce Traité constitutionnel signifie toujours moins de droits sociaux pour les travailleurs. Le bilan social de l’UE est catastrophique. Comparé au XX e siècle, dans tous les Etats,  on travaille plus longtemps dans la semaine, on part plus âgés à la retraite avec moins de pension, les salaires sont bloqués, on paye plus cher des soins et des médicaments en étant toujours moins remboursés. «  L’Europe sociale » promise à la signature du Traité de Maastricht était bien un mirage !

 

La politique militaire.

 

Il est symptomatique du capitalisme en crise, qu’à chaque fois que les gouvernants parlent d’ « Etat de droit », on évoque la nécessité d’une véritable « politique de défense ». Le projet confirme l’analyse léniniste, sur le recours à la guerre comme instrument d’un nouveau partage du monde, au stade impérialiste du capitalisme.

 

 Le néo-libéralisme favorise l’instauration d’économies de guerre dans tous les Etats. Les impérialismes britanniques et Français principaux vendeurs d’armes derrière les Etats-Unis vont avec ces derniers tirer d’immenses profits de l’obligation faite à chaque Etat d’augmenter leur budget militaire pour s’équiper  et participer aux missions assignées aux forces armées européennes, dans le cadre des missions de l’OTAN ou non.

 

 «  la politique de l’UE n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains Etats-membres, elle respecte les obligations découlant du Traité de l’Atlantique nord pour certains Etats-membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’OTAN. » (art. 1-141).

 

Nous avons là la confirmation du stade actuel de L’UE : bloc d’Etats impérialistes, puisque ce texte reconnaît, les missions propres à chaque Etat impérialiste « pour sa sécurité ». Le texte légitime ainsi les impérialismes français et britannique à s’ingérer et défendre leurs intérêts financiers par exemple en Côte d’Ivoire ou au Zimbabwe !

 

Le texte reconnaît l’appartenance à l’OTAN de la majorité des Etats d’Europe (pour la plus grande satisfaction de Bush), mais aussi le caractère spécifique de la politique de sécurité européenne. Il s’agit donc d’un texte  de compromis entre tenants de l’euro-atlantisme qui conçoivent la politique militaire comme étroitement placée sous la direction de l’impérialisme américain et les impérialismes allemand et français attachés à l’édification d’une armée européenne.

 

Il est prévisible que l’OTAN sera, comme lors du déclenchement de la guerre contre l’Irak, le lieu d’exacerbation des contradictions interimpérialistes, puisque alors l’opposition de la France, Allemagne, Belgique avait empêché le recours à l’OTAN comme force interventionniste.

 

Quelque soit leur tendance au sein de L’UE, toutes  ces puissances impérialistes visent à satisfaire les intérêts de tel ou tel secteur monopoliste, d’où leurs contradictions, il n’y a pas un « camp de la paix  germano-français », mais un camp unique de la guerre, au-delà des conflits d’intérêts. 

 

Toute la politique de « défense » est conçue sous l’angle d’interventions dans des pays tiers, notamment dans les anciennes colonies et pays du « tiers-monde ». Mieux que de longs discours , c’est la preuve pour ceux qui voient dans l’UE, « un espace démocratique et pacifique » différent de l’Empire US, que le contenu de classe impérialiste étant le même, la forme et les méthodes tendront de plus en plus, si l‘UE se renforce à se ressembler. Dans le projet constitutionnel, la guerre est envisagée (quelque soit le prétexte employé), comme le moyen de continuer les affaires et de conquérir de nouveaux marchés. Le grand alibi est la « lutte contre le terrorisme », l’absence de véritable définition, permet toutes les interprétations et aventures.

 

 Qu’on se souvienne des affirmations mensongères de Bush et Blair sur « les armes de destruction massive », les « liens de Saddam Hussein avec al qaida ». La constitution met en place une clause de solidarité :

 

« L’union et ses Etats-membres agissent conjointement dans un esprit de solidarité si un Etat-membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine » (art.3 –309).

