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L'actualité de la voie de la Révolution d'Octobre |
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Rapport du Séminaire Communiste International du 2-4 Mai 1997 à Bruxelles La voie de la révolution mondiale au XXIe siècle Premier chapitre - L'état et la révolution : I - La nature de classe de l'état bourgeois (L'Etat du capital ; Le perfectionnement de la machine militaire et bureaucratique ; Une machine de répression constamment renforcée et perfectionnée ; Marx : "Il faut briser l'Etat bourgeois" ; Le révisionnisme et l'État bourgeois) ; II. La démocratie bourgeoise (Au nom de la démocratie, les crimes les plus abominables... ; La démocratie pour quelle classe ? ; La "liberté" de la presse ; "Le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie" ; La démocratie défend-elle les minorités ? ; La démocratie bourgeoise contre les travailleurs ; Aspiration à une démocratie populaire et révolution ; La démocratie sous le socialisme ; Les révisionnistes et la démocratie bourgeoise) ; III. Le "passage parlementaire" (Le parlement, un paravent devant les forces de répression ; Le capital contrôle et surveille le parlement ; Le sens des élections en régime bourgeois ; Un reflet indirect de la maturité des travailleurs ; La participation communiste aux élections ; Comment la majorité peut-elle réellement décider ? ; Les révisionnistes et le parlementarisme bourgeois ; Un "retour" à Lénine pour tuer Lénine ; Glorifier la force du socialisme pour le miner ; "Une stupidité et une duperie") Chapitre deux - L'Impérialisme est la veille de la révolution socialiste : I. La nature de l'Impérialisme (Le capitalisme et le capitalisme monopoliste ; Le capitalisme monopoliste d'Etat et l'exploitation maximale ; Réaction en politique intérieure et extérieure ; Capitalisme monopoliste et fascisation) ; II. L'Impérialisme, la guerre et la révolution (L'impérialisme, c'est la guerre ; L'impérialisme et la guerre mondiale ; Seule la révolution sauvera l'humanité) ; III. Réformisme et révisionnisme contre léninisme (Le réformisme, la guerre et la "paix" impérialiste ; Le pacifisme bourgeois ; La "paix" pour préparer d'autres guerres ; L'impérialisme et la révolution : le révisionnisme contre Lénine ; "L'époque de l'écroulement automatique de l'impérialisme..." ; "Les lois objectives du capitalisme ont changé..." ; "L'impérialisme veut la paix" ; "La voie d'Octobre est dépassée"...) Chapitre trois - Révolution socialiste et violence révolutionnaire : I. La révolution, c'est une guerre acharnée (Inculquer systématiquement l'idée de la révolution violente ; L'insurrection est un art ; Difficultés inouïes et grands sacrifices ; A la terreur blanche répond la terreur rouge) ; II. Le développement pacifique de la révolution (Révisionnisme et haine de la révolution violente ; Entre deux guerres civiles ; "Préparer fermement l'insurrection" ; Quelle lutte contre le coup d'Etat militaire ? ; Le pouvoir aux Soviets par l'insurrection) ; III. Les opportunistes Kamenev et Zinoviev contre Lénine (La participation au pré-parlement ; "Attendre la décision du Congrès des Soviets" ; "L'insurrection est impossible et prématurée..." ; La trahison de Kamenev et Zinoviev) Chapitre quatre - La dictature du prolétariat : I. La question essentielle du marxisme ; II. L'état socialiste et les soviets (Les Soviets, le Parti et les classes travailleuses ; Les Soviets, organes des masses exploitées ; Le rapport entre le Parti communiste et les Soviets ; Les Soviets, l'armée et l'appareil d'Etat socialistes ; L'Armée rouge, armée des travailleurs ; Le pouvoir législatif et exécutif ; La participation des masses à la gestion de l'Etat) ; III. La lutte de classes sous la dictature du prolétariat (Une longue période historique ; La lutte de classes contre la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie ; La bourgeoisie dans les institutions soviétiques ; Le révisionnisme du temps de Lénine ; Les révisionnistes et la lutte de classes sous le socialisme) |
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Rapport du Séminaire Communiste International du 2-4 Mai 1997 à BruxellesLudo Martens Du 2 au 4 mai 1997 a eu lieu à Bruxelles le sixième Séminaire International pour l'Unification du Mouvement Communiste International. 74 partis et organisations ont participé au Séminaire et 24 autres ont envoyé des messages de solidarité. L'intervention enregistrée sur vidéo du président du Parti Communiste albanais, le camarade Hysni Milloshi, ainsi que la présence de quatre partis de l'ex-Union soviétique - le Parti Communiste des Ouvriers de Russie, représenté par Youri Térentchev, le Parti Communiste des Bolcheviks de l'Union soviétique, représenté par Alexandre Barychev, la Russie au Travail/Parti unifié des communistes soviétiques représenté par Victor Anpilov et le Parti Russe des Ouvriers et des Paysans représenté par Michail Popov - ont été particulièrement remarqués. 1. Le thème général de ce Séminaire était 'L'actualité de la voie de la révolution d'Octobre'. Par rapport aux années précédentes, un plus grand nombre de délégués est intervenu dans des questions controversées et la discussion était d'un bon niveau. Plusieurs participants ont souligné que les rapports étaient mieux préparés et qu'ils apportaient tous des éléments intéressants, même s'ils exprimaient des positions opposées. Certains participants ont particulièrement apprécié la confrontation d'expériences très diverses et l'ont jugée très stimulante pour la réflexion. Des participants venus d'Afrique ont souligné que le Séminaire les a fortement encouragés et a renforcé leur détermination : voir que des communistes s'organisent, se battent et remportent des victoires à travers le monde est essentiel pour le moral. La plus grande participation des différents délégués est due à une meilleure préparation. La formule : rapports principaux, rapports d'appui, rapports d'expérience et répliques, doit être maintenue. Elle a permis une meilleure qualité des discussions. Pour l'an prochain, il est essentiel que les rapporteurs principaux soient trouvés à temps et que leurs textes parviennent au secrétariat début janvier 1998 pour qu'ils puissent être traduits et communiqués aux participants un mois avant le Séminaire. La richesse du débat dépend de la possibilité de tous les participants de préparer à l'avance leurs remarques et observations sur les rapports principaux. Certains ont estimé que le programme était surchargé, que les sujets ne pouvaient être épuisés et qu'il n'y avait pas assez de temps pour des contributions et des commentaires. D'autres, en revanche, pensent qu'il est bon d'avoir un maximum d'informations en trois jours, qu'on dispose d'un an pour étudier et analyser tout le matériel et que nous aurons tout cela en tête lors du Séminaire de 1998. A l'avenir, nous comptons réserver plus de temps aux débats, tout en remettant un maximum de rapports et de documents aux participants. Pour y parvenir, l'ordre du jour doit être fixé définitivement début août et les rapports doivent être rentrés dans les délais fixés. 2. Le caractère large du Séminaire s'est manifesté plus
clairement par la présence de nombreux partis venant d'horizons différents. Grâce
à l'expérience de ces dernières années, le caractère large est mieux accepté
et ses avantages sont mieux appréciés. Il y avait moins d'animosité lorsque
des positions divergentes étaient exprimées. La pratique du Séminaire, c'est-à-dire
l'écoute des différentes interventions, les discussions lors des sessions, les
échanges de vue lors des rencontres bilatérales, a entraîné un changement
d'attitude de la part de nombreux participants. Chacun a appris à connaître et
à apprécier des partis appartenant à d'autres courants, avec lesquels il
n'avait, dans le passé, aucun rapport. Dans l'ensemble, les participants
comprennent mieux que des partis qui ont appartenu à différentes tendances,
qui ont soutenu les positions de Mao Zedong ou de Brejnev, de Guevara ou d'Enver
Hoxha, peuvent s'unir sur base du marxisme-léninisme, de l'internationalisme
prolétarien et de la lutte contre le révisionnisme. Une résolution de soutien
au Parti Communiste albanais a été signée par de nombreux partis qui, dans le
passé, soutenaient l'Union soviétique, la Chine ou Cuba. Plusieurs
intervenants ont souligné que la critique du révisionnisme de Khrouchtchev et
de Brejnev, faite par les partis de l'ex-Union soviétique, a gagné en
profondeur. Les Partis de l'ex-Union soviétique, qui insistent sur la nécessité
d'une coordination internationale entre les partis marxistes-léninistes, ont
mieux compris la difficulté de la tâche, vu les divergences idéologiques léguées
par le passé. Ils ont exprimé leur volonté d'avancer avec prudence, pas à
pas, dans le processus d'unification. «Je suis d'accord avec la plate-forme rendue publique aux séminaires de Bruxelles pour la défense du marxisme-léninisme et la lutte contre le révisionnisme et l'opportunisme. Nous, les communistes, savons bien qu'on a combattu le marxisme en l'acclamant. Nous devons développer un débat sur ce problème, dans lequel les communistes exposent de manière sincère et ouverte leurs conceptions, avec pour objectif d'avancer dans l'unité du mouvement communiste international, qui est si nécessaire. Je pense que seuls les communistes unis dans le monde entier au sein du grand parti du prolétariat seront la locomotive qui conduira le train de la société humaine vers la démocratie populaire, vers le socialisme et le communisme. Je ne pense pas que cette unité se réalisera facilement, ni en une heure ni en une journée. Cette unité, il faut l'obtenir sur des bases saines, exemptes de tout opportunisme, de tout libéralisme ou de tout dogmatisme. C'est maintenant une tradition qu'au séminaire de Bruxelles prennent part des partis qui soutiennent la ligne de Mao Zedong et d'autres partis qui soutiennent la ligne d'Enver Hoxha. D'autres encore s'inspirent de la révolution cubaine et de Che Guevara, et certains se situent de manière indépendante. Il est naturel que des partis différents aient des opinions différentes sur les différents dirigeants communistes et révolutionnaires, mais il est nécessaire qu'après des débats scientifiquement argumentés, on parvienne à des conclusions en surmontant les préjugés et les sentiments. Avant de glorifier ou de dénigrer les dirigeants communistes, il faut les lire et confronter la vérité de leurs écrits avec la vérité de l'histoire. Le président Mao Zedong était un grand dirigeant révolutionnaire. Il a beaucoup fait pour le peuple chinois et il a été un ami du peuple albanais. Enver Hoxha a cependant exprimé des contradictions idéologiques de principe, à divers moments, avec le président Mao Zedong. C'est quelque chose de tout à fait normal dans la vie et l'oeuvre des dirigeants communistes. Que les débats idéologiques entre les dirigeants communistes aient été justes ou non, seule l'histoire peut en juger, en se guidant sur le marxisme-léninisme. Si des partis différents ont des divergences idéologiques sur l'une ou l'autre question, cela peut se régler graduellement en restaurant la confiance au service des idéaux les plus élevés de l'humanité, mais sans restaurer l'opportunisme. Les contacts entre partis, les discussions et les relations entre eux doivent se faire sur une base d'égalité et de sincérité. Chaque parti a son identité et son individualité, son indépendance pratique et idéologique, ses questions intérieures. Si nous parvenons à l'unité des conceptions concernant les tâches internationales de la classe ouvrière, la coopération dans les actions communes conduira à la seule force internationale qui défende avec conséquence les intérêts de la révolution et du socialisme mondial. A ce jour, le mouvement communiste international n'a pas accompli son devoir à l'égard de la petite Albanie, lorsque celle-ci était attaquée et détruite par les traîtres à l'intérieur du pays et la bourgeoisie internationale. C'est une honte pour le mouvement communiste en Europe et dans le monde entier. Je pense qu'indépendamment des courants différents, les partis qui seront présents au séminaire de Bruxelles ont le devoir d'élever la voix contre les forces intérieures et extérieures qui ont infligé aux Albanais la tragédie sans précédent dans l'histoire de ce siècle. Cette année, en Albanie, s'est déclenchée une révolution populaire spontanée. Je pense qu'il est intéressant de la faire connaître à toutes les forces progressistes. Une résolution signée par tous les partis serait un acte humain à l'égard du peuple qui a été et demeure un ami des peuples du monde entier.» 