Dossier guerres coloniales : Irak - Afghanistan - Palestine - Terrorisme

Ce dossier est surtout composé d'extraits d'articles du journal Solidaire du PTB

Sommaire :

Dossier Irak

La guerre contre l’Irak a commencé... il y a 80 ans

Irak : une guerre pour le pétrole et le contrôle de l'ensemble du Moyen-Orient

Faut-il soutenir Paris et Berlin contre Washington à l’ONU ?

Communistes du monde entier contre la guerre

Mort du consultant en désarmement David Kelly - Blair a du sang sur les mains

Dossier Afghanistan

Afghanistan - fiche

Le véritable programme de Bush : La 9ème guerre du pétrole ?

Suivez les routes du pétrole et vous trouverez les bases militaires des USA et les guerres qu’ils provoquent…

Stop à la guerre des Etats-Unis et de l’Europe contre l’Afghanistan

À bas la guerre impérialiste ! Non à la participation de la France !

Les négociations secrètes USA-talibans

Faut-il pleurer le commandant Massoud ?

Une colline attaque un avion US ?

Les semeurs de bombes se muent en humanitaires

Une étude américaine sur les conséquences des bombardements

Afghanistan : Crimes sans châtiments ?

Les Américains ne parviennent pas à contrôler l'Afghanistan

Dossier Palestine

Massacres, bouclage et asphyxie des territoires, chômage à un taux jamais égalé…

Israël : vers l’occupation totale de la Cisjordanie ?

Les résolutions des Nations Unies sur la Palestine ne servent-elles donc à rien ?

A propos de l’antisémitisme et du sionisme

Représailles ou stratégie d'épuration ethnique ?

Dossier Terrorisme

Des attentats impossibles sans complicités au sein des services secrets US

Pourquoi Bush a bloqué l’enquête sur Ben Laden ?

De 1939 à 2001 : les prétextes terroristes...

Un ouvrage révélateur sur le 11 septembre

Chapitre 1 - Des attentats avec la bénédiction de la CIA

Débats enflammés sur le livre «Pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l'air»

Un menteur invétéré dirigera l'enquête sur les attentats du 11 septembre

En 1962, l'état-major général voulait entamer une campagne de terreur

La plus sanglante organisation terroriste de la planète

En Indonésie, les Etats-Unis voulaient provoquer un massacre

Dossier Salvador

Visionner l'animation Raisons d'envahir l'Irak (en anglais)

La guerre contre l’Irak a commencé... il y a 80 ans

De Lawrence d'Arabie à Bush et Blair en passant par Churchill, l’histoire de la longue guerre américano-britannique pour le contrôle de l'Irak a débuté dans les années 20.

Richard Becker, 08-01-2003

1914 - 1939 : Pourquoi et comment débuta l'intervention des Etats-Unis ?

Durant les innombrables heures que les grands médias consacrent à propager les mensonges et tromperies de l'administration Bush, cette question cruciale n'est presque jamais évoquée. Et pour de bonnes raisons.

Depuis son tout début, il y a 80 ans, la politique des Etats-Unis vis-à-vis de l'Irak est orientée précisément sur un objectif : la prise de contrôle des riches ressources pétrolières de ce pays. Les fondements de l'intervention des Etats-Unis en Irak se basent sur les résultats de la Première guerre mondiale. C'était une guerre entre empires capitalistes. D'un côté, les empires allemand, austro-hongrois et ottoman; de l'autre, l'Entente entre les empires britannique, français et russe. La plus grande partie du Moyen-Orient était sous contrôle ottoman.

Les Britanniques, avec l'aide de leur agent T.E. Lawrence, que les cinéphiles connaissent sous le nom de «Lawrence d'Arabie», promirent aux chefs arabes que s'ils combattaient aux côtés de la Grande-Bretagne contre leurs maîtres turcs, les Britanniques soutiendraient la création d'un Etat arabe indépendant après la guerre.

Au même moment, les ministères des Affaires étrangères britannique, français et russe signaient secrètement l'accord Sykes-Picot. Cet accord dessina un nouveau Moyen-Orient. L'accord fut rendu public après la Révolution russe de 1917 par le parti bolchevique, qui le dénonça comme impérialiste.

Des révoltes de masse se déclenchèrent partout au Moyen-Orient, quand les peuples arabes et kurdes apprirent la traîtrise des «démocraties» impériales. Les rebellions continuèrent pendant toute la période coloniale. La répression était extrêmement brutale. En 1925 par exemple, les Britanniques bombardèrent au gaz empoisonné la ville kurde de Salaïmaniya, en Irak ; c'est la première fois que ce gaz fut déployé par avion.

1925 : une ville irakienne gazée par les Britanniques

Après la guerre, en 1918, la Grande-Bretagne et la France poursuivirent leurs plans. Ils s'accordèrent sur le fait que le Liban et la Syrie appartiendraient à l'empire français, tandis que la Palestine, la Jordanie ainsi que les deux provinces au sud de l'Irak, Bagdad et Bassorah, reviendraient au vaste empire britannique.

Cependant, ils ne purent se mettre d'accord sur la province de Mossoul, la partie septentrionale de l'Irak actuel. Selon l'accord Sykes-Picot, elle faisait partie de la «sphère d'influence» française. Les Britanniques étaient néanmoins décidés à ajouter Mossoul, région peuplée en majorité de Kurdes, à leur nouvelle colonie irakienne. Pour soutenir cette revendication, l'armée britannique occupa Mossoul quatre jours après la capitulation turque en octobre 1918, et ne quitta pas le territoire.

La solution à la lutte inter-impérialiste entre la Grande-Bretagne et la France à propos de Mossoul amena avec elle l'entrée en scène des Etats-Unis en Irak. L'importance de Mossoul pour les grandes puissances se basait sur les ressources connues de la région mais encore largement non exploitées à l'époque.

Les Etats-Unis étaient entrés en guerre aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France en 1917, après que leurs amis et ennemis soient largement éreintés. Les conditions des Etats-Unis pour leur entrée en guerre comprenaient l'exigence que leurs objectifs économiques et politiques soient pris en compte dans le monde d'après-guerre. Parmi ces objectifs, l'accès à de nouvelles sources de matières premières, en particulier le pétrole. En février 1919, Sir Arthur Hirtzel, un officier colonial supérieur britannique prévenait ses associés : «On devrait se souvenir que la Standard Oil Company est très impatiente de s'emparer de l'Irak.»1

Face à la domination franco-britannique de la région, les Etats-Unis demandèrent tout d'abord un droit d'«ouverture». Les compagnies pétrolières US devaient être autorisées à négocier librement des contrats avec la nouvelle monarchie marionnette occupée par le Roi Fayçal, que les Britanniques avaient intronisé en Irak. La solution au conflit entre les alliés victorieux sur l'Irak fut trouvée en divisant le pétrole irakien. Les Britanniques conservèrent Mossoul en tant que partie de leur nouvelle colonie en Irak.

Pas une seule goutte pour l'Irak

Le pétrole irakien fut divisé en quatre fois 23,75% : pour la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas et les Etats-Unis. Les 5% restants allèrent à un baron du pétrole appelé Caloste Gulbenkian, connu sous le nom de «Monsieur Cinq pour cent», qui aida à négocier l'accord. Exactement 0% du pétrole de l'Irak appartenait à l'Irak. Cet état de choses devait se maintenir jusqu'à la révolution de 1958.

En 1927, une exploration pétrolière importante se mit en place. D'énormes réserves furent découvertes dans la province de Mossoul. L'Iraqi Petroleum Co., composée de BP, Shell, Mobil et Exxon, monopolisa totalement la production pétrolière irakienne. Deux ans plus tard fut créée l'Iraqi Petroleum Co., composée de Anglo-Iranian (aujourd'hui BP), Shell, Mobil et Standard Oil (Exxon). En l'espace de quelques années, elle monopolisa totalement la production pétrolière irakienne.

Pendant la même période, avec le soutien de Washington, la famille al-Saoud conquit la majeure partie de la péninsule arabe voisine. L'Arabie Saoudite fut établie dans les années 30 en tant que néocolonie des Etats-Unis. L'ambassade des Etats-Unis à Riyad, capitale du pays, se trouvait dans les bâtiments de l'ARAMCO (Arab American Oil Co.)

Cependant, les compagnies pétrolières US et leur gouvernement à Washington n'étaient pas satisfaits. Ils désiraient le contrôle complet du pétrole du Moyen-Orient, comme ils possédaient déjà un quasi-monopole des réserves pétrolières de l'hémisphère occidental. Cela signifiait le départ des Britanniques, encore maîtres dans la région. L'opportunité pour les Etats-Unis s'offrit suite à la Seconde guerre mondiale...

Note : 1 Cité dans Peter Sluglett, «Britain in Iraq, 1914-32», London, 1974.

1939 - 1945 : Les alliés s'affrontent sur le champ de bataille économique

Alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont généralement dépeints comme les alliés les plus étroits durant la guerre, ils étaient pourtant aussi de féroces concurrents.

La guerre affaiblit grandement l'empire britannique en métropole et par la perte de colonies-clés en Asie. Dans les premiers temps de la guerre, de 1939 à 1942, se posait la question de savoir si la Grande-Bretagne survivrait. Elle ne réussit jamais plus à recouvrer son ancienne domination. Les Etats-Unis, par contre, gagnèrent en force tout au long de la guerre, alors que les chefs à Washington avaient une fois de plus attendu leur heure pour entrer en lice.

Dans les dernières étapes de la Seconde guerre mondiale, les administrations Roosevelt et Truman, dominées par les intérêts des grandes banques, des firmes pétrolières et autres, étaient décidées à restructurer le monde d'après-guerre afin d'assurer la position dominante des Etats-Unis.

Les éléments-clés dans leur stratégie consistaient en : 1) la supériorité militaire US en armement nucléaire et conventionnel ; 2) la globalisation des entreprises dominée par les Etats-Unis, au moyen du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, créés en 1944, et de l'établissement du dollar comme monnaie mondiale ; 3) le contrôle des ressources globales, en particulier du pétrole.

Alors que le combat faisait encore rage sur les champs de bataille, une lutte derrière le rideau pour le contrôle économique global avait lieu entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cette bataille fut tellement acharnée que le 4 mars 1944, trois mois avant le début du débarquement de Normandie, le Premier ministre britannique Winston Churchill envoya un message inhabituel par son contenu impérialiste et son ton hostile, au Président Franklin Roosevelt :

«Merci beaucoup pour vos assurances de ne pas avoir de vues innocentes [comprenez envieuses, ndlr] sur nos champs de pétrole en Iran et en Irak. Permettez-moi de vous rendre la pareille en vous offrant l'assurance la plus grande que nous n'avons pas la moindre intention de nous immiscer dans vos intérêts ou propriété en Arabie Saoudite. Ma position dans celle-ci comme dans toutes affaires est que la Grande-Bretagne ne recherche pas d'avantages, territorial ou autres, à l'issue de cette guerre. D'autre part, elle ne sera privée de rien qui lui appartient de droit après avoir donné ses meilleurs services à la bonne cause, du moins aussi longtemps que l'on aura confié à votre humble serviteur la charge de conduire ses affaires.»1

Cette note montre clairement que les dirigeants US étaient tellement décidés à s'emparer de l'Iran et de l'Irak, tous deux néo-colonies de la Grande-Bretagne, qu'ils avaient déclenché les sonnettes d'alarme dans les cercles dirigeants britanniques. Malgré les fanfaronnades de Churchill, il n'y avait rien que les Britanniques puissent faire pour contenir la puissance croissante des Etats-Unis. En quelques années, la classe dirigeante britannique s'adapta à la nouvelle réalité et accepta le rôle de partenaire adjoint à Washington.

Note : 1 Cité dans Gabriel Kolko, «The Politics of War», New York, 1968.

