Une analyse marxiste de la laïcité.

 

Avec quatre annexes :

 

I - Karl Marx sur le rapport de la laïcité à l'émancipation de l'homme vis à vis de la religion (Extraits de La question juive - 1844)

II - Karl Marx et Friedrich Engels sur le communisme à teinte religieuse (Extraits de la Circulaire contre Hermann Kriege - 1846)

III - Staline sur l'athéisme par rapport aux conditions d'admission au parti communiste (Extrait des Questions du léninisme - 1927)

IV - Le marxisme vu comme une religion : Keynes et Russell parlent du bolchévisme

Une contribution personnelle de janvier 2004 au débat sur la laïcité et ses enjeux réels, en France, et en général... (Voir également la page des citations dont une partie concerne l'athéisme.)

Téléchargements :

Lénine - Textes sur la religion E. Varga - La réaction et l'Eglise catholique

Le marxisme considère le mouvement de la pensée comme la réflexion du mouvement réel. La « pensée » du capitalisme de type impérialiste est donc la réflexion de ses fondements matériels, c’est-à-dire économiques. Quelle est la base économique de l’impérialisme ? Les monopoles. De quoi naissent ces monopoles ? De la concurrence.

La pensée, la philosophie base de toute la société capitaliste, c’est l’individualisme, la libre concurrence. Cette libre concurrence, base matérielle de la société, se reflète en effet dans tous les domaines de la pensée.

Cette pensée individualiste se manifeste entre autre par la laïcité, qui revient à déclarer libres les croyances, c’est-à-dire à en faire une affaire privée. La laïcité est une composante à part entière de la société capitaliste, et tout autant de la société capitaliste industrielle que de la société du capitalisme monopoliste.

A ce sujet, Marx disait que c’est justement dans l’Etat laïque que la religion prend la plus grande importance, parce qu’elle y a été déclarée affaire privée, et que l’Etat laïque qui proclame simplement la religion affaire privée, ne fait qu’exprimer l’idéologie de la libre concurrence appliquée au domaine de la foi, mais n’est nullement une déclaration de guerre à la religion.

Par exemple, Jules Ferry (promoteur bourgeois de la laïcité) et le pape Léon XIII avaient ceci de commun qu’ils étaient opposés à la philosophie du prolétariat : autant pour le capitalisme que pour la foi religieuse, la philosophie marxiste représente une menace. La philosophie matérialiste marxiste s’oppose à l'ensemble des variétés de la philosophie idéaliste, qu’elles soient athées ou religieuses.

La base philosophique de la société capitaliste [comme de toute société basée sur les antagonismes de classe], c’est l’idéalisme.

Imam ou curé, imam ou mollah, curé ou pape, tous s’appuient sur la religion, sur des croyances et en définitive sur l’idéalisme philosophique et la métaphysique. Idéalisme petit-bourgeois athée, idéalisme clérical ou idéalisme religieux, ces pensées n’en restent pas moins idéalistes, et donc foncièrement opposées au marxisme.

Certes, il existe des religieux progressistes qui s’appuient sur les enseignements divins, mais ils ont constitué et constitueront toujours une minorité. Pour moi, le religieux est au clérical ce que le petit patron philanthrope est au magnat du rail. Le religieux, tout comme le philanthrope, (et les deux vont souvent bien ensemble) sont les "derniers mohicans" de la pensée humanitaire et de la bonne conscience petite-bourgeoise.

Cette classe de philanthropes et de religieux ne grandit pas, elle se décompose constamment sous nos yeux. Ex : l’Abbé Pierre ou les sœurs qui vont fonder des missions dans les bidonvilles du tiers-monde : ce ne sont pas des cléricaux, mais des religieux, et pourtant ils ont tout le soutient de l’ordre actuel, du petit peuple comme des impérialistes, des curés de campagne comme du Pape.

Quant aux croyants véritablement révolutionnaires, ils sont en quantité encore plus marginale. Fonder notre action sur cette classe qui dépérit, c’est se tromper : le marxiste doit fonder son action sur ce qui se développe, même si à cet instant, ce développement n’est encore qu’à l’état embryonnaire.

Les marxistes, s’ils ne se montrent pas conséquents dans la lutte contre la religion et la superstition, s’exposent à de cuisantes défaites dans le tiers-monde et en occident parmi les populations défavorisées d'origine immigrée : l’abandon de la lutte contre l’opium du peuple permettra peut-être de rallier plus de gens dans un premier temps, mais le moment critique de la révolution venu, il faudra s’attendre à des trahisons.

Pour lutter contre le marxisme, rien de mieux que la foi (les contre-révolutionnaires qui voudraient voir tomber la Corée du Nord se tiennent près à distribuer une bible par foyer !).

Dernièrement, j’ai soutenu Saddam Hussein (relativement laïque et progressif) et son peuple contre l’impérialisme, mais je n’oublie pas que Saddam Hussein fut un allié des USA et qu’il décimât le PC irakien. De même, je peux comprendre le choix des cibles de Ben Laden, mais je n’oublie pas que Ben Laden fut l’un des meilleurs alliés de l’impérialisme US et que ce milliardaire saoudien est très obscurantiste.

Une chose est certaine : si l’Islam et la Charia triomphent dans le tiers-monde et en France parmi les populations défavorisées, le socialisme ne parviendra pas à s’imposer, et alors le choc des civilisations aura lieu, et nul doute que cela sera profitable à la bourgeoisie.

