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Altermondialisme et marxisme |
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Une réflexion personnelle de février 2004 sur l'altermondialisme et ses enjeux réels. |
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Dossier complémentaire : En marge des « Vraies lois de l’économie » de Jacques Généreux |
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« Altermondialisme : la nouvelle internationale ? » Voici ce qu’on peut lire sur la couverture du magazine Alternatives Internationales de novembre-décembre 2003 qui nous gratifie également d’une illustration pleine page représentant Marx... sur un fond rouge incrusté du motif "ATTAC". ... comme pour rendre plus évidente la réponse à la question posée : " mais oui, bien sûr ! " Le vieux Marx ne serait-il pas au fond le père spirituel, l’inspirateur de l’altermondialisme, comme il fut en 1864 l’un des fondateurs de la Ière Internationale ? C’est assurément ce que suggère cette présentation. Dans un autre article du même auteur, Philippe Frémeaux, et du même acabit… paru dans le hors série numéro 60 d’Alternatives Economiques (2ème trimestre 2004), et intitulé « De l’internationale communiste à l’altermondialisme », notre regard se trouve attiré par une bannière représentant aux côtés de Marx, Engels et Lénine… le camarade Bové !
Mais au-delà de ces présentations tape à l’œil, quel est le contenu de classe de ces articles où l’on met en parallèle communisme et altermondialisme, où ce dernier nous est présenté comme une continuation, ou plus exactement comme un dépassement du marxisme ? Commençons par l’article relatif au deuxième forum social européen et intitulé « Altermondialisme : la nouvelle internationale ? » A cette question, je serai tenté de répondre par l’affirmative. En effet, « on trouvera réunis à Saint-Denis ceux qui dénoncent les inégalités Nord-Sud ou attirent l’attention sur les risques écologiques globaux mais aussi des mouvements qui défendent, au sein de chaque pays, les intérêts des différentes composantes de nos sociétés : syndicats de salariés, mouvements de paysannes, associations de chômeurs, etc. » ; nous avons donc là à n’en pas douter tous les ingrédients d’une " 2ème Internationale " de l’altermondialisme, qui à n’en pas douter connaîtra le même sort que celle des Kautsky et Cie, elle qui veut « concevoir des formes de représentation et de gouvernance qui prennent en compte cette diversité, en cherchant à faire converger les aspirations des différents groupes sans imposer une règle majoritaire », bref, elle qui pour maintenir l’unité du mouvement altermondialiste, s’affranchira des clivages politiques et idéologiques en évitant soigneusement les vrais débats, c’est-à-dire ceux qui prêtent à polémique, pour préférer obtenir « beaucoup de dialogue afin de produire du consensus ». Reste à déterminer de quel consensus il s’agira… D’après les figures en vue de l’altermondialisme (ATTAC-Bové), ce consensus sera celui de l’action citoyenne, de la démocratisation des institutions internationales (OMC, FMI), de la mise en place d’un contrôle des multinationales… Que craignent les idéologues du mouvement altermondialiste ? Sa radicalisation ! Ils disent oui à la contestation, mais à une contestation " citoyenne ", " soft ", c’est-à-dire qu’ils veulent inscrire cette contestation dans un cadre bien délimité et lui impulser une orientation réformiste : « Reste pour le mouvement altermondialiste à résister à ses démons. Le premier est la fuite en avant dans la radicalité, qui conduirait à sa marginalisation. C’est ce que redoute aujourd’hui Bernard Cassen [ex-président d’ATTAC]. Il est vrai qu’ATTAC, en France, est devenu le lieu où sont synthétisées, sur de nombreux dossiers, les analyses de la gauche de la gauche. Or le mouvement altermondialiste ne peut être légitime que s’il sait s’ouvrir à toutes les organisations sociales. » La peur de la marginalisation du mouvement altermondialiste ? La peur de la perte de sa légitimité ? Est-ce vraiment là ce qui effraie tant nos bons bourgeois ? Non, leur vraie crainte, c’est de le voir échapper