Trotskisme ou marxisme-léninisme

Sommaire :

Introduction ; Le "testament" de Lénine ; Trotski : petit bréviaire et prophéties

Un cours de trois jours à l'Université marxiste d'été : Le trotskisme, une doctrine anti-marxiste ?

Le trotskisme au service de la CIA contre les pays socialistes

La restauration du capitalisme est impossible ! ; Seuls des sots manifestes... ; 1989 : La restauration impossible à moyen terme ; D'un côté la bureaucratie, de l'autre les masses ; La glasnost, c'est du trotskisme.... ; Le soutien de Mandel à Eltsine ; Un grand soupir de soulagement ; La Révolution politique antibureaucratique trotskiste ; Des provocations au profit des nazis ; Mandel soutient les nazis ukrainiens ; Avec la contre-révolution à Berlin et à Budapest ; Avec Solidarnosc, le pouvoir ouvrier ; Avec la CIA, en Tchécoslovaquie ; La révolution prolétarienne en RDA ! ; Glasnost et multipartisme contre les staliniens ; Vive la Glasnost ! ; A bas le parti unique ! ; Ne pas réprimer la contre-révolution ! ; Les staliniens de Pyongyang à La Havana

Staline - Les questions du léninisme

Tome I : La théorie de la révolution permanente ; Tome II : Le bilan de la discussion

Staline - Oeuvres, Tome V

Sur la militarisation des syndicats ; Sur la lettre de Trotski

Ludo Martens - Un autre regard sur Staline

Trotski et le trotskisme - textes et documents

Michel Sayers et Albert E. Kahn - La grande conspiration contre la Russie

Introduction

Ex-trotskiste [et bien content d'avoir rectifié cette terrible "erreur de jeunesse"], j'estime être particulièrement en droit de critiquer le trotskisme, d'où cette page, contribution à cette entreprise.

Ce qui distingue en général le "trotskiste" [l'intellectuel petit-bourgeois] du "stalinien" [du marxiste-léniniste], c'est la [mé-]connaissance des arguments de l'adversaire aussi bien que des faits historiques élémentaires.

Le trotskiste voue une haine farouche au stalinien, mais ne le connaît que par ce qu'il en a entendu ouï dire par les trotskistes [ou ce qu'il en a appris via l'historiographie bourgeoise]. A l'inverse, le stalinien connaît bien l'argumentaire du trotskiste, non par ce qu'il en a entendu dire par d'autres staliniens, mais par ce qu'il en a lu... des trotskistes.

Le trotskiste, en diabolisant Staline, s'est permis de s'abstenir de prendre en compte les arguments de ses partisans, bref, s'est abstenu de confronter les sources !

Cela ne me semble pas être une attitude très critique, et encore moins marxiste... Car la moindre des choses, avant de s'autoriser à critiquer la partie adverse, c'est de prendre connaissance de ses arguments !

L'exigence première de tout marxiste n'est pas de ne jamais se tromper, mais de savoir prendre conscience de ses erreurs afin d'être capable de les corriger. Est marxiste celui qui sait faire preuve d'esprit [d'auto-]critique, celui qui est capable de remettre en cause des postulats erronés, aussi ancrés soient-ils, fût-ce déstabilisant au plus haut point.

Tout soi-disant communiste incapable d'entreprendre cette démarche dialectique [de confrontation des idées et de cheminement intérieur], ne peut sérieusement se revendiquer communiste !

N'ayant jamais eu d'actions chez Trotski et Cie, - car uniquement soucieux de comprendre la marche de l'histoire et les causes de la "crise d'identité" que traverse le communisme contemporain - , j'ai confronté les sources puis révisé entièrement mon jugement sur des clichés tel "Staline le dictateur" et "Trotski le révolutionnaire" ; clichés dont l'apparente cohérence vole en éclats sous les coups de l'argumentaire des marxistes-léninistes.

Outre cette page voici quelques dossiers complémentaires :

- Les mensonges sur l'URSS du temps de Staline.

- Avoir un autre regard sur Staline pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui.

- Marxisme-léninisme : La dictature du prolétariat ; Théorie et conception matérialiste ; Histoire du PC (b) de l'URSS.

- La contribution soviétique à la victoire contre le nazisme.

- Michael Parenti - Débat sur le communisme.

Quelques lectures complémentaires : voir la page des livres conseillés.

Quelques prolongements sur le web : voir la page des liens internet

Le "testament" de Lénine

(Passages extraits du livre Un autre regard sur Staline de Ludo Martens, président du PTB)

[Un autre regard sur Staline - Pages 32 à 39]

 

Si Trotski avait connu sa brève heure de gloire en 1919, au cours de la guerre civile, il est incontestable qu'en 1921-1923 Staline était la deuxième personnalité du Parti, après Lénine.

 

Depuis le Huitième Congrès en 1919, Staline était membre du bureau politique, à côté de Lénine, Kaménev, Trotski et Krestinsky. Cette composition resta inchangée jusqu'en 1921. Staline fut également membre du bureau d'organisation, composé lui aussi de cinq membres du Comité central. (1) Lorsqu'au Onzième Congrès, en 1922, Préobrajenski critiqua le fait que Staline dirigeât le Commissariat aux nationalités ainsi que l'Inspection ouvrière et paysanne (chargée de contrôler tout l'appareil d'Etat), Lénine lui répondit :

 

« Il nous faut un homme que n'importe quel représentant des nationalités puisse aller trouver pour lui raconter en détail ce qui se passe. Préobrazenski ne pourrait pas proposer une autre candidature que celle de Staline. Il en va de même pour l'Inspection ouvrière et paysanne. C'est un travail gigantesque. Il faut qu'il y ait à la tête un homme qui a de l'autorité, sinon nous allons nous embourber. » (2)

 

Le 23 avril 1922, sur proposition de Lénine, Staline fut aussi nommé à la tête du secrétariat comme secrétaire général. (3) Staline fut la seule personne à faire partie du Comité central, du bureau politique, du bureau organisationnel et du secrétariat du Parti bolchevik.