Ben Laden et son terrorisme sont un peu au peuple arabe et aux déshérités ce que ATTAC et l’altermondialisme sont aux peuples occidentaux : des paravents pour canaliser et détourner les immenses luttes de classes à venir. Ce sera terrorisme (tiers-monde) et altermondialisme (occident) ou bien la victoire du socialisme (pour tous), voilà comment se pose le problème.

Je rappellerai simplement ces paroles de Staline, extraites de sa brochure « Le marxisme et la question nationale » (1913 ; Œuvres Tome II, p. 308), d’autant plus en rapport avec le sujet, que les marxistes vont se battre pour que les peuples des pays arabes obtiennent une véritable indépendance et puissent se forger une identité culturelle.


« Mais admettons l’inadmissible et supposons que l’autonomie nationale culturelle de notre N. soit réalisée. A quoi mènera-t-elle ? A quels résultats ? Considérons, par exemple, les Tatars transcaucasiens, avec leur pourcentage minime d’individus sachant lire et écrire, avec leurs écoles dirigées par les mollahs tout-puissants, avec leur culture imprégnée d’esprit religieux... Il n’est pas difficile de comprendre que les « organiser » dans une union nationale culturelle, c’est mettre à leur tête les mollahs, c’est les jeter en pâture aux mollahs réactionnaires ; c’est créer un nouveau bastion pour l’asservissement spirituel des masses tatares par leur pire ennemi. Depuis quand les social-démocrates portent-ils de l’eau au moulin des réactionnaires ? »


Au sein de la société capitaliste, il y a contradiction entre la tendance à la diffusion de l’athéisme « scientiste », résultat des progrès de la science, c’est-à-dire du rétrécissement du monde des « choses en soi » inconnaissables et la misère et les tourments provoqués par le fonctionnement anarchique de la société capitaliste, misère et tourments qui rendent impossibles la disparition des racines sociales de la religion. C’est-à-dire que dans le même temps que le développement de la société industrielle tend à nier l’existence de Dieu, cette société qui engendre la misère fait naître le désespoir parmi les masses, et empêche à l’athéisme de triompher.

Je rappellerai simplement ces paroles de Lénine :


« Pourquoi la religion se maintient-elle dans les couches arriérées du prolétariat des villes, dans les vastes couches du semi-prolétariat, ainsi que dans la masse des paysans ? Par suite de l’ignorance du peuple, répond le progressiste bourgeois, le radical ou le matérialiste bourgeois. Et donc, à bas la religion, vive l’athéisme, la diffusion des idées athées est notre tâche principale. Les marxistes disent : c’est faux. Ce point de vue traduit l’idée superficielle, étroitement bourgeoise, d’une action de la culture par elle-même. Un tel point de vue n’explique pas assez complètement, n’explique pas dans un sens matérialiste, mais dans un sens idéaliste, les racines de la religion. Dans les pays capitalistes actuels, ces racines sont surtout sociales. La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc..., c’est là qu’il faut rechercher aujourd’hui les racines les plus profondes de la religion. »


Le problème posé par "l’athéisme scientiste" est le suivant : il prépare le terrain pour le marxisme. Cela, nos gouvernants l’ont bien compris, et usent de la religion afin qu’elle les « aide à maintenir le peuple en esclavage ».

Pour preuve, aux USA, la laïcité est une revendication très difficile, puisque l’hypocrisie doit être commune, God bless America (voir l’article de Roger Garaudy : « Qu’est-ce que l’anti-américanisme ? »)

En Espagne, le « socialiste » José Maria Aznar propose de rendre à nouveau obligatoire l’enseignement religieux à l’école (sans doute pour moraliser le peuple !)

Autre exemple : malgré la séparation de l’Eglise et de L’Etat en France, la messe est retransmise chaque dimanche sur la chaîne publique FR2.

La laïcité proclamée de l’Etat bourgeois ne signifie pas pour autant qu’il ait renoncé à user de la foi comme arme contre la conscientisation des masses. Bien au contraire.

En France, pour les défavorisés, les mis en marge de la société, l’Etat a bien compris qu’il il y avait l’Islam, c’est-à-dire, qu’encore une fois l’Etat va préférer reconnaître une communauté religieuse apparemment indépendante pour les opprimés, plutôt que de risquer le fait que, privés de cet opium, ils puissent se trouver dans une position plus influençable vis-à-vis des théories marxistes.

Toute l’agitation en ce moment autour de la création d’une communauté musulmane francophone (pour exemple l’élection de représentants de cette communauté, c'est-à-dire la constitution d'un corps de politiciens musulmans à la solde du grand capital, capable d'encadrer cette dernière et de lui imprimer un mouvement d'orientation libéral) n’a point d’autre but que de détourner les masses laborieuses les plus défavorisées de la lutte des classes. C’est la bourgeoisie qui au final en sortira vainqueur.

Staline disait de l’antisémitisme qu’il « profitait aux exploiteurs, comme paratonnerre pour que le capitalisme échappe aux coups des travailleurs ». L’antisémitisme, tout comme le racisme, divise les communautés dont l’intérêt est pourtant commun et les oppose, il en est de même pour la religion en général, et la bourgeoisie l’a bien compris puisqu’elle s’attache à provoquer un choc des civilisations : la civilisation chrétienne occidentale contre la civilisation islamo-confucéenne du tiers monde.

Concernant le tiers-monde, l’exemple du Mali, où j’ai déjà séjourné 8 mois, est également particulièrement révélateur (les critiques de Marx et Lénine sur la religion y sont d’une actualité terrifiante, et c’est un fait indéniable que la critique de la religion y est la condition préalable de toute critique) : si la contestation sociale est si faible en regard de la misère, c’est du fait que la religion y anesthésie la conscience révolutionnaire et y détourne et atténue les luttes de classe. Le Mali est principalement musulman (à 80%), le reste est chrétien. La télévision d’Etat (L’ORTM) y retransmet des émissions religieuses des deux communautés, et la cohabitation se fait bien (pas de grosses tensions entre les deux communautés).