à tout contrôle, c’est la peur d’avoir à débattre avec la gauche radicale des vraies questions, c’est celle de voir les marxistes étendre leur influence au sein des rangs altermondialistes. Faudra-t-il donc être étonné quand on en viendra à faire la chasse aux sorcières afin " d’épurer " le mouvement altermondialiste des démons qui l’agitent, de ce spectre du communisme qui le hante ? Ce démon tant redouté par la bourgeoisie est, de l’aveux même de notre auteur, le fait « de faire du libéralisme une sorte de péril extérieur qu’il suffirait d’extirper pour redonner vie et santé à nos sociétés. Ou d’en faire le principe unique qui, comme le poumon du Malade imaginaire, serait à l’origine de tous nos maux. » [La crise que traverse le capitalisme ne serait-elle pas au fond une maladie imaginaire ? La crise ? Quelle crise ? C’est vrai qu’après tout, pour les rédacteurs d’Alternatives Internationales, il n’y a pas lieu de s’alarmer outre mesure de cette crise qui ne touche pas tout le monde : les milieux réformistes petit-bourgeois, eux, sont florissants. " A quelque chose malheur est bon " dit le proverbe populaire…] Ce démon du « développement du vote aux extrêmes ou de l’abstention » est pour la bourgeoisie le signe d’un profond mécontentement populaire que les forums sociaux surmédiatisés vont avoir pour tâche de canaliser, en injectant habilement des espaces de dialogue afin de donner aux mécontents et aux déçus du système l’impression d’une concertation sociale, l’impression d’être réintroduis « dans le jeu politique », eux « qui en sont aujourd'hui exclus », l’impression d’un « élargissement » de la « société civile » en vue de " lutter " contre l’arbitraire des monopoles, « " lutte " contre la politique des trusts qui, si elle ne touche pas aux bases de leur économie, se réduit à un réformisme et à un pacifisme bourgeois, à des souhaits pieux et inoffensifs » (Lénine, l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, p. 112.) De tout cela, il ressort que les leaders du mouvement altermondialiste, loin de vouloir se battre contre les fondements de l’impérialisme, veulent seulement en éliminer les prétentions excessives et en limiter les effets nocifs (en premier lieu desquels vient le « démon » du radicalisme auquel il faudra à tout prix résister), loin de prendre le contre-pieds de la pensée unique, restent cantonnés dans le cadre étroit de cette pensée néo-libérale à laquelle ils prétendent pourtant proposer une alternative, car, loin de vouloir la mort du libéralisme et de la libre concurrence, ils veulent leur « régularisation » et souhaitent les voir s’accorder avec des « valeurs humaines », pour résumer, veulent en revenir à un capitalisme " bien réglé " et à une " saine et libre " concurrence. Mais ce capitalisme a-t-il jamais existé ailleurs que dans les têtes mal faites de nos " néo "-réformistes qui ne font rien de plus que « ce que font tous les bons bourgeois. Tous, ils vous disent que la concurrence, le monopole, etc., en principe, c’est-à-dire pris comme pensées abstraites, sont les seuls fondements de la vie, mais qu’ils laissent beaucoup à désirer dans la pratique. Tous ils veulent la concurrence sans les effets néfastes de celle-ci. Tous veulent l’impossible, c’est-à-dire les conditions de la vie bourgeoise sans les conséquences nécessaires de ces conditions. » (Lettre de Marx à Annenkov ; 28-12-1846) En définitive, l’altermondialisme, dont la seule " nouveauté " réside en ce que ses promoteurs pensent avoir fait là des découvertes sensationnelles quand ils se sont contentés, par ignorance, de ressasser les platitudes séculaires de la petite-bourgeoisie en leur conférant simplement une dimension " internationale ", loin d’apporter le moindre élément nouveau tant à la critique de l’impérialisme (terme traduisible dans leur jargon philistin par « mondialisation néo-libérale »), qu’à la résolution pratique des problèmes posés par ce dernier, ne font qu’emboîter le pas à la critique petite-bourgeoise de l’impérialisme : « Contrairement à Sismondi qui voyait dans le système de la libre concurrence la source première de tous les maux du capitalisme, une