 

Lénine avait subi une première attaque de paralysie en mai 1922. Le 16 décembre 1922, il eut une nouvelle attaque grave. Les médecins savaient qu'il ne s'en remettrait plus. Le 24 décembre, les médecins dirent à Staline, Kaménev et Boukharine, les représentants du bureau politique, que toute controverse politique pouvait provoquer une nouvelle attaque, fatale cette fois. Ils décidèrent que Lénine « a le droit de dicter chaque jour pendant cinq à dix minutes. Il ne peut pas recevoir de visiteurs politiques. Ses amis et ceux qui l'entourent ne peuvent pas l'informer des affaires politiques ». (4) Le bureau politique avait chargé Staline des relations avec Lénine et avec les médecins. C'était une tâche ingrate puisque Lénine ne pouvait pas ne pas se sentir frustré au plus haut point en raison de sa paralysie et de son éloignement des affaires politiques. Son irritation devait nécessairement se tourner contre l'homme chargé de la liaison avec lui. Ian Grey écrit :

 

« Le journal que les secrétaires de Lénine ont tenu du 21 novembre 1922 au 6 mars 1923 contient jour après jour les détails de son travail, de ses visites, de sa santé et, après le 13 décembre, il contient ses moindres actions. Lénine, la jambe et le bras droits paralysés, devait alors rester au lit, coupé des affaires gouvernementales et, en fait, du monde extérieur. Les médecins interdisaient qu'on le dérange. Incapable de renoncer aux habitudes du pouvoir, Lénine se battait pour obtenir les dossiers qu'il vou­lait. Il s'appuyait sur sa femme, Kroupskaïa, sa soeur, Maria Ilyichna et trois ou quatre secrétaires. » (5)

 

Habitué à diriger tous les aspects essentiels de la vie du Parti et de l'Etat, Lénine tenta désespérément d'intervenir dans les débats dont, physiquement, il ne pouvait plus maîtriser tous les éléments. Les médecins lui interdirent tout travail politique, ce qui l'agaçait fortement. Sentant sa fin proche, Lénine chercha à régler des questions qu'il jugeait essentielles mais qu'il ne maîtrisait plus. Le bureau politique lui interdisait tout travail politique stressant, mais sa femme s'efforçait de lui procurer les documents qu'il demandait. Tout médecin ayant connu de telles situations dira que des conflits psychologiques et personnels pénibles étaient inévitables. Vers la fin de décembre 1922, Kroupskaïa avait écrit une lettre que Lénine lui avait dictée. Staline l'en réprimanda par téléphone. Elle se plaignit auprès de Lénine et de Kaménev. « Je sais mieux que les médecins ce qu'on peut dire et ne pas dire à Ilyich, parce que je sais ce qui le dérange et ce qui ne le dérange pas et de toute façon, je sais cela mieux que Staline. » (6) A propos de cette période, Trotski écrit :

 

« Au milieu de décembre 1922, la santé de Lénine empira de nouveau. Staline agit immédiatement pour tirer profit de la situation en cachant à Lénine une grande partie des informations centralisées au secrétariat du Parti. Il s'efforçait de l'isoler. Kroupskaïa faisait tout ce qu'elle pouvait pour défendre le malade contre ces manoeuvres hostiles. » (7)

 

Ce sont des paroles inqualifiables, dignes d'un intrigant. Les médecins avaient défendu que Lénine reçoive des rapports, et voilà que Trotski accuse Staline de procéder à des « manoeuvres hostiles » contre Lénine et de lui « cacher des informations » ! C'est dans ces circonstances que, du 23 au 25 décembre 1922, a été dicté ce que les ennemis du communisme appellent « le testament de Lénine ». Ces notes sont suivies d'un post-scriptum daté du 5 janvier 1923. Les auteurs bourgeois font grand cas de ce prétendu « testament » de Lénine dont le but aurait été d'éliminer Staline en faveur de Trotski. Henri Bernard, professeur émérite de l'Ecole royale militaire, écrit :

 

« Trotski devait normalement succéder à Lénine. Lénine pensait à lui comme successeur. Il trouvait Staline trop brutal. » (8)

 

Le trotskiste américain Max Eastman publia en 1925 le « testament » accompagné de propos élogieux à l'adresse de Trotski. A cette époque, Trotski se vit obligé de publier une mise au point dans la revue Bolchevik où il dit :

 

« Eastman affirme que le Comité central a caché le prétendu 'Testament' au Parti ; on ne peut appeler cela autrement qu'une calomnie contre le Comité central de notre Parti.(...) Vladimir Ilyitch n'a laissé aucun 'testament' et le caractère même de ses rapports avec le Parti, ainsi que le ca­ractère du Parti lui-même exclut toute idée de 'testament'. Généralement, la presse des émigrés et la presse étrangère bourgeoise et menchevique désignent sous ce nom, en la déformant au point de la rendre méconnaissable, une des lettres de Vladimir Ilyitch qui contient des conseils d'ordre organisationnel. Le XIIIe Congrès du Parti l'a traitée avec la plus grande attention. Tout le bavardage selon lequel on a caché ou rejeté un 'Testament' sont des inventions malveillantes. » (9)

 

Quelques années plus tard, ce même Trotski, dans son autobiographie, poussera des cris d'indignation à propos du « Testament de Lénine que l'on cache au Parti » ! (10)

 

Venons-en à ces fameuses notes que Lénine dicta entre le 23 décembre 1922 et le 5 janvier 1923. Lénine propose d'élargir le Comité central « à une centaine de membres  » :

 

« Ce serait nécessaire pour accroître l'autorité du Comité central et pour améliorer sérieusement notre appareil, ainsi que pour empêcher que les conflits de certains petits groupes du Comité central puissent prendre une trop grande importance. Notre Parti peut bien demander pour le Comité central 50 à 100 membres à la classe ouvrière. »

 

Il s'agit de « mesures à prendre contre la scission » :

 

« Le point essentiel dans le problème de la cohésion, c'est l'existence de membres du Comité central tels que Staline et Trotski. Les rapports entre eux constituent à mon sens le principal danger de cette scission. »

 

Voilà pour la partie « théorique ». Ce texte est d'une incohérence étonnante, manifestement dicté par un homme malade et diminué. En quoi cinquante à cent ouvriers, ajoutés au Comité central, pourraient-ils « accroître son autorité » ou diminuer le danger de scission ? Ne disant rien des conceptions politiques et des conceptions du Parti de Staline et de Trotski, Lénine affirme que ce sont les rapports personnels entre ces deux dirigeants qui menacent l'unité. Puis Lénine émet des « jugements » sur les cinq principaux dirigeants du Parti. Nous les citons presque intégralement.

