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Une analyse marxiste de la laïcité.
Avec quatre annexes :
IV - Le marxisme vu comme une religion : Keynes et Russell parlent du bolchévisme |
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Une contribution personnelle de janvier 2004 au débat sur la laïcité et ses enjeux réels, en France, et en général... (Voir également la page des citations dont une partie concerne l'athéisme.) Téléchargements : Lénine - Textes sur la religion ● E. Varga - La réaction et l'Eglise catholique |
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Le
marxisme considère le mouvement de la pensée comme la réflexion du
mouvement réel. La « pensée » du capitalisme de type impérialiste est
donc la réflexion de ses fondements matériels, c’est-à-dire économiques.
Quelle est la base économique de l’impérialisme ? Les monopoles. De
quoi naissent ces monopoles ? De la concurrence.
Par exemple, Jules Ferry (promoteur bourgeois de la laïcité) et le pape
Léon XIII avaient ceci de commun qu’ils étaient opposés à la
philosophie du prolétariat : autant pour le capitalisme que pour la foi
religieuse, la philosophie marxiste représente une menace. La philosophie
matérialiste marxiste s’oppose à l'ensemble des variétés de la philosophie idéaliste, qu’elles soient athées
ou religieuses.
« Liberté de conscience ! » Si on voulait (...) rappeler au libéralisme ses vieux mots d'ordre, on ne pouvait le faire que sous cette forme : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez ». Mais le Parti ouvrier avait là, l'occasion d'exprimer sa conviction que la « liberté de conscience » bourgeoise n'est rien de plus que la tolérance de toutes les sortes possibles de liberté de conscience religieuse, tandis que lui s'efforce de libérer les consciences de la hantise religieuse. Seulement on se complaît à ne pas dépasser le niveau « bourgeois ». (Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875) « Nous réclamons la séparation complète de l’Eglise et de l’Etat afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. (...) le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, lors de sa fondation, s’est donné pour but, entre autres, de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers. Pour nous, la lutte des idées n’est pas une affaire privée ; elle intéresse tout le Parti, tout le prolétariat. » (Lénine)
Je rappellerai que si Ferry a autant fait pour la laïcité et l’éducation,
et a notamment rendu l’éducation publique laïque et obligatoire,
c’est avant tout pour couper court aux expériences d’écoles
populaires qui étaient mises en place par les ouvriers, écoles qui
permettaient au marxisme de mieux pénétrer les larges couches des masses
laborieuses.
« Dire que l’accroissement accéléré du capital est la condition qui favorise le plus le travail salarié, revient à ceci : plus la classe des travailleurs accroît et renforce la puissance ennemie, la richesse étrangère qui la domine, plus s’adoucissent les conditions dans lesquelles il lui est permis de travailler à un nouvel accroissement de la richesse bourgeoise, au renforcement de la puissance du capital : ne peut-elle s’estimer heureuse de se forger elle-même les chaînes dorées par lesquelles la bourgeoisie la traîne à sa remorque ? »
- De la compétition du bloc communiste qui forçait le capitalisme à faire un minimum de dépenses pour améliorer le sort de la classe ouvrière, sans quoi la révolution aurait menacé d’éclater. Ceci est particulièrement évident depuis l’effondrement du révisionnisme en ex-URSS et l’abandon des derniers vestiges du socialisme qui y subsistaient encore : depuis 1991, on a assisté à une offensive généralisée du grand capital sur les acquis sociaux. (Mais à en croire Arlette et sa secte de trotskistes dégénérés, la chute de l’URSS n’a rien changé ni pour les travailleurs, ni pour ce qui est de la géopolitique internationale... Or depuis 1991 : Irak, Yougoslavie, Afghanistan, re-Irak, etc.)
