A propos de la polémique sino-albanaise

Sommaire :

 

I – Introduction

II – Divergences dans la lutte contre le révisionnisme

A). Les précurseurs du révisionnisme « moderne »

B). Le PCC et le PTA face au titisme

C). Le révisionnisme khrouchtchévien : Khrouchtchev et Brejnev

1). Introduction

2). Le rapprochement de Khrouchtchev et Tito

3). Le XXème congrès du PCUS

4). La contre-révolution hongroise

5). La liquidation du groupe anti-parti Molotov-Malenkov-Kaganovitch

6). Les conférences de Bucarest et Moscou de 1960

7). L’après Moscou

III – Le PCC et le PTA face à l’impérialisme

A). La lutte contre l’impérialisme américain

B). La question de la construction européenne

IV – A propos du Discours sur les dix grands rapports de Mao Zedong

V – Les maoïstes du PCMLM, Gonzalo, le PTB et Enver Hoxha

VI – Pistes pour la lutte contre le révisionnisme et l'unité des communistes.

Dossiers complémentaires :

1° — Textes choisis et présentés sur le révisionnisme de Mao Tsétoung (05/2005)

2° — Caricatures et simplifications maoïstes (09/2005)

3° — La démarcation actuelle entre marxisme-léninisme et opportunisme (L'Émancipation, N°1) et "Crise du marxisme" et révisionnisme (L'Émancipation, N°s 2-3-7) (07/2005)

4° — Du « Parti de Thorez » à la « pensée de Mao »  (11/2004)

5° — L'essence antimarxiste des conceptions philosophiques de la pensée de Mao Zedong (06/2005)

I - Introduction

 

Aujourd’hui, la condamnation des trotskistes et des révisionnistes titistes et khrouchtchéviens paraît naturelle à tout communiste conscient. La question de Staline a en effet été clairement tranchée à la vue des bouleversements qui ont vu déchirer les masques des partisans du communisme autogestionnaire « à visage humain », ceux de la « Glasnost et de la Perestroïka » et de leurs ancêtres khrouchtchéviens, et de tous ceux qui, des décennies durant, n’ont eu de cesse de calomnier Staline, Staline qui dès 1925 avait résumé magistralement les facteurs susceptibles de liquider la révolution en URSS :

 

« Quels sont les dangers de dégénérescence du parti que déterminera la stabilisation du capitalisme si elle se prolonge ? Ces dangers existent-ils vraiment ? Oui, et ils existent indépendamment de la stabilisation, qui ne fait que les rendre plus tangibles. Voici les trois principaux de ces dangers : a)  Perte de la perspective socialiste dans l'organisation de notre pays et, par suite, apparition d'une tendance à liquider les conquêtes de la révolution ; b)  Perte de la perspective révolutionnaire internationale et, partant, apparition du nationalisme ; c)  Disparition de la direction du parti et, partant, possibilité de transformation du parti en appendice de l'appareil étatique. » (Staline, Questions et réponses, Discours prononcé à l'Université Sverdlov  le 9 juin 1925, Les questions du léninisme, édition numérique, tome I, p.135.)

 

Danger qu’il traduisit également sous cette forme :

 

« Ainsi, le triomphe de la déviation de droite dans notre parti entraînerait les conditions multiples nécessaires au rétablissement du capitalisme dans notre pays. » (Staline, Le danger de droite dans le P. C. de l'U.R.S.S., Discours prononcé au Comité élargi du Parti et à la Commission de contrôle de Moscou, le 19 octobre 1928, Les questions du léninisme, édition numérique, tome II, p.101-102.)

 

Ce sont en effet ces trois facteurs, qui, combinés, déterminèrent le triomphe de la contre-révolution qui se caractérisa par : a) l’introduction des « réformes de marché » et la proclamation de « l’État de tout le peuple » qui a conduit à la suppression du contrôle populaire de l’appareil d’État d’où la liquidation de la dictature du prolétariat ; b) la coexistence pacifique khrouchtchévienne élaborée en collusion avec l’impérialisme US pour le partage des zones d’influence ainsi que la résurgence du chauvinisme grand-russe et de ses pendants, les nationalismes locaux ; c) la libéralisation du Parti et la formation d’une caste de cadres « gestionnaires » détachés des masses, nomenklatura formant la base de la restauration capitaliste. La contre-révolution en URSS n’a pas frappé en 1991, mais bien en 1956 sous le masque de « l’anti-stalinisme ». En 1964, malgré avoir repris certaines critiques khrouchtchéviennes concernant Staline, Che Guevara n’en disait pas moins que