 

« Le camarade Staline, devenu secrétaire général, a concentré entre ses mains un pouvoir démesuré, et je ne suis pas sûr qu'il puisse toujours s'en servir avec assez de circonspection.  

 

D'autre part, le camarade Trotski, comme l'a déjà montré sa lutte contre le Comité central dans la question du Commissariat du peuple des voies de communication, ne se fait pas remarquer seulement par des capacités éminentes. Il est peut-être l'homme le plus capable de l'actuel Comité central, mais il pèche par excès d'assurance et par un engouement exagéré pour le côté purement administratif des choses.

 

Ces deux qualités des deux chefs éminents du Comité central actuel seraient capables d'amener incidemment la division.(...) Je me contenterai de rappeler que l'épisode d'octobre de Zinoviev et de Kaménev n'était assurément pas un fait accidentel, mais qu'il ne faut pas davantage leur imputer ce crime à titre personnel que le non-bolchévisme de Trotski.

 

Boukharine n'est pas seulement un théoricien de très haute valeur, parmi les plus marquants du Parti : il jouit à bon droit de l'affection du Parti tout entier. Cependant, ses vues théoriques ne peuvent être tenues pour parfaitement marxistes qu'avec la plus grande réserve, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n'a jamais étudié et, je le présume, n'a jamais compris entièrement la dialectique). »

 

Remarquons tout d'abord que le premier dirigeant à être nommé par Lénine est Staline, « cet empirique destiné à jouer des rôles de deuxième et de troisième ordre », comme le dit Trotski. (11) Trotski dira encore :

 

« Le sens du Testament est la création de conditions qui m'auraient donné la possibilité de devenir remplaçant de Lénine, d'être son successeur. » (12)

 

Or, rien de semblable ne figure dans ces brouillons de Lénine. Grey dit ajuste titre :

 

« Staline émerge dans la meilleure lumière. Il n'a rien fait pour salir son bilan politique. Le seul point d'interrogation est : pourra-t-il faire preuve d'un bon jugement dans l'exercice des larges pouvoirs concentrés dans ses mains ? » (13)

 

En ce qui concerne Trotski, Lénine note quatre défauts majeurs : il a des côtés fort mauvais, comme l'a montré sa lutte contre le Comité central dans l'affaire de la « militarisation des syndicats » ; il a une idée exagérée de lui-même ; il aborde les problèmes de façon bureaucratique et son non-bolchevisme n'est pas un fait accidentel. Sur Zinoviev et Kaménev, la seule chose que Lénine retient est que leur trahison au moment de l'insurrection n'était pas un hasard. Boukharine est un grand théoricien... dont les idées ne sont pas parfaitement marxistes, mais plutôt scolastiques et non dialectiques !

 

Lénine a dicté ces notes dans l'intention d'éviter une scission à la direction. Mais les propos qu'il tient à l'adresse des cinq dirigeants principaux semblent faits pour miner leur prestige et pour les brouiller entre eux. Lorsqu'il dicta ces lignes, « Lénine se sentait mal », écrit Fotieva, sa secrétaire, et « les médecins s'opposèrent aux entretiens de Lénine avec sa secrétaire et la sténographe ». (14)

 

Puis, dix jours plus tard, Lénine dicta un « complément » qui fait apparemment référence à la réprimande que Staline avait adressée à Kroupskaïa douze jours auparavant.

 

« Staline est trop brutal et ce défaut parfaitement tolérable dans notre milieu et dans les relations entre nous, communistes, ne l'est plus dans les fonctions de secrétaire général. Je propose donc aux camarades d'étudier un moyen pour démettre Staline de ce poste et pour nommer à sa place une autre personne qui n'aurait en toutes choses sur le camarade Staline qu'un seul avantage, celui d'être plus tolérant, plus loyal, plus poli et plus attentif envers les camarades, d'humeur moins capricieuse, etc. Ces traits peuvent sembler n'être qu'un infime détail. Mais, à mon sens, pour nous préserver de la scission et en tenant compte de ce que j'ai écrit plus haut sur les rapports de Staline et de Trotski, ce n'est pas un détail, ou bien c'en est un qui peut prendre une importance décisive. »

 

Gravement malade, à moitié paralysé, Lénine est de plus en plus dépendant de sa femme. Quelques mots trop rudes de Staline à Kroupskaïa l'amènent à demander la démission du secrétaire général. Pour le remplacer par qui ? Par un homme qui a toutes les qualités de Staline et « un seul avantage » en plus: être plus tolérant, poli et attentif ! Il ressort clairement du texte que Lénine ne pense surtout pas à Trotski. A qui alors ? A personne. La « brutalité » de Staline est « parfaitement tolérable entre communistes »... mais elle ne l'est pas « en sa fonction de secrétaire général ». Pourtant, à l'époque, le secrétaire général s'occupait essentiellement des questions d'organisation interne du parti !

 

En février 1923, « l'état de Lénine avait empiré, il souffrait de violents maux de tête. Le médecin lui avait catégoriquement défendu la lecture des journaux, les visites et les informations politiques. Vladimir Ilyitch demanda le compte rendu du Xe Congrès des Soviets. On ne le lui donna pas et cela le chagrina beaucoup ». (15) Apparemment, Kroupskaïa essaya de se procurer les documents que Lénine demandait. Dimitrievsky rapporta un nouvel incident entre elle et Staline :

 

« Comme Kroupskaïa lui téléphonait une fois encore pour obtenir de lui quelque information, Staline lui répondit dans un langage outrageant. Kroupskaïa, tout en larmes, alla immédiatement se plaindre à Lénine. Celui-ci, dont les nerfs étaient déjà tendus au plus haut point, ne put se contenir plus longtemps. » (16)

 

Le 5 mars, Lénine dicta une nouvelle note :

 