 

 Les mêmes motifs permettent le recours légal, à l’intervention des Etats de l’UE, dans un pays membre « à la demande de ses autorités politiques », « dans ce cas, l’Union mobilise tous les instruments à sa disposition, y compris les moyens militaires des Etats-membres afin de porter secours à l’Etat concerné ».

 

 Dans le traité constitutionnel, il s’agit de légaliser comme norme internationale, le caractère transnational des corps répressifs de chaque Etat coalisés.  Fondés sur le caractère professionnel et mercenaire des diverses armées, leur mission de « sécurité intérieure », camoufle à peine leur rôle de sauvegarder le système capitaliste en  agissant comme force internationale de guerre civile. En effet, les appareils d’Etat répressifs et armés seront utilisés contre toute menace « terroriste » non définie.

 

 Plusieurs textes de sommets européens ou des directives ont évoqués une conception du terrorisme, étendue à « l’occupation de bâtiments publics, l’occupation d’usines stratégiques, des désordres publics ». Là sont clairement visées des formes de luttes qui surgissent dans des périodes de crise politique aiguë et d’ affrontements révolutionnaires. Pratiquement, en cas d’évènements similaires à ceux de Mai 1968 en France (grève générale de 10 millions de travailleurs), les armées européennes coalisées pourraient intervenir à la demande du chef d’Etat ! Lénine définissait les « Etats-Unis d’Europe » comme une machine de guerre contre le socialisme international ». Le projet constitutionnel confirme pleinement l'analyse léniniste. Concernant la peine de mort aboli par tous les Etats-membres, voici ce que dit le projet (ce passage ayant été fort peu commenté) :

 

«  Toute personne a droit à la vie. Nul ne peut être condamné à la peine de mort et exécuté. (…) la mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans le cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire(…) pour réprimer conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. » (art. II-2 de la charte des droits fondamentaux).

 

Cette Europe là est celle de la réaction, pas un mot dans le projet pour condamner les crimes colonialistes et impérialistes de ses membres contre les peuples, pas une ligne dénonçant la politique  de génocide du fascisme allemand ! Cette Europe est celle de la guerre contrairement à ce que disent les apologistes de la constitution, une Europe de la militarisation, de la fascisation. Le terrorisme d’Etat devient l’arme de recours en cas « de subversion des institutions démocratiques », lire en cas de menaces pour l’existence d’un système capitaliste incapable de satisfaire les besoins matériels et culturels des travailleurs. La bourgeoisie monopoliste, ses agents politiques marchent sur les traces des assassins de Karl Liebknecht, Rosa Luxembourg, Julien Lahaut, nikos Belloyanis, victimes du terrorisme de L’Etat capitaliste !

 

Les enjeux de la bataille pour le NON au référendum en France.

 

Le droit français reconnaît le référendum comme mode de consultation, notamment sur les questions institutionnelles. Le  président Chirac, s’appuyant sur des sondages, pensait transformer ce référendum en plébiscite, puisque le parti socialiste soutient aussi le projet de constitution Européenne.

 

Le gouvernement Raffarin connaissant une très basse popularité, Chirac pensait qu’allait se renouveler la situation du second tour de  l’élection présidentielle, ou confronté à un candidat fasciste, il avait obtenu plus de 80% des voix. Ainsi, la construction de l’Europe des monopoles aurait été confortée. Tout le dispositif bourgeois était en ordre de bataille, l’organisation patronale, le MEDEF dès l’été 2004 avait appelé au OUI au référendum, ainsi que le parti de Chirac et le parti socialiste.

 

Ces partis sont les piliers de la dictature capitaliste, gouvernant en alternance. Chirac, non exempt d’esprit politicien, faisait une manœuvre : obliger le parti d’« opposition » (le PS) à se ranger derrière lui à trois ans des futures présidentielles. Toutes les centrales syndicales  étant membres de la CES, on pensait même que la CGT, autrefois opposant affirmé à l’époque au Traité de Maastricht, sous l’influence d’une direction acquise au réformisme, comme les autres centrales appelleraient au OUI ! Tous ces calculs ont été balayés.