 

« C’est dans ce que l’on a appelé les erreurs de Staline que réside la différence entre un comportement révolutionnaire et un comportement révisionniste. Il [Staline] comprend le danger des rapports [de marché] mercantilistes et essaie d’en sortir progressivement en brisant l’opposition. La nouvelle direction [Khrouchtchev] par contre cède aux impulsions de la superstructure et place l’accent sur l’activité mercantile.» (Ernesto Che Guevara, http://www.chez.com/lybertyworld/cheguevara2.htm)

 

Le vieux Honecker, pourtant artisan de la politique révisionniste en RDA, écrivait quant à lui dans ses Notes de prison (1992-1993)  :

 

« Aucune dénégation n'effacera ce fait : le socialisme a été vaincu sous le drapeau d'un combat contre le stalinisme. Le combat contre le communisme avait été mené autrefois sous le drapeau de la lutte anti-bolchevique. » (http://www.comite-honecker.org/26.htm)

 

Il nous est même donné de voir conclure le documentaire vidéo Stalin - Man of Steel de la façon suivante : après que le narrateur ait dit « qu’aujourd’hui encore le personnage de Staline exerce une attraction énigmatique », le fils de Nikita Khrouchtchev, Serguei Khrouchtchev ajoute in-extenso :

 

« Regardez la Russie aujourd'hui. Qui est le héros. Le héros est Staline. Bien sur les démocrates en Russie vous diront que Staline a tué des millions de personnes, mais il a fait de la Russie une superpuissance. »

 

Il est jusqu’à des anarchistes, qui, bien que farouchement opposés à Staline, en sont pourtant arrivé à la conclusion que la chute de l’URSS avait sa source dans la ligne khrouchtchévienne. C’est ainsi qu’Howard Zinn, traitant de la façon dont fut perçu l’effondrement de l’URSS dans les milieux dirigeants des Etats-Unis, fait la réflexion suivante :

 

« Aux États-Unis, le parti républicain prétendit que la politique sans compromis de Reagan et l'augmentation des dépenses militaires avaient provoqué l'effondrement de l'Union soviétique. En fait, les changements avaient commencé bien avant, dès la mort de Staline, en 1953, et en particulier sous la responsabilité de Nikita Khrouchtchev. Un débat plus ouvert avait vu le jour à cette époque. Mais la ligne dure pratiquée par les États-Unis était vite devenue un obstacle à la libéralisation du régime. L'ancien ambassadeur américain en Union soviétique, George Kennan, écrivit que "l'extrémisme pendant la guerre froide avait plus retardé que hâté les grands changements qui ont renversé le régime soviétique à la fin des années 1980." » (Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Editions Agone, 2003, p.665.)

 

Mais il est une autre question toute aussi importante qui est restée en suspens et qui a divisé et continue de diviser aujourd’hui les marxistes-léninistes, ceux qui, dès les années 60, ont critiqué le révisionnisme khrouchtchévien et dénoncé la contre-révolution en URSS. Cette question, c’est celle relative à la polémique ouverte qui a débuté à la fin des années 70 entre les pro-albanais et les pro-chinois.

 

Aujourd’hui encore, cette polémique, loin d’être éteinte, loin d’avoir été solutionnée, divise toujours les révolutionnaires authentiques au sein de chaque pays et le mouvement communiste international dans son ensemble. Il ne s’agit pas ici de « petites divisions », mais de grosses divergences de principes qui vont jusqu’à empêcher tout débat.

 

Or sans unité idéologique, les communistes, incapables de s’unir dans un seul parti communiste authentique reconnu par tous (et à plus forte raison encore de former une internationale marxiste-léniniste), sont condamnés à la division et se privent des moyens d’exercer une action attractive sur le prolétariat, aujourd’hui désemparé, idéologiquement et organisationnellement, récupéré par les partis ouvertement réformistes, révisionnistes et contre-révolutionnaires (tels le PCF et les groupes trotskistes en France) qui trouvent un terrain fertile pour propager leur démagogie là où les communistes authentiques sont désunis et incapables de coordonner des actions communes dans les luttes quotidiennes.