grande partie des économistes petits-bourgeois de l'époque de l'impérialisme vantent le capitalisme de l'époque de la libre concurrence qu'ils représentent comme le meilleur régime économique de la société. Ils dirigent le feu de leur critique, non contre le capitalisme en général, mais seulement contre la domination illimitée des monopoles capitalistes, dans l'arbitraire desquels ils voient le principal danger qui menace la « liberté économique », l' « initiative privée », etc. Dans les ouvrages des critiques petits-bourgeois de l'impérialisme se trouve rassemblée une riche collection de faits qui dénoncent la pratique de rapine des monopoles. Mais les économistes petits-bourgeois critiquent les monopoles en se plaçant sur des positions réactionnaires et utopiques, en demandant le retour au capitalisme de la libre concurrence. Ils nient la nécessité de passer au socialisme, faute de quoi on ne peut imaginer éliminer la domination des monopoles. La critique petite-bourgeoise de l'impérialisme sème l'illusion que l'on pourrait éliminer les « abus » des monopoles et consolider les positions des petites et moyennes entreprises à l'aide d'une législation « anti-trust », de toutes espèces de mesures en vue d'encourager les petites entreprises et de combattre les machinations spéculatives des requins de la finance tout en conservant le capitalisme. Les économistes petits-bourgeois sèment des illusions en affirmant que, dans les conditions du capitalisme, on peut sauver de la ruine les petits producteurs de marchandises, paysans et artisans, et améliorer radicalement la situation des ouvriers en développant les coopératives de consommateurs, d'agriculteurs, d'artisans. Dans les conditions actuelles, de nombreux représentants de l'économie politique petite-bourgeoise se font les interprètes du mécontentement des couches petites-bourgeoises face à l'arbitraire des monopoles, au despotisme du pouvoir d'Etat, au joug fiscal insupportable, au danger croissant de guerre. » (Manuel d’économie politique, Académie de sciences de l’URSS, Moscou, 1955, p. 336-337) Ecoutons également Lénine qui dès 1916 disait que « les savants et les publicistes bourgeois défendent généralement l'impérialisme sous une forme quelque peu voilée ; ils en dissimulent l'entière domination et les racines profondes ; ils s'efforcent de faire passer au premier plan des particularités, des détails secondaires, s'attachant à détourner l'attention de l'essentiel par de futiles projets de " réformes " tels que la surveillance policière des trusts et des banques, etc. (…) " On nous dit qu'il faut combattre l'impérialisme ; que les Etats dominants doivent reconnaître aux peuples assujettis le droit à l'indépendance ; qu'un tribunal international doit surveiller l'exécution des traités conclus entre les grandes puissances et les peuples faibles. La conférence ne va pas plus loin que ces voeux innocents. Nous n'y voyons pas trace de la compréhension de cette vérité que l'impérialisme est indissolublement lié au capitalisme dans sa forme actuelle (…) " Est-il possible de modifier par des réformes les bases de l'impérialisme ? Faut-il aller de l'avant pour accentuer et approfondir les antagonismes qu'il engendre, ou on arrière pour les atténuer ? Telles sont les questions fondamentales de la critique de l'impérialisme. Les particularités politiques de l'impérialisme étant la réaction sur toute la ligne et le renforcement de l'oppression nationale, conséquence du joug de l'oligarchie financière et de l'élimination de la libre concurrence, l'impérialisme voit se dresser contre lui, dès le début du XXe siècle, une opposition démocratique petite-bourgeoise à peu près dans tous les pays impérialistes. (…) Mais, en attendant, toute cette critique craignait de reconnaître la liaison indissoluble qui rattache l'impérialisme aux trusts et, par conséquent, aux fondements du capitalisme ; elle craignait de s'unir aux forces engendrées par le grand capitalisme et son développement, elle demeurait un "voeu innocent". (…) C'est aussi le point de vue petit-bourgeois qu'adoptent dans leur critique de l'impérialisme, de l'omnipotence