L’important pour l’Etat n’est pas de donner l’exclusivité à l’une des deux religions, l’important pour l’Etat est de veiller à ce que tous se retrouvent dans l’une des deux religions. Le marxisme y est pour ainsi dire inconnu, non parce qu’on y parle pas éventuellement de Marx, mais parce qu’on en tait les enseignements principaux. Ma femme par exemple est scolarisée et ils ont bien dans le cadre de leur cours d’histoire quelques informations sur Marx et la lutte de classe, mais strictement rien concernant son athéisme, qui constitue pourtant le point de départ de sa critique. Dans le même temps, les politiques au pouvoir (engagés sur la voie de la soumission totale à l’impérialisme français, il y est même question de décentralisation) sont glorifiés (même le culte de la personnalité de Staline tel que rapporté par la bourgeoisie n’est rien en comparaison : quand les journalistes parlent du président, (presque chaque jour), c’est Son excellence ATT (Amadou Toumani Touré). Même les bourgeois intellectuels les plus progressistes, c’est-à-dire les hauts fonctionnaires de l’Etat, ceux qui sont persuadés d’avoir des convictions socialistes, ignorent que le marxisme a pour condition préalable l’athéisme. Ignorant cette critique de l’aliénation de soi dans ses formes sacrées, ils sont bien entendu tout aussi ignorants de la critique de l’aliénation de soi dans ses formes profanes, on n’y trouve donc que du réformisme social d’influence néo-proudhonienne.

Pourquoi est-ce que je m’étends autant sur l’exemple du Mali et de l’utilisation de la religion qui y est faite ? parce que je connais bien ce pays et parce qu’il est cité comme un exemple de la « démocratie » et de la « stabilité politique » en Afrique : bref, c’est le modèle achevé de la démocratie bourgeoise tiers-mondiste.

Sa devise est « Un peuple, un but, une foi » Rien de plus mensonger et de plus démagogique : un peuple pour faire croire à la communauté d’intérêts, et nul doute que ce soit efficace, un but (Lequel ? De football ? Sans doute, vu les moyens qui y sont consacrés : les actions pour la jeunesse se réduisent presque à des actions autour de ce culte de la connerie sportive), et enfin, une foi (chrétienne ou musulmane, peu importe : c’est en fin de compte la foi en l’argent, qui n’est absolument pas incompatible avec celle en Dieu, c’est la foi en le développement par la voie capitaliste, donc la soumission à la bourgeoisie).

Voilà pourquoi mon opposition à la religion est aussi irréductible. J’ai peur que l’Islam n’ait guère de rôle progressif à jouer (en tout cas pas plus que le christianisme), et c’est pourquoi je m’oppose tout autant à l’intégrisme religieux dont fit montre Bush en partant en croisade contre le « terrorisme islamiste », qu’à l’intégrisme des islamistes qui servira en fin de compte (dans le moins pire des cas), j’en ai peur, les intérêts de la bourgeoisie indigène.

Pour reprendre les paroles de Marx, « la lutte contre la religion est la lutte contre ce monde ci dont la religion est l’arôme spirituel. »

En France, et en général dans les démocraties bourgeoises, la laïcité a opposé croyants et non-croyants (en ce sens que l’Eglise acceptait mal la remise en cause de sa suprématie), mais le peuple a été berné dans l’affaire, car le véritable enjeu n’était pas celui de combattre la religion, c’est-à-dire de savoir si la laïcité, si la séparation de l’Etat et de l’Eglise menaçait l’existence même de la religion, mais de reléguer la religion dans la sphère privée, de lui permettre de trouver un refuge dans cette sphère privée, puisqu’au sein de la sphère publique, la question de la remise en cause de la religion posait la question de la remise en cause de l’Etat à laquelle elle était directement attachée.

Alors que les marxistes avaient déclaré une guerre à la religion et au capital, maintenir une liaison étroite entre l’Etat et la religion exposait le pouvoir aux coups des travailleurs sur les deux flancs, du fait que l’oppression religieuse pouvait être identifiée directement à un moyen étatique pour maintenir le prolétariat dans l’ignorance. En fin de compte, la laïcité a été un moyen de sauver les deux à la fois : l’Etat, parce qu’il fut de ce fait reconnu démocratique et libertaire et perdit donc de ce fait aux yeux du peuple un de ses caractères apparents d’oppression, la religion, parce que maintenant qu’elle était devenue affaire privée, la lutte contre la religion s’en trouvait d’une certaine manière décentralisée, et donc rendue plus ardue... La religion est nécessaire à la conservation du capitalisme, sans laquelle toutes les contradictions se trouveraient étalées au grand jour à la vue des peuples, c’en serait alors fini de la paix sociale. Sur la laïcité, je rappellerai ces paroles de Marx et Lénine :

« Liberté de conscience ! » Si on voulait (...) rappeler au libéralisme ses vieux mots d'ordre, on ne pouvait le faire que sous cette forme : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez ». Mais le Parti ouvrier avait là, l'occasion d'exprimer sa conviction que la « liberté de conscience » bourgeoise n'est rien de plus que la tolérance de toutes les sortes possibles de liberté de conscience religieuse, tandis que lui s'efforce de libérer les consciences de la hantise religieuse. Seulement on se complaît à ne pas dépasser le niveau « bourgeois ». (Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875)

« Nous réclamons la séparation complète de l’Eglise et de l’Etat afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. (...) le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, lors de sa fondation, s’est donné pour but, entre autres, de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers. Pour nous, la lutte des idées n’est pas une affaire privée ; elle intéresse tout le Parti, tout le prolétariat. » (Lénine)

Je rappellerai que si Ferry a autant fait pour la laïcité et l’éducation, et a notamment rendu l’éducation publique laïque et obligatoire, c’est avant tout pour couper court aux expériences d’écoles populaires qui étaient mises en place par les ouvriers, écoles qui permettaient au marxisme de mieux pénétrer les larges couches des masses laborieuses.