1945 - 1989 : Le rôle des Etats-Unis devient prédominant

En 1953, après que le coup d'Etat de la CIA ait porté le Shah (roi) au pouvoir, les Etats-Unis prirent contrôle de l'Iran. Vers le milieu des années 50, l'Irak était contrôlé conjointement par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En 1955, Washington organisa le Pacte de Bagdad, qui comprenait les régimes qui lui étaient inféodés ­ Pakistan, Iran, Turquie, Irak ­ ainsi que la Grande-Bretagne,. Le Pacte de Bagdad ou Cento (Central Treaty Organisation) avait deux buts. Le premier était de s'opposer à la montée des mouvements de libération arabes et autres au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Le second était d'être une de ces alliances militaires ­ comme l'Otan, la Seato et l'Anzus ­ qui encerclaient le camp socialiste: l'Union soviétique, la Chine, l'Europe de l'Est, la Corée du nord et le Vietnam du nord.

L'Irak, cur de Cento, était indépendant seulement sur papier. Les Britanniques entretenaient des champs d'aviation militaires en Irak. Alors que le pays est très riche en pétrole - 10% des réserves mondiales - le peuple vivait dans une pauvreté extrême et connaissait la famine.

L'illettrisme dépassait les 80%. Il y avait un médecin pour 6 000 personnes, un dentiste pour 500 000. L'Irak était dirigé par une monarchie corrompue sous le roi Fayçal II et une clique de propriétaires terriens féodaux et de capitalistes commerçants. Le simple fait que l'Irak ne possédait pas ses grandes réserves pétrolières souligne la pauvreté de l'Irak.

La révolution irakienne

Le 14 juillet 1958, l'Irak fut ébranlé par une puissante explosion sociale. Une rébellion militaire se transforma en révolution nationale. Le roi et son administration disparurent d'un coup, sous la justice populaire. Washington et Wall Street étaient stupéfaits. Dans la semaine qui suivit, dans ses dix premières pages, le New York Times ne parlait pratiquement que de la révolution irakienne.

Alors qu'on se souvient mieux aujourd'hui d'une autre grande révolution qui eut lieu juste six mois plus tard à Cuba, Washington considérait, à l'époque, le soulèvement irakien comme beaucoup plus menaçant pour ses intérêts vitaux. Pour le président Dwight D. Eisenhower, elle était alors «la plus grande crise depuis la guerre de Corée». Le lendemain de la révolution irakienne, 20 000 Marines US commencèrent à débarquer au Liban. Le jour suivant, 6 600 parachutistes britanniques furent lâchés en Jordanie.

C'est ce qui devint connu sous le nom de «doctrine Eisenhower». Les Etats-Unis interviendraient directement ­ entreraient en guerre ­ pour empêcher la propagation de la révolution dans ce Moyen-Orient vital. Les forces expéditionnaires US et britanniques intervinrent pour sauver les gouvernements néocoloniaux au Liban et en Jordanie. S'ils ne l'avaient pas fait, l'impulsion populaire en provenance de l'Irak aurait certainement fait s'effondrer les régimes dépendants et pourris de Beyrouth et Amman.

Plan USA en 1958 : envahir l'Irak et placer un régime fantoche

Mais Eisenhower, ses généraux et son secrétaire d'Etat (ministre des Affaires étrangères) John Foster Dulles avaient aussi autre chose en tête: envahir l'Irak, renverser la révolution et installer un régime fantoche à Bagdad.

Trois facteurs forcèrent Washington à abandonner ce plan en 1958 : le caractère généralisé de la révolution irakienne; l'annonce par la République Arabe Unifiée, qui faisait frontière avec l'Irak, que ses forces combattraient les impérialistes s'ils cherchaient à envahir; le soutien énergique de la République Populaire de Chine et de l'Union Soviétique à la révolution. L'URSS commença une mobilisation de troupes dans les républiques soviétiques du sud proches de l'Irak. La combinaison de ces facteurs força les dirigeants US à accepter l'existence de la Révolution irakienne, mais Washington ne se résigna jamais vraiment à la perte de l'Irak.

Pendant les trois décennies qui suivirent, le gouvernement US utilisa de nombreuses tactiques visant à affaiblir et à miner l'Irak en tant que pays indépendant. A différentes époques ­ comme lorsque l'Irak termina la nationalisation de la Iraqi Petroleum Co. en 1972 et signa un traité de défense avec l'URSS ­ les Etats-Unis apportèrent un soutien militaire massif aux éléments kurdes de droite combattant Bagdad et ajoutèrent l'Irak à leur liste d'«Etats terroristes».

Les Etats-Unis soutinrent les éléments les plus à droite dans la structure politique post-révolutionnaire contre les forces communistes et nationalistes de gauche. Les Etats-Unis applaudirent, par exemple, la suppression du parti communiste irakien et des syndicats ouvriers de gauche par le gouvernement du parti Baas de Saddam Hussein à la fin des années 70.

Guerre Iran ­ Irak : Washington aide les deux à détruire l'autre

Pendant les années 80, les Etats-Unis encouragèrent et aidèrent le financement et l'armement de l'Irak dans sa guerre contre l'Iran. La domination US de ce dernier s'était terminé par la révolution islamique iranienne en 1979. En réalité, le but des Etats-Unis dans la guerre Iran-Irak était d'affaiblir et détruire les deux pays. L'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger révéla la véritable attitude des Etats-Unis concernant cette guerre lorsqu'il dit : «J'espère qu'ils se détruiront l'un l'autre».

Le Pentagone livra des photos satellites des objectifs iraniens à l'armée de l'air irakienne. A la même époque, comme le révéla le scandale Iran-Contra, les Etats-Unis envoyaient des missiles antiaériens à l'Iran. La guerre Iran-Irak fut un désastre, tuant un million de personnes et épuisant les deux pays.

1989 - 2003 : Les graves conséquences de l'effondrement de l'URSS

Lorsque la guerre Iran-Irak se termina en 1988, les développements en Union Soviétique posaient un danger nouveau, encore plus grave pour l'Irak, qui disposait d'un traité militaire et d'amitié avec l'URSS.

Poursuivant la «détente permanente» avec les Etats-Unis, la direction Gorbatchev à Moscou commença à réduire son soutien à ses alliés dans le monde en développement. En 1989, Gorbatchev alla plus loin et retira le soutien aux gouvernements en Europe de l'Est, qui s'écroulèrent pour la plupart. Ce brutal changement dans les rapports de forces mondiaux, qui culmina deux ans plus tard avec la chute de l'Union Soviétique elle-même, constitua la plus grande victoire de l'impérialisme US depuis la Seconde guerre mondiale.

Elle ouvrit également la porte à la guerre US contre l'Irak, en 1991, et plus de dix ans de sanctions/blocus et de bombardements qui ont dévasté le pays et son peuple.

A présent, l'administration Bush cherche à gagner le soutien du public pour une nouvelle guerre contre l'Irak en parlant d'«armes de destruction massive» et de «droits de l'Homme». En réalité, Washington ne se soucie ni de la capacité militaire réduite de l'Irak ni des droits de l'Homme, où que ce soit dans le monde.

Ce qui mène la politique des Etats-Unis envers l'Irak en 2002-2003 est le même objectif qui préoccupait Washington et Wall Street il y a 80 ans : le pétrole.

* Workers World News Service, 31 octobre 2002.

 

 

Irak : une guerre pour le pétrole et le contrôle de l'ensemble du Moyen-Orient

Etudes Marxistes n°60 ; 27 septembre 2002 (extrait)

 

1. Bush veut la guerre à tout prix

Bush a posé un véritable ultimatum à l'Onu. Il exige qu'elle lui donne carte blanche pour une invasion militaire de l'Irak, quel que soit le résultat de nouvelles inspections. Si l'Onu refuse, il agira quand même selon ses plans d'agression, décidés depuis longtemps. Le secrétaire général Koffi Annan a affirmé que l'ukase des États-Unis, s'il devait être mis en pratique, signifierait la fin de l'Onu.

Même en se soumettant aux exigences les plus humiliantes, l'Irak sera sauvagement attaqué. C'est depuis longtemps la conviction de Bagdad. Car l'impérialisme américain veut à tout prix conquérir l'Irak, anéantir un régime trop indépendant, le remplacer par un régime totalement soumis. Et, partant de là, soumettre l'ensemble du Moyen-Orient. L'Irak a néanmoins accepté le retour des inspecteurs de l'Onu sur l'insistance des pays arabes et d'autres pays (comme la Chine ou la Russie) qui n'acceptent pas l'intervention militaire américaine.

Les peuples du monde réagissent avec révolte et indignation aux plans de guerre américains. Il y a une douzaine d'années, la contre-révolution a complètement renversé le socialisme en URSS et dans les pays d'Europe de l'Est. Le système capitaliste avait «enfin» les mains libres. La superpuissance américaine croyait pouvoir imposer pour toujours son «nouvel ordre mondial». Celui-ci s'est révélé être encore plus terroriste, cruel et barbare que l'ancien ordre de Hitler. Le système de marché libre tant vanté par les puissances capitalistes n'engendre que misère, fascisme et guerres. La tyrannie impérialiste bute aujourd'hui sur une opposition grandissante. La prochaine agression contre l'Irak renforcera tant le danger de guerre impérialiste généralisée que le front mondial des peuples contre l'impérialisme.

Le PTB s'engagera à fond pour arrêter cette machine de guerre nazie, terroriste et criminelle. Il luttera de toutes ses forces avec les millions de manifestants qui s'opposeront à cette guerre partout dans le monde, avec le soutien du mouvement communiste international. Et si ce mouvement ne parvient pas à empêcher la guerre contre l'Irak, il devra s'engager pour la gagner contre les Etats-Unis.

Les dirigeants américains se croient les maîtres du monde. Mais ils se trompent quand ils pensent qu'ils se sortiront facilement de leur agression au Moyen-Orient. Depuis 1991, aucune de leurs guerres sauvages n'a encore vraiment abouti. Partout où ils débarquent, ils ne récoltent que colère et opposition. L'impérialisme américain a d'ambitieux plans de guerres tous azimuts. Mais l'Irak pourrait bien devenir un bourbier dans lequel sa machine de guerre s'enlisera profondément. En se battant contre cette nouvelle agression américaine et contre le soutien ­ passif ou actif ­ que les dirigeants de l'Europe impérialiste lui apporteront, les peuples verront plus clairement que seul le communisme peut apporter une paix réelle et juste.

2.1. Une région stratégique

Bush a défini comme région stratégique prioritaire toute la zone s'étendant du Moyen-Orient au Nord-Est de l'Asie. Il concentre ses guerres de conquêtes en premier lieu sur les régions riches en pétrole, en particulier le Moyen-Orient. A ses yeux, l'Irak n'est qu'un point de départ de sa croisade pour la conquête de toute la région.

En taxant l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord d'«Axe du Mal», en janvier 2002, Bush ne laissait plus aucun doute quant à ses intentions réelles. En fait, depuis la fin de la première guerre du Golfe, les forces politiques, militaires et économiques qui ont porté les deux Bush au pouvoir insistaient déjà sur le fait que le travail commencé en 1991 n'est pas fini. L'«Opération Tempête du Désert» (nom de la guerre de 1991) n'a pas pu déloger Saddam Hussein. L'impérialisme espérait que l'embargo dresserait les masses contre le président irakien. Mais aujourd'hui, Saddam Hussein jouit au contraire d'un soutien populaire plus grand, tant en Irak que dans le monde arabe: enfin un dirigeant qui ne se soumet pas, qui a même le front de résister.

«Aussi longtemps que Saddam Hussein reste au pouvoir en Irak (...), un rapprochement avec Bagdad serait perçu dans le monde comme une défaite et une humiliation majeure pour l'Amérique», écrit Henry Kissinger, secrétaire d'État à l'époque de la guerre contre le Vietnam. Il poursuit: «Une approche équilibrée de l'Irak ne peut être conçue que (...) pour l'après-Saddam».1 Kissinger dirige aujourd'hui l'un des nombreux «think tanks» (groupes de pression) qui orientent la stratégie de Bush afin de raffermir la domination sans partage des États-Unis. Et qui répètent tous la même chose depuis des années: Saddam Hussein doit disparaître.