 

La domination du réformisme au sein du mouvement communiste depuis un demi-siècle fait ressortir avec force la pertinence de ces paroles de Staline :

 

« La victoire de la déviation de droite dans les partis communistes des pays capitalistes signifierait la débâcle idéologique des partis communistes et un renforcement intense du social-démocratisme. Or, que signifie le renforcement intense du social-démocratisme ? Cela signifie renforcement et consolidation du capitalisme, la social-démocratie étant le principal rempart du capitalisme au sein de la classe ouvrière. Ainsi, la victoire de la déviation de droite dans les partis communistes des pays capitalistes entraînerait les conditions multiples nécessaires à la conservation du capitalisme. » (Staline, Les questions du léninisme, édition numérique, tome II, p.101.)

 

Dans ce contexte, aujourd’hui plus que jamais, ces paroles de Lénine prennent une résonance particulière :

 

« Sans théorie révolutionnaire, il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire »… « Seul un parti dirigé par une théorie avancée peut s'acquitter du rôle de lutteur d'avant-garde »  (Lénine, cité par Staline, Les questions du léninisme, édition numérique, tome I, p.43.)

 

La faiblesse du mouvement communiste contemporain réside en particulier dans l’éclatement et la faiblesse idéologiques de celui-ci, dans le fait que le prolétariat, privé de son parti d’avant-garde, de son état-major de combat, s’est trouvé désarmé face à l’offensive multiforme, idéologique et économique, généralisée du capital à laquelle s’est joint le chœur des révisionnistes qui s’attachent à déformer notre théorie révolutionnaire.

 

Le but de cet article, qui ne prétend pas à l’exhaustivité, est de dégager les axes majeurs de la polémique sino-albanaise et, par dessus tout, de la replacer face aux principes fondamentaux de notre idéologie marxiste-léniniste. C’est la seule façon pour nous, marxistes-léninistes de faire la pleine lumière sur cette question qui a causé un tord immense à la révolution. C’est ce que ne manquent pas de souligner par exemple les maoïstes du PCMLM en en rejetant intégralement la faute sur le PTA et Enver Hoxha qui aurait « semé une grande confusion dans le mouvement communiste international, amenant à sa décadence quasi-complète. »

 

 

II – Divergences dans la lutte contre le révisionnisme

 

A). Les précurseurs du révisionnisme « moderne »

 

(Retracer sommairement leur histoire nous permettra de voir par la suite comment les révisionnistes « modernes », des titistes aux euro-communistes, en passant par les khrouchtchéviens, se sont parfois réappropriés des idées déjà dénoncées par Marx, Engels puis par Lénine et Staline et nous permettra ainsi de mieux apprécier la lutte menée par le PCC et le PTA contre le révisionnisme.)

 

Depuis que le marxisme est apparu sur la scène politique, à l’ère de la révolution industrielle, la bourgeoisie n’a eu de cesse de le combattre. Aux attaques ouvertement libérales se sont rapidement jointes des attaques des idéologues de la petite-bourgeoisie. Du temps de Marx et Engels, ce furent principalement les partisans de Proudhon, Stirner et Bakounine. On ne peut cependant pas parler de « révisionnisme », puisqu’il s’agissait d’idéologues de l’anarchisme. Il n’y avait nulle « révision » du marxisme. Marx et Engels ne leur en livrèrent pas moins une lutte acharnée du fait qu’ils se prétendaient « socialistes » mais que par leurs théories erronées, ils constituaient une entrave à la conscientisation du prolétariat en prêchant soit le réformisme social opposé à la révolution tel Proudhon, soit un anti-étatisme radical tel Bakounine. Ces deux voies, bien qu’apparemment éloignées, n’en aboutissaient pas moins cependant à la même conclusion : la négation de la dictature du prolétariat. (1) Les anarchistes étaient en outre opposés à la voie de la construction du socialisme par le développement des forces productives, c'est-à-dire l’industrialisation socialiste selon un plan déterminé et opposaient à celle-ci la notion d’entreprises autogérées par les ouvriers.