des banques, de l'oligarchie financière, etc., des auteurs maintes fois cités par nous, tels que Agahd, A. Lansburgh et L. Eschwege et, parmi les Français, Victor Bérard, auteur d'un livre superficiel : L'Angleterre et l'impérialisme, paru en 1900. Sans prétendre le moins du monde faire oeuvre de marxistes, ils opposent tous à l'impérialisme la libre concurrence et la démocratie, condamnent le projet du chemin de fer de Bagdad, qui mène à des conflits et à la guerre, et formulent des " voeux innocents " de paix, etc. Il n'est pas jusqu'au statisticien des émissions internationales, A. Neymarck, qui, totalisant les centaines de milliards de francs représentés par les valeurs " internationales ", s'exclamait en 1912 : " Est-il possible d'admettre que la paix puisse être rompue ?... que l'on risque, en présence de ces chiffres énormes, de provoquer une guerre ? " (Bulletin de l'Institut international de statistique, tome XIX, livre II, p. 225.) Une telle naïveté, et de la part des économistes bourgeois, n'est pas étonnante ; au surplus, il leur est avantageux de feindre la naïveté et de parler "sérieusement" de paix à l'époque de l'impérialisme. » (Lénine, l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, p. 132-136.) Mais est-ce là véritablement étonnant que l’altermondialisme, loin d’avoir dépassé d’une quelconque façon le marxisme, soit au contraire tombé sous le coup de sa critique de la critique petite-bourgeoise de l’impérialisme ? Assurément non, une fois que l’on a pris connaissance de la " critique " que l’altermondialisme fait de la démocratie bourgeoise : « La démocratie prétend, par définition, donner la souveraineté au peuple. (…) La démocratie représentative permet de dégager des majorités en charge d’imposer une vision de l’intérêt général. Elle a aussi ses limites dans la mesure où certaines parties du corps social ne se reconnaissent pas nécessairement dans les décisions imposées par les assemblées élues, elles-mêmes souvent soumises aux intérêts des plus puissants. » Ecoutons maintenant Marx et Lénine s’exprimer sur la démocratie bourgeoise : « C'est à la propriété privée moderne que correspond l'Etat moderne, dont les propriétaires privés ont fait peu à peu l'achat au moyen des impôts, qui leur est dévolu complètement grâce au système des dettes publiques et dont l'existence dépend désormais entièrement, par le jeu de la hausse et des valeurs de la Bourse, du crédit commercial que les propriétaires privés, les bourgeois, lui accordent. Le seul fait qu'elle soit une classe (...) contraint la bourgeoisie à s'organiser à l'échelle (...) nationale [et même internationale à l’heure de la « mondialisation », note personnelle], et à donner une forme générale à ses intérêts communs réduits à la moyenne. La propriété privée s'étant libérée de la communauté, l'Etat a acquis une existence particulière à côté et en dehors de la société civile ; mais il n'est rien de plus que la forme de l'organisation que les bourgeois sont forcés de se donner, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, pour garantir mutuellement leur propriété et leurs intérêts. » (Karl Marx, l’Idéologie allemande, 1846) « Le capitalisme en général et l'impérialisme en particulier font de la démocratie une illusion ; et cependant le capitalisme engendre des tendances démocratiques au sein des masses, fonde des institutions démocratiques, aggrave l'antagonisme entre l'impérialisme, négateur de la démocratie, et les masses qui aspirent à la démocratie. » (Lénine cité dans Manuel d’économie politique, Académie de sciences de l’URSS, Moscou, 1955, p. 282) Ainsi, mise en regard des formules de Marx et Lénine, la formule altermondialiste, dont la forme, tout aussi scolaire que juridique et consensuelle, sied parfaitement au contenu, délibérément vague et minimaliste quant à la caractérisation de cette réalité brutale qu’est la mainmise du grand capital sur l'Etat, c’est-à-dire son ingérence dans les affaires " démocratiques ", nous apprend que quelques 150 ans après Marx, les altermondialistes ont " découvert " que la démocratie avait « ses limites » du fait que les plus riches