« Les impôts sont la base économique de la machine gouvernementale, et de rien d'autre. Dans l'Etat de l'avenir, tel qu'il existe en Suisse, cette revendication [de l'impôt progressif sur le revenu] est quasiment satisfaite. L'impôt sur le revenu suppose les différentes sources de revenus des différentes classes sociales et, par conséquent, la société capitaliste. » (Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875) |
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Annexes : I - Karl Marx sur le rapport de la laïcité à l'émancipation religieuse Extraits de LA QUESTION JUIVE (1843) Ce n'est que dans les pays où l'État existe avec son développement complet que le rapport (…) de l'homme religieux, avec l'État politique, par conséquent le rapport de la religion avec l'État, peut se manifester avec son caractère propre et sa toute pureté. La critique de ce rapport cesse d'être de la critique théologique, dès que l'État cesse de se placer vis-à-vis de la religion à un point de vue théologique, dès qu'il se place au point de vue politique et qu'il agit vraiment en État. La critique devient alors la critique de l'État politique. (…) « Il n'existe aux États-Unis ni religion de l'État, ni religion déclarée celle de la majorité, ni prééminence d'un culte sur un autre. L'État est étranger à tous les cultes. » (Marie, ou l'esclavage aux États-Unis, etc., par G. de Beaumont, Paris, 1835, p. 214.) Il y a même des États de l’Amérique du Nord, où « la constitution n'impose pas les croyances religieuses et la pratique d'un culte comme condition des privilèges politiques. » (Ibid., p. 225.) Et pourtant « on ne croit pas aux États-Unis qu'un homme sans religion puisse être un honnête homme ». (Ibid., p. 224.) Et l'Amérique du Nord n'en reste pas moins le pays de prédilection de la religiosité, ainsi que Beaumont, Tocqueville et l'Anglais Hamilton l'assurent d'une seule voix. (…) La question des rapports de l'émancipation politique et de la religion devient pour nous la question des rapports de l'émancipation politique et de l'émancipation humaine. (…) L'émancipation politique (…) de l'homme religieux en général, c'est l'émancipation de l'État par rapport (…) à la religion en général. (…) La limite de l'émancipation politique apparaît immédiatement dans ce fait que l'État peut s'affranchir d'une barrière sans que l'homme en soit réellement affranchi, que l'État peut être un État libre, sans que l'homme soit un homme libre. (…) L'État peut donc s'être émancipé de la religion, même si la très grande majorité ne cesse pas d'être religieuse, du fait qu'elle l'est à titre privé. (…) Là où l'État politique est arrivé à son véritable épanouissement, l'homme mène, non seulement dans la pensée, dans la conscience, mais dans la réalité, dans la vie, une existence double, céleste et terrestre, l'existence dans la communauté politique, où il se considère comme un être général, et l'existence dans la société civile, où il travaille comme homme privé, voit dans les autres hommes de simples moyens, se ravale lui-même au rang de simple moyen et devient le jouet de puissances étrangères. L'État politique est, vis-à-vis de la société civile, aussi spiritualiste que le ciel l'est vis-à-vis de la terre. Il se trouve envers elle dans la même opposition, il en triomphe de la même façon que la religion triomphe du monde profane : il est contraint de la reconnaître, de la rétablir et de se laisser lui-même dominer par elle. (…) L'émancipation politique constitue, assurément, un grand progrès. Elle n'est pas, il est vrai, la dernière forme de l'émancipation humaine, mais elle est la dernière forme de l'émancipation humaine dans l'ordre du monde actuel. Entendons-nous bien : nous parlons ici de l'émancipation réelle, de l'émancipation pratique. (…) Religieux, les membres de l'État politique le sont par le dualisme entre la vie individuelle et la vie générique, entre la vie de la société bourgeoise et la vie politique; religieux, ils le sont en tant que l'homme considère comme sa vraie vie la vie politique située au-delà de sa propre individualité ; religieux, ils le sont dans ce sens que la religion est ici l'esprit de la société bourgeoise, l'expression de ce qui éloigne et sépare l'homme de l'homme. (…) La conscience religieuse et théologique s'apparaît à elle-même, dans la démocratie parfaite, d'autant plus religieuse et d'autant plus théologique qu'elle est, en apparence, sans signification politique, sans but terrestre, une affaire du cœur ennemi du monde, l'expression de la nature bornée de l'esprit, le produit