 

Tout d’abord à la base, les luttes sociales et grèves nombreuses depuis le début de l’année, ont permis que les travailleurs prennent conscience du lien entre les réformes réactionnaires du pouvoir et les directives de Bruxelles. Le bilan social de l’Europe suscite scepticisme et colère des salariés quelque soit la catégorie sociale. Le chômage qui atteint officiellement 10% de la population active, les nombreuses délocalisations, la casse du tissu industriel, la ruine des petites exploitations agricoles, les menaces de marchandisation croissante de l’éducation et de la culture constituent la base objective du rejet de l’Europe des monopoles.

L’URCF avait appelé les syndicalistes à agir (en conjonction avec d’autres forces communistes) pour exiger de la direction CGT, une consultation des adhérents. Cette direction à chaque réunion, utilisait l’arme de la diversion, « étudions d’abord le projet », de plus plusieurs membres importants s’étaient prononcés en faveur de la constitution « au nom des avancées sociales ». La base a repoussé à 80% ces arguments et a voté massivement pour le rejet du traité : (66% en direction).  Les autres centrales : FSU (enseignants), SUD, Force ouvrière, à des degrés divers , font opposition ou réserves au projet. Seule la CFDT, relais des directives patronales, mais très affaiblie par sa politique de trahison sociale, appelle au OUI.

 

Cette opposition massive des forces du travail a ouvert une crise politique majeure. Un processus de différenciation s’est opéré au sein de la social-démocratie, puisque une partie des cadres a appelé au vote NON, quelque soit leur sincérité, cela a contribué à briser l’opération de plébiscite et élargir le camp du NON. Manoeuvrant, la bourgeoisie a eu recours à une réunion du Parlement pour modifier la constitution, de façon à faire ratifier le projet de traité Européen. 86%¨des députés et sénateurs ont modifié la constitution. Cela n’a eu aucun poids pour affaiblir la dynamique du NON. Pire même, les électeurs socialistes à 60% sont favorables au NON, 30 % des électeurs du parti de Chirac partagent cette opinion ! Dès lors la crise de la représentativité politique va croissant entre les Etats-majors et leur base.

 

Le référendum constitue un enjeu de classe important puisqu’il oppose les forces acquises au pouvoir capitaliste (MEDEF, UMP-UDF, PS) à l’ensemble du monde du travail. Pour la classe ouvrière et les travailleurs, le NON avec les luttes et les grèves, est le moyen de se défendre contre les agressions quotidiennes du capital et du gouvernement, de sanctionner la politique de Chirac, Raffarin, Sarkozy, d’infliger une défaite à la bourgeoisie monopoliste française et européenne puisque la règle de l’unanimité est nécessaire pour adopter cette constitution.

 

 Certes ne semons pas d’illusions, cette défaite serait ponctuelle mais précieuse, car elle mettrait en minorité les piliers politiques du pouvoir des monopoles, ce qui permettra aux masses, de mieux appréhender la conception matérialiste d’une dictature d’une minorité d’exploiteurs sur la majorité laborieuse, en système capitaliste. Cela renforcera aussi la combativité populaire pour repousser les réformes réactionnaires.

 

Les conditions d’une recomposition des forces progressistes, par l’isolement de la social-démocratie de droite peut devenir une perspective, favorisant l’unité ouvrière dans les luttes ! Le camp du NON est certes hétérogène. C’est à la fois sources de faiblesses mais aussi de force Pour le NON, se retrouvent coude à coude , des militants et dirigeants socialistes, le PCF social-démocratisé, ATTAC, les organisations trotskistes (les masses ont obligé Lutte Ouvrière a abandonné sa politique de « neutralité » à l’égard de l’UE), la confédération paysanne, les centrales ouvrières : CGT en tête, les communistes révolutionnaires.