« Respecté camarade Staline. Vous avez eu la rudesse de convoquer ma femme au téléphone pour la réprimander. Je n'ai pas l'intention d'oublier aussi vite ce qui est fait contre moi, et inutile de souligner que je considère que ce qui est fait contre ma femme est fait aussi contre moi. Pour cette raison, je demande que vous pesiez sérieusement si vous acceptez de retirer ce que vous avez dit et de présenter vos excuses, où si vous préférez rompre les relations entre nous. Lénine. » (17)

 

Il est assez pénible de lire cette lettre privée d'un homme qui est physiquement à bout. Kroupskaïa elle-même demanda à la secrétaire de ne pas transmettre cette note à Staline. (18) Ce sont d'ailleurs les dernières lignes que Lénine a pu dicter : le lendemain, il eut un grave accès de sa maladie et il fut incapable de tout travail pour le reste de ses jours. (19)

 

Que Trotski se voie obligé d'exploiter les paroles d'un malade au bord de la paralysie totale montre bien la physionomie morale de cet individu. En effet, en véritable faussaire, Trotski a présenté ce texte comme la preuve finale que Lénine l'avait bel et bien choisi comme successeur ! Il écrit :

 

« Cette note, le dernier texte de Lénine, est en même temps la conclusion définitive de ses relations avec Staline. » (20)

 

Des années plus tard, en 1927, l'opposition unifiée de Trotski, Zinoviev et Kaménev tenta une nouvelle fois d'utiliser le « testament » contre la direction du Parti. Dans une déclaration publique, Staline put alors dire ceci :

 

« Les opposants ont soulevé ici une grande clameur et ils ont prétendu que le Comité central du Parti a 'caché' le 'Testament' de Lénine. Cette question a été traitée plusieurs fois lors des plénums du Comité central et de la Commission centrale de contrôle. (Une voix : 'Des milliers de fois !') Il a été prouvé et encore prouvé que personne ne cache quoi que ce soit, que ce 'testament' de Lénine fut adressé au XIIIe Congrès, que ce 'Testament' a été lu à ce Congrès (Une voix : 'Absolument') et que le Parti a décidé à l'unanimité de ne pas le publier, entre autres parce que Lénine lui-même ne l'avait pas voulu et souhaité. » « On dit que, dans ce 'Testament', Lénine a proposé qu'on discute, au vu de la 'grossièreté' de Staline, si on ne pouvait pas remplacer Staline comme secrétaire général par un autre camarade. Cela est tout à fait exact. Oui, camarades, je suis grossier envers ceux qui brisent et divisent le Parti de façon grossière et traîtresse. Déjà lors de la première session du plénum du Comité central après le XIIIe Congrès, j'ai demandé que le plénum me décharge de ma fonction de secrétaire général. Le Congrès lui-même avait traité de cette question. Chaque délégation a traité cette question et toutes les délégations, parmi lesquelles Trotski, Zinoviev et Kaménev, ont obligé Staline à rester à son poste. Une année plus tard, j'ai adressé à nouveau une demande au plénum pour me décharger de ma fonction, mais on m'a obligé à nouveau de rester à mon poste. » (21)

 

Comme si toutes ces intrigues autour du « testament » ne suffisaient pas, Trotski n'a pas hésité, à la fin de sa vie, à accuser Staline d'avoir tué Lénine !

 

Pour étayer cette révélation inqualifiable, il avance comme seul et unique argument « sa ferme conviction » !

Dans son livre Staline, Trotski écrit :

 

« Quel fut le rôle réel de Staline au temps de la maladie de Lénine ? Le 'disciple' ne fit-il rien pour hâter la mort de son 'maître' ? (...) Seule la mort de Lénine pouvait laisser la voie libre pour Staline. (...) Je suis fermement convaincu que Staline n'aurait pu attendre passivement alors que son destin était enjeu. » (22)

 

Bien sûr, Trotski ne nous fournit aucune preuve à l'appui de cette accusation, mais il nous apprend toutefois comment l'idée lui est venue...

 

« Vers la fin de février 1923, à une réunion du bureau politique, Staline nous informa que Lénine l'avait fait soudainement appeler et lui avait demandé du poison. Il considérait son état désespéré, prévoyait une nouvelle attaque, n'avait pas confiance en ses médecins. Ses souffrances étaient intolérables. »

 

A l'époque, en écoutant cette communication de Staline, Trotski faillit démasquer le futur assassin de Lénine ! Il écrit :

 

« L'expression du visage de Staline me sembla extraordinairement énigmatique. Un sourire malsain errait sur son visage comme sur un masque. »

 

Suivons donc l'inspecteur Clouseau-Trotski dans son enquête. Nous apprenons ceci :

 

« Pourquoi Lénine, qui à ce moment se méfiait extrêmement de Staline, s'adressa-t-il à lui pour une telle requête ? Lénine voyait en Staline le seul homme capable de lui apporter du poison parce qu'il avait un intérêt direct à le faire. Il connaissait les sentiments réels de Staline à son égard. » (23)

 

Essayez d'écrire, avec ce genre d'arguments, un livre accusant le prince Albert d'avoir empoisonné le roi Baudouin : « Il avait un intérêt direct à le faire. » Vous serez condamné à la prison. Trotski, lui, peut se permettre des bassesses inqualifiables pour calomnier le principal chef communiste, et toute la bourgeoisie le félicite pour « sa lutte sans bavure contre Staline » ! (24)

 

Voici maintenant le point d'orgue de l'enquête criminelle du fin limier, le détective Trotski :

 

« J'imagine que les choses se passèrent à peu près de la sorte. Lénine demanda du poison à la fin de février 1923. Vers l'hiver, l'état de Lénine commença à s'améliorer lentement. L'usage de la parole revenait. Staline voulait le pouvoir. Le but était proche, mais le danger émanant de Lénine était plus proche encore. Staline dut prendre la résolution qu'il était impératif d'agir sans délai. Si Staline envoya le poison à Lénine après que les médecins eurent laissé entendre à demi-mot qu'il n'y avait plus d'espoir, ou s'il eut recours à des moyens plus directs, je l'ignore. » (25)

 

Même les mensonges de Trotski sont mal conçus : s'il n'y avait plus d'espoir, pourquoi Staline devait-il « assassiner » Lénine ?