Le peuple a été trompé par la bourgeoisie, mais avec l’aide des « socialistes » et des « pseudo marxistes » qui ont clamé à « l’avancée sociale » parce qu’ils ont oublié ces paroles que Marx avait écrites dans sa Critique du programme de Gotha :


« Absolument à rejeter, c’est une "éducation populaire par l’Etat". Déterminer par une loi générale les ressources des écoles primaires, la qualification du personnel enseignant, les disciplines enseignées, etc., et - comme cela se fait aux Etats-Unis - faire surveiller par des inspecteurs d’Etat l’exécution de ces prescriptions légales, voilà qui est tout à fait autre chose que de faire de l’Etat l’éducateur du peuple ! Bien au contraire, il faut, au même titre, refuser au gouvernement et à l’Eglise toute influence sur l’école. [...] c’est, au contraire, l’Etat qui a besoin d’une éducation bien rude, administrée par le peuple. »


Aujourd’hui, les marxistes doivent, comme hier, mener une lutte implacable sur deux fronts, et ce de manière simultanée :


- Contre les croyances religieuses.
- Contre les mystifications "démocratiques" : droit de vote, acquis sociaux, Etat providence.


Il nous faut "saccager les fleurs imaginaires qui ornent la chaîne", afin que la chaîne devienne insupportable à l’homme ; déchirer le voile "démocratique" qui sert de paravent à la bourgeoisie.

Pour ce qui est du droit de vote, Marx clamait déjà en son temps qu’il était un « instrument de duperie » de la classe ouvrière. Le sens véritable des élections en régime bourgeois, est de choisir son parti bourgeois...

Quant aux acquis sociaux, aux congés payés, à la sécurité sociale, etc., ils sont le fruit de deux facteurs :


- De l’impérialisme (Marx en Engels en percevaient les prémisses et notaient par exemple à la fin du 19ème siècle un embourgeoisement des ouvriers anglais, justement disaient-ils parce que l’Angleterre exploitait l’univers entier, lui permettant de hausser le niveau de vie de son prolétariat afin de se prémunir contre une trop forte contestation sociale). Ces hausses du niveau de vie permises par l’exploitation des colonies (Dont Lénine explique très bien la genèse dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme) ont été perçues comme des acquis (et ils apparaissent ainsi à beaucoup d’occidentaux qui ont en effet profité d’une hausse effective de leur niveau de vie matériel).

Et se réalisent ces paroles géniales de Marx qu’il avait écrites dans Travail salarié et capital en 1849 :

 

« Dire que l’accroissement accéléré du capital est la condition qui favorise le plus le travail salarié, revient à ceci : plus la classe des travailleurs accroît et renforce la puissance ennemie, la richesse étrangère qui la domine, plus s’adoucissent les conditions dans lesquelles il lui est permis de travailler à un nouvel accroissement de la richesse bourgeoise, au renforcement de la puissance du capital : ne peut-elle s’estimer heureuse de se forger elle-même les chaînes dorées par lesquelles la bourgeoisie la traîne à sa remorque ? »

 

- De la compétition du bloc communiste qui forçait le capitalisme à faire un minimum de dépenses pour améliorer le sort de la classe ouvrière, sans quoi la révolution aurait menacé d’éclater. Ceci est particulièrement évident depuis l’effondrement du révisionnisme en ex-URSS et l’abandon des derniers vestiges du socialisme qui y subsistaient encore : depuis 1991, on a assisté à une offensive généralisée du grand capital sur les acquis sociaux. (Mais à en croire Arlette et sa secte de trotskistes dégénérés, la chute de l’URSS n’a rien changé ni pour les travailleurs, ni pour ce qui est de la géopolitique internationale... Or depuis 1991 : Irak, Yougoslavie, Afghanistan, re-Irak, etc.)


C’est de ce capitalisme d’Etat, enjolivé par nos « socialistes » et collabos du P''C''F, que naquit le mythe de l’Etat providence, redistributeur de richesses, où l'impôt aurait été instauré en vue de créer une société égalitaire, alors que

 

« Les impôts sont la base économique de la machine gouvernementale, et de rien d'autre. Dans l'Etat de l'avenir, tel qu'il existe en Suisse, cette revendication [de l'impôt progressif sur le revenu] est quasiment satisfaite. L'impôt sur le revenu suppose les différentes sources de revenus des différentes classes sociales et, par conséquent, la société capitaliste. » (Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875)

Annexes :

I - Karl Marx sur le rapport de la laïcité à l'émancipation religieuse

Extraits de LA QUESTION JUIVE (1843)