 

Les fascistes appellent au NON ( rêvant d’un impérialisme français dominant l’UE) mais la campagne leur échappe par son contenu anti-monopoliste, plus progressiste que lors du référendum sur Maastricht.

 

L’URCF s’est positionnée dès le début pour que le NON anticapitaliste, anti-impérialiste, internationaliste contribue à la victoire générale du NON. Cette campagne a fait mûrir notre jeune organisation. Nous avons appris à nous démarquer et critiquer les illusions réformistes, sans cibler nommément des partis qui appellent au NON. Ainsi, leurs militants de base non rebutés par la mise en cause ouverte de leur organisation, atteignant leur « patriotisme » de parti, plus sensibles à notre campagne, ont utilisé nos arguments, diffuser notre matériel. Nous avons ainsi touché des militants de base du PCF, mieux qu’à l’époque où nous combattions en interne !

 

Cette souplesse dans la tactique accompagnée de fermeté dans les principes est payante, les communistes révolutionnaires sont en phase avec les travailleurs, notre travail dans les usines se renforce, des liens nouveaux s’opèrent. Dans les jours qui viennent, avec l’ensemble des forces du NON, avec l’ensemble des communistes anti-révisionnistes, nous allons « tout faire pour la victoire du NON » !

 

Les progrès de l’unité d’action des organisations communistes.

 

Le mouvement communiste en France présente plusieurs particularités. Le Parti Communiste Français (PCF) qui fut un parti doté d’une importante force électorale, militante, ouvrière, a été la proie du révisionnisme. En 1956, le PCF s’est aligné sur les thèses du XXe congrès  du PCUS : voie parlementaire au socialisme, antistalinisme. S’est déroulé un processus plus long qu’en Italie, qui a vu le PCF s’alignant sur le révisionnisme Khrouchtchévien, abandonner le marxisme- léninisme, la dictature du prolétariat,  la stratégie de la révolution pour renverser le capitalisme (années 76-79). La victoire du révisionnisme a des sources matérielles, objectives, le caractère impérialiste de la France favorise la scission du prolétariat , en engendrant la corruption de certaines couches: l’aristocratie et la bureaucratie ouvrières. Cette couche a pris les rênes du PCF dans les années 60.

 

Aujourd’hui le PCF est une formation social-réformiste, gorbatchévienne, qui a liquidé toutes les survivances du communisme. Toutefois même affaibli, ce parti continue de garder une influence relative dans le monde du travail, en gardant l’appellation « communiste », il continue d’exercer une fonction de duperie, pour beaucoup, le communisme notamment chez des jeunes est identifié aux propositions réformistes du PCF. Ce parti qui ne met plus en cause ni le pouvoir des monopoles (présenté comme « démocratie ») ni la propriété privée des moyens de production et d’échange (au nom du caractère incontournable de l’économie de marché), propose de « modifier les critères de gestion dans les entreprises », au moyen de réformes graduelles fondées sur « l’investissement productif ».

 

Dans les années 60, contre les manifestations du révisionnisme du PCF, des camarades fidèles aux orientations du Parti communiste Chinois (PCC), du Parti du Travail d’Albanie( PTA)  fondèrent de nouveaux partis non sans divisions ultérieures : le PCMLF, le PCRML, ainsi que des groupes moins importants. Dans ces Partis, la politique du PCC était plus influente. Avec la théorie a-classiste des « trois mondes », ces partis sombrèrent dans l’union sacrée avec la bourgeoisie Française, avec l’Europe capitaliste  au nom de la lutte contre « le social-impérialisme soviétique ». Dès lors, ils perdirent toute influence possible dans la classe ouvrière encore sous l’emprise du PCF.