 

« La principale "accusation" des anarchistes, c'est qu'ils ne tiennent pas les social-démocrates pour des socialistes véritables. Vous n'êtes pas des socialistes, vous êtes des ennemis du socialisme, répètent-ils. Voici ce qu'écrit Kropotkine à ce sujet : "... Nous en arrivons à d'autres conclusions que la plupart des économistes... de l'école social-démocrate (2) ... Nous... allons jusqu'au communisme libre, alors que la plupart des socialistes (lisez : social-démocrates aussi. L'auteur) vont jusqu'au capitalisme d'État et au collectivisme." (Voir : Kropotkine, La science moderne et l'anarchisme, pp. 74-75). En quoi consistent donc le "capitalisme d'Etat" et le "collectivisme" des social-démocrates ? Voici ce qu'écrit Kropotkine à ce sujet : "Les socialistes allemands affirment que toutes les richesses accumulées doivent être rassemblées dans les mains de l'État qui les distribuera aux associations ouvrières, organisera la production et l'échange et suivra de près la vie et le travail de la société." (Voir : Kropotkine, Paroles d'un révolté, p. 64). Et plus loin : "Dans leurs projets... les collectivistes commettent... une double erreur, ils veulent supprimer le régime capitaliste, et ils gardent en même temps deux institutions qui sont la base de ce régime : le gouvernement représentatif et le travail salarié" (voir : la Conquête du pain, p. 148)... "Le collectivisme, on le sait... conserve... le travail salarié. Seulement... le gouvernement représentatif... se met à la place du patron..." Les représentants de ce gouvernement "se réservent le droit d'employer dans l'intérêt de tous la plus-value tirée de la production. En outre, dans ce système on établit une distinction... entre le travail de l'ouvrier et celui de l'homme spécialisé : le travail du manoeuvre, aux yeux du collectiviste, est un travail simple, tandis que l'artisan, l'ingénieur, le savant, etc., s'occupent de ce que Marx appelle un travail complexe et ils ont droit à un salaire supérieur" (id., p. 52). C'est ainsi que les ouvriers recevront les produits qui leur sont nécessaires, non suivant leurs besoins, mais "proportionnellement aux services rendus à la société" (id., p. 157). » (Joseph Staline, Anarchisme ou socialisme, 1906, dans Œuvres Tome I, Éditions Sociales, 1953, p.295-296.)

 

« La troisième "accusation" des anarchistes est qu'ils nient le caractère populaire de la social-démocratie et représentent les social-démocrates comme des bureaucrates ; ils soutiennent que le plan social-démocrate de la dictature du prolétariat est la mort pour la révolution, et comme les social-démocrates s'affirment pour une pareille dictature, ils veulent instaurer en fait non la dictature du prolétariat, mais leur propre dictature sur le prolétariat. Écoutez monsieur Kropotkine : "Nous, anarchistes, nous avons prononcé un verdict définitif contre la dictature... Nous savons que toute dictature, si honnêtes que soient ses intentions, mène à la mort de la révolution. Nous savons... que l'idée de la dictature n'est pas autre chose qu'un produit malfaisant du fétichisme gouvernemental, qui... a toujours cherché à perpétuer l'esclavage". (Voir : Kropotkine, Paroles d'un révolté, p. 131). Les social-démocrates n'admettent pas seulement la dictature révolutionnaire ; ils sont "partisans de la dictature sur le prolétariat... Les ouvriers ne les intéressent que dans la mesure où ils forment une armée disciplinée entre leurs mains... La social-démocratie veut se servir du prolétariat pour prendre possession de la machine d'État". (Voir : Pain et Liberté, pp. 62, 63). Les anarchistes géorgiens répètent la même chose : "La dictature du prolétariat, dans le sens propre du mot, est absolument impossible, puisque les partisans de la dictature sont des étatistes, et leur dictature ne signifiera point la liberté d'action pour l'ensemble du prolétariat, mais l'installation, à la tête de la société, du pouvoir représentatif qui existe aujourd'hui... (Voir : Bâton, La Prise du pouvoir d'État, p. 45). Les social-démocrates sont pour la dictature, non pas pour aider à l'affranchissement du prolétariat, mais pour... "établir par leur domination un nouvel esclavage" (Voir : Nobati, n° 1, p. 5. Bâton). » (Joseph Staline, Anarchisme ou socialisme, 1906, dans Œuvres Tome I, Éditions Sociales, 1953, p.302-303.)

 

(On remarquera au passage concernant les accusations portées par les anarchistes aux marxistes, qu’elles ont été reprises sous une forme à peine modifiée par les trotskistes et toute la presse bourgeoise pour dénigrer la construction du socialisme en URSS.)