 

Du 6 mars 1923 jusqu'à sa mort, Lénine fut presque sans interruption paralysé et privé de la parole. Sa femme, sa soeur et ses secrétaires étaient à son chevet. Lénine n'aurait pas pu prendre du poison sans qu'elles le sachent. Les bulletins médicaux de cette période expliquent parfaitement que la mort de Lénine était inexorable. La façon dont Trotski a fabriqué ses accusations contre « Staline, l'assassin », ainsi que la manière dont il a utilisé frauduleusement le prétendu « testament » discréditent complètement toute son agitation contre Staline.

 

Notes : (1) Ian Grey, Stalin, Man of History, Abacus, Sphere Books Ltd, 1982, Great Britain, p. 151. (Retour) (2) Lénine, Oeuvres, Tome XXXIII, Moscou, 1963, pp.320-321. (Retour) (3) Grey, op.cit., p.159. (Retour) (4) Ibidem, p.171. (Retour) (5) Ibidem, p. 172. (Retour) (6) Ibidem, p. 173. (Retour) (7) Trotski, Ma vie, Gallimard, Livre de Poche, 1966, p. 260. (Retour) (8) Henri Bernard, Le communisme et l'aveuglement occidental, Ed. Grisard, Soumagne, Belgique, 1982, p.48. (Retour) (9) Staline, Werke 10, Rede 23 Oktober 1927, Dietz-Verlag, 1950, p.152. Voir aussi : Gérard Walter, Lénine, éd. Albin Michel, 1971, p.472. (Retour) (10) Trotski, Ma vie, op.cit., p.54. (Retour) (11) Ibidem, p.583. (Retour) (12) Ibidem, p.552. (Retour) (13) Gray, op.cit., p.176. (Retour) (14) Fotieva, Souvenirs sur Lénine, Ed. Moscou, non daté, pp.152-153. (Retour) (15) Ibidem, pp. 173-174. (Retour) (16) Trotski, Staline, Union Générale d'Editions, coll. 10-18, Paris, 1979, p.261. (Retour) (17) Grey, op.cit., p.179. (Retour) (18) Ibidem, p.179. (Retour) (19) Fotieva, op.cit., p.175. (Retour) (20) Trotski, Staline, II, p.262. (Retour) (21) Staline, op.cit., pp.151, 153. (Retour) (22) Trotski, Staline, II, pp.258, 264, 273. (Retour) (23) Ibidem, p.266. (Retour) (24) Bernard, op.cit., p.53. (Retour) (25) Trotski, Staline, II, p.273. (Retour)

Trotski : petit bréviaire et prophéties

(Passages extraits du livre Un autre regard sur Staline)

En 1923, dans sa lutte pour prendre le pouvoir au sein du Parti bolchevik, Trotski lance une deuxième offensive. Il cherche à évincer les vieux cadres du Parti au profit de jeunes qu’il espère pouvoir manipuler. Pour préparer la prise de pouvoir à la direction du Parti, Trotski retourne presque mot pour mot aux conceptions antiléninistes du Parti qu’il avait développées en 1904.

De son livre Nos tâches politiques, publié en 1904, à sa brochure Cours nouveau, écrite en 1923, nous retrouvons une même hostilité aux principes que Lénine a définis pour la construction du parti.

Ceci montre bien la persistance des conceptions petites-bourgeoises de Trotski.

En 1904, Trotski avait combattu avec une virulence particulière la conception léniniste du parti. Il avait traité Lénine de « scissionniste fanatique », de « révolutionnaire démocrate bourgeois », de « fétichiste de l’organisation », de partisan du « régime de caserne » et de la « mesquinerie organisationnelle », de « dictateur voulant se substituer au Comité central », de « dictateur voulant instaurer la dictature sur le prolétariat » pour qui « toute immixtion d’éléments pensant autrement est un phénomène pathologique ». (Trotski, Nos tâches politiques, Ed. pierre Belfond, Paris, 1970, pp. 40, 195, 204, 159, 39, 128, 198 et 41.) Le lecteur aura remarqué que tout ce verbiage haineux n’était pas adressé à l’infâme Staline, mais au maître adoré, Lénine. Ce livre que Trotski publia en 1904 est crucial pour comprendre son idéologie. Il s’y fait connaître comme un individualiste bourgeois invétéré. Toutes les calomnies et les insultes qu’il déversera pendant plus de vingt-cinq ans sur Staline, il les a crachées dans cet ouvrage à la figure de Lénine.

Trotski s’est acharné à peindre Staline comme un dictateur régnant sur le Parti. Or, lorsque Lénine créa le Parti bolchévik, Trotski l’accusa d’instaurer une « théocratie orthodoxe » et un « centralisme autocrate-asiatique » (Ibidem, pp. 97 et 170.)

Trotski n’a cessé d’affirmer que Staline a adopté une attitude pragmatique envers le marxisme qu’il a réduit a des formules toutes faites. En 1904, critiquant l’ouvrage Un pas en avant…, Trotski écrit :

« On ne peut manifester plus de cynisme à l’égard du meilleur patrimoine idéologique du prolétariat que ne le fait le camarade Lénine ! Pour lui, le marxisme n’est pas une méthode d’analyse scientifique. » (Ibidem, p. 160.)

Dans son livre de 1904, Trotski inventa le terme « substitutionnisme » pour attaquer le parti de type léniniste et sa direction.

« Le groupe des ‘révolutionnaires professionnels’ agissait à la place du prolétariat. » « L’organisation se ‘substitue au parti’, le Comité central à l’organisation et finalement, le dictateur se substitue au Comité central. » (Ibidem, pp. 103 et 128.)

Or, en 1923, souvent dans les mêmes termes qu’il utilisa contre Lénine, Trotski s’attaque à la direction du Parti bolchevik et à Staline.

« L’ancienne génération s’est habituée et s’habitue à penser et à décider pour le parti. » Trotski note « une tendance de l’appareil à penser et à décider pour l’organisation toute entière ». (Trotski, Cours nouveau, Union Générale d'Editions, coll. 10-18, Paris, 1972, pp. 21 et 158.)