savent faire valoir leurs intérêts particuliers contre l’intérêt général jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat le plus " démocratique " ! Quelques 150 ans après Marx et 100 ans après Lénine, les idéologues les plus brillants de l’altermondialisme viennent donc de " découvrir le feu " ! Gageons qu’il nous faudra encore patienter de nombreuses années avant de les voir faire cette autre découverte d’importance que les guerres impérialistes ne sont nullement l’expression manichéenne d’une scélératesse particulière des capitalistes, mais simplement une nécessité économique du capitalisme monopoliste contraint par le haut degré de concentration auquel il est parvenu et par les lois coercitives externes de la concurrence, d’étendre ses zones d’influence, sources de matières premières à bon marché et de débouchés, et qu’il est donc tout aussi vain que puéril de sermonner le grand capital à propos des guerres ou des catastrophes écologiques au nom d’une quelconque morale petite-bourgeoise, aussi philanthropique fusse-t-elle. Il convient de souligner que si l’auteur prend assurément des pincettes dans la " critique " qu’il fait de l’oligarchie financière et du despotisme des trusts qu’il nomme pudiquement « groupes de pression économiques », il n’en est pas de même pour ce qui concerne sa critique des radicaux à qui s’adresse l’épithète infamante de « démons ». Ce qui sidère, c’est la promptitude que la bourgeoisie manifeste à " enterrer " le communisme, à vouloir nous le faire passer pour une histoire révolue, à vouloir y substituer son ersatz altermondialiste, dont l’idéologie, à en croire ses publicistes, bien que beaucoup moins ambitieuse quand à ses revendications, n’en porte pas moins pour autant de nombreux espoirs : « L’altermondialisme ne doit pas, comme le communisme jadis, donner à croire qu’il suffirait de " changer le système " pour régler d’un coup tous nos problèmes. » Et pourtant « Bernard Cassen n’est pas loin de penser que le mouvement altermondialiste est porteur du même potentiel émancipateur pour l’humanité que le fût en son temps l’idée socialiste. » Ainsi, si le communisme « fût en son temps », « jadis », porteur d’espoir, il est aujourd’hui dépassé si l’on en croit les grosses têtes de l’altermondialisme, puisque « la faillite de l’idéologie communiste, dans la réalité comme dans l’idéal, a achevé de faire perdre aux ouvriers leur statut de classe porteuse de l’avenir de l’humanité. » Et pourtant, malgré les déclamations tragiques de notre auteur sur la mort du communisme, il croit utile de nous mettre en garde sur le danger d’un « démon » qui menace de faire verser le mouvement altermondialiste dans un anticapitalisme radical, puisque « certains sont tentés de renouer avec la vieille critique communiste de la démocratie représentative. » La réalité qui transparaît nettement au travers de ces deux articles n’est guère celle d’un réquisitoire implacable contre le capitalisme pour lequel les critiques restent très dosées, mais celle d’une critique préventive à peine voilée du marxisme qui en est sans conteste la cible principale. Cela fait plus d’un siècle que la bourgeoisie clame que le marxisme est dépassé, mais la seule chose réellement dépassée, c’est la vieille rengaine puante de l’anti-communisme que les laquais de la bourgeoisie estiment utile de nous ressortir à chaque fois de leurs placards les plus poussiéreux en essayant, après l’avoir soigneusement épousseté, de nous la présenter sous un jour nouveau. Mais faut-il réellement s’en étonner, quand, dans le même numéro, Alternatives internationales titre « Pourquoi la Corée du Nord fait trembler l’Asie », clamant que les sud coréens « sont inquiets de la menace nucléaire du régime de Pyongyang » et que ce dernier créé chez les japonais « un sentiment de vulnérabilité assez comparable à celui provoqué par les attentats contre le World Trade Center aux Etats-Unis » et est donc le premier responsable de la « remilitarisation de l’archipel japonais » qui est soumis à une inquiétude « maximum » ! Sic ! Que d’inepties condensées dans les quelques lignes de ce triste torchon ! A la