Depuis plus de vingt ans déjà, les Etats-Unis travaillent au contrôle de l'Irak et du Moyen-Orient. Dans les années 80, par l'intermédiaire de Donald Rumsfeld, aujourd'hui Secrétaire à la Défense, alors envoyé spécial de Ronald Reagan, les USA encourageaient Saddam Hussein à faire la guerre à l'Iran. Ils lui fournissaient toutes les armes voulues. Ils tentaient ainsi d'abattre le régime iranien, le plus farouchement opposé à l'impérialisme américain de tout le Moyen-Orient. Mais ils espéraient en même temps voir l'Irak s'épuiser dans une guerre sans fin pour pouvoir installer un régime entièrement à leur botte.

Saddam Hussein n'a jamais accepté de laisser les États-Unis disposer du pétrole irakien. En 1990, il a tenté d'annexer le Koweït : il considère depuis toujours que les colonisateurs britanniques ont créé ce petit État dans le seul but d'arracher à l'Irak ses riches puits de pétrole. En contrôlant tout ce pétrole, l'Irak comptait imposer un prix plus juste pour cette richesse de nombreux pays du tiers monde. Alors que les impérialistes veulent exactement le contraire: une domination totale sur les régions pétrolifères pour garantir un prix toujours plus bas.

Note : 1 H. Kissinger, "Does America need a Foreign Policy", chap 5

2.2. But économique fondamental : le pétrole

Les plus grandes réserves mondiales de pétrole. Le Moyen-Orient contient les plus grandes réserves de pétrole au monde. Avec au moins 115 milliards de barils ­ peut-être même 300 milliards ­ l'Irak est la deuxième réserve au monde, précédée uniquement par l'Arabie Saoudite. Sa production de 5 millions de barils par jour pourrait passer à 9 millions dans dix ans. Et un baril de pétrole irakien ne coûte qu'un dollar.

Si les réserves confirmées de l'Irak ne comptent que pour 15% des réserves mondiales, plus de 90% de son territoire reste inexploré. L'Irak ne compte pas plus de deux mille puits, contre un million au Texas. Sur dix forages en Irak, huit fournissent effectivement du pétrole, contre moins d'un sur cinq en Arabie Saoudite. Un patron du pétrole, M. Teeling, a bien cerné l'importance du pétrole irakien : «À terme, cela n'a aucun sens pour les compagnies occidentales de dépenser d'immenses sommes à l'exploration du pétrole devant les côtes de l'Angola et d'y travailler à des centaines de mètres de profondeur sous la mer, alors qu'il y a un gigantesque champ pétrolifère de 40 milliards de barils à la surface en Irak»1.

Les guerres de Bush servent les intérêts des multinationales pétrolières. Dans leur logique coloniale, les puissances impérialistes industrialisées considèrent ces ressources comme leur appartenant. Et voient dans toute velléité d'indépendance des pays pétroliers une menace pour leur «sécurité». C'est-à-dire pour le bon fonctionnement de leur machine de production capitaliste. Kissinger l'avoue franchement : «Les États Unis et les autres démocraties industrielles ont un intérêt national contraignant à empêcher que cette région soit dominée par des pays dont les buts sont inamicaux envers nous. Les économies industrielles avancées dépendent des réserves d'énergies du Golfe»2. Les régions pétrolifères du Moyen-Orient étaient déjà un enjeu majeur des deux guerres mondiales passées. Elles ont repris une place prioritaire dans la nouvelle stratégie américaine3.

Les guerres de Bush servent les intérêts des multinationales américaines de l'énergie, comme celles de Hitler les patrons de la sidérurgie et de la chimie allemande. Bush est arrivé au pouvoir grâce à un coup d'État financé entre autres par les grosses multinationales du secteur énergétique américaines, dont émanent une vingtaine des plus hauts membres de son administration. Dont son vice-président Dick Cheney, ex-président et actionnaire de la compagnie énergétique Halliburton. Et son conseiller à la Sécurité Nationale, Condoleeza Rice, qui a siégé au conseil d'administration de Chevron4.

Ces grosses multinationales tirent des profits exorbitants du pétrole (extraction, transport, raffinage, commercialisation). Les réserves mondiales de pétrole diminuent réellement, ce qui ne peut qu'inciter les gros patrons du secteur à une agressivité accrue. C'est pour garantir sa mainmise sur ces sources de bénéfices gigantesques que l'État américain envoie son armée meurtrière au Moyen-Orient.

Comme toutes les industries dépendent largement du pétrole, les guerres de conquête de Bush répondent aux besoins de quasiment toutes les multinationales américaines. La crise économique s'aggrave chaque jour et menace les USA et les autres centres capitalistes de récession réelle. L'endettement des entreprises, particulièrement aux USA, est l'un des facteurs qui mènent le système entier aux portes d'une nouvelle crise mondiale qui dépassera en ampleur celle de 1929. C'est pour cela que les impérialistes exigent un approvisionnement garanti en pétrole au prix le plus bas.

Peur des armes de destruction massive ou de l'arme du pétrole ? Ce n'est pas d'hypothétiques «armes de destruction massives» que les impérialistes ont peur, mais de l'arme du pétrole. Kissinger l'indique clairement : «Un évènement de mauvaise augure est apparu à l'automne 2000, lorsque Saddam s'est efforcé de manipuler le marché des produits pétroliers en diminuant régulièrement les flux de pétrole autorisés sous le régime des sanctions. Ces efforts doivent être traités pour ce qu'ils sont : non pas un problème d'approvisionnement et de demande en énergie, mais un défi à la sécurité nationale (des USA, bien sûr)»5. Les pays détenteurs des plus grandes réserves sont des pays du tiers monde ­ dont ce pétrole est pour le moment souvent la seule richesse. Ils ont à juste titre utilisé cette arme dans le passé, ils l'utiliseront sans nul doute encore à l'avenir. Et c'est parce que Saddam Hussein voit le pétrole arabe comme une arme contre la domination des USA sur le Moyen-Orient qu'il doit disparaître.

Contrôler l'énergie des économies concurrentes. A mesure de l'exacerbation de la crise économique structurelle du capitalisme, les antagonismes entre centres impérialistes se manifestent plus brutalement. Les Etats-Unis ne veulent pas seulement garantir leur approvisionnement en pétrole ­ ils en produisent eux-mêmes beaucoup et s'approvisionnent surtout en Amérique Latine, n'importent que 5% du Moyen-Orient ­ ils veulent aussi et surtout contrôler l'énergie dont dépendent les économies de leurs concurrents européens et japonais. Les beaux discours des Louis Michel, Schröder, Chirac et autres sur leurs «différences tactiques» avec les USA cachent un conflit d'intérêt bien plus profond, qui à son tour fait monter le danger d'une nouvelle guerre mondiale inter-impérialiste. «Plus le capitalisme est développé, a écrit Lénine, plus le manque de matières premières se fait sentir, plus la concurrence et la recherche des sources de matières premières dans le monde entier sont acharnées, et plus est brutale la lutte pour la possession des colonies»6

Les Etats-Unis voient encore plus loin. Ils considèrent la Chine, puissance économique montante, «comme le plus grand défi à leur domination mondiale dans les quinze années à venir»7. Or la Chine est confrontée à un manque croissant de pétrole. La majeure partie de ses importations proviennent du Moyen-Orient. En contrôlant le pétrole de cette région, les impérialistes américains veulent aussi pouvoir saboter l'économie chinoise.

Notes : 1 Source: «Lalkar», September-October, qui cite e.a. Thomson Datastream et le Financial Times, 15 August 2002 ; 2 H. Kissinger, op.cit., chap. 5 ; 3 Cf. PTB "Thèses sur la Mondialisation", thèses 78; "Quadrennial Defense Review Report", September 2001, p. 4; p.20. ; 4 Voir: World Policy Institute, "The Role of the Arms Lobby In the Bush Administration's Radical Reversal of Two Decades of U.S. Nuclear Policy"; Center of Public Integrity, "The Public I - An Investigative Reportof the Center for Public Integrity" ; 5 Cfr Kissinger,op.cit, p. 195 ; 6 Lénine, "L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme», chap. VI (tome XXII, p. 281) ; 7 Voir PTB, "Thèses sur la Mondialisation", thèse 78.

2.3. But politique central : dominer tout le Moyen-Orient

Scénarios US contre l'Irak. Toute la violence, toutes les horreurs dignes de Hitler que les Bush, Clinton, Blair et autres dirigeants européens ont infligé à l'Irak n'ont pu faire plier ce petit pays du tiers-monde. Il ne s'agit pas seulement d'un Saddam Hussein «intransigeant et têtu», il s'agit de tout un peuple décidé à défendre son indépendance et sa dignité. Pas avec des «armes de destruction massive», mais, comme devait le dire le ministre irakien des Affaires étrangères, «s'il le faut avec des couteaux, des bâtons, nos mains nues».

Bush accuse Saddam Hussein de brutaliser sans cesse son peuple. Mais comment expliquer alors la détermination de ce dernier à défendre son pays et à s'opposer aux sauveurs autoproclamés de Washington ? Comment expliquer son soutien décidé au président irakien ? Ce constat d'un peuple plus uni que jamais dans la haine de l'impérialisme, tant de nombreux journalistes que les services de renseignement occidentaux le font.

Pour contrôler l'Irak, l'impérialisme américain doit d'abord renverser le régime de Saddam Hussein. Les États-Unis tentent de susciter une alternative du style de l'Alliance du Nord en Afghanistan. Depuis plusieurs mois, ils intensifient l'armement des organisations nationalistes et pro-américaines kurdes au nord de l'Irak afin de renforcer leur lutte pour le renversement de Saddam Hussein1. En même temps, ils misent sur une opposition réunie au sein du soi-disant «Congrès National Irakien» siégeant à Londres. Aucune de ces marionnettes des États-Unis ne signifie grand chose, ce qui rend nécessaire, aux yeux de l'administration Bush, une intervention militaire directe et massive.

A l'image du Hitler de 1940, triomphant et décidé à réorganiser le monde entier, les USA sont convaincus de gagner la partie et envisagent différents scénarios pour l'après Saddam. Un de ces scénarios serait tout simplement de mettre fin à l'existence de l'Irak et de le faire fusionner avec le régime pro-Américain de Jordanie. «D'après le correspondant du journal israélien Yediot Ahronot pour les affaires militaires, le côté israélien a été informé de plans, préparés par les faucons dans l'administration Bush, afin de changer totalement la face du Moyen-Orient, y compris l'idée de mettre fin à tout régime irakien et de faire fusionner le pays avec le royaume Hachémite»2.

De l'Irak à la Palestine. Parallèlement à ses plans contre l'Irak, les Etats-Unis accorde un feu vert à l'agression d'Israël contre le peuple Palestinien. L'Irak est un des défenseurs les plus décidés de la cause palestinienne. C'est afin de permettre à Israël de poursuivre sa politique d'expansion continue que les USA veulent anéantir l'Irak.

Si la «communauté internationale» ­dont Bush se prétend le porte-parole ­ cherche au Moyen-Orient des «armes de destruction massive menaçant la sécurité des voisins», c'est à Tel-Aviv et non à Bagdad qu'elle les trouvera. Israël possède des centaines d'armes de destruction massive, dont plus de 200 bombes nucléaires. Et menace ouvertement de les utiliser. Les Etats-Unis lui fournissent d'innombrables armes dernier cri. Ensemble, ils ont transformé la Palestine en laboratoire grandeur nature de leurs armes les plus sophistiquées.

S'il faut punir ceux qui ne respectent pas les Résolutions de l'Onu, qu'on commence par ce même État d'Israël qui, depuis 1948, se fout éperdument des innombrables résolutions du Conseil de sécurité rédigées à son adresse.

Si l'on ne peut tolérer qu'un pays en occupe un autre, qu'on commence par forcer l'État expansionniste d'Israël à quitter les vastes territoires arabes qu'il occupe en faisant fi du droit international.

S'il faut désigner des «dictateurs féroces, foulant aux pieds les droits de l'homme», il faut commencer par les Sharon et autres dirigeants sionistes. Dans les années 30, Himmler, chef de la Gestapo, se serait sûrement félicité de pouvoir passer systématiquement au bulldozer les maisons des familles de résistants (supposés).