 

D’autres, davantage inspirés par les écrits du marxiste-léniniste Albanais, Enver Hoxha, poursuivirent courageusement le combat communiste, mais avec  une influence limitée dans les masses, tel le Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF). Certains  marxistes-léninistes rejoignirent le PCF, retrouvant d’autres camarades véritablement communistes dans ce Parti, pour participer aux luttes économiques, sociales, avec toutes les limites liées au révisionnisme. Néanmoins, ces camarades apprirent à lutter et diriger des mouvements de masse, à rassembler dans des luttes ponctuelles, à agir pour élever la conscience de leurs camarades syndicalistes.

 

Cette expérience est précieuse pour beaucoup d’entre nous à l’étape de la reconstruction d’un véritable Parti communiste révolutionnaire. L’histoire tranchera sur les mérites et démérites des uns et des autres, mais l’actualité a d’autres exigences.

 

En 1991,  les communistes restés révolutionnaires dans le PCF, décidèrent enfin de s’organiser et fondèrent la Coordination Communiste (URCF aujourd’hui), qui opéra un travail précieux de regroupement des communistes du PCF.  La Coordination traça les perspectives pour que renaisse un authentique Parti Communiste, mais échoua tant à enrayer le cours liquidateur qu’à empêcher la désastreuse participation du PCF au gouvernement Jospin de guerre impérialiste en Yougoslavie. Dès lors confrontés à un appareil bureaucratique qui tenait toute l’organisation des congrès, face aux impasses de la lutte interne qui détournait de l’indispensable travail en direction des usines, la majorité des militants de la Coordination Communiste décidèrent de rompre avec le PCF et de s’engager dans la construction d’un nouveau Parti communiste. Ce choix partagé par une autre organisation « Communistes » dirigée par R. Perlican, fut à l’origine d’une scission dans nos rangs, touchant des camarades qui avaient contribué au développement de notre organisation, ces derniers fondèrent la « Coordination des militants Communistes » devenu le Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF).

 

La réalité du mouvement  communiste en France est son éclatement en quatre organisations d’implantation nationale : L’URCF, le PRCF, « Communistes », le PCOF mais aussi de nombreux groupes locaux. Cette division profite avant tout aux liquidateurs du PCF, sème le désarroi, le découragement chez nombre de sympathisants susceptibles d’adhésion mais qui n’ont pas envie de choisir entre tel ou tel groupe.

 

Est brouillée également l’existence d’un courant communiste révolutionnaire, à gauche du PCF, par son manque de visibilité dans les manifestations, au-delà de la combativité et de l’important militantisme des organisations existantes. A l’URCF, très active dans nombre de manifestations, luttes (comités de défense des services publics), des travailleurs nous rejoignent mais d’autres voudraient un véritable Parti Communiste révolutionnaire unique et unifié, avant de s’engager. On peut regretter une telle attitude, mais c’est une réalité du combat de classe.

 

Bien sûr, l’existence de plusieurs groupes communistes a des racines idéologiques, reflet de divergences réelles tant sur les causes de la liquidation du PCF que sur les voies de la reconstruction du Parti. Le facteur subjectif n’est pas absent, certains groupes sont issus de nos rangs, d’autres ont des différents anciens, le « cheffisme » agit, certains préférant agir à la tête d’un petit groupe que de se fondre dans une organisation plus importante.

 

En  janvier 2004, un groupe qui publie un excellent journal, le « collectif Militant Communiste » créé dans le but de contribuer à l’union des communistes, a lancé un appel à une rencontre pour adopter une position commune de boycott des élections européennes. L’URCF, parallèlement avec l’adoption de ses « 200 thèses » traçant le bilan historique du PCF, de l’URSS, de l’actualité des principes révolutionnaires de Marx-Engels-Lénine-Staline, partageait la même préoccupation.