vue de ces articles (et de ces illustrations), la première pensée à m’avoir traversé l’esprit fût celle d’un profond sentiment de révolte et de colère, sentiment qui a motivé la rédaction de ces quelques lignes. « Salir de la sorte Marx, Engels, Lénine et tous ceux qui ont donné leur vie pour faire triompher la cause communiste ! » me disais-je regardant, la mine quelque peu déconfite, la triste figure du sieur Bové à côté des bustes de Marx, Engels et Lénine. Si ces derniers pouvaient voir cela, nul doute qu’ils bondiraient hors de leur tombe pour aller administrer une bonne correction à ces profanateurs, à ces petits-bourgeois impies, qui ne rechignent devant aucune bassesse, devant aucune crapulerie, devant aucune escroquerie intellectuelle, à seule fin de remplir leurs torchons d’insanités néo-réformistes, tout en les présentant comme une continuation ou un dépassement du marxisme, l’altermondialisme tel un " néo-marxisme ", remède au " néo-libéralisme ". En ces temps de règne sans partage des trusts, de fascisation croissante, de censure des médias par l’argent, la petite bourgeoisie tente de défendre corps et âmes les derniers vestiges de sa "démocratie". Pour cela, les vielles méthodes du parlementarisme ne suffisent plus, il faut dire que les " socialistes " et les " communistes " à la sauce Jospin-Hue-Buffet se sont complètement déconsidérés aux yeux des travailleurs, et que maintenant même le fait évoqué par Lénine de « se draper de l’habit du marxisme » ne suffit plus à la bourgeoisie, il lui faut désormais paraître avoir eu connaissance du marxisme et de l’avoir " dépassé ", pour mieux pouvoir tromper le peuple et être en mesure de proposer une énième réforme du capitalisme monopoliste qu’il s’agit désormais de « démocratiser ». Que se cache-t-il d’autre sinon derrière des expressions comme « développer la société civile au niveau international », « revitaliser nos démocraties », « exiger l’instauration de mécanismes de solidarité et de normes opposables au niveau international » et enfin « démocratiser la mondialisation ». Toute cette rhétorique flamboyante n’a pour seul but que de définir « l’amélioration du fonctionnement » de la « démocratie représentative », qu’il faut parvenir à préserver de pressions des « groupes de pression économiques », en des termes plus crus, il ne s’agit ni plus ni moins que de démocratiser l’impérialisme ! Tel est le fin mot de l’altermondialisme dans sa mouture à la sauce ATTAC-Bové, sauce qui risque de se révéler bien indigeste pour les travailleurs qui y après y avoir goûté,… y seront également mangés par le capital qui fera d’eux son plat de résistance. En fin de compte, l’altermondialisme constitue la dernière carte de la bourgeoisie, son ultime paravent pour détourner les luttes de classes ; et si les promoteurs de l’altermondialisme se félicitent de « l’essor de l’altermondialisme », c’est oublier un peu vite que cet essor n’est pas fortuit, et reste au final très modeste au regard du matraquage médiatique et des sollicitations de toute la presse bourgeoisie dont il fait l’objet. Les travailleurs commenceraient-ils à se méfier d’une " contestation " qui bénéficie de l’aval et du soutien actif, ou tout au moins tacite de toute la bourgeoisie ? Depuis quand les médias vendus à la bourgeoisie marchent-ils contre les intérêts de celle-ci ? N’est-il pas étrange de voir Chirac, valet de l’impérialisme français, parler " commerce équitable " et se féliciter du développement « d’initiatives citoyennes » telles Porto Allègre ? Comment expliquer cet engouement des classes dirigeantes de la ploutocratie capitaliste pour l’altermondialisme mieux que par ce mot d’ordre des leaders altermondialistes pour qui « cette société civile se développe désormais au niveau international » et « témoigne de la capacité croissante d’une partie de la population, avec l’élévation du niveau culturel [Sic !, note personnelle], à intervenir politiquement, sans pour autant " faire de la politique " au sens de l’appartenance à un parti luttant pour accéder au pouvoir » ; mot d’ordre absolument dans la continuité du credo altermondialiste très attaché