 

Historiquement, le premier « révisionniste » fut Bernstein. Soucieux « d’adapter le socialisme aux conditions concrètes de l’Allemagne », ce membre du Parti ouvrier social-démocrate allemand de Liebknecht et Bebel entreprit à la fin du 19ème siècle une révision complète du marxisme. Rejetant la dictature du prolétariat, il prônait le réformisme social et le parlementarisme bourgeois pour accéder au socialisme, la démocratie bourgeoise étant selon lui le meilleur des régimes politiques possibles. Ce « socialisme » était en fait limité à des revendications de caractère économique qui ne touchaient pas à la propriété capitaliste des moyens de production, ce que le 20ème siècle appellera les acquis sociaux.

 

De la fin du 19ème siècle (dès après la crise économique mondiale de 1873) au début du 20ème siècle s’opère un changement économique majeur au sein d’un marché capitaliste universel, périodiquement secoué par des crises économiques qui revêtent un caractère de plus en plus prononcé. Ces crises provoquent la faillite de nombre de petites et moyennes entreprises et accélèrent la concentration des capitaux et par là même la formation d’entreprise géantes : trusts et cartels. De capitalisme de libre concurrence, le capitalisme est devenu un capitalisme monopoliste, où la petite et moyenne entreprise, bien que subsistant à côté de mastodontes ayant à leur tête de véritables rois de l’industrie se partageant des marchés immenses, revêt un caractère de plus en plus secondaire.

 

C’est à ce moment que Kautsky, l’un des principaux dirigeants de la 2ème Internationale, ne comprenant pas les implications du changement qualitatif entre le capitalisme de l’époque pré-monopoliste et de l’époque impérialiste, trahira ouvertement le marxisme en cautionnant la Ière Guerre Mondiale. La cause de ce phénomène, c’est-à-dire ses racines sociales résultent de ceci :

 

« Au niveau des nations impérialistes l’exploitation des colonies provoque l’embourgeoisement d’une partie de la classe ouvrière, la corruption des chefs des syndicats et partis ouvriers d’où une flambée des tendances au réformisme, au socialisme d’état, au social-chauvinisme, au social-impérialisme et un renforcement de l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier. » (http://www.communisme-bolchevisme.net/marxisme_leninisme_imperialisme.htm)

 

Les caractéristiques précises du capitalisme monopoliste, l’impérialisme, ont été données en 1916 par Lénine dans son ouvrage génial « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme » (3), ouvrage dans lequel on trouvera également une critique des thèses de Kautsky dont Lénine disait qu'il

 

« a altéré de la façon la plus inouïe l'idée de dictature du prolétariat, en faisant de Marx un vulgaire libéral, c'est‑à‑dire qu'il est tombé lui‑même au niveau du libéral qui, débitant des platitudes sur la “ démocratie pure ”, masque et estompe le contenu de classe de la démocratie bourgeoise, redoute plus que tout la violence révolutionnaire de la part de la classe opprimée. En “ interprétant ” l'idée de “ dictature révolutionnaire du prolétariat ” de façon à en éliminer la violence révolutionnaire de la classe opprimée sur les oppresseurs, Kautsky a battu le record mondial de la déformation libérale de Marx. Le renégat Bernstein n'apparaît plus que comme un roquet à côté du renégat Kautsky. » (…) « Du marxisme, Kautsky prend ce qui est recevable pour les libéraux, pour la bourgeoisie (critique du moyen âge, rôle historiquement progressif du capitalisme en général et de la démocratie capitaliste en particulier) ; il rejette, il passe sous silence, il estompe ce qui, dans le marxisme, est irrecevable pour la bourgeoisie (violence révolutionnaire du prolétariat contre la bourgeoisie, pour l'anéantissement de cette dernière). Voilà pourquoi, par sa position objective et quelles que puissent être ses convictions subjectives, Kautsky s'avère inévitablement un laquais de la bourgeoisie. » (…) « O érudition ! O servilité raffinée devant la bourgeoisie ! O manière civilisée de ramper sur le ventre devant les capitalistes et de leur lécher les bottes ! Si j'étais Krupp ou Scheidemann, ou Clemenceau, ou Renaudel, je payerais des millions à M. Kautsky, je lui dispenserais des baisers de Judas, je ferais son éloge devant les ouvriers, je prêcherais l'“ unité du socialisme ” avec des gens aussi “ respectables ” que Kautsky. Ecrire des brochures contre la dictature du prolétariat, raconter l'histoire des whigs et des tories au XVIIIème siècle en Angleterre, assurer que démocratie veut dire “ protection de la minorité ” et taire les massacres d'internationalistes dans la république “ démocratique ” des États‑Unis, ne sont‑ce pas là des services de valet rendus à la bourgeoisie ? » (Lénine, La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky.)