Ce n'est que dans les pays où l'État existe avec son développement complet que le rapport (…) de l'homme religieux, avec l'État politique, par conséquent le rapport de la religion avec l'État, peut se manifester avec son caractère propre et sa toute pureté. La critique de ce rapport cesse d'être de la critique théologique, dès que l'État cesse de se placer vis-à-vis de la religion à un point de vue théologique, dès qu'il se place au point de vue politique et qu'il agit vraiment en État. La critique devient alors la critique de l'État politique. (…) « Il n'existe aux États-Unis ni religion de l'État, ni religion déclarée celle de la majorité, ni prééminence d'un culte sur un autre. L'État est étranger à tous les cultes. » (Marie, ou l'esclavage aux États-Unis, etc., par G. de Beaumont, Paris, 1835, p. 214.) Il y a même des États de l’Amérique du Nord, où « la constitution n'impose pas les croyan­ces religieuses et la pratique d'un culte comme condition des privilèges politiques. » (Ibid., p. 225.) Et pourtant « on ne croit pas aux États-Unis qu'un homme sans religion puisse être un honnête homme ». (Ibid., p. 224.) Et l'Amérique du Nord n'en reste pas moins le pays de prédilection de la religiosité, ainsi que Beaumont, Tocqueville et l'Anglais Hamilton l'assurent d'une seule voix. (…) La question des rapports de l'émancipation politique et de la religion devient pour nous la question des rapports de l'émancipation politique et de l'émancipation humaine. (…)

L'émancipation politique (…) de l'homme religieux en général, c'est l'émancipation de l'État par rapport (…) à la religion en général. (…)

La limite de l'émancipation politique apparaît immédiatement dans ce fait que l'État peut s'affranchir d'une barrière sans que l'homme en soit réellement affranchi, que l'État peut être un État libre, sans que l'homme soit un homme libre. (…) L'État peut donc s'être émancipé de la religion, même si la très grande majorité ne cesse pas d'être reli­gieuse, du fait qu'elle l'est à titre privé. (…)

Là où l'État politique est arrivé à son véritable épanouissement, l'homme mène, non seulement dans la pensée, dans la conscience, mais dans la réalité, dans la vie, une existence double, céleste et terrestre, l'existence dans la communauté politique, il se considère comme un être général, et l'exis­tence dans la société civile, où il travaille comme homme privé, voit dans les autres hommes de simples moyens, se ravale lui-même au rang de simple moyen et devient le jouet de puissances étrangères. L'État politique est, vis-à-vis de la société civile, aussi spiritualiste que le ciel l'est vis-à-vis de la terre. Il se trouve envers elle dans la même opposition, il en triomphe de la même façon que la religion triomphe du monde profane : il est contraint de la reconnaître, de la rétablir et de se laisser lui-même dominer par elle. (…)

L'émancipation politique constitue, assurément, un grand progrès. Elle n'est pas, il est vrai, la dernière forme de l'émancipation humaine, mais elle est la dernière forme de l'émancipation humaine dans l'ordre du monde actuel. Entendons-nous bien : nous parlons ici de l'émancipation réelle, de l'émancipation pratique. (…)

Religieux, les membres de l'État politique le sont par le dualisme entre la vie individuelle et la vie générique, entre la vie de la société bourgeoise et la vie politique; religieux, ils le sont en tant que l'homme considère comme sa vraie vie la vie politique située au-delà de sa propre individualité ; religieux, ils le sont dans ce sens que la religion est ici l'esprit de la société bourgeoise, l'expression de ce qui éloigne et sépare l'homme de l'homme. (…)

La conscience religieuse et théologique s'apparaît à elle-même, dans la démocratie parfaite, d'autant plus religieuse et d'autant plus théologique qu'elle est, en apparence, sans signification politique, sans but terrestre, une affaire du cœur ennemi du monde, l'expression de la nature bornée de l'esprit, le produit de l'arbitraire et de la fantaisie, une véritable vie d'au-delà. Le christianisme atteint ici l'expression, pratique de sa signification religieuse universelle, parce que les conceptions du monde les plus variées viennent se grouper dans la forme du christianisme, et surtout parce que le christianisme n'exige même pas que l'on professe ce christianisme, mais que l'on ait de la religion, une religion quelconque (voir Beaumont). La conscience religieuse se délecte dans la richesse de la contradiction religieuse et de la variété religieuse.

Nous avons donc montré qu'en s'émancipant de la religion on laisse subsister la religion, bien que ce ne soit plus une religion privilégiée. (…) L'émancipation de l'État de la religion n'est pas l'émancipation de l'homme réel de la religion. (…)

Considérons un instant ce qu'on appelle les droits de l'homme, considérons les droits de l'homme sous leur forme authentique, sous la forme qu'ils ont chez leurs inventeurs, les Américains du Nord et les Fran­çais ! Ces droits de l'homme sont, pour une partie, des droits politiques, des droits qui ne peuvent être exercés que si l'on est membre d'une communauté. La participation à l'essence générale, à la vie politique commune à la vie de l'État, voilà leur contenu. Ils rentrent dans la catégorie de la liberté politique, dans la catégorie des droits civiques qui, ainsi que nous l'avons vu, ne supposent nullement la suppres­sion absolue et positive de la religion, ni, par suite, du judaïsme. Il nous reste à considérer l'autre partie, c'est-à-dire les « droits de l'homme », en ce qu'ils diffè­rent des droits du citoyen.