3. L'objection la plus souvent formulée contre la démarche du Séminaire International pour l'Unification est qu'avant se s'unir, il faut avoir atteint une unité idéologique à travers une lutte de principe. Dans les circonstances actuelles, prôner cette voie, revient à maintenir les divisions et en créer de nouvelles. Pendant quatre ans, de 1992 à 1995, les participants au Séminaire Communiste International ont discuté la question de la voie à suivre pour réaliser l'unification du mouvement communiste international. De ces discussions sont sorties les 'Propositions pour l'Unification' qui formulent un certain nombre de positions idéologiques et politiques. Ces Propositions forment un cadre minimal commun qui permet à des organisations marxistes-léninistes de différentes tendances de se rencontrer, d'échanger des expériences et des analyses et de prendre des initiatives communes. Ce cadre permet d'entamer un processus d'unification théorique et politique. Patrick Kessel a écrit 41 pages pour critiquer cette approche. Il affirme : «Il faut lutter pour l'unité idéologique sans compromis». Cette 'unité sans compromis' consiste entre autres à affirmer que seul Enver Hoxha a mené correctement la lutte antirévisionniste depuis la mort de Staline, que Mao n'a jamais été un marxiste et que la même chose vaut pour Castro et Kim Il Sung. L''unité sans compromis' de Kessel implique également une unité de vues sur l'instauration d'une dictature bourgeoise en Union soviétique dès 1956, sur le social-impérialisme, sur la théorie contre-révolutionnaire des Trois Monde formulée par Mao Zedong, sur la nature contre-révolutionnaire de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, etc. Kessel déclare que sur toutes ces questions, on a vu surgir des divergences antagoniques qu'il faut d'abord tirer au clair avant de s'unir. Avec le groupe d'Ischia, le camarade Kessel se propose de mener 'un débat scientifique' jusqu'à ce qu'une clarté dans le domaine théorique et historique' soit atteinte, ce qui permettra de 'former une Internationale unie et basée sur des principes'. Quelque part dans son texte, Patrick Kessel évoque l'hypothèse que le marxisme-léninisme peut devenir 'une arme rouillée, vénérée de quelques sectes impuissantes'. Nous craignons qu'à la fin de sa longue 'lutte sans compromis', il se trouve exactement dans cette situation. Certains partis maoïstes ont, eux aussi, formulé ce principe de la 'lutte sans compromis pour l'unité idéologique'. Pour eux, l'unité idéologique consiste à reconnaître la pensée Mao Zedong comme la troisième étape de la théorie révolutionnaire prolétarienne après celle du marxisme et celle du léninisme. Ces différentes positions, apparemment 'fermes sur les principes', reviennent à maintenir les divisions entre les partis qui se sont réclamés de l'orientation maoïste, de l'orientation albanaise ou de l'orientation soviétique et les partis qui n'ont suivi aucune de ces trois tendances. Non seulement elles maintiennent ces divisions, mais elles en créent de nouvelles. En effet, l'oeuvre d'Enver Hoxha ne suffit pas pour maintenir l'unité idéologique et politique entre les partis qui s'en réclament. Patrick Kessel s'est lié au groupe d'Ischia (L'Uguaglianzia de l'Italie, l'Alliance Marxiste-Léniniste des Etats-Unis et du Canada et le Parti Communiste Marxiste-Léniniste de Turquie) pour créer une nouvelle Internationale. Mais la plupart des partis qui ont suivi la ligne d'Enver Hoxha se trouvent déjà dans la Conférence Internationale de Quito - Conférence qui connaît par ailleurs aussi de graves divergences en son sein. De même, l'oeuvre de Mao Zedong ne suffit pas pour maintenir l'unité entre les partis qui s'en réclamant, puisqu'on peut distinguer au moins cinq orientations différentes parmi eux. Ces divisions et subdivisions appauvrissent nécessairement les discussions et les échanges dans chaque groupe. De même, elles facilitent l'adoption de positions unilatérales qui auraient pu être évitées grâce à des débats plus larges, contradictoires. Les divisions et subdivisions ont aussi comme résultat que les discussions théoriques et idéologiques sont privilégiées au détriment de l'échange et de la discussion des expériences politiques. Les partis marxistes-léninistes qui sont réellement engagés dans les luttes de la classe ouvrière et des masses travailleuses pourront toujours apprendre l'un de l'autre, même s'ils appartiennent à des 'écoles idéologiques' différentes. Il est impossible qu'une unité de combat, réalisée sur une base marxiste-léniniste dans la lutte commune, puisse surgir en axant le débat sur telle ou telle thèse de Mao Zedong ou d'Enver Hoxha ou sur l'interprétation de la révolution culturelle ou de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Les communistes ont des tâches pratiques, la lutte des classes n'attend pas qu'ils aient réalisé leur unification. Des échanges d'expériences pratiques et l'organisation de certaines activités et campagnes communes joueront un grand rôle dans l'unification et faciliteront les discussions théoriques. Comme l'a souligné le camarade Hysni Milloshi, tous les communistes, qu'ils soutiennent Mao ou Enver Hoxha, Che Guevara ou Ho Chi Min, ont le devoir de soutenir la lutte du peuple albanais et son parti communiste. Cette pratique commune créera aussi de meilleures conditions pour une discussion saine sur les divergences que certains peuvent avoir avec telle ou telle position d'Enver Hoxha. Finalement, les divisions et subdivisions nuisent au rayonnement de l'idéologie et de la politique marxistes-léninistes. C'est par leur unité et leurs actions communes que les partis marxistes-léninistes peuvent avoir une influence croissante dans le monde. La crise du système capitaliste international pousse les masses populaires à gauche mais la bourgeoisie utilise la social-démocratie, le révisionnisme et le trotskisme pour briser leur élan révolutionnaire. Une lutte efficace contre le révisionnisme, le trotskisme et la social-démocratie nécessite l'unité des communistes. 4. Prendre chaque divergence théorique ou politique grave comme point de départ d'une scission est une attitude opportuniste de 'gauche'. La défense intégrale du léninisme exige un combat idéologique principalement contre le révisionnisme mais aussi contre l'opportunisme de 'gauche'. Il faut mettre en évidence l'universalité du léninisme tout en reconnaissant les particularités de chaque révolution. A ce propos, Lénine nous a laissé deux principes. Lénine a souligné avant tout la signification internationale des principes de la révolution d'Octobre. «Tous les traits essentiels et aussi maints traits secondaires de notre révolution ont une portée internationale... Certains traits essentiels de notre révolution ont cette portée dans le sens le plus étroit du mot, c'est-à-dire en entendant par portée internationale: la valeur internationale ou la répétition historique inévitable, à l'échelle internationale, de ce qui s'est passé chez nous... L'exemple russe montre à tous les pays quelque chose de tout à fait essentiel, de leur inévitable et prochain avenir.» (XXXI, p.15-16) Lénine a en même temps souligné la nécessité d'adapter les principes fondamentaux aux particularités de chaque pays. «Que signifient tous les racontars de Serrati et de son parti, prétendant que tout ce que veulent les Russes, c'est qu'on les imite ? Nous demandons exactement l'inverse... Nous sommes d'avance contre les communistes qui connaissent par coeur telle ou telle résolution. La première condition du véritable communisme, c'est de rompre avec l'opportunisme... Les principes révolutionnaires fondamentaux doivent s'adapter aux particularités des différents pays. En Italie, la révolution se déroulera autrement qu'en Russie... Comment au juste? Ni vous ni nous ne le savons... Le communisme n'existait pas encore en Italie... Il est encore à créer... Et le premier pas sur ce chemin, c'est une rupture définitive avec les mencheviks.» (XXXII,pp.494-95) Pour fonder l'Internationale Communiste, Lénine a combattu
le kautskysme et les autres variantes du révisionnisme qui niaient la valeur
universelle de la voie de la révolution d'Octobre. Mais Lénine a dû également
se battre avec énergie contre l'opportunisme de 'gauche' pour qui l'essentiel
était la répétition des 'vérités' tirées de la révolution d'Octobre. Pour
Lénine, l'essentiel était l'intégration des vérités universelles de la révolution
d'Octobre dans une pratique révolutionnaire spécifique répondant aux
particularités de chaque pays. L'Internationale Communiste a été fondée autour du noyau que constituait le Parti Bolchevik de l'Union soviétique. Dans les autres pays, les groupes communistes étaient loin d'avoir atteint la même maturité politique. Lénine a suivi une tactique souple pour regrouper un maximum de forces autour de quelques axes essentiels: rompre avec la social-démocratie, aussi bien avec son aile contre-révolutionnaire (Scheidemann) qu'avec son aile 'de gauche' (Kautsky); édifier un parti communiste fort et uni capable de conquérir la majorité des ouvriers et de diriger les masses; prendre la voie de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat. Pour atteindre cet objectif, Lénine a fait preuve de beaucoup de souplesse. A propos des opportunistes de 'gauche', il disait : «Tant que l'on n'a pas encore fondé de partis communistes suffisamment forts, expérimentés et influents, nous devons tolérer la présence d'éléments semi-anarchistes à nos congrès internationaux.» Ses arguments : «Certains éléments sont encore susceptibles de s'instruire ; l'expérience des grandes révolutions est presque entièrement oubliée en Europe occidentale, passer des bavardages sur la révolution à l'action révolutionnaire véritable est très difficile, long et douloureux". (T.XXXII, p.547) En mars 1921, les opportunistes de 'gauche' allemands ont poussé à une insurrection prématurée. Ce 'gauchisme' menaçait l'avenir du mouvement communiste en Allemagne et Lénine l'a combattu fermement. «Pour expliquer et corriger ces fautes, il fallait figurer dans l'aile droite au IIIe Congrès de l'Internationale communiste... (Les gauchistes) criaient tout simplement au 'menchévisme', au 'centrisme'... Ces gens faisaient du marxisme révolutionnaire une caricature et de la lutte contre le 'centrisme' un sport ridicule.» (T.XXXII, p.550) 5. De multiples luttes et conflits ont traversé le mouvement communiste international depuis 1954-1956, dates de la réhabilitation du titisme et de la dénonciation de la politique révolutionnaire de Staline. Le mouvement communiste est divisé et éparpillé et nombre de partis se trouvent isolés. Beaucoup de partis n'ont qu'une expérience limitée, aucun parti n'a le poids politique et les forces matérielles nécessaires pour diriger le processus d'unification. Dans ces conditions, l'unification est un processus délicat et difficile à gérer, et cela nécessite la coopération de plusieurs partis. Il faut bannir le sectarisme et les habitudes de se retrouver 'entre vieux copains'. La volonté d'unir tous ceux qui s'en tiennent au marxisme-léninisme et s'opposent au révisionnisme est nécessaire, comme la prudence et le sens de l'initiative. Les quatre partis de l'ex-Union soviétique ont souligné le danger de voir surgir une nouvelle Internationale Social-Démocrate qui se réclame du communisme à la mode Gorbatchev-Zjouganov et qui poussera une nouvelle fois les ouvriers dans la voie de la conciliation de classe. Ils se sont félicités des résultats du Séminaire, des échanges de vue mutuellement enrichissants et du rapprochement dans certaines questions importantes. Mais ils ont estimé que la lutte de classe n'attend pas et qu'il faut non seulement parler, mais surtout agir ensemble. Ils ont appelé à un travail coordonné pour soutenir les luttes les plus importantes qui se produisent sur la scène internationale. Ils estiment que les communistes doivent se manifester en commun dans des actions concrètes. Dans cette optique, le Séminaire a pris deux décisions. D'abord, le Séminaire publiera le livre L'Effondrement de l'Union soviétique, causes et leçons, qui contient différentes contributions de partis participant au Séminaire. Il publiera également deux numéros d'une revue théorique qui contiendront les rapports du Séminaire Communiste International de mai 1997. Ensuite, le Séminaire a discuté trois résolutions sur la Corée, sur l'Albanie et sur l'anniversaire de la mort de Che Guevara. Elles ont été présentées aux participants pour signature. Le Séminaire a demandé que les propositions de résolutions et d'actions communes soient introduites avant l'ouverture du Séminaire 1998 pour qu'elles puissent être discutées en profondeur. Les partis soviétiques ont fait un appel à tous les participants afin qu'ils réfléchissent aux pas concrets à entreprendre pour agir ensemble et afin qu'ils formulent leurs propositions à ce propos. Victor Anpilov a fait une suggestion à l'adresse des représentants de partis qui se rendent dans des pays où des luttes importantes se produisent. Il serait utile que leur compte rendu et leur analyse puisse être communiqués aux autres partis participant au Séminaire.