De l'Irak à la Syrie et l'Iran. Le but de l'impérialisme américain est de passer du renversement de Saddam Hussein au renversement de tous les régimes qui s'opposent résolument à sa mainmise. Le ministre américain de la Guerre Donald Rumsfeld répète que si l'Irak est la cible première des États-Unis, d'autres «États voyous menacent également la sécurité des États-Unis». Et de citer l'Iran, la Syrie, la Libye.3 Tous ces pays du tiers-monde ont l'audace de s'opposer à la guerre d'agression américaine contre l'Irak, de refuser la mainmise de l'impérialisme sur leurs ressources naturelles, d'exiger la création d'un État Palestinien.

Après les attentats de septembre 2001, l'administration Bush a longuement débattu de la question: quel pays agresser et soumettre en premier lieu. Plusieurs candidats figuraient sur la liste. Hormis l'Afghanistan, il y avait au moins aussi l'Irak, l'Iran, la Syrie, le Soudan et la Corée du Nord. Le vice-président Cheney et le Secrétaire à la Défense Rumsfeld plaidaient pour commencer par l'Irak. Mais sur avis de Colin Powell, Bush a décidé de commencer par l'Afghanistan. A ce moment-là, l'Irak était secondaire, plaidait le ministre des Affaires étrangères. En promettant de ne pas s'arrêter à l'Afghanistan. Aujourd'hui ce pays est rasé, Ousama Ben Laden court toujours et plus de 10 000 victimes gisent sur le terrain. Voici (re)venu le tour de l'Irak.

Les responsables américains déclarent que, par rapport à l'Irak, les autres «États voyous» sont moins importants». Pour le moment, rapporte le Washington Post : «Alors que l'administration Bush débat de la guerre contre l'Irak, les faucons de cette administration plaident pour une vision plus large sur le Moyen-Orient, qui ne considère le renversement de Saddam Hussein que comme un premier pas dans la transformation de la région... Après avoir chassé Saddam, les États-Unis auront une plus grande marche de manuvre pour agir contre la Syrie et l'Iran, ils seront dans une meilleure position pour résoudre le conflit israélo-palestinien et moins dépendants du pétrole saoudien. Bien que ces idées ne représentent pas la politique officielle des États-Unis, elles ont de manière croissante servi de justification pour une attaque contre l'Irak, et des éléments de cette stratégie sont apparus dans des discours d'officiels américains, en particulier du vice-président Dick Cheney»4

Soit la Syrie, l'Iran et d'autres seront entraînés dans la guerre (aux côtés de l'Irak) et les USA y étendront alors leur agression. Soit les impérialistes américains établiront d'abord de plus solides bases dans une Irak conquise, pour passer ensuite à une deuxième vague d'agression, dirigée contre l'Iran, la Syrie, la Palestine... Ces régimes peuvent compter sur un large soutien de leurs populations à leur politique d'opposition à l'impérialisme américain et son gendarme Israël. Il ne fait aucun doute que les hordes américaines devront les massacrer en masse avant de pouvoir instaurer des régimes qui leur soient entièrement inféodés. Pour rappel : en 1990, la capture du chef d'Etat Noriega par l'armée US dans le tout petit territoire de Panama a coûté 4 000 vies : on peut s'imaginer ce que ce sera dans ces plus grands pays, bien mieux préparés à l'agression américaine prochaine.

Une vaste guerre en préparation. Bush parle de l'Irak, mais c'est une guerre de très grande envergure que ses principaux collaborateurs préparent avec le Pentagone. Cheney, Rumsfeld et leurs adjoints planifient la conquête de tout le Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord à l'Iran. Les dirigeants arabes alliés aux USA lors de la guerre du Golfe payent cher leur soumission. Tant en Arabie Saoudite qu'en Egypte ou ailleurs, la révolte des masses gronde. D'après l'International Herald Tribune, «un rapport secret américain, basé sur une enquête des services de renseignements saoudiens auprès de jeunes de 25 à 41 ans, conclut que 95% d'entre eux soutient la cause de Ben Laden»5. Quoiqu'on puisse penser de Ben Laden, il est clair que dans ce contexte il s'agit du symbole le plus radical de l'anti-américanisme.

De plus, une frange de la grande bourgeoisie de ces pays n'accepte plus si facilement la tutelle américaine. Déjà, le commandement des troupes américaines dans le Golfe a dû déménager de l'Arabie Saoudite au Qatar6. En se distançant aujourd'hui de l'impérialisme américain, ces dirigeants tentent de sauver leur régime, de sauver leur peau. En novembre 2001, Bush reprochait à l'Arabie Saoudite et à l'Egypte leurs manquements dans la lutte contre le terrorisme. Sur quoi l'ambassadeur saoudien à l'Onu, le prince Faisal ben Bandar, lui a répondu : «Vous, dirigeants américains, si vous faites des erreurs vous ne perdez que des voix. Mais si nous faisons des fautes, c'est de notre tête que nous le payerons»7.

L'impérialisme américain n'a déjà plus confiance en ces régimes, estimant qu'ils ne pourront pas... tenir tête. Fin 2001, le stratège en chef du Pentagone, Richard Perl, confiait au journal israélien Yediot Aharonot : «D'après moi, les Saoudiens ne font pas partie d'une solution, mais partie du problème...»8 L'administration Bush sait que sa nouvelle guerre d'agression contre l'Irak mettra vraisemblablement tout le Moyen-Orient en feu. Loin de l'effrayer, cela l'arrangerait même beaucoup. Autant balayer en une fois toute la région, pour y installer des régimes encore plus entièrement liés à leur puissance.

Le même journal israélien apporte à ce propos des détails dont le Washington Post9 fait également état : «L'expert israélien des affaires terroristes, Ehud Shefernitsk a eu récemment plusieurs réunions avec des dirigeants du Pentagone. Il y a appris que "des discussions ont lieu au sein d'un groupe ayant une attitude fort différente envers le monde arabe et les risques qui en émanent". Shefernitsk résume leur tendance en une phrase : ils estiment que le monde arabe est un monde d'arriérés qui ne comprennent que le langage de la violence. Il ajoute que les tenants principaux de cette tendance sont le Vice-Président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. L'élaboration idéologique du travail est aux mains de trois personnes, le sous-secrétaire à la défense (Wolfowitz, ndlr), son adjoint Douglas Faith et Richard Perl... Celui-ci a commandé une étude auprès de la Rand-Corporation (think tank lié au Pentagone, ndlr) intitulée "Quelle stratégie américaine pour le Moyen-Orient". Ce document décrit l'Arabie Saoudite comme un ennemi, qui devra être traité comme tel. L'étude de la Rand place la guerre contre l'Irak comme une séquence logique dans un contexte plus large. D'après une source, l'étude aboutit à la conclusion que l'attaque militaire est un "objectif tactique" l'Arabie Saoudite étant "l'objectif stratégique" et l'Egypte "le grand prix". Cela signifie que ce groupe constitué au sein de l'administration américaine voit un changement de régime dans les trois pays mentionnés comme objectif stratégique, les transformant en pays démocratiques orientés sur l'Occident, limitant ainsi leurs capacité à menacer les États-Unis à travers ses intérêts dans les États arabes.»

On connaît ces régimes démocratiques made in the USA : les régimes des Pinochet et autres Sharon, opprimant les masses sous leur dictature fasciste, afin qu'elles servent sans broncher les dictats des États-Unis... Comme les nazis ont cherché pendant des années une «solution au problème juif» en tentant de les déporter en Afrique et au Moyen-Orient, Cheney, Rumsfeld et Wolfowitz ont en tête une «solution au problème palestinien». Selon ce même rapport israélien, «les Palestiniens pourraient réaliser leurs ambitions nationales en dehors de leur pays d'origine, notamment dans un État comme la Jordanie, rappelant ce que Rumsfeld a dit récemment quand il décrit l'occupation israélienne de la Cisjordanie comme une «prétendue occupation».

Le journal israélien conclut : «Ce n'est pas une coïncidence si les Américains ont invités le prince Hassan de Jordanie (ancien prétendant à la couronne) à deux réunions avec l'opposition irakienne résidant à Londres. Cela rappelle l'expérience Afghane : décapiter le régime et faire revenir le vieux bon roi»10

Notes : 1 De Standaard, 22/12/2001. ; 2 "Yediot Ahronot: Iraq, Jordan to be converted into one Hashimite Kingdom". ; 3 http://usinfo.state.gov/topical/pol/terror/02091809.htm ; 4 «Overthrowing Saddam 'just the first step'», , Washington Post, 11/09/2002. ; 5 «Saudi Warns U.S. to Respect Arafat - Downfall Would Cause Serious Repercussions, Intelligence Chief Says», Elaine Sciolino, International Herald Tribune, 28/01/2002. ; 6 Le commandement des bases américaines devait déménager de l'Arabie Saoudite au Qatar («An alternative to Saudi Arabia base - Pentagon makes plans for possible transfer to Qatar airfield», Bradley Graham, Washington Post, 8/04/2002. ; 7 «U.S.-Iraq Relations», Beijing Information, 4/04/2002 ; 8 Yediot Aharonot on March 27, 2002, http://israelbehindthenews.com/Archives/Mar-29-02.htm#Riyadh ; 9 «Overthrowing Saddam 'just the first step'», Washington Post, 11/09/2002. ; 10 "Yediot Ahronot: Iraq, Jordan to be converted into one Hashimite Kingdom".

2.4. Installer des bases américaines dans toute la région

Chaque guerre d'agression américaine depuis 1991 a été accompagnée de l'installation de bases militaires américaines à l'étranger. Contrairement aux promesses faites à ses alliés arabes en 1991, les Etats-Unis n'ont pas du tout démantelé leurs importantes bases en Arabie Saoudite et au Koweït. Ils maintiennent d'importantes facilités pour leurs troupes au Bahrayn, à Qatar, Oman et dans les Émirats Arabes Unis. La guerre en Afghanistan leur a permis d'implanter une douzaine de bases : trois en Afghanistan, le reste dans diverses républiques de l'Asie Centrale. La guerre est soi-disant finie, mais les bases y sont toujours.

La guerre contre l'Irak n'est qu'un prétexte pour installer des bases américaines dans tout le Moyen-Orient. Le ministère américain de la Défense désigne toute la région qui s'étend du Moyen-Orient au Nord-Est de l'Asie comme une zone stratégique de premier ordre. En même temps il constate que «la densité de bases américaines et d'infrastructure logistique y est plus faible que dans d'autres régions critiques. (...) Les États-Unis et leurs alliés continueront à dépendre des ressources énergétiques du Moyen-Orient, une région où plusieurs États constituent un défi militaire conventionnel et où beaucoup cherchent à acquérir ou possèdent déjà des armes chimiques, biologiques, bactériologiques, nucléaires. (...) Ces États tâchent (...) d'empêcher l'accès à la région aux forces militaires américaines». Et le rapport continue: «Le nouveau planning du département de la Défense demande le maintien de forces en Europe, en Asie du Nord-Est, le long du littoral de l'Asie de l'Est, au Moyen-Orient et dans le Sud Est Asiatique afin de rassurer nos alliés et amis et de dissuader toute agression contre les États-Unis, ses forces, ses alliés et ses amis»1.

L'hebdomadaire écossais Sunday Herald a publié le 15 septembre dernier la preuve que l'agression contre l'Irak n'est qu'un prétexte pour installer un contrôle militaire massif des États-Unis dans la région : «Un document secret prouve que Bush et son cabinet préparaient déjà une attaque contre l'Irak afin d'y opérer un changement de régime, juste avant qu'il n'entre en fonction en janvier 2001. Ce document fut rédigé par l'actuel vice-président Dick Cheney, par l'actuel secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et l'actuel sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz, par Jeb Bush, le frère cadet de George W. et par Lewis Libby, chef de cabinet de Cheney. Le document, intitulé «Reconstruire les défenses américaines : stratégies, forces et moyens pour le siècle nouveau», a été écrit en septembre 2000 par le think-tank néo-conservateur «Project for the New American Century (PNAC)». Ce plan montre que l'administration Bush avait l'intention de prendre le contrôle militaire de la région du Golfe, que Saddam Hussein soit encore au pouvoir ou pas. Il indique : «Les États-Unis ont cherché pendant des décennies à jouer un rôle plus permanent dans la sécurité du Golfe. Alors que le conflit en suspens avec l'Irak fournit une justification immédiate, la nécessité d'une force américaine importante dans le Golfe dépasse la question de Saddam Hussein»2.