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses. » (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 1791, art. 10.) Au titre de la Constitution de 1791 il est garanti, comme droit de l'homme : « La liberté à tout homme d'exercer le culte religieux auquel il est attaché. »

La Déclaration des droits de l'homme, 1793, énumère parmi les droits de l'homme, art. 7 : « Le libre exercice des cultes. » (…)

« Tous les hommes ont reçu de la nature le droit imprescriptible d'adorer le Tout-Puissant selon les inspirations de leur conscience, et nul ne peut légalement être contraint de suivre, instituer ou soutenir contre son gré aucun culte ou ministère religieux. Nulle autorité humaine ne peut, dans aucun cas, intervenir dans les ques­tions de conscience et contrôler les pouvoirs de l'âme. » (Constitution de Pennsylva­nie, art. 9, § 3.)

« Au nombre des droits naturels, quelques-uns sont inaliénables de leur nature, parce que rien ne peut en être l'équivalent. De ce nombre sont les droits de conscien­ce. » (Constitution de New-Hampshire, art. 5 et 6.) (Beaumont, pp. 213-214.)

L'incompatibilité de la religion et des droits de l'homme réside si peu dans le concept des droits de l'homme, que le droit d'être religieux, et de l'être à son gré, d'exercer le culte de sa religion particulière, est même compté expressément au nombre des droits de l'homme.

 

II - Karl Marx et Friedrich Engels sur le communisme à teinte religieuse

Extraits de la CIRCULAIRE CONTRE HERMANN KRIEGE (1846)

Lors d'une réunion, les communistes dont voici les noms : Engels, Gigot, Heilberg, Marx, Seiler, Weitling, v. Westphalen et Wolff, ont adopté les résolutions suivantes concernant le journal allemand de New York, Der Volks-Tribun redigiert von Hermann Kriege. Ces résolutions ont été votées à l'unanimité, à la seule exception de Weitling « qui a voté contre ».

Résolutions :

1.  La tendance que le rédacteur Hermann Kriege défend dans le Volks-Tribun n'est pas communiste.

2.  La manière puérile et pompeuse dont Kriege défend cette tendance compromet au plus haut degré le parti communiste en Europe aussi bien qu'en Amérique, dans la mesure où Kriege passe pour le représentant littéraire du communisme allemand à New York.

3.  Les rêveries sentimentales prêchées par Kriege à New York sous l'étiquette de « communisme » ne peuvent que démoraliser au dernier point les travailleurs, si d'aventure ils les font leur.

4.  Les résolutions présentes et l'exposé de leurs motifs seront portés à la connaissance des communistes d'Allemagne, de France et d'Angleterre.

5.  Un exemplaire est adressé à la rédaction du Volks-Tribun, qui est sommée de publier ces résolutions et l'exposé de leurs motifs dans les prochains numéros du Volks-Tribun.

Bruxelles, le 11 mai 1846.

Engels, Phil. Gigot, Louis Heilberg, K. Marx, Seiler, von Westphalen, Wolff

(...) Pour [Kriege] (cf. n° 10), c'est pêcher contre le communisme que d'écrire contre les visionnaires politiques catholicisants tels que Lamennais et Borne (...). Kriege aurait pu apprendre déjà en Allemagne, à Bruxelles et à Londres, que les communistes allemands ont dépassé Borne d'aussi loin que les Français ont dépassé Lamennais. (...)

Kriege prêche ainsi, au nom du communisme, la vieille chimère religieuse élucubrée par la philosophie allemande, qui est en contradiction directe avec le communisme. La foi, et plus précisément la foi dans « l'esprit-saint de la communauté » est bien la dernière chose qui soit exigée pour la réalisation du communisme. (...)

Il est bien évident que les radotages d'amour de Kriege et ses attaques contre l'égoïsme ne sont rien que les manifestations ampoulées d'une sensibilité confite en religion. Nous allons voir comment Kriege qui, en Europe, se fit toujours passer pour athée, cherche ici à faire accepter toutes les infamies du christianisme sous l'enseigne du communisme pour en arriver, tout naturellement, à la flétrissure volontaire de l'homme.

Les articles « Ce que nous voulons » et « H. Kriege à Harro Harring », dans le numéro 10, fixent comme suit le but de la lutte communiste :

1. « Faire de la religion d'amour une vérité, et de la communauté des bienheureux habitants du paradis, si longtemps désirée, une réalité. » Seulement, Kriege oublie que ces rêveries chrétiennes ne sont que l'expression imaginaire du monde actuel et que, par conséquent, leur « réalité » existe déjà dans les mauvaises conditions du monde tel qu'il est.

2.  « Au nom de cette religion de l'amour nous exigeons que l'on rassasie ceux qui ont faim, abreuve ceux qui ont soif et habille ceux qui sont nus » — revendication qui a été rabâchée, depuis 1 800 années, jusqu'à l'écœurement et sans le moindre succès. (...)

9.  « N'avons-nous pas le droit de prendre au sérieux les désirs longtemps comprimés du cœur religieux et d'entrer dans la lutte au nom des pauvres, des malheureux, des réprouvés, pour réaliser enfin le beau royaume de l'amour fraternel ? » Kriege part donc en guerre afin d'assouvir les souhaits du cœur, non pas du cœur réel, profane, rempli d'amertume pour la réalité de la misère, mais ceux du cœur gonflé par une douce et béate rêverie. Il témoigne de son « cœur religieux » en entrant aussitôt dans la lutte comme prêtre, sous un autre nom, celui de représentant des « pauvres », en donnant à entendre clairement qu'il n'a pas besoin personnellement du communisme et qu'il n'entre en lutte que par esprit de sacrifice, poussé par une généreuse, compatissante et débordante abnégation envers les « pauvres, les malheureux et les réprouvés » qui ont besoin de lui. C'est là un sentiment sublime qui, aux heures de solitude et de découragement, gonfle le cœur d'un brave homme et le console de tout le chagrin de ce monde corrompu.