La voie de la révolution mondiale au XXIe siècleA l'occasion du 80ème anniversaire de la révolution d'Octobre ; Ludo Martens ; Parti du Travail de Belgique Introduction Il y a quatre-vingt ans, le 25 octobre 1917, Lénine et le Parti bolchevik ont déclenché l'insurrection populaire à Pétrograd. C'est ainsi que débuta la révolution socialiste soviétique qui a bouleversé le monde entier et qui a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire de l'humanité. Le puissant souffle de la révolution d'Octobre a inspiré un développement ascendant du mouvement révolutionnaire prolétarien jusqu'à la mort de Staline, en 1953. Depuis lors, le révisionnisme, initié par Khrouchtchev, a trahi la révolution d'Octobre et renié tous ses principes essentiels. Trente-cinq ans de révisionnisme ont conduit au rétablissement du capitalisme dans ses formes les plus sauvages en Union soviétique et dans les pays socialistes de l'Europe de l'Est et au déclin momentané de la révolution prolétarienne mondiale. Le vingtième siècle aura été le siècle de la répétition
générale de la révolution socialiste mondiale. Au seuil de l'an 2000, l'expérience
tant positive que négative permet à toutes les forces anticapitalistes d'avoir
une compréhension plus profonde de la justesse historique des principes de la révolution
d'Octobre. En effet, au cours de la première moitié du vingtième siècle, la
fidélité aux principes marxistes-léninistes a apporté des victoires aux
forces révolutionnaires dans le monde entier ; au cours de la seconde moitié
de ce siècle, leur liquidation progressive par le révisionnisme a provoqué
des défaites cinglantes au niveau mondial. Aujourd'hui, en 1997, commémorer la révolution d'Octobre
signifie défendre la doctrine intégrale du léninisme en lutte contre le révisionnisme
imposé par Khrouchtchev. Khrouchtchev a été le représentant d'une ligne
petite-bourgeoise existant au sein du Parti bolchevik depuis la révolution
d'Octobre. Cette ligne exprimait les intérêts de la bourgeoisie, de la
petite-bourgeoise et des éléments bureaucratisés au sein de l'appareil soviétique.
Cette ligne a été représentée dans l'histoire du Parti bolchevik par Kamenev
et Zinoviev, par Trotsky, par Boukharine et Rykov. Du temps de Lénine et de
Staline, cette ligne petite-bourgeoise a été systématiquement critiquée et
combattue et le socialisme est allé de victoire en victoire. Après la mort de
Staline, la ligne menchevique a réussi à prendre le pouvoir avec Khrouchtchev.
Khrouchtchev a imposé au Parti communiste de l'Union soviétique les idées de
Kautsky et des mencheviks que Lénine avait combattues avec tant d'acharnement.
L'analyse faite par Lénine du kautskisme est d'une actualité brûlante,
puisqu'elle s'applique mot par mot au révisionnisme moderne. «A l'aide de
sophismes patents, (Kautsky) vide le marxisme de son âme vivante, révolutionnaire
; on accepte tout dans le marxisme, excepté les moyens de lutte révolutionnaires,
leur propagande et leur préparation, l'éducation des masses précisément dans
ce sens... La classe ouvrière ne peut atteindre ses objectifs de révolution
mondiale sans soutenir une lutte implacable contre ce reniement, cette veulerie,
cette basse complaisance envers l'opportunisme, cet incroyable avilissement du
marxisme sur le plan théorique.» Sans l'oeuvre de Staline, la révolution d'Octobre aurait été un épisode glorieux, certes, mais local et de courte durée, sans grand impact sur l'histoire mondiale. C'est Staline qui a matérialisé les principes élaborés par Lénine et qui a transformé la révolution d'Octobre en une force matérielle capable d'influencer le destin du monde. Lorsque Staline a commencé à diriger le Parti bolchevik à la fin de 1922, le pays était en ruines et rien ne garantissait la réussite de l'expérience. Si au cours des années vingt, les lignes de Trotsky, Zinoviev, Kamenev ou Boukharine avaient triomphé à la tête du Parti, elles auraient conduit à la chute de la dictature du prolétariat. Les principes de la révolution d'Octobre n'auraient pas pu être matérialisés en Union soviétique et ils n'auraient pas connu le rayonnement international et durable que Staline leur a assuré. Trente cinq ans de pratique politique, de Khrouchtchev à Brejnev et Gorbatchev, ont prouvé que ces révisionnistes n'ont nullement «corrigé les erreurs de Staline» ou «développé de façon créatrice le léninisme en l'adaptant aux conditions internationales nouvelles», comme ils le proclamaient démagogiquement. Dans tous les documents fondamentaux du PCUS à partir du XXe Congrès de 1956, nous trouvons un 'léninisme' révisé et falsifié. Sans la critique systématique de toutes ces thèses révisionnistes, il est impossible de rétablir la doctrine intégrale du léninisme authentique. Et il est nécessaire de réétudier toutes les oeuvres importantes de Lénine, pour être en mesure de réfuter les sophismes de Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev. En effet, on peut constater que depuis le soi-disant 'retour à Lénine' proclamé par Khrouchtchev, dans beaucoup de Partis communistes les Ïuvres de Lénine sont de moins en moins lues, assimilées et appliquées. Dans plusieurs partis marxistes-léninistes qui se sont dressés contre le révisionnisme, nous constatons d'ailleurs une évolution dans le même sens. Si la première génération des cadres a acquis une connaissance assez systématique du léninisme, la génération suivante a fait peu d'efforts pour maîtriser l'ensemble de la doctrine de Lénine et pour l'appliquer dans la lutte pratique d'aujourd'hui. Cette faiblesse se fait aussi sentir au sein du Parti du Travail de Belgique. Il est donc important, aujourd'hui, de systématiser les thèses essentielles telles que Lénine les a formulées sur l'Etat, la démocratie, le parlementarisme, l'impérialisme, la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat. C'est ce que nous ferons dans ce rapport. Et cela nous semble la meilleure façon de démontrer l'actualité brûlante des principes de la révolution d'Octobre. A la fin du règne de Brejnev et pendant celui de Gorbatchev, la plus grande partie de l'appareil du Parti communiste avait déjà adopté les positions politiques de la grande bourgeoisie internationale. Un large secteur du "capitalisme de l'ombre" s'était développé avec le soutien des forces révisionnistes ; ce secteur capitaliste "illégal" a noué des alliances avec la haute bureaucratie qui traitait de plus en plus les moyens de production comme sa propriété privée. Le révisionnisme achevait son travail de destruction des fondements économiques, politiques, idéologiques et moraux du socialisme. La nouvelle grande bourgeoisie était devenue une classe pour soi, consciente de son rôle dirigeant dans la société et prête à instaurer sa dictature ouverte. Au vingt-huitième congrès, Gorbatchev a publiquement proclamé la restauration intégrale du capitalisme en URSS. Lors du combat final pour éliminer les dernières vestiges du régime socialiste en Union soviétique, nous avons vu à l'oeuvre au niveau mondial un front uni de toutes les forces anticommunistes. La révolution d'Octobre a marqué la première moitié de notre siècle et nous avons vu toutes les forces authentiquement révolutionnaires et socialistes se rallier autour de son drapeau. La contre-révolution de 1989-1990, aboutissement de la dégénérescence initiée en 1956, fut, à son tour, un événement marquant de l'histoire mondiale. C'est au moment où se produisent de grands événements de portée historique et internationale, que les différentes forces politiques montrent leur véritable nature. Au cours de la contre-révolution de 1998-1990, le révisionnisme, la social-démocratie, le trotskisme, l'anarchisme et l'écologisme ont révélé leur caractère bourgeois et anticommuniste. Tous ces courants idéologiques se sont liés dans un front uni contre-révolutionnaire pour réaliser et appuyer la restauration intégrale du capitalisme sauvage en Europe de l'Est et en Union soviétique. Tout cela, bien sûr, au nom de la liberté, de la démocratie et des droits de l'homme et au nom du "socialisme à visage humain" et du "socialisme démocratique". Toutes ces idéologies relèvent du "socialisme" petit-bourgeois, bourgeois ou réactionnaire dénoncé dans leur temps par Marx et par Lénine. Le rétablissement du capitalisme intégral en Union soviétique et en Europe de l'Est au cours des années 1989-1990 a été suivi immédiatement par une vague réactionnaire déferlant sur le monde entier, par un accroissement dramatique de l'agressivité et de la barbarie impérialiste. Aujourd'hui, la véritable nature du capitalisme et de l'impérialisme apparaît à l'oeil nu. Les masses populaires subissent la violence barbare du fascisme, du nationalisme réactionnaire, du tribalisme, du fondamentalisme religieux, des agressions impérialistes et du terrorisme d'Etat. Les âpres réalités prouvent que les thèses sur le capitalisme et l'impérialisme développées par Lénine sont non seulement restées valables, mais semblent encore plus pertinentes dans la situation actuelle qu'elles ne l'étaient au début du siècle. Les violences que subissent aujourd'hui les travailleurs et les peuples opprimés sont une confirmation dramatique que la seule voie pour sortir de la barbarie capitaliste et impérialiste est le chemin tracé par la grande révolution d'Octobre. Premier chapitre - L'état et la révolution I - La nature de classe de l'état bourgeois L'Etat du capital Selon Marx et Lénine, la république démocratique est la forme d'Etat la plus progressiste en régime bourgeois. Or, une telle république est fondamentalement caractérisée par la toute-puissance du capital, de la richesse. Lénine, citant Engels, dit : «Dans la république démocratique... 'la richesse exerce son pouvoir d'une façon indirecte, mais d'autant plus sûre'... premièrement, par la 'corruption directe des fonctionnaires' et deuxièmement, par 'l'alliance du gouvernement et de la Bourse'.» Puis Lénine conclut : «La toute-puissance de la 'richesse' est plus sûre en république démocratique, parce qu'elle ne dépend pas des défauts de l'enveloppe politique du capitalisme. La république démocratique est la meilleure forme politique possible du capitalisme ; aussi bien le Capital, après s'en être emparé, assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d'institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise.» Marx et Lénine affirment que l'Etat n'est jamais "au-dessus de la mêlée", qu'il n'est jamais au-dessus des classes. Au contraire, aussi longtemps que la société est divisée en classes sociales dont les intérêts sont fondamentalement opposés, tout Etat est un instrument par lequel une classe domine et opprime d'autres classes. C'est un instrument qui légalise la toute-puissance d'une classe, en l'occurrence de la bourgeoisie, et qui interdit et enlève certains moyens de lutte aux classes dominées par cette bourgeoisie. Lénine : «Selon Marx, l'Etat est un organisme de domination de classe, un organisme d'oppression d'une classe par une autre ; c'est la création d'un 'ordre' qui légalise et affermit cette oppression en modérant le conflit des classes. Selon l'opinion des politiciens petits-bourgeois, l'ordre est précisément la conciliation des classes, et non l'oppression d'une classe par une autre ; modérer le conflit, c'est concilier, et non retirer certains moyens et procédés de combat aux classes opprimées en lutte pour le renversement des oppresseurs.»