 

Outre ces positions monstrueuses et social-chauvines de Kautsky dans le problème des guerres inter-impérialistes, outre son affirmation selon laquelle désormais s’offrait la possibilité aux pays impérialistes d’exploiter pacifiquement en commun les colonies, Kautsky défendait un idéal réactionnaire précurseur des vues petites-bourgeoises prônant le « retour à la libre et saine concurrence » ainsi que la possibilité de réformes sous l’impérialisme, ce qui fait assurément de Kautsky le théoricien par excellence de l’alter-mondialisme.

 

Enfin, rappelons que Kautsky s’était opposé à la Révolution d’Octobre, conséquence normale de son abandon de la dictature du prolétariat, ce qui lui avait valu les foudres de Lénine (Voir à ce sujet La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky.). Plus tard, il s’opposera aussi à la construction du socialisme en URSS,

 

« Kautsky qui, en 1930, écrivant son ouvrage Le bolchevisme dans l'impasse, fournissait des armes idéologiques précieuses aux impérialistes, dans leur guerre de l'information pour anesthésier la conscience révolutionnaire des peuples occidentaux, au moment même où la crise économique générale qui touchait le monde capitaliste éclaircissait les rangs du prolétariat sombrant dans la misère la plus noire... et allait frayer la voie au fascisme. » (http://www.lescommunistes.net/~bolchevisme/dictature_du_proletariat.htm)

 

Face à de tels traîtres du marxisme, la position des marxistes-léninistes ne peut être autre que celle de la lutte résolue contre ces « marxistes » qui sont autant d'ennemis du marxisme que d'alliés de l'Impérialisme. Pourquoi sinon Marx et Engels auraient-ils livré une lutte acharnée contre les Poudhon-Stirner-Bakounine, Lénine contre les kautskistes et les menchéviks, sans parler de Staline contre les menchéviks qui avaient repeint façade, les trotskistes, les boukhariniens et les titistes ? Cela nous amène donc au premier point de notre étude, à savoir la position du PCC et du PTA dans la lutte contre le titisme après la mort de Staline, le titisme étant la première forme de « révisionnisme moderne », et assurément l’une des plus dangereuses.

 

B). Le PCC et le PTA face au titisme.

 

Le titisme est né dans la Yougoslavie d’après la Seconde Guerre Mondiale après que le pays fut libéré des occupants fascistes. Les luttes de libération nationales contre l’occupant fasciste ont été menées en Europe principalement sous l’impulsion des communistes. C’est suite à la guerre, durant laquelle les communistes s’étaient acquis la confiance des masses, que des conditions révolutionnaires favorables se présentaient en Europe de l’est. La bourgeoisie nationale qui avait souvent collaboré avec l’occupant était naturellement déconsidérée et s’offrait ainsi pour les communistes la possibilité d’enchaîner directement la lutte anti-fasciste à la révolution socialiste. Se constituèrent ainsi les démocraties populaires. Dans nombre de cas, cependant, les partis communistes y avaient une histoire récente et manquaient d’expérience et de bases théoriques. Souvent hétérogènes, ces partis subissaient une forte influence petite-bourgeoise. Staline, bien conscient de ces faiblesses, s’est très vite inquiété de ce qui se passait en Yougoslavie :

 