au mythe des " Etats impuissants " face à la mondialisation. En effet, puisque cette dernière déborde du cadre de la politique nationale, à quoi sert-il encore de faire de la politique au sein de partis nationaux ? Cette logique flamboyante, que la bourgeoisie a toutes les chances d’applaudir, ne peut aboutir qu’à une dépolitisation de la contestation, ce qui fait mieux ressortir les convergences d’intérêts entre la bourgeoisie et l’altermondialisme, nous rendant du même coup plus compréhensive la tendresse que cette dernière lui témoigne… L’altermondialisme n’est qu’une habile manière d'injecter un peu de "démocratie" et de favoriser les "espaces de dialogue" de proximité, dans la continuité de la politique libérale de décentralisation et de dépolitisation des masses : Citoyens, vous pensez n'avoir plus aucune prise sur les multinationales qui régissent votre vie ? Eh bien, consommateurs, occupez vous de la politique de proximité : là au moins, vous pouvez agir ! Citoyens, laissez les préoccupations étatiques de côté, l'Etat est désormais impuissant à administrer la vie économique, devenez seulement des consommateurs responsables, et tout ira pour le mieux ! Vous y croyez, vous ? Faut pas nous prendre pour des cons tout de même ! L'Etat, impuissant ? Alors, pourquoi toutes les mesures de déréglementation ont-elles toutes été mises en oeuvre par les Etats ? L'Etat capitaliste à la mode réformiste, impuissant face au lobbying des trusts, OUI. Mais l'Etat prolétarien révolutionnaire, impuissant, NON ! Ne s’agit-il pas au travers de cette dépolitisation, de transformer le citoyen en éco-consommateur pour qui « l’action politique » se réduira au soutien d’ONG tiers-mondistes, au boycott des grandes marques et à la promotion du commerce équitable ? Les idéologues de l’altermondialisme ne sont rien d’autre que des médecins penchés sur le chevet d’un capitalisme agonisant qui rend de bien nombreux travailleurs malades (quand il ne les envoie pas tout simplement dans la tombe), me rappelant cette conversation d’un médecin avec son malade que me rapportait un camarade :
- LE
MEDECIN : Afin de conclure cet article, je terminerai avec ces paroles de Marx qui me semblent particulièrement aptes à caractériser ces titans réformistes de l’altermondialisme, ces généraux qui, partant à l’assaut de la forteresse « capitalisme » lui envoient des troupes armées de mousquets, certains ainsi de pouvoir lui infliger de rudes coups, alors qu’il faudrait faire donner l’artillerie pour espérer être en mesure de l’ébranler… « Notre Hercule fondateur d’Etats ne copie d’ailleurs pas la « république fédérative » dans ses moindres détails. Il l’agrémente d’ « institutions sociales », il « règlera les rapports de propriété d’après des principes rationnels », et les sept grandes mesures par lesquelles il supprimait les anomalies de la vieille société bourgeoisie ne sont aucunement les rognures maigres et pauvres obtenues en mendiant dans ces abjectes gargotes modernes, socialistes et communistes. (…) Et voilà ce que Mr Engels qualifie d’élucubrations gratuites de petit-bourgeois visant à réformer le monde ! Nous vivons bien sûr, à une époque où « les bons disparaissent de plus en plus » et où les « meilleurs » ne sont même pas compris. Prenez, par exemple, un citoyen quelconque, bien pensant, et demandez-lui de vous dire en conscience de quoi souffrent les « rapports de propriété » actuels ? Et le brave homme posera son index sur le bout de son nez, respirera deux fois, profondément et pensivement, et puis vous sortira « humblement » que c’est une honte que beaucoup de gens ne possèdent rien, pas même le strict nécessaire, et que d’autres amassent des millions d’une aristocratique impudences, et ce non seulement au détriment de gueux privés de tout, mais aussi d’honorables bourgeois ! Aurea mediocritas, médiocrité dorée ! s’exclamera le brave membre de la classe moyenne ! Il suffirait d’éviter les extrêmes ! Quelle est la constitution raisonnable qui serait compatible avec ces extrêmes, avec ces extrêmes hautement condamnables ! Et maintenant, jetez un regard sur la « république fédérative « de