de l'arbitraire et de la fantaisie, une véritable vie d'au-delà. Le christianisme atteint ici l'expression, pratique de sa signification religieuse universelle, parce que les conceptions du monde les plus variées viennent se grouper dans la forme du christianisme, et surtout parce que le christianisme n'exige même pas que l'on professe ce christianisme, mais que l'on ait de la religion, une religion quelconque (voir Beaumont). La conscience religieuse se délecte dans la richesse de la contradiction religieuse et de la variété religieuse. Nous avons donc montré qu'en s'émancipant de la religion on laisse subsister la religion, bien que ce ne soit plus une religion privilégiée. (…) L'émancipation de l'État de la religion n'est pas l'émancipation de l'homme réel de la religion. (…) Considérons un instant ce qu'on appelle les droits de l'homme, considérons les droits de l'homme sous leur forme authentique, sous la forme qu'ils ont chez leurs inventeurs, les Américains du Nord et les Français ! Ces droits de l'homme sont, pour une partie, des droits politiques, des droits qui ne peuvent être exercés que si l'on est membre d'une communauté. La participation à l'essence générale, à la vie politique commune à la vie de l'État, voilà leur contenu. Ils rentrent dans la catégorie de la liberté politique, dans la catégorie des droits civiques qui, ainsi que nous l'avons vu, ne supposent nullement la suppression absolue et positive de la religion, ni, par suite, du judaïsme. Il nous reste à considérer l'autre partie, c'est-à-dire les « droits de l'homme », en ce qu'ils diffèrent des droits du citoyen. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses. » (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 1791, art. 10.) Au titre de la Constitution de 1791 il est garanti, comme droit de l'homme : « La liberté à tout homme d'exercer le culte religieux auquel il est attaché. » La Déclaration des droits de l'homme, 1793, énumère parmi les droits de l'homme, art. 7 : « Le libre exercice des cultes. » (…) « Tous les hommes ont reçu de la nature le droit imprescriptible d'adorer le Tout-Puissant selon les inspirations de leur conscience, et nul ne peut légalement être contraint de suivre, instituer ou soutenir contre son gré aucun culte ou ministère religieux. Nulle autorité humaine ne peut, dans aucun cas, intervenir dans les questions de conscience et contrôler les pouvoirs de l'âme. » (Constitution de Pennsylvanie, art. 9, § 3.) « Au nombre des droits naturels, quelques-uns sont inaliénables de leur nature, parce que rien ne peut en être l'équivalent. De ce nombre sont les droits de conscience. » (Constitution de New-Hampshire, art. 5 et 6.) (Beaumont, pp. 213-214.) L'incompatibilité de la religion et des droits de l'homme réside si peu dans le concept des droits de l'homme, que le droit d'être religieux, et de l'être à son gré, d'exercer le culte de sa religion particulière, est même compté expressément au nombre des droits de l'homme.
II - Karl Marx et Friedrich Engels sur le communisme à teinte religieuse Extraits de la CIRCULAIRE CONTRE HERMANN KRIEGE (1846) Lors d'une réunion, les communistes dont voici les noms : Engels, Gigot, Heilberg, Marx, Seiler, Weitling, v. Westphalen et Wolff, ont adopté les résolutions suivantes concernant le journal allemand de New York, Der Volks-Tribun redigiert von Hermann Kriege. Ces résolutions ont été votées à l'unanimité, à la seule exception de Weitling « qui a voté contre ». Résolutions : 1. La tendance que le rédacteur Hermann Kriege défend dans le Volks-Tribun n'est pas communiste. 2. La manière puérile et pompeuse dont Kriege défend cette tendance compromet au plus haut degré le parti communiste en Europe aussi bien qu'en Amérique, dans la mesure où Kriege passe pour le représentant littéraire du communisme allemand à New York. 3. Les rêveries sentimentales prêchées par Kriege à New York sous l'étiquette de « communisme » ne peuvent que démoraliser au dernier point les travailleurs, si d'aventure ils les font leur. 4. Les résolutions présentes et l'exposé de leurs motifs seront portés à la connaissance des communistes d'Allemagne, de France et d'Angleterre. 