Le perfectionnement de la machine militaire et bureaucratique Dans la conception marxiste, le noyau central de la machine de l'Etat est constitué par les forces armées et les forces de répression. «L'armée est traditionnellement l'instrument qui sert à perpétuer l'ancien régime, le rempart le plus solide de la discipline bourgeoise, de la domination du capital, et l'école de la soumission servile et de la subordination des travailleurs au capital.» «Dans toutes les républiques bourgeoises, même les plus démocratiques, la police est (avec l'armée permanente) l'instrument principal de l'oppression des masses... La police passe les 'petites gens' à tabac... elle est pleine de prévenance pour les capitalistes qui s'assurent son indulgence en lui versant tout simplement des pots-de-vin... Coupée du peuple, constituant une caste professionnelle formée d'hommes 'dressés' à sévir contre les pauvres, d'hommes relativement bien payés et jouissant des privilèges du 'pouvoir' (sans parler des 'revenus licites'), la police demeure infailliblement, dans toutes les républiques démocratiques où règne la bourgeoisie, l'instrument... de cette dernière.» Une machine de répression constamment renforcée et perfectionnée
Depuis la Première Guerre mondiale et l'accès des partis sociaux-démocrates
aux gouvernements bourgeois, la bureaucratie des Partis socialistes a reçu une
large part de l'appareil bureaucratique. Et ces partis ont effectivement soutenu
les renforcements successifs de l'appareil de répression anti-populaire. Les soi-disant 'démocrates révolutionnaires' du PS sont souvent devenus les
chantres de la répression bourgeoise. L'ancien partisan de la "dictature
du prolétariat", Paul-Henri Spaak, est devenu un des pères spirituels de
l'Otan dont il est devenu secrétaire général. André Cools, qui participa à
la direction de la grève révolutionnaire de 1960-61, a, peu de temps après,
soutenu toutes les mesures répressives que la bourgeoisie a prises suite à
cette grève. Vandenbroucke, ancien chef trotskiste devenu ministre social-démocrate,
a soutenu la participation belge à la guerre d'agression contre l'Irak, il a
appuyé l'élargissement du champ d'action de l'Otan, il était solidaire de son
ami Tobback dans sa politique de renforcement de la gendarmerie. Lénine formule ensuite la thèse essentielle de la doctrine marxiste sur l'Etat : la vieille machine d'Etat doit être détruite. Lénine : «Toutes les révolutions politiques n'ont fait que perfectionner cette machine au lieu de la briser'... Cette déduction est le principal, l'essentiel, dans la doctrine marxiste de l'Etat.» «L'essentiel est de savoir si la vieille machine d'Etat (liée à la bourgeoisie par des milliers d'attaches et toute pénétrée de... conservatisme) sera maintenue ou si elle sera détruite et remplacée par une nouvelle. La révolution ne doit pas aboutir à ce que la classe nouvelle commande et gouverne à l'aide de la vieille machine d'Etat, mais à ceci, qu'après l'avoir brisée, elle commande et gouverne à l'aide d'une machine nouvelle : c'est cette idée fondamentale du marxisme que Kautsky escamote.» Lénine en tire une conclusion politique catégorique par rapport aux révisionnistes. Il affirme : «(Kautsky écrit ceci :) 'Jamais et en aucun cas,... la victoire du prolétariat sur le gouvernement hostile... ne peut mener à la destruction du pouvoir d'Etat ; il ne peut en résulter qu'un certain déplacement... du rapport des forces à l'intérieur du pouvoir d'Etat... le but de notre lutte politique reste donc, comme par le passé, la conquête du pouvoir d'Etat par l'acquisition de la majorité au parlement et la transformation de ce dernier en maître du gouvernement'. Voilà bien l'opportunisme le plus pur et le plus plat ; c'est renoncer en fait à la révolution tout en la reconnaissant en paroles... Quant à nous, nous romprons avec ces renégats du socialisme et lutterons pour la destruction de toute la vieille machine d'Etat, afin que le prolétariat armé devienne lui-même le gouvernement... le prolétariat conscient sera tout entier avec nous dans la lutte, non pour un 'déplacement du rapport des forces', mais pour le renversement de la bourgeoisie, pour la destruction du parlementarisme bourgeois,... pour une république des Soviets des députés ouvriers et soldats, pour la dictature révolutionnaire du prolétariat.» Il saute aux yeux que ces conclusions de Lénine s'appliquent intégralement, mot par mot, à tous ceux qui ont suivi la politique de Khrouchtchev et qui continuent à la suivre. Le révisionnisme et l'État bourgeois Depuis Khrouchtchev, les révisionnistes ont rejeté la position marxiste sur l'Etat et la révolution. Leur conception de l'Etat est identique à celle de Kautsky et de Vandervelde : l'Etat serait un instrument "neutre", au-dessus des classes, dont la classe ouvrière pourrait s'emparer grâce à une majorité parlementaire. Khrouchtchev déclare : «La conquête d'une solide majorité parlementaire... créerait... des conditions tendant à assurer des transformations sociales radicales. Certes, une sérieuse résistance... de l'énorme appareil militaire et policier... est inévitable. La transition au socialisme se fera à travers une lutte de classes aiguë, révolutionnaire.» Il n'est pas question de briser l'appareil d'Etat bourgeois et de le remplacer par un appareil révolutionnaire issu de la lutte du prolétariat. L'essentiel dans la doctrine de Marx sur l'Etat est escamoté par la phrase nébuleuse : «Transformations sociales radicales à travers la lutte de classe». Le livre-manuel Le Mouvement révolutionnaire international de la classe ouvrière, édité par Boris Ponomarev en 1964, puis réédité en 1967, exprime parfaitement la continuité des idées révisionnistes sous Khrouchtchev et Brejnev. Il traite de la construction du socialisme, de la lutte de classes sous le capitalisme, de la lutte contre l'impérialisme dans les pays dominés et de la lutte pour la paix. Dans ces quatre domaines, sous un verbiage apparemment "léniniste", il expose un programme révisionniste et contre-révolutionnaire cohérent et complet. Le chapitre qui traite du "Mouvement ouvrier dans les pays capitalistes évolués" ne dit pas un seul mot sur l'Etat en tant qu'instrument de la dictature de la bourgeoisie. Ecrire 502 pages sur la "révolution socialiste" sans le moindre développement sur la nature de l'Etat actuel, il faut le faire ! Rien n'est dit de la fonction de l'armée bourgeoise comme noyau de la dictature de la bourgeoisie, dressée pour combattre militairement les forces qui menacent l'ordre économique et politique bourgeois. On apprend seulement que «un large front anti-monopoliste (est) capable de brider la bourgeoisie, de l'empêcher de faire sa politique de violence grossière à l'égard des travailleurs.» Les rares allusions à l'Etat le font toujours apparaître comme un instrument neutre qu'on peut "arracher" au contrôle des monopoles. «Pendant la résistance (antifasciste), la classe ouvrière a combattu pour des constitutions authentiquement démocratiques qui prévoyaient la participation des travailleurs à la gestion de l'Etat, et la limitation des pouvoir des monopoles, des transformations progressistes dans l'économie et la politique.» Il n'est pas question de briser l'Etat fasciste et de le remplacer par un nouvel Etat, construit au cours du processus du renversement du fascisme par la lutte populaire armée. Plus loin, on lit : «Les révolutionnaires... voient dans la voie pacifique du passage au socialisme l'expression de la lutte acharnée des grandes masses populaires pour conquérir des droits économiques et politiques toujours nouveaux, pour évincer progressivement les monopoles de la direction de la société et finalement amener au pouvoir les classes travailleuses.» On trouve ici l'image de l'Etat en tant que « direction de la société », dont on peut «évincer progressivement les monopoles» pour les remplacer par «le pouvoir des classes travailleuses». Comment se pose la question de la démocratie Au nom de la démocratie, les crimes les plus abominables... Au moment de l'effondrement de l'Union soviétique, la signification de classe des discours sur "la démocratie" en général, "au-dessus des classes", est apparue avec une clarté évidente. La contre-révolution en Europe de l'Est et en Union soviétique a été faite sous le mot d'ordre : "la liberté et la démocratie". La chute de la production industrielle de 50 % : 'au nom de la démocratie'. Le règne de 4 000 organisations de la maffia : 'au nom de la démocratie'. Le vol de toutes les économies des pensionnés au moyen d'une inflation de 3 000 % : 'au nom de la démocratie'. Des guerres civiles réactionnaires en Azerbaïdjan, en Arménie, en Géorgie, en Tchétchénie, en Tadjikistan : 'au nom de la démocratie'. Un surplus de morts de 1 700 000 personnes en trois ans : 'au nom de la démocratie'.