Notes : 1 "Quadrennial Defense Review Report", September 2001, p. 4; p.20 ; 2 Sunday Herald, 15 September 2002.

3. George Bush sur les traces d'Adolf Hitler

Le «Mein Kampf» de l'administration Bush. L'oukase posé par George W. Bush dans son intervention à l'Assemblée générale de l'Onu le 12 septembre 2002 s'accompagne d'une redéfinition de la stratégie américaine. Celle-ci a été publiée le 20 septembre 2002 sous le titre «La stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis»1. Hitler annonçait dans «Mein Kampf» comment il comptait se rendre maître du monde. Le Hitler des années 2000 annonce aujourd'hui comment il compte maintenir une domination incontestable et un «leadership» absolu des USA sur cette planète, comment «il ne tolèrera plus jamais que sa suprématie militaire soit mise au défi comme au temps de la guerre froide»2. Il s'autorise à utiliser si besoin la force militaire la plus brute. «Nos forces seront suffisamment puissantes pour dissuader tout adversaire qui tenterait de dépasser, ne fût-ce même que d'égaler, la puissance militaire des États Unis»3. Il ne se gène pas de menacer directement tant l'Europe et le Japon que la Chine.

Bush moins bien élu que Hitler. A la différence de Hitler, Bush n'est pas vraiment arrivé au pouvoir par le biais d'élections. Il avait moins de voix que son adversaire, qui a fourni la preuve de nombreuses irrégularités. Mais c'est par la puissance des monopoles de l'armement et du pétrole, les Northrop et les General Electrics, les Chevron et les Exxon Mobile que Bush a réussi son coup d'État. Comme, en définitive, ce sont les Krupps et les Thyssens qui ont porté Hitler au pouvoir. Ces monopoles poursuivent les politiques les plus agressives dans le monde. Elles sont le moteur principal d'une politique sans cesse plus fasciste du gouvernement Bush.

Une même façon de tromper les gens. Hitler croyait tromper les travailleurs en se réclamant du «national socialisme». Bush l'imite et se pave d'«internationalisme» : «La stratégie de sécurité nationale américaine sera basée sur un internationalisme américain spécifique qui reflète l'union entre nos valeurs et nos intérêts nationaux». Le «socialisme» d'Hitler signifiait la soumission totale des travailleurs aux intérêts des patrons. L'«internationalisme» de Bush signifie que seuls seront épargnés ceux qui se plient aux «valeurs et intérêts» des multinationales américaines.

Assurer la sécurité des USA comme Hitler a assuré celle de l'Allemagne. Bush prétend ne poursuivre d'autre but que «la sécurité des États-Unis», comme Hitler prétendait ne rechercher que la «sécurité de l'Allemagne» en annexant la Tchécoslovaquie et la Pologne, avant d'anéantir toute l'Europe. Mais tout comme Hitler, Bush n'attendra pas que les États-Unis soient attaqués pour riposter. Sa «défense» sera dorénavant officiellement «l'attaque préventive» ­ il parle aussi de «contre-prolifération proactive». La machine de guerre américaine compte détruire tout régime ou toute force qui pourrait constituer une menace, ou même seulement un défi.

Le récent document de Bush est une déclaration de guerre à tous les pays, les peuples et les organisations qui n'acceptent plus la dictature terroriste et fasciste de l'impérialisme US. Mais il cite nommément deux cibles prioritaires : l'Irak et la Corée du Nord.

Notes : 1 "The National Security Strategy of the United States of America", White House, September 2002. ; 2 Comme le résume le The New York Times, 19/9/02. ; 3 "The National Security Strategy", p. 30

4. Les prétextes de Bush

Quelles sont les accusations de Bush contre l'Irak ? Bush pose un ultimatum à l'Onu, à son secrétaire général Koffi Annan, au monde entier: il faut attaquer l'Irak. Son acte d'accusation, présenté devant l'Assemblée des Nations Unies, compte à peine quatre paragraphes et est plein d'affirmations non étayées, contredites par des experts et des inspecteurs de l'Onu, y compris américains. Selon lui, l'Irak continuerait à cacher d'importantes informations concernant ses programmes nucléaires. Il disposerait d'éminents scientifiques et techniciens en matière nucléaire. Il aurait tenté plusieurs fois (sans succès ?) d'acheter des tubes en aluminiums spéciaux, qui peuvent servir à l'enrichissement de l'uranium pour des armes nucléaires. Si l'Irak pouvait acquérir des matières fissiles, il pourrait construire une arme nucléaire dans quelques années. L'Irak possèderai également des missiles du type Scud pouvant frapper des cibles au-delà de la limite de 150 kilomètres autorisée par les Nations Unies.

Toujours selon Bush, des travaux à des installations d'expérimentation et de production indiquent que l'Irak construit plus de missiles à longue portée que nécessaire pour causer des morts en masse dans la région. Saddam Hussein contournerait les sanctions économiques afin d'acheter de la technologie en matière de missile et d'autres matériels militaires. L'Irak refuse l'accès immédiat et illimité d'inspecteurs de l'Onu afin de contrôler s'il s'en tient à son engagement de détruire toutes ses armes de destruction massive et ses missiles à longue portée. > Lire le texte complet de Bush (en anglais)

D'après le président américain, l'Onu serait indigne de sa mission si elle permettait tout ce que fait l'Irak sans frapper dur. Or, la Charte des Nations Unies garantit l'indépendance et la souveraineté de chaque pays au monde, y compris le droit de décider lui-même de son système politique et de ses dirigeants. Pour Bush, il ne s'agit manifestement que d'un chiffon de papier: il s'autoproclame arbitre suprême, investi du pouvoir d'installer ou de renverser des régimes comme bon lui semble.

Pourquoi l'ami Saddam est-il devenu le grand Satan ? L'Irak est, avec ses 24 millions d'habitants, un pays relativement petit du tiers monde. Il est dirigé par une grande bourgeoisie nationaliste, qui rêve d'une grande nation arabe indépendante. Le parti Baas au pouvoir est fortement anti-marxiste et a exterminé une grande partie du Parti Communiste Irakien au cours des années soixante. Inutile de dire que l'impérialisme l'approuvait alors entièrement. Comme il l'approuvait et l'encourageait au cours des années 1980 dans sa guerre contre l'Iran, l'ennemi numéro un de l'impérialisme à l'époque.

La bourgeoisie irakienne a d'autre part obtenu des succès dans l'édification économique du pays. L'Irak était relativement industrialisé, comparé aux autres États arabes de la région. La bourgeoisie irakienne a construit des écoles et des universités, elle a pratiquement éradiqué l'analphabétisme, poussé la scolarisation à un des taux les plus élevés du Moyen-Orient (87% des jeunes entre 12 à 17 ans allaient à l'école avant 1991). Elle a investi dans l'agriculture, l'électrification et la santé1. C'était aussi un des pays les plus laïcs du Moyen-Orient, caractérisé entre autres par une forte émancipation de la femme. Le régime Baas a effectivement commis des exactions contre la population kurde (avec le soutien des Etats-Unis) durant la guerre contre l'Iran. Mais c'est le seul pays où les Kurdes ont pu maintenir leur langue, même dans l'enseignement, jusqu'à avoir leur propre université.

Lorsque la bourgeoisie irakienne a refusé d'abandonner à l'impérialisme américain le contrôle de ses richesses pétrolières, l'administration Bush père (dont faisait déjà partie Cheney et d'autres responsables actuels de la Maison-Blanche) a démonisé Saddam Hussein à travers une propagande démentielle. Comme Goebbels, chef de la propagande nazie et inventeur de la formule «Mentez, il en restera toujours quelque chose», l'avait fait contre les Juifs et les communistes. But de Washington : embrigader l'Occident pour une agression sans commune mesure avec tous les crimes attribués au dirigeant irakien.

Les Irakiens ne sont pas dupes: ils comprennent que c'est sous la botte américaine qu'ils seront vraiment tyrannisés. Qu'ils n'auront d'autre choix que de subir la domination et l'exploitation de l'impérialisme américain et la spoliation de leurs richesses. Comme le peuple chilien sous la dictature de Pinochet, installée avec l'aide de Henry Kissinger, alors secrétaire d'État américain, aujourd'hui conseiller privilégié de la droite républicaine à Washington. Ou comme le peuple indonésien, après le coup d'État en 1965 de Suharto, manigancé par la CIA, suite auquel un demi-million de communistes, démocrates et progressistes furent exterminés. Ou comme en Arabie Saoudite ou au Koweït, où les Américains soutiennent depuis des décennies des aristocraties féodales où le mot démocratie est absent des dictionnaires.

De quels crimes la population irakienne est-elle victime ? En 1991, les bombardements contre l'Irak ont fait plus de deux cent mille victimes, militaires, mais surtout civiles. Cette agression barbare a été préparée par six mois d'embargo destinés à affaiblir et isoler l'Irak. Pendant ce temps, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux (notamment européens) ont en place la plus importante force de guerre impérialiste depuis la deuxième Guerre Mondiale. Ils ont complètement détruit la quasi-totalité de l'industrie irakienne, y compris des entreprises strictement alimentaires ou pharmaceutiques. D'innombrables écoles, maternités, hôpitaux, centres sociaux divers ont été rasés, liquidant les bases mêmes du développement de la société.

La situation des femmes s'est dégradée : elles n'ont plus de travail puisque tout a été ravagé et il n'y a presque plus de crèches. Les mères irakiennes se demandent si leurs bébés vont naître normaux ou pas, vu les ravages de l'uranium appauvri contenu dans les bombes américaines. L'intégrisme gagne du terrain. En Afghanistan, les Etats-Unis prétendaient faire la guerre contre les Talibans afin de libérer les femmes, de permettre l'éducation des enfants... alors qu'en Irak, leur guerre et leur embargo ont détruit tous ces acquis.

L'embargo empêche tout bonnement l'Irak de se reconstruire. Un blocus quasi-total interdit l'importation de tout matériel permettant de remettre les entreprises en marche, sous prétexte que ces matériaux pourraient servir au réarmement. L'Irak peut exporter certains quotas de pétrole, mais uniquement en échange d'un nombre tout à fait insuffisant de certains médicaments et produits alimentaires. Cet embargo tue cruellement. Selon les estimations (minimalistes) de l'Unicef > Document pdf (en anglais), un demi-million d'Irakiens sont morts entre 1991 et 1998 rien que des suites de l'embargo, surtout par malnutrition et manque de médicaments. Deux fois plus d'enfants en dessous de 5 ans meurent en 1998 qu'avant 1991. Un cinquième des enfants souffre de malnutrition. Le taux de mortalité a augmenté de 90 000 morts par an, soit 252 par jour. Via l'embargo, le terrorisme d'État américain fait crouler l'équivalent du WTC 25 fois par an. Et cela depuis 12 ans ! Voilà le résultat révoltant de guerres et embargos criminels, meurtriers, barbares, perpétrés au nom de la «défense de la civilisation occidentale».

L'Irak a-t-il toujours refusé les inspections de l'Onu ? Dans un pays complètement ravagé par la guerre et l'embargo, l'Onu a effectué pendant huit ans plus de 13 500 inspections, à la recherche d'«armes de destruction massive» et d'usines ou ateliers dans lesquels on pourrait en produire. Tout produit ou machine fonctionnant encore quelque peu et qui pourrait servir à produire des armes, a été détruit. Jamais l'intégrité et la dignité d'un pays formellement indépendant et membre de l'Onu n'ont été autant piétinées. Aucun pays au monde n'a jamais été obligé d'ouvrir si largement ses portes à des inspecteurs, dont une grande partie n'était que des espions. Jamais un pays n'a été contraint de démolir la quasi-totalité de ses installations industrielles ou simplement de recherche, sous prétexte qu'ils pourraient servir à produire des armes.