5. Un exemplaire est adressé à la rédaction du Volks-Tribun, qui est sommée de publier ces résolutions et l'exposé de leurs motifs dans les prochains numéros du Volks-Tribun. Bruxelles, le 11 mai 1846. Engels, Phil. Gigot, Louis Heilberg, K. Marx, Seiler, von Westphalen, Wolff (...) Pour [Kriege] (cf. n° 10), c'est pêcher contre le communisme que d'écrire contre les visionnaires politiques catholicisants tels que Lamennais et Borne (...). Kriege aurait pu apprendre déjà en Allemagne, à Bruxelles et à Londres, que les communistes allemands ont dépassé Borne d'aussi loin que les Français ont dépassé Lamennais. (...) Kriege prêche ainsi, au nom du communisme, la vieille chimère religieuse élucubrée par la philosophie allemande, qui est en contradiction directe avec le communisme. La foi, et plus précisément la foi dans « l'esprit-saint de la communauté » est bien la dernière chose qui soit exigée pour la réalisation du communisme. (...) Il est bien évident que les radotages d'amour de Kriege et ses attaques contre l'égoïsme ne sont rien que les manifestations ampoulées d'une sensibilité confite en religion. Nous allons voir comment Kriege qui, en Europe, se fit toujours passer pour athée, cherche ici à faire accepter toutes les infamies du christianisme sous l'enseigne du communisme pour en arriver, tout naturellement, à la flétrissure volontaire de l'homme. Les articles « Ce que nous voulons » et « H. Kriege à Harro Harring », dans le numéro 10, fixent comme suit le but de la lutte communiste : 1. « Faire de la religion d'amour une vérité, et de la communauté des bienheureux habitants du paradis, si longtemps désirée, une réalité. » Seulement, Kriege oublie que ces rêveries chrétiennes ne sont que l'expression imaginaire du monde actuel et que, par conséquent, leur « réalité » existe déjà dans les mauvaises conditions du monde tel qu'il est. 2. « Au nom de cette religion de l'amour nous exigeons que l'on rassasie ceux qui ont faim, abreuve ceux qui ont soif et habille ceux qui sont nus » — revendication qui a été rabâchée, depuis 1 800 années, jusqu'à l'écœurement et sans le moindre succès. (...) 9. « N'avons-nous pas le droit de prendre au sérieux les désirs longtemps comprimés du cœur religieux et d'entrer dans la lutte au nom des pauvres, des malheureux, des réprouvés, pour réaliser enfin le beau royaume de l'amour fraternel ? » Kriege part donc en guerre afin d'assouvir les souhaits du cœur, non pas du cœur réel, profane, rempli d'amertume pour la réalité de la misère, mais ceux du cœur gonflé par une douce et béate rêverie. Il témoigne de son « cœur religieux » en entrant aussitôt dans la lutte comme prêtre, sous un autre nom, celui de représentant des « pauvres », en donnant à entendre clairement qu'il n'a pas besoin personnellement du communisme et qu'il n'entre en lutte que par esprit de sacrifice, poussé par une généreuse, compatissante et débordante abnégation envers les « pauvres, les malheureux et les réprouvés » qui ont besoin de lui. C'est là un sentiment sublime qui, aux heures de solitude et de découragement, gonfle le cœur d'un brave homme et le console de tout le chagrin de ce monde corrompu. 10. Kriege conclut ainsi son discours boursouflé : « Celui qui ne donne pas son appui à un tel parti peut être considéré, à juste titre, comme un ennemi de l'humanité. » L'intolérance de cette phrase semble contredire le « don de soi à tous », « la religion de l'amour » pour tous. Mais elle est, au contraire, une conséquence toute logique de cette nouvelle religion qui, comme toutes les autres, hait et persécute à mort tous ses ennemis. L'ennemi du parti est transformé tout logiquement en un hérétique : d'ennemi du parti réellement existant, que l'on combat, on fait un pécheur contre l’humanité qui, elle, n'existe que dans la seule imagination, et ce pécheur doit être puni. 11. Dans la « Lettre à Harro Harring », on lit : « Nous voulons dresser tous les pauvres du monde contre Mammon, sous le fouet duquel ils sont condamnés à crever au travail. Le terrible tyran une fois renversé de son trône antique, nous voulons unir l'humanité dans l'amour et lui apprendre à travailler et à jouir en commun, afin que le royaume longtemps privé de la joie soit enfin réalisé. » Pour se mettre en colère contre la ploutocratie moderne, il lui faut d'abord la transformer en l'idole Mammon. On renverse donc cette idole — nous n'apprenons pas comment; le mouvement révolutionnaire du prolétariat de tous les pays est réduit aux dimensions d'un soulèvement — et une fois ce renversement accompli, arrivent alors les prophètes, les « Nous » qui « enseignent » aux prolétaires ce qui leur reste à faire. Ces prophètes « enseignent » à leurs disciples, lesquels apparaissent ici singulièrement ignorants de leurs propres intérêts, comment ils doivent « travailler et jouir en commun », et cela non pas dans le but en soi de « travailler et de jouir en commun », mais uniquement pour que l'Écriture s'accomplisse et que quelques visionnaires n'aient pas prophétisé en vain il y a mille huit cents ans. (...) 