(…) En 1904, Trotski accusa Lénine d’être un bureaucrate qui faisait dégénérer le Parti en organisation révolutionnaire-bourgeoise. Lénine est aveuglé devant « la logique bureaucratique de tel ou tel ‘plan’ organisationnel », mais « le fiasco du fétichisme organisationnel » est certain.

« Le chef de l’aile réactionnaire de notre Parti, le camarade Lénine, donne de la social-démocratie une définition qui est un attentat théorique contre le caractère de classe de notre parti. » Lénine « a formulé une tendance qui s’est dessinée dans le Parti, la tendance révolutionnaire-bourgeoise ». (Trotski, Nos tâches politiques, pp. 204, 192, 195.)

En 1923, contre Staline, Trotski dit la même chose, mais sur un ton plus modéré…

« La bureaucratisation menace de provoquer une dégénérescence plus ou moins opportuniste de la vieille garde. » (Trotski, Cours nouveau, p. 25.)

En 1904, le bureaucrate Lénine était accusé de « terroriser » le Parti.

« La tâche de l’Iskra (journal de Lénine) consistait à terroriser théoriquement l’intelligentsia. Pour les sociaux-démocrates éduqués à cette école, l’orthodoxie est quelque chose de très proche de cette ‘Vérité’ absolue qui inspirait les Jacobins (révolutionnaires bourgeois). La Vérité orthodoxe prévoit tout. Celui qui conteste cela doit être exclu ; celui qui en doute est près d’être exclu. » (Trotski, Nos tâches politiques, p. 190.)

En 1923, Trotski lance un appel à « remplacer les bureaucrates momifiés » afin que « personne désormais n’ose plus terroriser le Parti ». (Trotski, Cours nouveau, p. 154.)

Pour conclure, ajoutons que la brochure Cours nouveau nous fait connaître Trotski également comme un arriviste sans principes et sans scrupules. En 1923, pour prendre le pouvoir au sein du Parti bolchevik, Trotski veut « liquider » la vieille garde bolchevique qui connaît trop bien son passé d’opposant aux idées de Lénine. Aucun vieux bolchevik n’était prêt à abandonner le léninisme pour le trotskisme. D’où la tactique de Trotski : il déclare que les vieux bolcheviks « dégénèrent » et il flatte la jeunesse qui ne connaît pas son passé antiléniniste. Sous le mot d’ordre de « démocratisation » du Parti, Trotski veut mettre à la direction des jeunes qui le soutiennent.

Or, dix ans plus tard, lorsque des hommes comme Zinoviev et Kaménev auront complètement dévoilé leur caractère opportuniste, Trotski déclarera qu’ils représentent « la vieille garde bolchevique » persécutée par Staline et il se liera à ces opportunistes en invoquant le passé glorieux de la « vieille garde » ! [pp. 45-47.]

Trotski s'est efforcé de dénigrer systématiquement le passé révolutionnaire de Staline et presque tous les auteurs bourgeois ont repris ses médisances. Trotski déclare :

« Staline est la plus éminente médiocrité de notre parti. » (Trotski, Ma vie, Gallimard, Livre de Poche, 1966, p. 590.)

Lorsque Trotski parle de « notre parti », c'est de l'escroquerie : il n'a jamais appartenu à ce parti bolchévik que Lénine, Zinoviev, Staline, Sverdlov et d'autres ont forgé entre 1903 et 1917. Trotski entra au parti en juillet 1917.

Il écrit aussi :

« Pour les affaires courantes, Lénine s'en remit à Staline, à Zinoviev ou à Kaménev. Je ne valais rien pour faire des commissions. Lénine avait besoin, dans la pratique, d'adjoints dociles ; dans ce rôle, je ne valais rien. » (Trotski, Ma vie, Gallimard, Livre de Poche, 1966, p. 590.)

Cela ne dit vraiment rien sur Staline, mais tout sur Trotski : il prête à Lénine sa propre conception aristocratique et bonapartiste du Parti, un chef entouré d'adjoints dociles qui traitent les affaires courantes !  [p. 27]

En décembre [1918], la situation se détériora gravement dans l'Oural à cause de l'avancée des troupes réactionnaires de Koltchak. Staline fut envoyé avec les pleins pouvoirs pour mettre fin à l'état catastrophique de la Troisième armée et pour la purger des commissaires incapables. Dans son enquête sur place, Staline critiqua la politique de Trotski et de Vatsetis. au Huitième Congrès en mars 1919, Trotski fut critiqué par de nombreux délégués pour ses "attitudes dictatoriales", son "adoration pour les spécialistes militaires" et ses "torrents de télégrammes mal conçus". (Ian Grey, Stalin, Man of History, Abacus, Sphere Books Ltd, 1982, Great Britain, p. 128.) [p. 31]

En novembre 1919, Staline et Trotski reçurent pour leurs exploits militaires l'Ordre du Drapeau Rouge, une distinction nouvellement crée. Lénine et le Comité central estimaient que les mérites de Staline,  dans la direction de la lutte armée aux endroits les plus difficiles, égalaient ceux de Trotski qui avait organisé et dirigé l'Armée rouge au niveau central. Mais pour mieux faire ressortir sa propre grandeur, Trotski écrit :

« Pendant toute la durée de la guerre civile, Staline resta une figure de troisième ordre. » (Trotski, Staline, Tome II, Union Générale d'Editions, coll. 10-18, Paris, 1979, p. 224.)

McNeal, qui est souvent plein de parti pris contre Staline, écrit à ce propos :

« Staline avait émergé comme un chef politique et militaire dont la contribution à la victoire rouge ne le cédait qu'à celle de Trotski. Staline avait joué un moindre rôle que son rival dans l'organisation générale de l'Armée rouge, mais il avait été plus important en dirigeant des fronts cruciaux. Si sa réputation comme héros était loin derrière celle de Trotski, ce n'était pas tellement en raison du mérite objectif de ce dernier mais plutôt du manque de sens d'auto-publicité chez Staline. » (McNeal, Stalin, Macmillan Publishers, London, 1988, p. 63.) [p. 32]

Voici ce que Trotski écrit fin 1934, juste après l'assassinat de Kirov, lorsque Zinoviev et Kaménev furent exclus du Parti et renvoyés en exil intérieur.