Tous les bâtiments officiels et semi-officiels, y compris les demeures du président Saddam Hussein, ont été fouillés de fond en comble. Les inspecteurs ont passé au crible l'ensemble du territoire, à l'aide des satellites les plus sophistiqués. Tout site quelque peu «suspect» a été retourné et entièrement démoli. L'Irak se trouve aujourd'hui encore plus dénudé qu'après les tapis de bombes de 1991. Même les installations strictement défensives sont bombardées et détruites par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Est-ce l'Irak qui a renvoyé les inspecteurs en 1998 ? Non. L'ancien inspecteur Scott Ritter l'a expliqué à CNN : «Il faut rappeler que Saddam Hussein n'a pas mis les inspecteurs à la porte. Ce sont les États-Unis qui ont pris le téléphone en décembre 1998 et qui ont ordonné aux inspecteurs de quitter endéans les 48 heures, avant qu'ils ne lancent l'Opération «Desert Fox», action pour laquelle ils n'avaient pas l'aval des Nations Unies et pour laquelle ils utilisaient les informations recueillies par les inspecteurs afin de frapper l'Irak.» > Interview complète (en anglais) Au cours de l'Opération «Desert Fox», l'aviation américaine et britannique a à nouveau déversé plus de 400 bombes sur toutes sortes de bâtiments irakiens, dont les inspecteurs avaient déjà prouvé qu'ils n'avaient rien à voir avec la production d'armes de destruction massive.

L'Irak s'oppose-t-il à un retour des inspecteurs ? Dans un premier temps, l'Irak a estimé que les inspecteurs avaient déjà très largement accompli leur mission et a refusé leur retour. Plus tard, Bagdad s'est déclaré prêt à envisager leur retour, pourvu que soit fixé en même temps un agenda pour la levée de l'embargo. Le ministre irakien des Affaires étrangères a répété : «Nous sommes disposés à envisager un règlement global dont le retour des inspecteurs ferait partie. Nous sommes par contre opposés à des nouvelles inspections qui ne cadreraient que dans le plan américain pour mettre à jour les informations dont ils disposent déjà afin de les transmettre à l'armée et aux services de renseignements américains pour qu'ils puissent mieux bombarder l'Irak».2

Les déclarations du diplomate suédois Rolf Ekeus, également un des chefs des inspecteurs de l'ONU en Irak de 1991 à 1997, justifient cette crainte du gouvernement irakien : «Il n'y a aucun doute que les Américains ont voulu utiliser les inspecteurs pour rassembler des informations sur d'autres sujets (que les armes de destruction massive). Par exemple sur l'organisation des services de sécurité, sur les endroits où se trouvait Saddam Hussein, pour pouvoir le cibler personnellement. Cela n'était pas dans le mandat des inspecteurs».3

L'Irak dispose-t-il encore d'«armes de destruction massive» ? L'Irak ne dispose plus d'aucune de ces armes et n'a plus la moindre capacité d'en produire. Les Etats-Unis sont les mieux placés pour le savoir : les «armes de destruction massive» dont disposait l'Irak avant 1991, y compris des armes biologiques et chimiques, provenaient des USA eux-mêmes4. Tout ce qui pouvait en rester a été anéanti lors des inspections des années 90 et les nombreux inspecteurs-espions américains eux-mêmes ont pu s'en convaincre.

C'est l'Américain Scott Ritter, ancien chef des inspecteurs de l'Onu en Irak de 1991 à 1998, qui l'affirme : «Pendant sept ans, ils ont inspecté chaque bombe, chaque missile et chaque usine censée fabriquer des armes chimiques, biologiques et nucléaires. Ils se sont rendus en Europe et y ont trouvé les fabricants qui leur vendaient les matériaux nécessaires. Parmi les fondations des bâtiments détruits au cours de la guerre du Golfe, ils ont découvert les ruines des labos de recherche et de développement. Tout ce qu'ils ont trouvé a été détruit sur place.»

Hans Von Sponeck a été le coordinateur humanitaire des Nations Unies en Irak de 1998 à 2000. Il a présenté sa démission pour protester contre les mesures inhumaines et dénuées de tout fondement imposées à l'Irak. Il écrit que «le Département de la Défense et la CIA savent parfaitement que l'Irak ne constitue de menace pour personne dans la région, et certainement pas pour les États-Unis. Argumenter le contraire ressort de la malhonnêteté. Ils savent, par exemple, qu'al-Doura, qui fut un centre de production de vaccins contre la rage, aux abords de Bagdad, ou al-Fallujah, une unité de production de pesticides et d'herbicides dans le désert occidental, sont aujourd'hui totalement détruits et irréparables... Lors de ma visite à la mi-juillet 2002, accompagné d'une équipe de télévision allemande, j'ai moi-même choisi où aller. J'ai revu al-Doura et al-Fallujah dans le même état tout à fait délabré que lors de mon inspection en 1999...» > Déclaration complète (en anglais) L'Institut d'études stratégiques de Londres ment donc consciemment au sujet de ces deux centres en prétendant, en septembre 2002, que les Irakiens «pourraient» y produire des armes de destruction massive.

D'où vient le danger de destruction massive ? Le budget militaire des États-Unis s'élève à 400 milliards de dollars, soit 45% de l'ensemble des dépenses militaires de cette planète. Aucun pays au monde n'a autant d'armes de destruction massive, nucléaires, biologiques, chimiques et autres. Aucun pays au monde n'égale de près ni de loin l'utilisation... massive qu'en ont déjà fait l'impérialisme américain: des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 à l'Agent Orange déversé sur le Vietnam, en passant par les armes biologiques employées lors de la guerre de Corée et les armes à uranium appauvri utilisées en Irak ou en Yougoslavie. Et les USA persistent dans le refus de s'engager à ne jamais utiliser ces armes les premiers. C'est aux États-Unis que s'impose d'urgence un changement de régime !

Tout pays a droit à posséder des armes de dissuasion tant que des puissances impérialistes les menaceront avec mille fois plus d'armes de destruction massive. Quelle objection y aurait-il à ce que les pays du tiers monde, menacés en permanence par une panoplie inégalée d'armes de destruction massive américaines, s'en procurent quelques-unes ? Sont-ils susceptibles de les utiliser les premiers et à d'autres fins que défensives, sachant que les USA en disposent de mille fois plus et n'ont aucun scrupule pour s'en servir ? Par contre, si ces pays disposaient d'armes nucléaires, les États Unis ne pourraient pas les attaquer impunément, comme ils n'auraient pas pu attaquer impunément la Yougoslavie si celle-ci avait eu accès à des armes nucléaires.

Une «guerre préventive» est-elle justifiée ? En 1991, Bush père prétextait l'invasion du Koweït pour agresser sauvagement l'Irak. Bush fils ne cherche même plus vraiment de prétexte: une guerre «préventive» doit garantir que l'Irak lui soit entièrement soumis. Lorsqu'on lui a demandé lors d'une récente réunion de l'Otan de fournir les preuves que l'Irak produirait des «armes de destruction massive», le ministre américain de la Guerre, Rumsfeld, a répondu de son ton sarcastique : «L'absence de preuve ne signifie pas la preuve de l'absence (des armes)». Une formule digne de Goebbels. Ce genre de réponse permet évidemment de justifier n'importe quelle agression contre n'importe quel pays.

Sachant d'avance que les inspections n'apporteront pas la moindre preuve que l'Irak possède des armes de destruction massive, Bush a inventé la nécessité d'une «attaque préventive» : si l'Irak ne possède pas de telles armes, il «pourrait en fabriquer». Chacun des 191 pays de cette planète pourrait en fabriquer. Donner l'aval à la nouvelle stratégie d'«attaques préventives» revient à s'accorder une carte blanche pour agresser tout pays dont le régime ne plaît pas à Washington. Comme Hitler avait envahi la Tchécoslovaquie en 1938 sous prétexte de prévenir une attaque de ce pays.

A quoi serviraient de nouvelles inspections ? L'administration américaine sait que les inspections ne rapporteront pas la moindre preuve de l'existence d'«armes de destruction massive». Mais Bush exige que de nouvelles inspections de l'ONU en Irak soient associées à des conditions tellement inacceptables qu'elles tourneront en véritables provocations. Et il entend aussi en faire des missions d'espionnage bien plus que de contrôle d'armes. Elles doivent lui permettre d'effectuer son agression criminelle, planifiée depuis longtemps. Son but établi est de renverser le régime de Saddam Hussein, par tous les moyens, quel qu'en soit le prix en vies humaines, pour le remplacer par un régime fantoche.

C'est pourquoi, n'attendant même pas les résultats des inspections, les USA accélèrent encore la mise en place de leur machine de guerre infernale. L'administration Bush prépare une résolution qu'elle soumettra au Congrès, afin que celui-ci lui donne l'aval que l'Onu risque fort de lui refuser. Le New York Times écrit que «selon certains juristes, le document proposé donne un pouvoir démesuré au président et l'autorise en fait à faire la guerre dans tout le Moyen-Orient»5. Le 20 septembre 2002, le Pentagone a déjà déposé à la Maison-Blanche ses différents plans de guerre, très concrets6.

Notes : 1 Newsweek, 13/08/1990, p. 16 ; 2 Financial Times, 30 July 2002 ; 3 http://www.sr.se/p1/godmorgonvarlden/sounds%20/Godmorgonvarlden2.ram ; 4 «How Saddam Happened», Christopher Dickey and Evan Thomas, Newsweek, 23/09/2002 ; 5 «Bush Lobbies Putin to Back U.S. Action Against Iraq but Still Meets Resistance», ELISABETH BUMILLER and JAMES DAO, New York Times, 22/09/2002 ; 6 «Bush Has Received Pentagon Options on Attacking Iraq», ERIC SCHMITT and DAVID E. SANGER, New York Times, 21/09/2002.

5. La crise pousse à la militarisation et au fascisme

Surmonter la crise par la production d'armes. Une caractéristique fondamentale de l'impérialisme est qu'il tente de surmonter sa crise profonde par la production d'armes. La crise de surproduction s'aggrave continuellement en raison de l'appauvrissement des masses, tant dans le tiers-monde que dans les pays capitalistes industrialisés. Au plus il y a de guerres, au plus elles consomment d'armes, au mieux se porte l'industrie de l'armement. Comme cette industrie passe des commandes à de nombreuses autres entreprises (électroniques, automobiles, moteurs, etc.), c'est la quasi totalité des gros monopoles qui en profitent.

Plus encore que le secteur de l'énergie, c'est le complexe militaro-industriel qui livre le personnel supérieur de l'administration Bush. Trente deux secrétaires d'État et membres de la Maison Blanche sont directement liés aux grosses entreprises militaires américaines. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld était par exemple directeur de Gulfstream Aerospace (devenue par la suite une filiale de General Dynamics). Son sous-secrétaire Paul Wolfowitz était consultant à Northrop Grumman, où Dov Zakheim, également sous-secrétaire à la Défense, était au conseil de surveillance. Et ainsi de suite...

Les «succès» des guerres américaines dans le Golfe, en Yougoslavie et en Afghanistan servent à prouver aux alliés et régimes dépendant du parapluie américain «que la technologie militaire des États Unis est de loin supérieure... Les clients qui considèreraient l'achat de matériel non américain sont avertis que cela pourrait poser des problèmes d'interopérabilité (c'est-à-dire de compatibilité). Ce qui veut dire qu'en cas d'opérations conjointes, les commandants américains pourraient ne pas pouvoir - ou ne pas vouloir - lier leurs instruments de communications et leurs armements à ceux d'une autre provenance»1.

Une déclaration de guerre à la sécurité sociale et aux soins de santé. Pour que les monopoles de l'armement puissent s'enrichir, ce sont forcément les travailleurs qui payeront. D'après des experts, dont le sénateur Joseph Bidden, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, la Guerre du Golfe de 1991 a coûté 61 milliards de dollars US, soit 80 milliards en dollars US actuels. Une nouvelle guerre contre l'Irak coûtera probablement 100 milliards de dollars.2 Franklin Spinney, un ancien officier de l'US Air Force, aujourd'hui spécialiste de la défense, a déclaré que «le choix d'un budget militaire de 4% du Produit National Brut signifie une déclaration de guerre à la sécurité sociale et aux soins de santé»3.