Après l'effondrement de l'URSS, la World Anti-Communist League, qui regroupe
les principales organisations fascistes et d'extrême droite du monde, a changé
son nom en "Ligue Mondiale pour la Liberté et la Démocratie"! C'est
tout dire. La démocratie pour quelle classe ? Traitant de la démocratie, tous les réformistes
"oublient" le principe le plus élémentaire du marxisme, celui de
l'analyse des classes. Dans une société basée sur la propriété privée des
moyens de production, la bourgeoisie et la classe ouvrière constituent deux
classes aux intérêts diamétralement opposés. Quel type de démocratie
peut-il y avoir dans un tel contexte ? La presse et le parlement, instruments de la démocratie ? La "liberté de la presse" est un des meilleurs exemples de ce que signifie réellement la démocratie bourgeoise. Chacun est "libre" de publier un quotidien. Mais, bien sûr, il faut posséder au moins cent millions de FB. La "liberté de la presse" sous le capitalisme, c'est essentiellement la liberté de glorifier, de justifier, d'embellir et de défendre le capitalisme et la liberté de dénigrer, de calomnier, de noircir, de salir les luttes anticapitalistes. Le 2 février 1997 a eu lieu en Belgique, à Clabecq, une des manifestations ouvrières les plus mémorables du dernier demi-siècle. Elle se proclamait fièrement une manifestation de la classe ouvrière contre le patronat, pour des revendications radicales. La presse bourgeoise, impressionnée par l'immense succès, attaqua la manifestation d'abord "par la douceur". La manifestation était «d'un calme et d'une dignité parfaites, entachée d'aucun incident,... le réveil des citoyens.» (Le Soir) «Les couleurs du sursaut citoyen», titrait Vers l'Avenir et «Le sursaut citoyen s'élargit» affirmait La Libre Belgique. La Dernière Heure annonçait «le réveil de la citoyenneté». En clair : la presse bourgeoise nie que les classes exploitées se sont mobilisées contre leurs exploiteurs. Le concept contre-révolutionnaire de la "citoyenneté" est utilisé pour insinuer une solidarité de tous les citoyens, patrons, banquiers et hauts cadres se préoccupant autant de l'emploi que le font les ouvriers menacés. Une semaine plus tard, devant les manoeuvres de plus en plus grossières pour liquider les Forges de Clabecq par pans, des ouvriers assénaient quelques coups de poing bien mérités au président de la curatelle. Et immédiatement, la presse "libre" se déchaîna. Pour cette presse, la violence, ce n'est pas le capitalisme qui s'apprête à mettre 2 000 ouvriers dans la rue, à plonger 2 000 familles dans le désespoir, à pousser des gens au suicide, à en faire sombrer d'autres dans la drogue et la petite criminalité. La violence, c'est l'ouvrier désespéré qui a levé le poing contre son exploiteur. L'Echo, le journal de la bourse, écrit : «A l'égard de la direction, des ingénieurs, cela a toujours été la terreur», «C'est tout le contraire de la démocratie : le totalitarisme», «Ce sont des pratiques qui, derrière des discours d'extrême gauche, relèvent en fait de l'extrême droite.» Le Soir accuse D'Orazio, le principal dirigeant ouvrier de Clabecq, d'avoir «confisqué et détourné» la volonté des 50 000 personnes présentes à la manifestation ! «Roberto D'Orazio, le 'pape rouge' des Forges, dérape. Il a confisqué l'énorme élan de solidarité citoyenne au seul profit de son jusqu'au-boutisme.» Ecoutons les commentaires de Lénine à ce propos : «La 'liberté de la presse' est également un des principaux mots d'ordre de la 'démocratie pure'... Les ouvriers savent... que cette liberté est une duperie tant que les meilleures imprimeries et les gros stocks de papier sont accaparés par les capitalistes, tant que demeure le pouvoir du capital sur la presse... Les capitalistes qualifient de liberté de la presse la liberté d'utiliser leurs richesses pour fabriquer et falsifier ce qu'on appelle l'opinion publique.» "Le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie" Et qu'en est-il du rapport entre la démocratie et les élections ? La bourgeoisie affirme que les élections libres constituent l'essence du processus démocratique. Quelle est la position léniniste à ce propos ? Même dans une république démocratique, l'Etat est essentiellement une machine destinée à opprimer les classes travailleuses et sa fonction principale est de maintenir la dictature du capital. La bourgeoisie organise certaines formes de démocratie dans le but explicite de réconcilier les masses avec la dictature du capital, de leur faire accepter l'inévitabilité ou le bien fondé de la domination du capital. Les élections, sous le régime bourgeois, sont une gigantesque opération de manipulation de l'opinion qui vise à donner l'illusion que la politique gouvernementale, qui est directement dictée par le grand capital, émane de la volonté du peuple. Chaque année, les faits prouvent cette affirmation. Felipe Gonzalez gagna ses premières élections en Espagne en promettant que l'Espagne resterait en dehors de l'Otan. Une fois qu'il eut récolté les voix grâce à ces promesses démagogiques, il entra dans l'Otan ! Les sociaux-démocrates belges ont mené campagne en promettant de "sauver" le secteur public. Arrivés au gouvernement, ils ont fait passer un programme de privatisations qui dépassait même les plans les plus aventuristes des libéraux ! Par la manipulation et la propagande, la bourgeoisie arrive à faire passer chaque nouveau gouvernement comme l'émanation de la volonté populaire, exprimée lors des élections ! Puis ce gouvernement exécute la politique que la grande bourgeoisie juge le plus opportun de suivre. Lénine dit à juste titre : «Le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie.» En effet, sous la domination de la bourgeoisie, lorsque pratiquement tous les médias sont aux mains du grand capital, lorsque toute la machine de l'Etat est contrôlée par la grande bourgeoisie et les partis bourgeois, lorsque l'Etat et les monopoles financent les campagnes des partis bourgeois à l'aide de centaines de millions de francs, les élections sont effectivement une opération pour consolider la dictature de la bourgeoisie. Les sociaux-démocrates et les révisionnistes, pour embellir la démocratie bourgeoise, affirment que le suffrage universel «est une grande conquête du mouvement ouvrier.» L'avènement du suffrage universel en Belgique permet de réfuter cette fable. D'abord, la direction du Parti Ouvrier Belge avait mis en avant cette revendication pour escamoter le nécessité de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat. Il se battait pour le suffrage universel dans le but explicite de pousser les ouvriers dans la voie du réformisme et de la collaboration de classes. En plus, le suffrage universel ne fut accordé que lorsque le Parti Ouvrier eut donné toutes les garanties qu'il défendrait l'ordre établi et qu'il serait un gestionnaire loyal de la société bourgeoise. Oui, comme le dit Lénine : dans la société capitaliste, le suffrage universel, c'est la dictature de la bourgeoisie. Voici comment Lénine s'est exprimé à ce propos. «Même dans la plus démocratique des républiques... l'Etat n'est pas autre chose qu'une machine d'oppression d'une classe par une autre. La bourgeoisie est obligée de faire l'hypocrite et de donner le nom de 'pouvoir du peuple entier' ou de démocratie en général, ou de démocratie pure, à la république démocratique bourgeoise, qui est en fait la dictature de la bourgeoisie, la dictature des exploiteurs sur les masses travailleuses... «La république démocratique, l'assemblée constituante, le suffrage universel, etc., c'est la dictature de la bourgeoisie. Pour libérer le travail du joug capitaliste, il n'est point d'autre moyen que de remplacer cette dictature par la dictature du prolétariat. Seule la dictature du prolétariat est capable de libérer l'humanité du joug capitaliste, du mensonge, de la fausseté et de l'hypocrisie de la démocratie bourgeoise, démocratie pour les riches, et d'instaurer la démocratie pour les pauvres.» La démocratie défend-elle les minorités ? La bourgeoisie prétend que son système "démocratique" permet d'assurer la défense des minorités. En fait, elle s'efforce de placer les 'minorités' sous le contrôle de l'un ou l'autre parti bourgeois pour qu'il brise l'esprit de lutte de cette minorité et "l'intègre" dans l'ordre établi. Lénine écrit : «La démocratie bourgeoise n'accorde la défense de la minorité qu'à un autre parti bourgeois ; tandis que le prolétariat, dans toute question sérieuse, profonde, fondamentale, reçoit en guise de 'protection de la minorité' la loi martiale ou les massacres. Plus la démocratie est développée et plus elle est près, en cas de divergence politique profonde et dangereuse pour la bourgeoisie, du massacre ou de la guerre civile.» Aux Etats-Unis, certains politiciens bourgeois se spécialisent dans la "protection de la minorité noire", mais la police se spécialise dans des raids meurtriers dans les quartiers noirs les plus pauvres. Celle de Los Angeles a une longue histoire de violence raciste et c'est ainsi qu'une nuit, elle a tabassé un homme seul, Roney King. Un témoin a enregistré la scène sur vidéo. Et les policiers ont malgré tout été acquittés. Une révolte violente de la majorité des gens pauvres à Los Angeles s'en est suivie, révolte qui fut matée par l'armée américaine et par la police. La démocratie bourgeoise contre les travailleurs La démocratie exclut les pauvres Dans la société capitaliste, la "démocratie" est faite sur mesure pour les riches, tandis que mille obstacles, restrictions et difficultés empêchent les pauvres d'utiliser le peu de droits qui leur sont accordés nominalement. Lénine a parfaitement décrit le type de "démocratie" dont les travailleurs peuvent jouir sous le règne du capital. «La démocratie bourgeoise... reste toujours... une démocratie étroite, tronquée, fausse, hypocrite, un paradis pour les riches, un piège et un leurre pour les exploités, pour les pauvres.» «En régime capitaliste, la démocratie est rétrécie, comprimée, tronquée, mutilée par cette ambiance que créent l'esclavage salarié, le besoin et la misère des masses.» «Si l'on considère de plus près le mécanisme de la démocratie capitaliste, on verra partout... restriction sur restriction au démocratisme. Ces restrictions, éliminations, exclusions, obstacles pour les pauvres paraissent menus,... mais, totalisées, ces restrictions excluent, éliminent les pauvres de la politique, de la participation active à la démocratie.» Les lois et les juristes au service du capital Sous la "démocratie", la bourgeoisie a adopté des
centaines de lois et d'arrêtés qui protègent l'exploitation et l'arbitraire
capitaliste, des centaines de lois et règlements qui briment, accablent,
discriminent et volent les travailleurs. Mais il ne suffit pas à la bourgeoisie que les lois soient faites par elle et
pour elle. Sous la "démocratie", ceux qui ont de l'argent peuvent
engager des juristes et des spécialistes pour "détourner" légalement
les lois et règlements qui limitent tant soit peu l'arbitraire des
capitalistes. En plus, sous la "démocratie" bourgeoise, l'appareil policier et
juridique est lié par mille liens à la grande bourgeoisie et il
"aide" les riches à "arranger" leurs problèmes, tandis
qu'il applique sans merci les lois contre les pauvres. Lénine écrit : «Lorsque dans les pays capitalistes, les juristes, bourgeois
jusqu'au bout des ongles... mettent des siècles ou des décennies à élaborer
les règlements... à écrire... des centaines de volumes de lois et
commentaires qui accablent l'ouvrier, maintiennent le pauvre pieds et mains liés,
dressent mille chicanes et obstacles au simple travailleur... alors les libéraux
bourgeois et monsieur Kautsky ne voient là nul 'arbitraire' ! Là règnent l'
'ordre' et la 'légalité' ! Là tout a été médité et codifié pour mieux
"pressurer" le pauvre. Là des milliers d'avocats et de fonctionnaires
bourgeois... savent interpréter les lois de façon qu'il soit impossible à
l'ouvrier et au paysan moyen de rompre le barrage de barbelés que dressent ces
lois. Ce n'est pas 'l'arbitraire' de la bourgeoisie, ce n'est pas la dictature
des exploiteurs avides et malpropres, gorgés du sang du peuple. Pas du tout.