13. Ici la religion kriegéenne montre le fer de sa lance : « Nous avons mieux à faire que de nous occuper de notre pauvre moi; nous appartenons à l'humanité. » C'est à cette infâme et écœurante servilité à l'égard d'une « humanité » séparée et distincte du « moi », qui est évidemment une fiction métaphysique et même, chez lui, religieuse, c'est à cette humilité d'esclave, effectivement bien « pauvre », que sa religion aboutit, comme toutes les autres. Une telle doctrine, qui prêche la volupté de l'abaissement et le mépris de soi-même, convient parfaitement à des... moines courageux, mais nullement à des hommes énergiques, et surtout dans un moment de lutte. Il ne manque plus à ces valeureux moines que de castrer leur « misérable moi » pour démontrer ainsi leur confiance en la capacité de l' « humanité » à se procréer elle-même! Si Kriege n'a rien de mieux à proposer que de telles sentimentalités exprimées en un style déplorable, il ferait sans doute mieux de traduire et de retraduire son « Père Lamennais » dans chaque numéro du Volks-Tribun. Les conséquences pratiques de cette religion kriegéenne de la miséricorde infinie et de l'abnégation sans limites s'étalent dans presque chaque numéro du Volks-Tribun : on y mendie du travail. Ainsi, dans le numéro 8 nous lisons : Travail ! Travail ! Travail ! « N'y a-t-il personne, parmi tous ces avisés Messieurs, qui ne tienne pas pour peine perdue de procurer de la nourriture à de braves familles et de sauver de la misère et du désespoir des jeunes gens en détresse ? Voici pour commencer Johann Stern, de Mecklembourg. Il est toujours sans travail, et pourtant il ne demande qu'à s'éreinter au profit d'un capitaliste et à se procurer ainsi autant de pain qu'il lui en faut pour se maintenir et assurer son travail. Est-ce là trop demander dans une société civilisée ? Voici ensuite Karl Gescheidtle, de Bade, jeune homme d'excellentes dispositions, qui ne manque pas d'une bonne formation scolaire. Il a l'allure si loyale, si brave, je m'en porte garant, il est l'honnêteté même... Il y a aussi un vieillard et d'autres jeunes gens qui supplient qu'on leur donne du travail pour gagner leur pain quotidien. » « Que celui qui peut venir en aide n'hésite plus, ou bien sa conscience lui ôtera le sommeil quand il en aura le plus besoin. Sans doute pourriez-vous dire : il y en a des milliers qui demandent en vain du travail, et nous ne pouvons pas les aider tous. Mais si, vous le pourriez, mais vous êtes les esclaves de l'égoïsme et vous n'avez pas le cœur de faire quelque chose. Si vous ne voulez pas les aider tous, montrez au moins que vous avez conservé un petit reste de sentiment humain, et secourez autant d'individus qu'il vous est possible. » Évidemment, s'ils le voulaient, ils pourraient en secourir plus qu'il ne leur est possible. Voilà la pratique, le véritable exercice de l'humiliation volontaire et de l'avilissement que prêche cette nouvelle religion. (...)
III - Staline sur l'athéisme par rapport aux conditions d'admission au parti communiste Extrait des QUESTIONS DU LENINISME - Tome II - Entretien avec la première délégation ouvrière américaine Onzième question. — Nous savons que d'excellents communistes ne sont pas absolument d'accord avec le P.C. qui exige que les nouveaux adhérents soient athées, le clergé réactionnaire étant actuellement écrasé. Dans l'avenir, le P.C. pourrait-il demeurer neutre à l'égard de la religion qui soutiendrait la science dans son ensemble et ne s'opposerait pas au communisme ? Autoriseriez-vous, dans l'avenir, les membres du P.C. à professer des idées religieuses si celles-ci ne contrecarraient pas la loyauté envers le parti ? Réponse. — Cette question renferme quelques inexactitudes. D'abord je ne connais pas ces « excellents communistes » dont parle ici la délégation. Il n'est guère probable que des communistes de cette espèce puissent exister de par le monde. En second lieu, je dois vous dire que, formellement, ces conditions d'admission au Parti qui imposeraient aux candidats l'athéisme, n'existent pas chez nous. Voici nos conditions d'admission: reconnaissance du programme et des statuts du Parti, soumission absolue aux décisions du P.C. et de ses organes, cotisation, adhésion à l'une des organisations du P.C. Un délégué. — J'ai lu très souvent que des membres étaient exclus du Parti parce qu'ils croyaient en Dieu. Staline. — Je ne puis que répéter ce que je viens de dire sur les conditions d'admission au Parti. Il