D'autant plus que les États Unis auront moins d'alliés qu'en 1991 sur lesquels reporter les frais. La première guerre du Golfe a été payée à concurrence de 90% par les alliés des États-Unis. L'Arabie Saoudite et l'Allemagne ont fourni les fonds les plus importants. Aujourd'hui, les gouvernements de ces pays s'opposent à une guerre d'agression au Moyen-Orient.

Pour faire payer les masses déjà appauvries, l'administration Bush fait tout son possible pour les convaincre que le 11 septembre 2001 a démontré que les États Unis étaient menacés et qu'on ne saura jamais assez investir dans sa sécurité militaire. Décidément, les attentats de New York auront été un vrai cadeau tombé du ciel pour l'industrie de l'armement.

Le peuple américain soumis à une dictature de plus en plus ouverte. De la même façon que Hitler n'a pu tromper le peuple qu'un certain temps, avant d'être obligé de passer à la dictature ouverte, l'endoctrinement américain basé sur l'émotion du 11 septembre ne peut avoir qu'un effet soporifique temporaire. Le 26 octobre 2001, Bush a signé la loi «USA Patriot Act». En de nombreux points, ce texte long de 342 pages fait revenir les Etats-Unis à l'époque anti-communiste de Mc Carthy. Elle prend les immigrés pour cible privilégiée, au point que des progressistes américains l'ont comparée avec les lois de déportation massive des travailleurs mexicains pendant la grande crise de 1929. Elle comporte de nombreuses mesures en matière de contrôle de la communication qui n'ont absolument rien à voir avec la lutte contre le terrorisme et la violence: elles visent tout simplement ce que le gouvernement veut bien considérer comme de la criminalité informatique.

Elle autorise l'emploi le plus large d'écoutes téléphoniques à l'égard de personnes qui ne font pas l'objet d'une poursuite judiciaire. Elle autorise la saisie de n'importe quel objet - comme des livres - qui pourrait être un indice de ce qui préoccupe un citoyen. La section 802 de l'USA Patriot Act instaure le «crime de terrorisme intérieur». Cela va jusqu'à des actes «qui ont pour but d'influencer la politique du gouvernement par l'intimidation ou la coercition (...) s'ils sont commis principalement sur le territoire sous juridiction des États-Unis». Les termes en sont délibérément vagues, de manière à ce toute opposition politique puisse être visée. Toute manifestation énergique, par exemple contre la mondialisation, mais aussi toute désobéissance civile pacifique peut facilement tomber sous la répression prévue par cette nouvelle loi. 4

La «nation démocratique par excellence» vantée par Bush est en passe de devenir la plus grande prison au monde. C'est à partir de cette prison que Bush tente d'imposer des mesures fascistes similaires à l'ensemble de la planète.

Notes : 1 "Buy American, Or Else: How Washington Is Pressing Asia To Procure U.S. Weapons ARMS SALES - Gripes Over U.S. Grip on Arms Trade", David Lague, Far Eastern Economic Review (FEER), 26/09/2002. ; 2 "The Cost of invading Iraq", National Priorities Project, vol 5, issue 5, 2002. ; 3 Cité dans le discours du 1er Mai 2002 de Nadine Rosa-Rosso. ; 4 Source: "Electronic Frontier Foundation".

6. Les USA contre l'UE et le Japon

Le monde impérialiste est plus divisé que jamais. Il ne reste plus grand-chose du «front mondial contre le terrorisme» constitué sous la coupe des Etats-Unis au lendemain du 11 septembre 2001. L'Union européenne reste incapable d'élaborer une politique étrangère commune, mais plusieurs pays européens prennent leurs distances par rapport à Bush. La Grande-Bretagne, suivie par les Pays-Bas, l'Espagne et l'Italie (provisoirement ?) restent des alliés presque inconditionnels des États-Unis et soutiennent sa stratégie de guerre d'agression. L'Allemagne et la Finlande rejettent jusqu'à aujourd'hui toute nouvelle intervention militaire en Irak. La France, et dans une certaine mesure la Belgique et d'autres membres de l'Union européenne veulent d'abord mettre l'Irak sous la pression de contrôles de l'Onu avant de décider d'un éventuel usage de la force.

Si la Grande-Bretagne et les Pays-Bas soutiennent les États-Unis, c'est que deux des trois plus grosses compagnies de pétrole sont britanniques ou anglo-hollandaises. Ils estiment leurs intérêts mieux servis par les États-Unis. La majorité des Etats européens craint que la stratégie militaire US ne mette le Moyen-Orient à feu et à sang. Que le chaos en découlant ne rende leur pénétration dans la région plus difficile. Qu'une agression américaine suscite une révolte parmi les nombreux travailleurs d'origine arabe.

Les pays européens opposés à la guerre ne sont pas moins impérialistes. Les différences de stratégies proviennent de la nécessité pour l'Europe de conquérir une place plus importante dans la domination du monde, ce qui ne peut se faire qu'aux dépens des États-Unis. Or, leurs moyens diffèrent profondément.

Les États-Unis sont une puissance économique en déclin, rattrapée et même dépassée par la puissance économique globale de l'Union Européenne. Mais sa puissance militaire reste incomparablement supérieure. Aussi, c'est en définitive sur cette force de destruction inégalée que l'impérialisme américain mise afin de maintenir et de renforcer au mieux sa domination et son exploitation. L'Europe, qui ne progresse que très timidement dans la construction de son euro-armée, tente d'empêcher les États-Unis de faire jouer leur atout militaire. Pas par dégoût des armes, mais par manque d'armes.

Actuellement, l'Europe mise donc de préférence sur la carte économique pour pénétrer au Moyen-Orient. Prenons l'exemple de l'Allemagne. Ses exportations en Iran sont passées de 1,6 milliards $ en 1999 à 2,33 milliards $ en 2001. Au cours des cinq premiers mois de 2002, elles ont augmenté de 17% par rapport à l'année précédente. L'Allemagne est devenue le plus grand importateur au monde de produits iraniens non pétroliers.1 Cette Europe cherche elle aussi à se débarrasser des régimes trop indépendants, trop attachés à leur souveraineté, trop jaloux de leur propre développement. Elle tente de mettre en place des régimes pro-européens en Irak, Iran, Syrie et ailleurs par la voie politique, c'est-à-dire en renforçant les groupes d'opposition pro-européens, baptisés «société civile».

Mais en même temps, la majorité des pays européens se rendent compte qu'ils ne peuvent pas encore se passer de la puissance militaire US. Ils voient d'un bon il Bush allant arracher des prix plus bas pour le pétrole ­ même si la guerre les rendra plus dépendants des Etats-Unis. Si l'agression américaine a quand même lieu, ils préfèrent y avoir la main, et donc empocher une part du butin, plutôt que de se retrouver dans la position de perdant. Pour autant que les USA leur permettent de prendre une part active à l'opération, ce qui n'est pas sûr du tout. Payer : oui ! Prêter ses ports et aérodromes : oui ! Mais venir sur place influencer le résultat des opérations et revendiquer une part du butin: faudra voir...

L'impérialisme japonais a modifié sa stratégie. Le Japon s'est tenu à l'écart de la première guerre du Golfe (ce qui n'a pas empêché les États-Unis de leur soumettre une facture). Mais depuis la guerre d'agression contre l'Afghanistan, l'impérialisme japonais a modifié sa stratégie. Pour la première fois depuis la Deuxième guerre mondiale, il a envoyé des navires de soutien logistique dans l'Océan Indien2.

Le Japon s'oppose jusqu'à présent à toute agression militaire américaine contre l'Irak. Son économie dépend quasi entièrement du pétrole du Moyen-Orient et il faut croire qu'il estime son approvisionnement mieux servi par une attitude de retenue. Ce qui ne veut nullement dire qu'au moment venu, il ne prêtera tout de même pas une nouvelle assistance logistique aux États-Unis3. Un cadeau empoissonné pour les stratèges américains. Car le but réel du Japon est de briser l'interdit que sa Constitution ­ imposée par les États-Unis lors de la défaite nippone en 1946 ­ lui dicte en matière d'envoi de troupes à l'étranger. Le Japon veut à nouveau pouvoir développer son armée d'intervention et diminuer sa dépendance militaire des États-Unis.

Une Otan incontournable... en attendant l'armée européenne. La bourgeoisie européenne est chaque jour plus convaincue de la nécessité d'avoir sa propre armée. Mais l'Otan reste le seul cadre dans lequel les impérialistes européens peuvent aujourd'hui intervenir militairement à grande échelle dans le monde. En même temps, c'est le cadre principal dans lequel la superpuissance américaine peut exercer son contrôle sur l'Europe. Seulement, les États-Unis ne comptent plus associer leurs alliés au-delà de leurs besoins réels. Lors des journées d'études organisées par la Rand-corporation, liée au ministère de la Défense américain, «il y avait un consensus général comme quoi toute action militaire requise dans le Golfe ou au Moyen-Orient serait entreprise plutôt par une coalition volontaire de membres de l'Otan que par l'Otan en tant qu'institution. La distance entre les forces que les États-Unis peuvent engager et celles de l'Europe est particulièrement grande dans les domaines de l'aviation de combat, de transport moderne et d'armes sophistiquées»4.

Les États-Unis ont fait appel à la «solidarité de l'Otan» lors de leur agression sauvage en Afghanistan. Ils ont fait jouer l'article 3 du Traité : lorsqu'un membre est agressé, tous doivent lui porter assistance militaire. Pour leur prochaine agression contre l'Irak, les États-Unis n'auront pas si facile à fonder à nouveau leur demande d'assistance sur cet article. Néanmoins, il fait peu de doute que tous les États membres, même s'ils sont opposés à l'agression contre l'Irak, prêteront assistance sous différentes formes. L'armée américaine pourra sans nul doute utiliser tous les ports, aérodromes et autres facilités d'infrastructure des pays de l'Otan. Ils mettront leurs informations à la disposition de l'impérialisme américain.

Notes : 1 D'après le ministère allemand de l'Economie, cité par H. Lerouge, «L'Europe et la guerre américaine contre l'Irak», Solidaire, 18/09/2002. ; 2 «Sep. 11 Attacks Render Japan to Expand Militarily», People's Daily, 9/09/2002 ; 3 «Some Ally -Koizumi's Pyongyang trip undercuts the doctrine of pre-emption against Saddam Hussein», EDITORIAL, Far Eastern Economic Review (FEER), 19/09/2002.; 4 Workshop on July 15-16, 1999 by RAND's Center for Middle East Public Policy and the Geneva Center for Security Policy.

7. La conscience révolutionnaire des peuples croît

La contre-révolution de 1989 a brisé toutes les vannes de l'agressivité de l'impérialisme. En février 2002, le 7ème Congrès du Parti du Travail de Belgique a adopté les Thèses sur la Mondialisation. Celles-ci permettent pleinement de saisir les développements récents. Le renversement du socialisme en Union Soviétique et Europe de l'Est en 1989 a brisé toutes les vannes de l'agressivité de l'impérialisme, en premier lieu de l'impérialisme américain. Comme l'a déclaré le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz, «jamais les Américains n'auraient osé attaquer l'Irak du temps de l'Union soviétique»1.

La prochaine agression fait partie intégrale d'une «guerre de cent ans» décrétée par l'impérialisme au lendemain de la contre-révolution de 1989. Elle vise à rétablir sur le monde la domination absolue que l'impérialisme avait perdue suite à la Révolution russe de 1917 et aux révolutions socialistes nées de la Deuxième guerre mondiale. La crise inextricable dans laquelle le monde capitaliste s'engouffre depuis le début des années 1970 ne lui laisse d'autre issue. Libéré du contre-poids que constituait le camp soviétique, l'impérialisme s'est lancé dès 1991 dans sa guerre globale de recolonisation brutale des peuples du tiers-monde. Cette guerre prendra chaque année plus d'ampleur, tandis que s'exacerberont les contradictions entre les puissances impérialistes.

Ce ne sont nullement l'harmonie, la paix et le progrès que les puissances impérialistes nous préparent, mais la guerre mondiale, le fascisme et la barbarie. Ce qui renforce notre conviction qu'en définitive, seul le socialisme pourra sauver l'humanité.