C'est la 'démocratie pure', qui devient plus pure de jour en jour.» En Turquie comme en Colombie et au Pérou, des élections ont lieu, des parlements sont élus, la démocratie règne. Mais l'armée et les bandes "d'autodéfense" organisées par le pouvoir terrorisent la population, massacrent des dizaines de milliers de syndicalistes, de paysans, de révolutionnaires. Lénine notait déjà : «Il n'est point d'Etat, même le plus démocratique, qui n'ait dans sa Constitution des biais ou restrictions permettant à la bourgeoisie de lancer la troupe contre les ouvriers, de proclamer la loi martiale, etc., 'en cas de violation de l'ordre', mais, en fait, au cas où la classe exploitée 'violait' son état d'asservissement et si elle avait la velléité de ne pas se conduire en esclave.» Aspiration à une démocratie populaire et révolution Les travailleurs veulent une démocratie qui les sert A l'époque actuelle, où les travailleurs ont atteint un certain niveau d'éducation, la grande bourgeoisie est obligée d'invoquer la démocratie pour justifier son règne. Elle façonne une 'majorité démocratique' en utilisant la propagande, l'intoxication, le lavage de cerveaux mais aussi l'intimidation et la pression. Néanmoins, un réel désir de démocratie authentique vit dans les masses travailleuses. Or : «Dans l'État bourgeois le plus démocratique, les masses opprimées se heurtent constamment à la contradiction criante entre l'égalité nominale proclamée par la 'démocratie' des capitalistes, et les milliers de restrictions et de subterfuges réels, qui font des prolétaires des esclaves salariés.» Comment utiliser cette contradiction entre la démocratie "nominale", formelle et fausse et l'aspiration profonde des travailleurs à une démocratie "pour eux" ? Réaliser les aspirations démocratiques des prolétaires et des travailleurs, c'est l'exact opposé de la mystification "démocratique" organisée par les tyrans que sont les grands entrepreneurs et leurs politiciens. Dans ce sens, la lutte pour réaliser les aspirations démocratiques des travailleurs est un aspect essentiel de la lutte pour la révolution socialiste. Lénine : «Réalisée... aussi pleinement et aussi méthodiquement qu'il est possible de le concevoir, la démocratie, de bourgeoise, devient prolétarienne.» Les aspirations démocratiques des travailleurs, exprimées dans le cadre d'une démocratie bourgeoise, mais poursuivies et réalisées de façon radicale, jusqu'à bout, deviennent démocratie prolétarienne par le renversement du système bourgeois. Pour le dire encore avec les mots de Lénine : «Développer la démocratie jusqu'au bout... est une des tâches essentielles de la lutte pour la révolution sociale.» Il y a ici un point de rupture, la quantité se transforme en qualité, les droits démocratiques conquis dans le cadre du système bourgeois se transforment en démocratie prolétarienne à travers la révolution socialiste. Or, les sociaux-démocrates et les révisionnistes prétendent le contraire depuis quatre-vingt ans. L'élargissement systématique de "la" démocratie dans le cadre bourgeois nous rapprochera toujours plus du socialisme et se transformera finalement de façon pacifique en socialisme. Pour eux, la différence entre démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne est une différence de quantité, l'une pouvant se transformer pacifiquement dans l'autre sans passer par la rupture qualitative qu'est la révolution socialiste. Lénine a dénoncé ces gens en ces termes : «Les kautskistes de toutes les nations... s'aplatissent devant la bourgeoisie, s'accommodent du parlementarisme bourgeois, dissimulent le caractère bourgeois de la démocratie actuelle et se contentent de demander qu'elle soit élargie, qu'elle soit réalisée jusqu'au bout.» Or, dans l'époque historique où règnent les monopoles et l'impérialisme, la démocratie bourgeoise se dégrade toujours plus : c'est la réaction qui triomphe sur toute la ligne, les droits démocratiques des travailleurs sont de plus en plus réduits... Et aujourd'hui ces attaques sont le fait de cette même social-démocratie, qui prétendait que "l'extension continue" de la démocratie bourgeoise allait conduire au socialisme ! Les paroles de Lénine à ce propos méritent ample réflexion. «La superstructure politique qui coiffe la nouvelle économie, le capitalisme monopoliste... c'est le tournant à partir de la démocratie vers la réaction politique.» «Politiquement, l'impérialisme tend, d'une façon générale, à la violence et à la réaction.» Les faits essentiels de l'histoire récente ne confirment-ils pas de façon éclatante ces thèses ? La guerre barbare contre l'Irak, l'embargo qui tue "pacifiquement" un million de bébés, d'enfants et de vieillards irakiens (avec la participation active des sociaux-démocrates et le soutien politique du révisionniste Gorbatchev !) ; le génocide au Rwanda qui tua un million de Tutsi et de Hutu démocratiques (avec la participation active de l'armée française du social-démocrate Mitterrand !) ; les lois antisyndicales en Angleterre ; les scandales de corruption des partis sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates qui ont éclaté en Italie et en Belgique... Alors, bien sûr que Lénine dénonça les opportunistes du genre Khrouchtchev, Marchais, Carillo, Berlinguer ! «La marche en avant, à partir de cette démocratie capitaliste,... ne mène pas simplement, directement et sans heurts 'à une démocratie de plus en plus parfaite', comme le prétendent... les opportunistes petits-bourgeois. Non. La marche en avant... se fait en passant par la dictature du prolétariat.» La démocratie sous le socialisme Alors, comment se pose la question de la démocratie sous le socialisme ? Le socialisme n'est nullement la "vraie démocratie pour tous", comme le prétendent les kautskistes et les khrouchtchéviens. Pour les capitalistes qui jouissaient pleinement de la démocratie bourgeoise, le socialisme signifie essentiellement la fin de la démocratie, la fin de la liberté d'exploiter, la fin de la liberté d'accumuler des fortunes par des moyens légaux et illégaux, la fin de la liberté d'acheter les médias et de "fabriquer" l'opinion publique, la fin de la liberté d'organiser l'enseignement dans leur intérêt, etc. Pour les travailleurs, le socialisme ne signifie pas l'élargissement de la vieille démocratie bourgeoise, mais la création de nouvelles formes de démocratie qui permettent aux travailleurs de réellement participer aux décisions politiques et économiques. Lénine déclare : «La dictature du prolétariat... ne peut se borner à un simple élargissement de la démocratie. En même temps qu'un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prolétariat apporte une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-là, nous devons les mater afin de libérer l'humanité de l'esclavage salarié ; il faut briser leur résistance par la force ; et il est évident que, là où il y a répression, il y a violence, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de démocratie.» Les révisionnistes et la démocratie bourgeoise Khrouchtchev et les révisionnistes qui nient le caractère de classe de l'Etat, refusent aussi de reconnaître que toute forme de démocratie a un caractère de classe. Ils ont repris les phrases de Kautsky sur "la démocratie pure" et "la démocratie authentique" ou encore sur "la démocratie véritable". Le livre de Ponomarev affirme : «Le concept de la démocratie authentique en tant que pouvoir du peuple dans l'intérêt du peuple a été exposé dans les programmes des partis communistes d'Italie, de France, d'Angleterre, de Belgique, de Finlande, des USA.» Les révisionnistes nient le caractère de classe de la démocratie et ils utilisent des phrases ampoulées : "sortir du cadre étroit de la démocratie bourgeoise", "transformer graduellement" et "enrichir" la démocratie. Ainsi, ils veulent faire passer la thèse réformiste qu'un élargissement de "la" démocratie (sous la dictature de la bourgeoisie !) mène directement au socialisme. Ponomarev : «En sortant du cadre étroit des formes démocratiques bourgeoises, en enrichissant la démocratie d'un nouveau contenu, en la transformant graduellement en un moyen pour le peuple d'exercer toujours davantage un pouvoir réel et de limiter et ensuite liquider le pouvoir des monopoles, les travailleurs jetteront les bases d'une véritable démocratie évoluant vers le socialisme.» Ce verbiage ronflant et vide est repris directement des sociaux-démocrates Kautsky et Vandervelde. Il sert à masquer les questions essentielles. D'abord celle de l'Etat: est-ce un instrument de la dictature du capital ou est-ce une institution neutre où le "peuple" peut exercer un "pouvoir réel" grandissant et "limiter" puis "liquider" le pouvoir du capital ? Ensuite la question de la dictature de la bourgeoisie et des formes "démocratiques" que cette dictature peut revêtir. Il masque aussi la question de la révolution socialiste et finalement celle de la dictature du prolétariat qui, seule, peut assurer réellement la démocratie aux travailleurs. Le même verbiage a été utilisé par Thorez pour escamoter les problèmes de la révolution socialiste et de la dictature du prolétariat. Ponomarev cite Thorez : «Maurice Thorez a dit : 'Il n'y a plus à notre époque de long intervalle historique entre les transformations démocratiques et les transformations socialistes... La démocratie, création continue, s'achèvera dans le socialisme.» Grâce à la thèse de la "création continue", Thorez fait disparaître la rupture que constitue la révolution socialiste, rupture qui sépare deux mondes, celui de la dictature de la bourgeoisie et celui de la dictature du prolétariat. III. Le "passage parlementaire" Les notions que nous venons d'étudier, celle de l'Etat neutre, "au-dessus des classes", et celle de la "démocratie pure", sont à la base de la stratégie réformiste du passage au socialisme par l'acquisition d'une majorité parlementaire. Lénine s'est âprement moqué des inepties sociales-démocrates proférées par Kautsky et Vandervelde à ce propos. La véritable nature du parlement Le parlement, un paravent devant les forces de répression Lénine a clairement montré la nature de classe du parlementarisme bourgeois: c'est un organe de la classe hostile, c'est une machine à réprimer les travailleurs, c'est un organe de décoration où les véritables décisions ne sont pas prises, c'est un paravent pour les forces de l'ordre qui, se livrent à l'espionnage, à la répression et si besoin en est, aux massacres. Lénine écrit : «Les ouvriers savent et sentent... que le parlement bourgeois est pour eux un organisme étranger, un instrument d'oppression des prolétaires par la bourgeoisie, l'organisme d'une