 

Au-delà des différences d’organisation, des divergences existantes, les communistes doivent apprendre à frapper ensemble ! Le «  Collectif Militant Communiste » joue un grand rôle pour le dépassement des préventions et préjugés entre organisations. La première réunion rassembla : « la Coordination Communiste du Nord-Pas de Calais », « Communistes en lutte », Le « Collectif Militant Communiste » et l’URCF. Réunion productive, un appel commun fut adopté, une campagne commune de boycott des élections européennes fut menée faute entre autre de ne pas avoir les milliards pour présenter une liste. Fut décidé aussi de poursuivre l’unité d’action en la portant à une étape supérieure par son élargissement, à d’autres organisations : « Communistes » qui répondit négativement, le PRCF, le PCOF.

 

Ces organisations acceptèrent de participer à une réunion commune avec  les trois signataires de l’appel précédent. Entre temps « Communistes en lutte »  tenant du boycott du référendum, s’est retiré du processus d’unité d’action des communistes. Le dialogue entre les 5 organisations communistes citées, même s’il ne porte que sur la campagne « tout pour la victoire du NON », revêt selon nous une grande importance. Une dynamique s’est créée, des militants au « sommet » et à la base ont appris à se connaître, à échanger, à frapper ensemble, c’est gage d’espoir pour l’avenir.

 

L’URCF  trouve positive entre autres, deux données, que le dialogue ait été renoué avec des camarades aujourd’hui au PRCF avec lesquels nous avons milité pendant 10 ans. Certes, des divergences réelles existent qu’on ne peut gommer. Mais l’unité d’action est le cadre le plus approprié pour apprendre à lutter contre le même ennemi capitaliste et procéder sans subjectivisme, aux nécessaires confrontations et démarcations idéologiques et politiques, « se démarquer pour mieux s’unir », nous enseigne Lénine.

 

Deuxième avancée, selon nous, c’est le dialogue avec le PCOF, donc entre organisations anti-révisionnistes  ayant rompu avec le PCF, dans des périodes différentes        ( années 60 et 90). L’expérience de cette organisation, dans l’édification du Parti, ne peut que contribuer à enrichir l’ensemble du mouvement communiste.

 

 Certes, ce ne sont que les premiers pas, notre expérience personnelle montre que l’on ne peut brûler les étapes. L’unité d’action doit devenir la règle, l’organisation d’actions en commun montrera notamment à la jeunesse qu’il existe de véritables communistes en France, accélèrera le processus de fusion avec les travailleurs en lutte.

 

Parallèlement, le dialogue doit permettre l’échange politique et idéologique sans complaisances à partir de positions de principe, la confrontation des points de vue. C’est ainsi que nous procédons avec le « Collectif Militant Communiste », en renforçant nos liens dans tous les domaines, sur la base d’une très large identité de vues.

 

Le meeting du 5 mai (à l’appel de 5 organisations communistes), la campagne commune des communistes présentent donc un caractère décisif pour que le NON progressiste et internationaliste  apporte sa contribution au rejet du traité constitutionnel européen. C’est la notre modeste contribution internationaliste à la lutte des peuples contre la guerre, pour les droits démocratiques, les revendications sociales, le socialisme.

  

Jean-luc SALLÉ -  secrétaire général de l’Union des Révolutionnaires-communistes de France (U.R.C.F.)

 

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Meeting organisé par : Collectif Militant Communiste, Coordination Communiste 59/62, Parti Communiste des Ouvriers de France, Pôle de Renaissance Communiste en France, Union des Révolutionnaires Communistes de France.

 

Meeting soutenu par : CCDB (Comité Culturel pour la Démocratie au Bénin), Parti du Travail d’Iran, Parti du Travail d’Albanie, ACTUS (Action du Tchad pour l'Unité et le Socialisme), CHSI (Comité Honecker de Solidarité Internationale), PCOT (Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie), DIDF (Fédération des Associations des Travailleurs et des Jeunes, Turquie), PTB (Belgique), PCOR (Russie), PADS (Algérie), Rassemblement des Travailleurs Africains (Sénégal), Parti Communiste des Ouvriers du Danemark, Groupe Communiste ML marocain, Editions Prolétariennes (France), Amis de K. MARX (France 64), Conseil National des Comités Populaires de Martinique (France).