La situation mondiale a fortement évolué cette dernière décennie. La crise du système capitaliste n'a fait que s'aggraver. Une crise économique structurelle sans cesse plus profonde du capitalisme a secoué le monde à partir du Mexique (1994), de l'Asie (1997), de la Russie (1998), de l'Argentine (2001). Il fut un temps où les professeurs d'économie bourgeoise se moquaient des marxistes qui parlaient d'une nouvelle crise de 1929. Aujourd'hui, la crainte d'un crash encore pire hante toutes les Bourses.

Les guerres impérialistes n'ont pas cessé de semer terreur et souffrance partout dans le monde. Dès 1991, les États-Unis ont mis la poudre au feu dans diverses anciennes républiques soviétiques et régions autonomes de Russie, surtout autour de la Mer Caspienne, cette autre immense réserve de pétrole et de gaz naturel. A la guerre du Golfe ont succédé les guerres des Balkans. L'Otan s'est mise à bombarder la Yougoslavie, un pays indépendant, afin de renverser Milosevic et d'y installer un régime pro-occidental.

Les puissances impérialistes ont déclenché le génocide au Rwanda en 1994. Depuis, les Etats-Unis, la France et la Belgique se livrent une bataille, par pays africains interposés, pour contrôler les richesses minérales du Congo. Plus de trois millions de Congolais ont payé cette rivalité meurtrière de leur vie. En 1999, les États-Unis ont lancé leur plan Colombie dans l'espoir d'y abattre les mouvements de libération d'ouvriers et paysans. Ils ont armé leur allié Israélien jusqu'aux dents en l'encourageant à réprimer de manière féroce la courageuse résistance palestinienne. En 2001, sous le prétexte d'exterminer Ousama Ben Laden et son réseau Al Quaida, la violence aveugle des États-Unis s'est abattue sur un petit pays extrêmement pauvre et déjà totalement ravagé: l'Afghanistan. Ben Laden court toujours, les bombardements américains ont fait 10 000 morts.

La situation objective est plus mûre à la révolution. Les contradictions entre les grands blocs impérialistes augmentent le danger d'une nouvelle guerre mondiale. Mais elles affaiblissent aussi toujours plus le système capitaliste global, rendant la situation objective plus mûre à la révolution. Loin de renforcer le camp capitaliste et impérialiste, ces guerres n'ont fait qu'attiser leurs dissensions. Les contradictions entre les États-Unis et l'Europe et le Japon s'aggravent à la veille d'une nouvelle guerre barbare contre l'Irak.

Même au sein des États-Unis et de l'administration Bush, des conflits éclatent. «Alors que Rumsfeld et Cheney battent le tambour de guerre, le secrétaire d'État Colin Powell parle d'une solution possible par le biais des inspecteurs d'armements de l'Onu. Ces dissensions reflètent la confusion (...) qui frappe la bourgeoisie impérialiste au pouvoir, en quête de solution à ses crises inextricables. Si elle mène la guerre, les conséquences pourraient être terribles. Si elle ne fait pas cette guerre, elle y perd aussi. En cas de guerre, le risque est très grand de voir balayés de la scène nombre de régimes clients des USA. En se lançant dans cette guerre, les États-Unis soulèveront une pierre qui leur retombera sur leurs pieds».2

Essor de la haine de l'impérialisme et de la conscience révolutionnaire. Parallèlement à l'approfondissement de la crise économique et des guerres, la haine de l'impérialisme et la conscience révolutionnaire des masses ont connu un essor sans pareil. A nouveau, ce ne sont pas les ambitions de conquêtes militaires qui manquent dans l'administration Bush. Mais entre ces ambitions et les possibilités réelles, la distance ne fait que grandir. Comme si le monde allait indéfiniment accepter la politique de terreur barbare avec laquelle l'impérialisme américain tente d'imposer sa dictature fasciste sur le monde.

Pour n'en citer que quelques preuves.

La résistance héroïque du peuple palestinien, l'esprit de décision de l'Irak et leur courage commun inégalé face aux menaces et souffrances infligées animent les masses des pays arabes ­ et au-delà ­ d'une volonté chaque jour plus ferme d'en finir pour de bon avec le colonialisme et l'impérialisme. Le peuple palestinien n'a plus rien d'autre à perdre que ses chaînes. Les mères déclarent fièrement: aussi longtemps qu'il y aura des femmes palestiniennes, elles feront des gosses. Et les pères montrent à leurs gosses les crimes d'Israël, les préparant à devenir d'encore meilleurs combattants3. De même, il ne reste au peuple irakien plus grand-chose d'autre que sa dignité. Il est prêt à la défendre par tous les moyens.

Une marée d'anti-impérialisme monte de l'ensemble des masses arabes. Par centaines de milliers (plus d'un million rien qu'à Rabat (Maroc) le 7 avril 20024), elles manifestent leur haine de l'impérialisme américain et des régimes corrompus et soumis. Elles crient leur solidarité avec les peuples palestiniens et irakiens. Tous les trônes féodaux, réactionnaires et pro-occidentaux du Moyen-Orient vacillent.

Les impérialistes, que la victoire de la contre-révolution en URSS a rendu encore plus arrogants et imbus d'eux-mêmes, pensaient que les pays socialistes du Tiers Monde s'écouleraient d'emblée. Mais aujourd'hui, Cuba, la Chine, la Corée, le Vietnam et le Laos déclarent leur détermination à s'en tenir au socialisme. Ils renforcent leur coopération, ils renforcent leur front avec tous les autres pays du Tiers Monde.

La lutte pour la libération nationale, la démocratie et le socialisme regagnent en force. Il suffit de voir les succès de la guerre populaire aux Philippines, en Colombie, au Népal.

L'interminable série de fermetures d'entreprises, de Clabecq et Renault à la Sabena, les coupes répétées dans la sécurité sociale, l'augmentation des prix des soins médicaux, de l'enseignement, etc. minent la confiance des travailleurs dans le système capitaliste.

En Belgique, trente mille travailleurs d'origine immigrée ont participé en mars à la grande manifestation de soutien à la Palestine. Cette couche super-exploitée et opprimée de la classe ouvrière constituera sans nul doute sa force motrice dans les luttes à venir.

Le PTB s'engage à fond pour arrêter cette machine de guerre nazie, terroriste et criminelle. Il luttera de toutes ses forces avec les millions de manifestants qui déferleront dans les rues des villes arabes et qui seront rejoints partout dans le monde, jusqu'au cur même de l'impérialisme américain. Le PTB mènera ce combat de concert avec le mouvement communiste et révolutionnaire international. Et si ce mouvement n'est pas à même d'empêcher cette guerre contre l'Irak, il se battra pour la gagner.

Les États-Unis se croient réellement les seuls maîtres du monde. Mais ils se trompent quand ils pensent qu'ils s'en sortiront facilement de leur prochaine agression au Moyen-Orient. Aucune de leurs guerres sauvages depuis 1991 n'a encore vraiment abouti. Partout où ils débarquent ils ne récoltent que colère et opposition. Le Centre d'études stratégiques américain Stratfor parle d'«une haine généralisée contre les forces US» présentes en Afghanistan. Il écrit qu'«elles se font constamment attaquer et, d'après diverses sources, le nombre de morts est plus élevé qu'admis officiellement»5. L'opposition à la guerre contre l'Irak pourra dépasser le soutien au peuple Vietnamien des années 1970. L'impérialisme américain a des plans de guerres tous azimuts fort ambitieux. Mais l'Irak pourrait bien devenir un bourbier dans lequel sa machine de guerre nazie s'enlisera profondément.

Les «Thèses sur la Mondialisation» adoptées au 7ème Congrès du PTB avancent qu'«au 21ème siècle, les conditions seront plus que jamais réunies pour mener à terme la tâche historique de mettre fin à l'impérialisme par la révolution.» Elles affirment aussi que «depuis 1989, l'impérialisme s'est résolument orienté vers la guerre comme stratégie essentielle de résolution de sa crise. C'est la caractéristique principale de la nouvelle situation.»6 En août 2002, le Comité Central du PTB a précisé que, dès lors, sa stratégie vers le socialisme consiste à transformer à terme la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire. En s'engageant à fond contre l'agression américaine et le soutien ­ actif ou passif ­ des dirigeants de l'Europe impérialiste, les communistes accumuleront toujours plus de forces militantes et organisées, conscientes qu'en définitive, seul le socialisme pourra apporter la paix. Il dépendra des communistes que la guerre impérialiste globale ­ dont la prochaine agression contre l'Irak fait partie ­ aboutisse à la victoire du socialisme, comme cela a été le cas après les deux premières guerres mondiales

Notes : 1 Le 3 septembre 2002: référence HL ? ; 2 Lalkar, September-October 2002. ; 3 Cfr e.a. un reportage sur place de la VRT en août 2002. ; 4 D'après l'AFP. ; 5 «Situation Deteriorating Rapidly in Afghanistan», Stratfor, 2/09/2002 ; 6 Voir les Thèses sur la Mondialisation dans "Le Communisme, l'avenir de l'Humanité", thèse 7, p. 56 et thèse 103, p. 82

8. Plate-forme de lutte

Nous ferons tout pour empêcher la guerre contre l'Irak, première étape d'une guerre annoncée de longue durée contre l'indépendance des peuples et des nations. Si nous n'arrivons pas à l'empêcher, nous ferons tout pour la gagner. Dans cet esprit nous nous engageons à lutter sur la plate-forme suivante:

Nous nous opposons à toute guerre contre l'Irak.

Nous refusons toute forme d'ingérence dans la politique intérieure irakienne.

Nous exigeons la levée totale, inconditionnelle et immédiate de l'embargo et l'envoi immédiat de médicaments, d'équipements sanitaires et de produits de première nécessité pour sauver les enfants irakiens.

Nous exigeons du gouvernement belge et de l'Union Européenne une opposition totale et active à l'agression américaine au Moyen-Orient. La Belgique et l'Europe doivent rejeter toute demande d'aide politique, militaire, financière et logistique de la part des Etats-Unis.

Nous nous opposons à toute participation belge ou européenne à de nouvelles missions de contrôle de l'Onu en Irak.

Nous ne donnons pas un euro, pas un homme, pour la guerre de Bush et des multinationales américaines. Nous soutenons activement la résistance du peuple irakien et nous organisons la solidarité avec sa lutte.

Nous exigeons la dissolution de l'Otan et nous ne reconnaissons pas les obligations liées à ce pacte. La Belgique et les pays de l'Union européenne doivent s'en retirer immédiatement. Nous nous battons pour le démantèlement de tous les centres et bases de l'Otan en Belgique, siège central de l'organisation.

Nous luttons pour le démantèlement de toutes les bases militaires étrangères où qu'elles soient dans le monde. Nous exigeons le départ immédiat de toutes les bases et troupes américaines en dehors des États-Unis.

Nous exigeons la destruction de toutes les armes nucléaires, biologiques, chimiques et autres armes de destruction massive à commencer par celles des puissances impérialistes, Etats-Unis, Union européenne et Japon.

Nous refusons la création de l'euro-armée. Vu le démantèlement du Pacte de Varsovie, prétexte pendant plus de trente ans à l'augmentation des budgets militaires, nous réclamons un dividende de la paix, c'est-à-dire une réduction des budgets militaires de 25%.

Nous combattons toute atteinte au bien-être du peuple et toute forme de taxation, d'impôt ou d'effort de guerre.

Nous combattons les atteintes aux droits démocratiques et aux libertés fondamentales. Nous exigeons la suppression de la liste des prétendues organisations terroristes. Nous développons la solidarité avec les partis, organisations et individus qui dirigent la lutte populaire contre la domination impérialiste et capitaliste.

Nous exigeons le respect intégral de la Charte de l'Onu, dont l'interdiction de toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures d'un pays, le respect total de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de chaque pays, l'interdiction de l'utilisation de la force dans le règlement de conflits entre pays. L'Onu doit être démocratisée.

L'Assemblée générale des 191 pays membres de l'Onu doit avoir un poids décisif dans toutes les affaires importantes.