classe hostile, d'une minorité d'exploiteurs.» Le parlement bourgeois fait partie intégrale de l'appareil de l'Etat bourgeois ; si ses forces de répression et sa bureaucratie anti-populaires en sont les noyaux, le parlement est surtout un paravent qui cache les véritables centres du pouvoir bourgeois, une machine à vent qui sème des illusions 'démocratiques'. Si les véritables centres du pouvoir capitaliste décident de réprimer des mouvements populaires, le parlement a pour instruction de justifier 'démocratiquement' la répression. Lénine : «Le parlement bourgeois, (dans les conditions) où la propriété des capitalistes et leur pouvoir sont maintenus, est une machine destinée à réprimer les millions de travailleurs par une poignée d'exploiteurs... Aujourd'hui que l'histoire mondiale a inscrit à l'ordre du jour la destruction de ce régime tout entier, le passage du capitalisme au socialisme, se contenter du parlementarisme bourgeois,... le parer du nom de 'démocratie' en général, estomper son caractère bourgeois, oublier que le suffrage universel, aussi longtemps qu'est maintenue la propriété capitaliste, est un des instruments de l'Etat bourgeois, c'est trahir honteusement le prolétariat.» Ces mots de Lénine s'appliquent intégralement aux adeptes de Khrouchtchev qui «se contentent du parlementarisme bourgeois, estompent son caractère bourgeois et trahissent honteusement le prolétariat.» Le capital contrôle et surveille le parlement L'idée du passage parlementaire au socialisme est d'autant plus ridicule que le parlement n'est pas du tout le centre du pouvoir dans la société capitaliste. Tout le monde sait que les grandes décisions politiques, économiques et militaires sont élaborées dans des cercles étroits de la grande bourgeoisie, dans les cercles dirigeants de la Banque Mondiale, du FMI, de l'OCDE, des services d'études spécialisés des Etats-majors de la gendarmerie et de l'armée, de l'Otan, des fédérations des entreprises... Leurs décisions sont alors soumises par le gouvernement au parlement qui s'incline et dit "Oui". En Belgique, ces dernières années, le budget alloué à l'enseignement secondaire a été fortement réduit et l'accès à l'université limité. Qui a formulé et qui a pris ces décisions ? Est-ce que ce sont les masses concernées d'élèves, de professeurs et de travailleurs ? Bien sûr que non, elles n'avaient rien à dire. Est-ce que ce sont les parlementaires ? Pas du tout. Ce sont les services d'étude du patronat et des spécialistes de la haute bureaucratie de l'Etat qui ont élaboré des plans anti-populaires. Puis les états-majors des partis bourgeois ont soumis ces plans au parlement et ont ordonné à "leurs" parlementaires d'acquiescer ! Lénine a dit à ce propos : «Le parlement bourgeois... dans une démocratie bourgeoise, ne résout jamais les questions majeures ; celles-ci sont tranchées par la Bourse, par les banques.» «La véritable besogne d' "Etat" se fait dans la coulisse ; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors. Dans les parlements, on ne fait que bavarder, à seule fin de duper le 'bon peuple'.» «Dans la société capitaliste,... les questions les plus importantes... sont tranchées par une poignée infime de capitalistes qui ne se bornent pas à tromper les masses, mais souvent trompent aussi le parlement. Il n'y a pas de parlement au monde qui ait jamais dit quelque chose de sérieux sur la guerre et la paix ! Dans la société capitaliste, les principales questions concernant la vie économique des travailleurs... sont tranchées par le capitaliste comme par un seigneur, comme par Dieu !» Le sens des élections en régime bourgeois Choisir "son" parti bourgeois Le parlementarisme bourgeois est bel et bien un instrument au
service de la dictature de la bourgeoisie. Mais quelle est alors la véritable
signification des élections en régime bourgeois ? Les partis bourgeois et petits-bourgeois ont des moyens gigantesques, ils ont le
soutien ou la sympathie des grands capitalistes qui possèdent les médias. Dans
ces conditions, les élections permettent essentiellement aux masses de choisir
quel élément bourgeois ou petit-bourgeois ira au parlement pour y défendre
'au nom du peuple', l'ordre bourgeois. Que la majorité parlementaire soit
composée de libéraux, de sociaux-démocrates, de nationalistes, de sociaux-chrétiens,
d'écologistes ou de fascistes, tous défendent les principes de base du système
capitaliste et les intérêts de la grande bourgeoisie. Lénine disait fort à
propos : «Décider périodiquement... quel membre de la classe dirigeante
foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l'essence véritable
du parlementarisme bourgeois.» D'autre part, les élections peuvent aussi indiquer dans quelle mesure les travailleurs commencent à se détourner du système capitaliste. Lénine, citant Engels : «Le suffrage universel est 'l'indice qui permet de mesurer la maturité de classe ouvrière. Il ne peut être rien de plus, il ne sera jamais rien de plus dans l'Etat actuel'.» Même si la majorité de la population élit des révolutionnaires, ce vote prouve seulement les sentiments révolutionnaires des masses. Il indique que les esprits sont mûrs pour la révolution. Mais encore faudra-t-il la faire et vaincre l'ennemi par des moyens révolutionnaires. Lénine : «Le suffrage universel atteste du degré de maturité des diverses classes dans la compréhension de leurs tâches respectives. Il montre comment les diverses classes sont disposées à s'acquitter de leurs tâches. La solution même de ces tâches est donnée non par le vote, mais par toutes les formes de la lutte de classes, jusque et y compris la guerre civile.» La participation communiste aux élections Pourquoi alors les communistes participent-ils au parlement ? Ils ne le font jamais pour semer des illusions sur un prétendu passage parlementaire au socialisme. Ils y participent pour prouver aux travailleurs qu'un jour, il faudra dissoudre ce parlement qui n'est qu'un instrument de la dictature bourgeoise et qu'il faudra le remplacer par des organes révolutionnaires des masses travailleuses. Lénine : «La participation aux élections parlementaires et aux luttes parlementaires est obligatoire pour le parti du prolétariat révolutionnaire précisément afin d'éduquer les couches retardataires de sa classe, précisément afin d'éveiller et d'éclairer la masse villageoise inculte, opprimée et ignorante. Tant que vous n'avez pas la force de dissoudre le parlement bourgeois et toutes les autres institutions réactionnaires, vous êtes tenus de travailler dans ces institutions précisément parce qu'il s'y trouve encore des ouvriers abrutis par la prêtraille et par l'atmosphère étouffante des trous de province.» Comment la majorité peut-elle réellement décider ? Qu'est-ce que la volonté de la majorité du peuple ? Comment cette volonté peut-elle s'exprimer ? Est-ce que les questions vitales, celles qui décident de la vie ou de la mort du système capitaliste, peuvent être tranchées par un vote minorité contre majorité au parlement ? Est-ce que la question de la dictature de la bourgeoisie ou de la dictature des travailleurs peut être tranchée par un vote majoritaire au parlement ? Lénine dit : «Les... socialistes petits-bourgeois... rêvent encore d'instaurer le socialisme par la persuasion. La majorité du peuple sera persuadée, et alors, la minorité se soumettra, la majorité votera, et le socialisme sera instauré. Non, le monde n'est pas fait d'une façon aussi heureuse ; les exploiteurs, les hobereaux rapaces, la classe capitaliste ne se laissent pas convaincre. La révolution socialiste confirme ce que tout le monde a vu : la résistance acharnée des exploiteurs. Plus la pression des classes opprimées s'accentue, plus elles sont prêtes à renverser toute oppression, toute exploitation... et plus furieuse devient la résistance des exploiteurs.» «Les démocrates petits-bourgeois... qui ont substitué à la lutte de classes leurs rêveries sur l'entente des classes, se représentaient la transformation socialiste,... non point comme le renversement de la domination de la classe exploiteuse, mais comme une soumission pacifique de la minorité à la majorité consciente de ses taches. Cette utopie petite-bourgeoise, indissolublement liée à la notion d'un Etat placé au-dessus des classes, a abouti pratiquement à la trahison.» Ainsi, pour instaurer le socialisme, il faut renverser la domination de la classe bourgeoise et il faut briser la résistance inévitable, la résistance féroce et acharnée des exploiteurs. Ces questions sont tranchées par la lutte de classes la plus âpre, et non pas par un simple vote au parlement. Même dans les cas très rares où un parlement se prononce majoritairement pour le passage au socialisme ou pour des mesures anticapitalistes conséquentes, le vote en soi ne résout nullement le problème de la réalisation effective de ces mesures. La victoire des forces anticapitalistes ne peut être assurée que par la lutte de classes, par la conquête de la majorité dans l'action révolutionnaire et le renversement par la force de la classe dominante. Lénine : «Le prolétariat ne peut vaincre sans gagner à ses côtés la majorité de la population. Mais limiter ou subordonner cette conquête à l'obtention de la majorité des suffrages aux élections, sous la domination de la bourgeoisie, c'est faire preuve d'une incurable indigence d'esprit, ou c'est simplement tromper les ouvriers. Pour gagner la majorité de la population à ses côtés, le prolétariat doit premièrement renverser la bourgeoisie et s'emparer du pouvoir d'Etat; il doit deuxièmement instaurer le pouvoir des Soviets, après avoir démoli à fond le vieil appareil d'Etat, sapant ainsi d'un seul coup la domination, le prestige, l'influence de la bourgeoisie et des conciliateurs petits-bourgeois sur les masses travailleuses non prolétariennes. Il doit, troisièmement, achever de ruiner l'influence de la bourgeoisie et des conciliateurs petits-bourgeois sur la majorité des masses laborieuses non prolétariennes, en satisfaisant par des moyens révolutionnaires leurs besoins économiques aux dépens des exploiteurs.» Les révisionnistes et le parlementarisme bourgeois Toutes les positions de Lénine sur le parlementarisme bourgeois ont été liquidées par Khrouchtchev. Eloge du parlementarisme bourgeois Lorsque les khrouchtchéviens affirment qu'il ne faut pas "froisser les sentiments des masses attachées au parlement", ils marquent clairement leur rupture totale avec le léninisme. En 1917-1918, Lénine souligna que la petite-bourgeoise suivait souvent la grande bourgeoisie à cause de son attachement au parlementarisme et au nationalisme bourgeois. Il appelait le