10.  Kriege conclut ainsi son discours boursouflé : « Celui qui ne donne pas son appui à un tel parti peut être considéré, à juste titre, comme un ennemi de l'humanité. » L'intolérance de cette phrase semble contredire le « don de soi à tous », « la religion de l'amour » pour tous. Mais elle est, au contraire, une conséquence toute logique de cette nouvelle religion qui, comme toutes les autres, hait et persécute à mort tous ses ennemis. L'ennemi du parti est transformé tout logiquement en un hérétique : d'ennemi du parti réellement existant, que l'on combat, on fait un pécheur contre l’humanité qui, elle, n'existe que dans la seule imagination, et ce pécheur doit être puni.

11.  Dans la « Lettre à Harro Harring », on lit : « Nous voulons dresser tous les pauvres du monde contre Mammon, sous le fouet duquel ils sont condamnés à crever au travail. Le terrible tyran une fois renversé de son trône antique, nous voulons unir l'humanité dans l'amour et lui apprendre à travailler et à jouir en commun, afin que le royaume longtemps privé de la joie soit enfin réalisé. » Pour se mettre en colère contre la ploutocratie moderne, il lui faut d'abord la transformer en l'idole Mammon. On renverse donc cette idole — nous n'apprenons pas comment; le mouvement révolutionnaire du prolétariat de tous les pays est réduit aux dimensions d'un soulèvement — et une fois ce renversement accompli, arrivent alors les prophètes, les « Nous » qui « enseignent » aux prolétaires ce qui leur reste à faire. Ces prophètes « enseignent » à leurs disciples, lesquels apparaissent ici singulièrement ignorants de leurs propres intérêts, comment ils doivent « travailler et jouir en commun », et cela non pas dans le but en soi de « travailler et de jouir en commun », mais uniquement pour que l'Écriture s'accomplisse et que quelques visionnaires n'aient pas prophétisé en vain il y a mille huit cents ans. (...)

13. Ici la religion kriegéenne montre le fer de sa lance : « Nous avons mieux à faire que de nous occuper de notre pauvre moi; nous appartenons à l'humanité. » C'est à cette infâme et écœurante servilité à l'égard d'une « humanité » séparée et distincte du « moi », qui est évidemment une fiction métaphysique et même, chez lui, religieuse, c'est à cette humilité d'esclave, effectivement bien « pauvre », que sa religion aboutit, comme toutes les autres. Une telle doctrine, qui prêche la volupté de l'abaissement et le mépris de soi-même, convient parfaitement à des... moines courageux, mais nullement à des hommes énergiques, et surtout dans un moment de lutte. Il ne manque plus à ces valeureux moines que de castrer leur « misérable moi » pour démontrer ainsi leur confiance en la capacité de l' « humanité » à se procréer elle-même! Si Kriege n'a rien de mieux à proposer que de telles sentimentalités exprimées en un style déplorable, il ferait sans doute mieux de traduire et de retraduire son « Père Lamennais » dans chaque numéro du Volks-Tribun.

Les conséquences pratiques de cette religion kriegéenne de la miséricorde infinie et de l'abnégation sans limites s'étalent dans presque chaque numéro du Volks-Tribun : on y mendie du travail. Ainsi, dans le numéro 8 nous lisons :

Travail ! Travail ! Travail !

« N'y a-t-il personne, parmi tous ces avisés Messieurs, qui ne tienne pas pour peine perdue de procurer de la nourriture à de braves familles et de sauver de la misère et du désespoir des jeunes gens en détresse ? Voici pour commencer Johann Stern, de Mecklembourg. Il est toujours sans travail, et pourtant il ne demande qu'à s'éreinter au profit d'un capitaliste et à se procurer ainsi autant de pain qu'il lui en faut pour se maintenir et assurer son travail. Est-ce là trop demander dans une société civilisée ? Voici ensuite Karl Gescheidtle, de Bade, jeune homme d'excellentes dispositions, qui ne manque pas d'une bonne formation scolaire. Il a l'allure si loyale, si brave, je m'en porte garant, il est l'honnêteté même... Il y a aussi un vieillard et d'autres jeunes gens qui supplient qu'on leur donne du travail pour gagner leur pain quotidien. »

« Que celui qui peut venir en aide n'hésite plus, ou bien sa conscience lui ôtera le sommeil quand il en aura le plus besoin. Sans doute pourriez-vous dire : il y en a des milliers qui demandent en vain du travail, et nous ne pouvons pas les aider tous. Mais si, vous le pourriez, mais vous êtes les esclaves de l'égoïsme et vous n'avez pas le cœur de faire quelque chose. Si vous ne voulez pas les aider tous, montrez au moins que vous avez conservé un petit reste de sentiment humain, et secourez autant d'individus qu'il vous est possible. »

Évidemment, s'ils le voulaient, ils pourraient en secourir plus qu'il ne leur est possible. Voilà la pratique, le véritable exercice de l'humiliation volontaire et de l'avilissement que prêche cette nouvelle religion. (...)

 

III - Staline sur l'athéisme par rapport aux conditions d'admission au parti communiste

Extrait des QUESTIONS DU LENINISME - Tome II - Entretien avec la première délégation ouvrière américaine

Onzième question. — Nous savons que d'excellents communistes ne sont pas absolument d'accord avec le P.C. qui exige que les nouveaux adhérents soient athées, le clergé réactionnaire étant actuellement écrasé. Dans l'avenir, le P.C. pourrait-il demeurer neutre à l'égard de la religion qui soutiendrait la science dans son ensemble et ne s'opposerait pas au communisme ? Autoriseriez-vous, dans l'avenir, les membres du P.C. à professer des idées religieuses si celles-ci ne contrecarraient pas la loyauté envers le parti ?