« Comment a-t-il pu se faire que précisément aujourd'hui, après toutes les réussites économiques, après l'abolition des classes en URSS, selon les assurances officielles, comment a-t-il pu se faire que de vieux bolcheviks aient pu se poser pour tâche la restauration du capitalisme ? Des sots manifestes seraient seuls capables de croire que des rapports capitalistes, c'est-à-dire la propriété privée des moyens de production, y compris la terre, pourraient être rétablis en URSS, par la voie pacifique et mener au régime de la démocratie bourgeoise. En réalité, le capitalisme ne pourrait – s'il le pouvait en général – se régénérer en Russie qu'en résultat d'un violent coup d'Etat contre-révolutionnaire qui exigerait dix fois plus de victimes que la révolution d'Octobre et la guerre civile. » (28 décembre 1934 ; Trotski, L’appareil policier du stalinisme, Union Générale d'Editions, coll. 10-18, Paris, 1976, pp. 26-27.)

Après avoir lu ce texte, une première réflexion s'impose. Trotski a mené, de 1922 à 1927, une lutte obstinée, axée sur la thèse de l'impossibilité de la construction du socialisme dans un seul pays, l'URSS. Or, cet individu sans scrupules vient déclarer en 1934 que le socialisme est si solidement établi en Union soviétique, qu'il faudrait des dizaines de millions de morts pour le renverser !

Ensuite, Trotski fait semblant de défendre les « vieux bolchéviks ». Mais les positions des « vieux bolchéviks » Zinoviev et Kaménev étaient diamétralement opposées à celles de ces autres « vieux bolchéviks » Staline, Kirov, Molotov, Kaganovitch et Jdanov. Ces derniers ont clairement montré que, dans la lutte des classes âpre qui se développait en Union soviétique, les positions opportunistes de Zinoviev et Kaménev ouvraient la voie aux anciennes classes exploiteuses et aux nouveaux bureaucrates.

Trotski avance un argument démagogique mille fois utilisé par la bourgeoisie : C'est un vieux révolutionnaire, comment aurait-il pu changer de camp ? Kroutchev le reprendra textuellement dans son Rapport secret.

Pourtant, Kautsky, qu'on appelait l'enfant spirituel de Marx et d'Engels, devint bel et bien, après la mort des fondateurs du socialisme scientifique, le principal renégat du marxisme. Martov était parmi les pionniers du marxisme en Russie et participa à la création des premières organisations révolutionnaires ; pourtant, il sera un des chefs de file des menchéviks et se battra contre la révolution socialiste dès octobre 1917. Et que dire des « vieux bolchéviks » Khrouchtchev et Mikoyan, qui ont effectivement engagé l'Union soviétique dans la voie de la restauration capitaliste ?

Trotski affirme que la contre-révolution n'est possible que par un bain de sang qui coûtera plus de quatre-vingts millions de morts. (!) Il prétend donc que le capitalisme ne peut pas être restauré « de l'intérieur » par le pourrissement politique interne du Parti, par l'infiltration ennemie, la bureaucratisation, la social-démocratisation du Parti. Pourtant, Lénine avait déjà insisté sur cette possibilité. [p. 152-153]

« La situation militaire en Russie est contradictoire. d'un côté, nous avons une population de 170 millions d'habitants réveillés par la plus grande révolution de l'histoire, qui possède une industrie de guerre plus ou moins développée. D'un autre côté, nous avons un régime politique qui paralyse toutes les forces de cette nouvelle société. Je suis sûr d'une chose : le régime politique ne survivra pas à la guerre. Le régime social qui est la nationalisation de la production, est incomparablement plus puissant que le régime politique qui est despotique. Les représentants du régime politique, la bureaucratie, sont effrayés par la perspective de la guerre parce qu'ils savent mieux que nous qu'ils ne survivront pas à la guerre en tant que régime. » (23 juillet 1939 ; Trotski, La lutte antibureaucratique en URSS, Union Générale d'Editions, coll. 10-18, Paris, 1975, pp. 159-160.)

A nouveau, nous avons d'un côté "les 170 millions", les "bons" citoyens qui ont tous été réveillés grâce à la révolution. On se demande bien par qui, si ce n'est par le Parti bolchevik et par Staline : la grande masse paysanne n'était nullement "éveillée" au cours des années 1921-1928... Ces "170 millions" possèdent une "industrie de guerre développée". Comme si ce n'est pas la politique de l'industrialisation et de la collectivisation, proposée par Staline et réalisée grâce à sa volonté de fer, qui a permis de créer en un temps record les entreprises d'armement ! Grâce à sa ligne correcte, à sa volonté, à sa capacité d'organisation, le régime bolchévik a éveillé toutes les forces populaires de la société, maintenues jusqu'alors dans l'ignorance, la superstition, le travail individuel primitif. Mais selon les dires du provocateur qu'est devenu Trotski, ce régime bolchevik paralyse toutes les forces de la société ! Et Trotski de faire une de ses nombreuses prophéties loufoques : il est sûr que le régime bolchevik ne survivra pas à la guerre ! [p. 216-217]

 

Un cours de trois jours à l’Université marxiste d’été : Le trotskisme, une doctrine anti-marxiste ?

L’Institut d’Études marxistes vient de publier le livre du marxiste indien Harpal Brar, Trotskisme ou léninisme ? Du 19 au 22 août, Johnny Coopmans donnera un cours, basé sur ce livre et intitulé Le trotskisme, une doctrine antimarxiste ? Interview des auteurs par Maria McGavigan, 13-06-2003

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Harpal Brar. En 1993, quand il a été publié, l’Union soviétique venait de s’effondrer et on assistait à un flot inouï de propagande contre les réalisations du premier pays socialiste de l’histoire. Curieusement, la plupart de ces calomnies datent des années trente et du début des années quarante. Beaucoup ont leur origine dans les écrits de Léon Trotski, cet éternel opposant du parti communiste soviétique.

Tous ces mensonges ont été réfutés en leur temps, de telle sorte qu’à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale bien peu de gens s’aventuraient sur le chemin du trotskisme. Personne ne se souvient de cela aujourd’hui.