n'en existe point d'autres. Est-ce à dire que le Parti est neutre vis-à-vis de la religion ? Nullement. Nous faisons et nous ferons de la propagande contre les préjugés religieux. D'après les lois de notre pays, tout citoyen est libre de professer la religion qu'il veut. C'est affaire de conscience individuelle. C'est pourquoi nous avons séparé l'Eglise de l'Etat. Mais en séparant l'Eglise de l'Etat et en proclamant la liberté confessionnelle, nous accordons à chaque citoyen le droit de combattre, par la persuasion, par la propagande et l'agitation, telle ou telle religion, ou la religion en général. Le Parti ne saurait rester neutre en matière de religion; il mène la propagande contre les préjugés religieux de toute espèce, puisqu'il est pour la science; or, les préjugés religieux sont contre la science, la religion, quelle qu'elle soit, étant l'opposé de la science. Des cas comme celui des darwiniens, traduits récemment devant les tribunaux américains, sont impossibles chez nous, parce que le Parti fait une politique qui défend, par tous les moyens, la science. Le Parti ne peut pas rester neutre envers les préjugés religieux; il se livrera à la propagande contre ces préjugés, car c'est là un des moyens les plus efficaces de miner l'influence du clergé réactionnaire soutenant les classes exploiteuses et prêchant l'obéissance à ces classes. Le Parti ne peut pas rester neutre à l'égard des colporteurs de préjugés religieux, à l'égard du clergé réactionnaire empoisonnant la conscience des travailleurs. Avons-nous écrasé le clergé réactionnaire ? Oui, nous l'avons écrasé. Seulement, il n'est pas encore entièrement liquidé. La propagande antireligieuse est le moyen qui poussera jusqu'au bout la liquidation du clergé réactionnaire. Il arrive que des membres du Parti entravent quelquefois le développement intense de la propagande antireligieuse. Et l'on fait très bien d'exclure du Parti de tels membres, car il ne saurait y avoir de place dans nos rangs pour des « communistes » de cette espèce.
IV - Le marxisme vu comme une religion : Keynes et Russell parlent du bolchévisme « Le bolchevisme combine les caractéristiques de la révolution française avec celles de l'essor de l'islam. Marx a enseigné que le communisme était fatalement prédestiné à prendre le pouvoir ; cela engendre un état d'esprit peu différent de celui des premiers successeurs de Muhammad. Parmi les religions, le bolchevisme doit être comparé à l'islam plutôt qu'au christianisme ou au bouddhisme. Le christianisme et le bouddhisme sont avant tout des religions personnelles, avec des doctrines mystiques et un amour de la contemplation. L'islam et le bolchevisme ont une finalité pratique, sociale, matérielle dont le seul but est d'étendre leur domination sur le monde. » (Bertrand Russell, Theory and Practice of Bolshevism, Londres, 1921) « Comment pourrais-je faire mien un credo qui, préférant la vase aux poissons, exalte le prolétariat grossier au-dessus des bourgeois et de l'intelligentsia qui, quelles que soient leurs fautes, incarnent le bien-vivre et portent en eux les germes des progrès futurs de l'humanité ? Même si nous avons besoin d'une religion, est-ce dans le flot boueux d'inepties dont débordent les librairies rouges que nous pouvons la trouver ? Un fils cultivé, intelligent et convenable de l'Europe occidentale y trouvera difficilement son idéal… Comme toute religion nouvelle, le léninisme tire sa force non pas de la multitude, mais d'une petite minorité de convertis enthousiastes, dotés d'un zèle et d'une intolérance qui insufflent à chacun d'eux une force équivalente à celle d'une centaine d'indifférents. Comme toute religion nouvelle, le léninisme semble dépouiller la vie quotidienne de ses couleurs, de sa gaieté, de sa liberté et n'offrir comme pâle substitut que les visages de bois de ses dévots. Comme toute religion nouvelle, il persécute sans pitié ni justice tous ceux qui tentent de lui résister. Comme toute religion nouvelle, il regorge d'ardeur missionnaire et d'ambition œcuménique. [Cela] revient en fin de compte à dire qu'il s'agit là d'une religion et non d'un parti, que Lénine est un Mahomet, pas un Bismarck. Si nous voulons nous faire peur, au fond de nos fauteuils de capitalistes, nous pouvons nous représenter les communistes de Russie sous les traits de premiers chrétiens qui, menés par Attila, disposeraient de la puissance logistique de la Sainte Inquisition et des missions jésuites pour imposer une économie conforme au Nouveau Testament. » (John Maynard Keynes, Un aperçu de la Russie, 1925) |