Réponse. — Cette question renferme quelques inexactitudes. D'abord je ne connais pas ces « excellents communistes » dont parle ici la délégation. Il n'est guère probable que des communistes de cette espèce puissent exister de par le monde. En second lieu, je dois vous dire que, formellement, ces conditions d'admission au Parti qui imposeraient aux candidats l'athéisme, n'existent pas chez nous. Voici nos conditions d'admission: reconnaissance du programme et des statuts du Parti, soumission absolue aux décisions du P.C. et de ses organes, cotisation, adhésion à l'une des organisations du P.C.

Un délégué. — J'ai lu très souvent que des membres étaient exclus du Parti parce qu'ils croyaient en Dieu.

Staline. — Je ne puis que répéter ce que je viens de dire sur les conditions d'admission au Parti. Il n'en existe point d'autres.

Est-ce à dire que le Parti est neutre vis-à-vis de la religion ? Nullement. Nous faisons et nous ferons de la propagande contre les préjugés religieux. D'après les lois de notre pays, tout citoyen est libre de professer la religion qu'il veut. C'est affaire de conscience individuelle. C'est pourquoi nous avons séparé l'Eglise de l'Etat. Mais en séparant l'Eglise de l'Etat et en proclamant la liberté confessionnelle, nous accordons à chaque citoyen le droit de combattre, par la persuasion, par la propagande et l'agitation, telle ou telle religion, ou la religion en général. Le Parti ne saurait rester neutre en matière de religion; il mène la propagande contre les préjugés religieux de toute espèce, puisqu'il est pour la science; or, les préjugés religieux sont contre la science, la religion, quelle qu'elle soit, étant l'opposé de la science. Des cas comme celui des darwiniens, traduits récemment devant les tribunaux américains, sont impossibles chez nous, parce que le Parti fait une politique qui défend, par tous les moyens, la science. Le Parti ne peut pas rester neutre envers les préjugés religieux; il se livrera à la propagande contre ces préjugés, car c'est là un des moyens les plus efficaces de miner l'influence du clergé réactionnaire soutenant les classes exploiteuses et prêchant l'obéissance à ces classes. Le Parti ne peut pas rester neutre à l'égard des colporteurs de préjugés religieux, à l'égard du clergé réactionnaire empoisonnant la conscience des travailleurs. Avons-nous écrasé le clergé réactionnaire ? Oui, nous l'avons écrasé. Seulement, il n'est pas encore entièrement liquidé. La propagande antireligieuse est le moyen qui poussera jusqu'au bout la liquidation du clergé réactionnaire. Il arrive que des membres du Parti entravent quelquefois le développement intense de la propagande antireligieuse. Et l'on fait très bien d'exclure du Parti de tels membres, car il ne saurait y avoir de place dans nos rangs pour des « communistes » de cette espèce.

 

IV - Le marxisme vu comme une religion : Keynes et Russell parlent du bolchévisme

« Le bolchevisme combine les caractéristiques de la révolution française avec celles de l'essor de l'islam. Marx a enseigné que le communisme était fatalement prédestiné à prendre le pouvoir ; cela engendre un état d'esprit peu différent de celui des premiers successeurs de Muhammad. Parmi les religions, le bolchevisme doit être comparé à l'islam plutôt qu'au christianisme ou au bouddhisme. Le christianisme et le bouddhisme sont avant tout des religions personnelles, avec des doctrines mystiques et un amour de la contemplation. L'islam et le bolchevisme ont une finalité pratique, sociale, matérielle dont le seul but est d'étendre leur domination sur le monde. » (Bertrand Russell, Theory and Practice of Bolshevism, Londres, 1921)

« Comment pourrais-je faire mien un credo qui, préférant la vase aux poissons, exalte le prolétariat grossier au-dessus des bourgeois et de l'intelligentsia qui, quelles que soient leurs fautes, incarnent le bien-vivre et portent en eux les germes des progrès futurs de l'humanité ? Même si nous avons besoin d'une religion, est-ce dans le flot boueux d'inepties dont débordent les librairies rouges que nous pouvons la trouver ? Un fils cultivé, intelligent et convenable de l'Europe occidentale y trouvera difficilement son idéal… Comme toute religion nouvelle, le léninisme tire sa force non pas de la multitude, mais d'une petite minorité de convertis enthousiastes, dotés d'un zèle et d'une intolérance qui insufflent à chacun d'eux une force équivalente à celle d'une centaine d'indifférents. Comme toute religion nouvelle, le léninisme semble dépouiller la vie quotidienne de ses couleurs, de sa gaieté, de sa liberté et n'offrir comme pâle substitut que les visages de bois de ses dévots. Comme toute religion nouvelle, il persécute sans pitié ni justice tous ceux qui tentent de lui résister. Comme toute religion nouvelle, il regorge d'ardeur missionnaire et d'ambition œcuménique. [Cela] revient en fin de compte à dire qu'il s'agit là d'une religion et non d'un parti, que Lénine est un Mahomet, pas un Bismarck. Si nous voulons nous faire peur, au fond de nos fauteuils de capitalistes, nous pouvons nous représenter les communistes de Russie sous les traits de premiers chrétiens qui, menés par Attila, disposeraient de la puissance logistique de la Sainte Inquisition et des missions jésuites pour imposer une économie conforme au Nouveau Testament. » (John Maynard Keynes, Un aperçu de la Russie, 1925)

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