parlementarisme «le préjugé le plus profond de la petite-bourgeoise.» La petite-bourgeoise était "attachée" à l'Assemblée constituante, élue quelques semaines après la révolution d'Octobre, en novembre 1917, au suffrage universel... Cette Assemblée avait donné une majorité contre-révolutionnaire. Dans les semaines qui suivirent les élections, le mouvement révolutionnaire s'est approfondi dans les campagnes. L'Assemblée a refusé d'entériner le programme socialiste de la révolution d'Octobre et les bolcheviks ont dû dissoudre cette Assemblée contre-révolutionnaire. Alors, une partie de la petite-bourgeoise a soutenu la bourgeoisie dans la guerre civile contre les bolcheviks à cause de ses stupides préjugés parlementaristes. Il est impossible de faire la révolution socialiste, de passer à un stade qualitativement supérieur de démocratie, au pouvoir des Soviets, sans "froisser" les préjugés d'une partie de la petite-bourgeoise qui croit à la valeur éternelle de la démocratie bourgeoise. Il leur faut l'expérience des avantages du pouvoir socialiste pour s'y rallier. Un "retour" à Lénine pour tuer Lénine Voyons maintenant comment Khrouchtchev "a brisé les notions périmées", comme il dit, à propos du parlementarisme. Au XXe Congrès, en 1956, il affirme ceci : «La question se pose de la possibilité d'utiliser aussi la voie parlementaire pour passer au socialisme... Lénine nous a indiqué une autre voie, celle de la création de la République des Soviets, la seule voie juste dans les conditions historiques d'alors... Mais depuis lors, des changements essentiels sont survenus dans la situation historique... Les forces du socialisme et de la démocratie ont grandi considérablement dans le monde entier, tandis que le capitalisme est de beaucoup plus faible... Les idées du socialisme s'emparent réellement de l'esprit de toute l'humanité travailleuse. Par ailleurs, dans les conditions actuelles, la classe ouvrière de plusieurs pays capitalistes a la possibilité d'unir sous sa direction l'immense majorité du peuple et d'assurer le passage des principaux moyens de production dans les mains du peuple. Les partis politiques de droite... font de plus en plus souvent faillite. Dès lors la classe ouvrière... est en mesure d'infliger la défaite aux forces réactionnaires, de conquérir une solide majorité au parlement et de le transformer d'organe de démocratie bourgeoise en instrument d'une volonté populaire véritable. En ce cas, cet établissement traditionnel... peut devenir un organisme de véritable démocratie, de démocratie pour les travailleurs.» Glorifier la force du socialisme pour le miner Pour justifier son ralliement au kautskisme et au parlementarisme bourgeois, Khrouchtchev a invoqué des "changements essentiels dans la situation historique". Ce renégat prétendait que la création d'une République des Soviets était "la seule voie juste dans les conditions historiques de 1917", mais que ce n'est plus le cas en 1956 ! Et pourquoi ? Parce que les pays socialistes seraient devenus très forts, parce que le capitalisme mondial aurait été sérieusement affaibli, parce que "toute l'humanité travailleuse" aspirerait au socialisme. Ces trois arguments sont faux. Le camp socialiste était effectivement devenu fort sous Staline. C'était une raison pour le capitalisme de s'acharner avec une dernière énergie contre son adversaire historique. Lénine a justement indiqué que le renforcement de l'Union soviétique faisait redoubler de haine toutes les forces réactionnaires. Mais si l'Union soviétique s'est effectivement renforcée de façon continue sous Staline, à partir de 1953, l'opportunisme a miné de l'intérieur le Parti et l'Etat. En décrétant en 1956 "la victoire définitive du socialisme en USSR" et la fin de la dictature du prolétariat, Khrouchtchev a ouvert les portes à tous les courants bourgeois qui n'allaient pas tarder à affaiblir et à miner politiquement l'Etat socialiste. L'argument : "le capitalisme est devenu faible" ne correspond nullement à la réalité. Le capitalisme serait devenu tellement faible et dérouté, qu'il ne pourrait plus lancer ses forces armées et ses formations fascistes dans une guerre civile pour mater les travailleurs. Les renégats présentent la situation sous une lumière fausse, ils s'éloignent complètement de l'analyse matérialiste et objective des réalités, ils présentent la grande bourgeoisie comme une classe presque sans moyens de défense, obligée de se résigner devant la marche 'irrésistible' du socialisme ! Ces mensonges et ces illusions servent à "justifier" une ligne réformiste. L'argument "les idées du socialisme s'emparent de tous les travailleurs" exprime également le passage de Khrouchtchev au réformisme bourgeois. Il faut se rappeler que les "socialismes" bourgeois et petit-bourgeois ont déjà été dénoncés par Marx et Engels en 1848 dans Le Manifeste. Or, l'affirmation de Khrouchtchev que tous les travailleurs deviennent socialistes, est basée sur l'acceptation du socialisme bourgeois et du socialisme petit-bourgeois comme véritables doctrines socialistes ! C'est ce qu'avoue franchement Ponomarev : «Il n'est pas exclu que dans de nombreux pays, surtout là où existent de vieilles traditions de parlementarisme et de démocratie bourgeoise, de forts partis sociaux-démocrates et des partis s'appuyant surtout sur les couches moyennes, le passage au socialisme se fasse avec la participation à une coalition au pouvoir de plusieurs partis ayant des divergences idéologiques, mais unis par un objectif commun, la construction du socialisme.» Les khrouchtchéviens disent donc explicitement qu'on peut réaliser le socialisme, c'est-à-dire la dictature du prolétariat dans la terminologie de Marx, avec des partis bourgeois comme le parti social-démocrate et avec des partis des classes moyennes ! Les révisionnistes ont utilisé la grande force que le socialisme a acquise sous Staline pour faire croire que la cause du communisme avancera désormais sans devoir livrer des batailles âpres et violentes contre le capitalisme et l'impérialisme. Cet esprit de quiétude et de passivité devant l'ennemi de classe s'est accentuée à mesure que la bureaucratie s'est éloignée de plus en plus des masses travailleuses, qu'elle a acquis des privilèges et s'est enrichie par des moyens illégaux. De nouvelles forces capitalistes ont pu se développer librement jusqu'à la contre-révolution ouverte de Gorbatchev en 1990. En bernant le prolétariat soviétique et mondial avec leur "théorie" du capitalisme de plus en plus faible et leur affirmation que "tous deviennent socialistes", Khrouchtchev et Brejnev ont préparé le terrain pour le retour en force du capitalisme sauvage et la perte totale des acquis socialistes. "Une stupidité et une duperie" Khrouchtchev affirme que la «conquête d'une solide majorité au parlement» est capable de «transformer cet organe de la démocratie bourgeoise en un instrument de la volonté populaire véritable.» Or, aucun parlement n'empêchera jamais la bourgeoisie de massacrer les travailleurs, lorsqu'ils veulent mettre fin à la propriété privée des moyens de production. Seule la force militaire des classes opprimées peut l'empêcher. Lénine dit : «Le fait même d'admettre l'idée d'une paisible soumission des capitalistes à la volonté de la majorité des exploités, et d'une évolution pacifique, réformiste vers le socialisme, n'est pas seulement le signe d'une extrême stupidité petite-bourgeoise, c'est aussi duper manifestement les ouvriers,... dissimuler la vérité. Cette vérité est que la bourgeoisie, même la plus démocratique, ne s'arrête plus devant aucun mensonge, ni devant aucun crime, devant le massacre de millions d'ouvriers et de paysans pour sauver la propriété privée des moyens de production.» Chapitre deux
- L'Impérialisme est la veille de la révolution socialiste Le capitalisme et le capitalisme monopoliste Le capitalisme monopoliste d'Etat et l'exploitation maximale Lénine souligne que la domination des grands monopoles, qui
"fusionnent" avec l'appareil d'Etat bourgeois, aiguise toutes les
contradictions économiques, politiques et sociales du capitalisme. Cette tendance était déjà manifeste avant 1914, mais elle s'est très
fortement accentuée pendant la première guerre impérialiste. Lénine montra qu'au cours de l'époque de l'impérialisme, la dictature de la
bourgeoisie prend nécessairement un caractère plus féroce : «Le capitalisme
de monopole se transforme en capitalisme monopoliste d'Etat ... La propriété
privée des moyens de production étant maintenue, cette monopolisation et cette
étatisation croissantes de la production entraînent nécessairement une
exploitation plus intense des masses laborieuses, une oppression plus pressante,
la résistance aux exploiteurs devenant plus difficile. La monopolisation et l'étatisation
renforcent la réaction et le despotisme militaire, en même temps qu'elles
conduisent inéluctablement à une augmentation inouïe du profit des gros
capitalistes aux dépens de toutes les autres couches.» «La monstrueuse
oppression des masses laborieuses par l'Etat, qui se confond toujours plus étroitement
avec les groupements capitalistes tout-puissants, s'affirme de plus en plus.» Lénine avait noté ces tendances au cours de la Première Guerre mondiale.
Elles se sont accentuées dans l'entre deux guerres et ont conduit, entre
autres, à la fascisation et au fascisme. Aujourd'hui, ces tendances s'expriment
avec une force encore plus grande à l'échelle mondiale. L'oppression plus pressante et le despotisme militaire ne sont pas un hasard ni un phénomène temporaire. La transformation de la base économique du capitalisme a des conséquence sur sa superstructure politique et idéologique. Au monopole économique correspond le monopole politique d'une grande bourgeoisie qui impose sa volonté par les méthodes les plus réactionnaires. Lénine : «La superstructure politique qui coiffe la nouvelle économie, le capitalisme monopoliste ... c'est le tournant à partir de la démocratie vers la réaction politique ... En politique extérieure tout comme en politique intérieure, l'impérialisme tend à enfreindre la démocratie, à instaurer la réaction.» En politique intérieure : «La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l'impérialisme. Vénalité, corruption dans des proportions gigantesques.» «(Au stade impérialiste) le joug exercé par une poignée de monopolistes sur le reste de la population devient cent fois plus lourd, plus tangible, plus intolérable.» Au moment du partage du monde entier, la violence et la guerre sont la règle dans la politique extérieure de l'impérialisme. «Le capitalisme 'pacifique' a été remplacé par l'impérialisme non pacifi |