Or, il se fait qu’au début des années 90, certains communistes britanniques qui prétendaient défendre le "vrai" marxisme ont aussi commencé à attaquer Staline et l’Union soviétique… en reprenant les arguments de Trotski ! Ces attaques sonnaient le glas de l’ensemble de l’héritage marxiste, de Lénine et de Marx lui-même. Pour relancer le mouvement communiste, on allait devoir évacuer toutes ces calomnies.

Pourquoi était-il important de publier ce livre en français ? Les situations en France et en Grande Bretagne ne sont-elles pas très différentes ?

Johnny Coopmans. Personnellement, le livre m’a appris beaucoup de choses que je ne savais pas. Par exemple, qu’en 1929, Trotski a été trois jours de suite à la une du Daily Express, le plus grand quotidien britannique, avec une série d’articles pour lesquels il a été grassement payé. Il s’est vanté d’avoir exigé une liberté absolue, mais il a utilisé cette liberté uniquement pour attaquer l’Union soviétique — il n’y a pas un mot de critique du capitalisme !

En fait, pour ce qui est de l’Europe, c’est en France et en Grande-Bretagne que le trotskisme a le plus d’influence aujourd’hui. En Grande-Bretagne, le Parti communiste, même s’il n’était pas fort électoralement parlant, a longtemps eu un impact très important sur la lutte de classes. Dans les deux pays, les partis communistes se sont détournés du marxisme et n’ont plus d’influence révolutionnaire. En France, les trotskistes ont bâti leurs positions sur l’effondrement du PCF.

Malgré le déclin du PCF, le débat politique en France reste relativement intense. Reconstruire un mouvement révolutionnaire en France sans une compréhension de ce qu’est réellement le trotskisme me paraît impossible. Pour cela, il est important de faire parler les faits, de replacer Trotski, sa politique et son idéologie devant l’histoire.

Harpal Brar. Il faut se rappeler que le PCF a, dès 1956, avalisé les attaques de Khrouchtchev contre Staline, préparant ainsi le terrain aux organisations trotskistes… et à tout le déferlement de propagande anticommuniste qu’on a connu trente-cinq ans plus tard.

Et dans d’autres pays ?

Harpal Brar. Dans certains pays africains, les organisations trotskistes font beaucoup de tort au mouvement révolutionnaire. Au Zimbabwe, par exemple, où le gouvernement est très attaqué par l’ancienne métropole britannique pour sa politique d’expropriation des fermiers blancs, il existe un mouvement populaire, anti-impérialiste, particulièrement vivant. Il y a un député trotskiste au Parlement. Celui-ci n’a rien trouvé de mieux que de s’allier avec le très réactionnaire MDC (Mouvement pour un changement démocratique). Il joue un rôle objectivement contre-révolutionnaire.

Dire que les trotskistes sont des contre-révolutionnaires, ce n’est pas exagéré ?

Harpal Brar. Pas du tout. Ils sabotent le mouvement anti-impérialiste et révolutionnaire au Nigeria également, et dans certaines anciennes colonies françaises de l’Afrique de l’Ouest. Et ils emploient le même genre d’argument que ceux que Trotski a utilisés dans les années 1920 : il faut faire une révolution socialiste tout de suite, dirigée par la classe ouvrière, sans l’appui des paysans… Alors que le premier problème pour tous ces pays est de se libérer de l’impérialisme et de conquérir une réelle indépendance. Regardez les attaques virulentes des trotskistes contre la Cuba socialiste alors même que George W. Bush la menace si pesamment.

Trotski a quand même été un des grands dirigeants de la révolution russe de 1917 ?

Johnny Coopmans. Il a joué un rôle important à un moment donné, effectivement. Mais le livre montre qu’en fait, Trotski s’est opposé pratiquement toute sa vie à tous les dirigeants révolutionnaires. Pas seulement à Staline, mais surtout à Lénine. Il n’a rejoint le Parti communiste qu’en août 1917, deux mois avant la révolution, et il n’a pas fallu beaucoup d’années pour le retrouver de nouveau dans l’opposition, parfois à des moments où la jeune Union soviétique se battait pour sa survie.

Pourquoi un cours ? Ne suffit-il pas de lire le livre ?

Harpal Brar. Suivre un tel cours permet aussi aux jeunes de prendre conscience de l’héritage de notre mouvement. On peut penser que ce n’est pas important, que les trotskistes ne sont jamais arrivés au pouvoir nulle part, qu’à quelques exceptions près ils ne sont pas très influents, mais leurs arguments sont repris par les sociaux-démocrates pour dénigrer le communisme.

Johnny Coopmans. Par les médias aussi (regardez Le Monde et Le Monde Diplomatique par exemple). Un cours a aussi l’avantage d’être quelque chose de collectif : on peut confronter ses propres idées à celles qui se trouvent dans le livre et à celles des autres participants. Cela vous aide à comprendre les enjeux essentiels du marxisme. Le trotskisme utilise une terminologie trompeuse, car elle semble marxiste et révolutionnaire. Combien de jeunes n’ont-ils pas été détournés de la voie révolutionnaire par le trotskisme ? Analyser le trotskisme, c’est apprendre comment construire aujourd’hui un mouvement communiste.

 

Le trotskisme au service de la CIA contre les pays socialistes

(Ludo Martens, 20 octobre 1992)

Après le triomphe de la contre-révolution bourgeoise en Europe de l’Est et en Union soviétique, il ne peut plus guère y avoir de divergences d’opinion parmi les communistes quant à la véritable nature du trotskisme. Le développement du processus contre-révolutionnaire à l’Est et en Union soviétique permet de vérifier la signification de classe du discours que les trotskistes tiennent depuis soixante ans. Il est maintenant facile de voir à travers leur verbiage de gauche, la véritable nature et le véritable but de ce courant. Il suffit simplement de relire les déclarations trotskistes d’il y a deux ou trois ans, pour que la vérité vous saute à la figure. Le trotskisme est un courant idéologique dont le nœud est l’anticommunisme forcené, un courant qui recrute des éléments progressistes de la petite-bourgeoisie pour les endoctriner dans sa ligne anticommuniste, un courant qui ne mène qu’un seul combat avec persévérance, continuité et conviction : le com