Heinzen, avec ses « institutions sociales » et ses sept mesures pour « l’humanisation de la société ». Chaque citoyen s’y voit garanti un « minimum » de fortune au-dessous duquel il ne saurait tomber, et on lui prescrit un maximum de fortune qu’il ne doit pas transgresser. Mr Heinzen n’a-t-il pas résolu toutes les difficultés en reprenant, sous la forme de décrets d’Etat, le pieux désir de tous les braves bourgeois, et en le comblant justement par là afin que personne n’ait trop ni trop peu ? Et c’est de cette façon, aussi simple que grandiose, que Mr Heinzen a résolu l’ensemble des conflits économiques. Il a réglé la propriété d’après des principes raisonnables et conformes à l’honnête équité. Et n’allez surtout pas lui objecter que les « règles raisonnables » de la propriété sont précisément ces « lois économiques » dont la froide nécessité fera obligatoirement échouer toutes les « mesures équitables » (…) Qu’il est injuste de faire valoir des considérations économiques à l’égard d’un homme qui « ne se vante pas », comme tant d’autres, de ses « études économiques », mais qui a su, au contraire, conserver jusqu’ici, par modestie, dans tous ses ouvrages, l’apparence virginale qu’il lui faudra encore faire les premières études d’économie politique ! (…) En vérité, ce qui révèle la grande démoralisation de certains écrivains communistes, c'est qu'ils choisissent des adversaires économiquement et philosophiquement instruits, et qu'en revanche, ils n'ont pas de réponse pour les " humbles " trouvailles du grossier bon sens, auquel ils devraient avant tout apprendre les notions élémentaires sur les conditions économiques de la société bourgeoise existante, afin d'en pouvoir discuter avec lui par la suite. » (Karl Marx, La critique moralisante et la morale critique – Contre Karl Heinzen, Deutsche-Brüsseller Zeitung, novembre 1847) « Sur un terrain plat, de simples buttes font l'effet de collines ; aussi peut-on mesurer la platitude de la bourgeoisie contemporaine d'après le calibre de ses esprits forts. » (Karl Marx, Le capital, Chapitre XVI, 1867) |
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Novembre 2004 - Annexe :
Quand les petits-bourgeois d'Alternatives Internationales et Cie s'obstinent à vouloir faire passer leur « altermondialisme » comme un dépassement du marxisme !!!
Nous renonçons bien sur à dresser une liste complète de toutes les ignominies petites-bourgeoises que l'on peut rencontrer dans ce genre de littérature.
Nous avons relevé cependant quelques perles qui méritent d'être relevées tant elles démontrent que l'escroquerie intellectuelle chez ces gens là ne comporte guère de limites.
Durant les derniers mois nous avions eu le droit à une couverture « Altermondialistes de tous les pays... » !!!
Mais le numéro de novembre 2004 qui annonce d'emblée une « Nouvelle formule mensuelle », comme on essaie de faire un gros coup de pub pour vendre sa lessive, (mais qui n'a hélas entraîné aucun changement dans les "alternatives" prônées...), fait encore plus fort !!!
On trouvera un dossier complet « Consommateurs de tous les pays... » qui ne peut guère mieux être résumé que par la page de couverture du même numéro.
Au menu : achat-boycot citoyens (puisque « l'OMC et les multinationales sont hors de portée des urnes » !) et commerce équitable (pour venir en aide au tiers monde !).
Mais que dire de cette recette qui prétend, (à l'aide de sophismes du genre « J'achète donc je pense »), donner aux citoyens le pouvoir de « transformer le capitalisme de l'intérieur » ? Et que dire de la fameuse intervention du Professeur Toni Négri, (ce néo-kautskiste à la manque*) qui nous offre une "nouvelle" dissertation sur la démocratie bourgeoise ???!!!
Rien n'illustre mieux le philistinisme sans borne de ces littérateurs « impuissants et loqueteux »** que cette couverture qui vaut tous les discours :
* Cf. dossier complémentaire Néo-libéralisme et néo-réformisme (Voir menu de la page d'accueil.) ** K. Marx ; Cf. dossier complémentaire En marge des vraies lois de l'économie de Jacques Généreux (En lien sur cette page même.) |
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