« Dans le parti communiste de Yougoslavie on ne sent pas l'esprit d'une politique de lutte de classe. L'accroissement des éléments capitalistes dans les campagnes comme dans les villes avance à grand pas, et la direction du parti ne prend aucune mesure pour limiter les éléments capitalistes. Le parti communiste de Yougoslavie se berce dans l'illusion de la théorie opportuniste pourrie d'une intégration pacifique des éléments capitalistes dans le socialisme, théorie empruntée à Bernstein, Folmar, Boukharine. Selon la théorie marxiste-léniniste, le parti est considéré comme la force dirigeante fondamentale d'un pays, possédant son programme propre et ne se diluant pas dans la masse des sans-parti. En Yougoslavie au contraire, c'est le Front populaire qui est considéré comme la force dirigeante fondamentale tandis qu'on tend à diluer le parti dans le Front populaire. Dans son discours au second Congrès du Front populaire de Yougoslavie, le camarade Tito a dit : "Le Parti communiste de Yougoslavie a-t-il un autre programme, différent de celui du Front populaire ? Non. Le Parti communiste n'a pas d'autre programme. Le programme du Front populaire est son programme". En Yougoslavie, il se trouve que l'on considère cette bizarre théorie comme une théorie nouvelle. Mais en réalité, il n'y a là rien de nouveau. En Russie, il y a déjà 40 ans, une partie des menchéviks proposait que le parti marxiste se dissolve dans l'organisation ouvrière de masse sans-parti et que le premier soit remplacé par la seconde ; l'autre partie des menchéviks proposait que le parti marxiste se dissolve dans l'organisation de masse sans-parti des travailleurs ouvriers et paysans, et que le premier soit remplacé par la seconde. On sait que Lénine qualifia alors ces menchéviks de méchants opportunistes et de liquidateurs du parti. » (Lettre de Staline et Molotov à Tito et au CC du PC Yougoslave, 27 mars 1948, Source : www.ceps.org)

 

« Lénine a dit que le parti est l'arme la plus importante dans les mains de la classe ouvrière. La tâche des dirigeants est de maintenir cette arme prête pour le combat. Puisque les camarades yougoslaves cachent le drapeau du parti et évitent de parler du rôle dirigeant du parti devant le peuple, ils émoussent cette arme de la classe ouvrière, diminuent le rôle du parti, désarment la classe ouvrière. (…) Nous considérons que l'amoindrissement du rôle du parti communiste en Yougoslavie est poussé très loin. Il s'agit là de rapports incorrects quant aux principes entre le parti communiste et le Front populaire en Yougoslavie. Il ne faut par perdre de vue que le Front populaire en Yougoslavie est composé d'éléments extrêmement divers au point de vue de classe, de koulaks, de commerçants, de petits fabricants, d'intellectuels bourgeois ainsi que de groupes politiques de diverses couleurs, y compris certains partis bourgeois. Ce n'est pas non plus par hasard que certains dirigeants en vue du parti communiste yougoslave dévient de la voie marxiste-léniniste en ce qui concerne la question du rôle dirigeant de la classe ouvrière. Tandis que le marxisme-léninisme affirme le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans la liquidation du capitalisme et dans l'édification de la société socialiste, les dirigeants du parti communiste yougoslave développent des vues absolument différentes. Il suffit de citer la déclaration suivante du camarade Tito à Zagreb, en novembre 1946 (Borba, du 2 novembre 1946) : "Nous ne disons pas aux paysans qu'ils sont le plus fort pilier de notre État pour gagner éventuellement leurs suffrages, mais bien parce qu'ils le sont en réalité." Cette position est en pleine contradiction avec le marxisme-léninisme. Le marxisme-léninisme considère qu'en Europe, et par conséquent aussi dans les Etats de démocratie populaire, la classe progressiste et révolutionnaire, c'est la classe ouvrière et non la paysannerie. En ce qui concerne la paysannerie, sa majorité, c'est à dire la paysannerie pauvre et moyenne, peut devenir ou est déjà l'alliée de la classe ouvrière, mais le rôle dirigeant dans cette alliance appartient à la classe ouvrière. Or, la position prise par le camarade Tito, non seulement nie le rôle dirigeant de la classe ouvrière, mais encore proclame toute la paysannerie — donc les koulaks compris — comme la base la plus solide de la nouvelle Yougoslavie. Par conséquent, cette attitude exprime des conceptions qui sont à leur place chez les politiciens petit-bourgeois, mais pas chez les marxistes-léninistes. » (Lettre de Staline et Molotov à Tito et au CC du PC Yougoslave, 4 mai 1948, Source : www.ceps.org)

 

En juin 1948, suite au refus des yougoslaves de se présenter à la convocation du bureau d’information des neuf partis communistes pour y discuter des divergences survenues, le titisme était condamné comme une déviation nationaliste-boukharinienne et exclu du mouvement communiste international. Le PTA, lui qui avait du faire face à l’ingérence titiste dans ses affaires intérieures, apprécia à sa juste valeur cette aide apportée par les dirigeants du PCUS (b) :

 

« Le camarade Enver Hoxha fit part à Staline de la demande de la direction yougoslave d'envoyer plusieurs divisions en Albanie et de la fin de non recevoir opposée à cette demande par le Comité Central du Parti Communiste d'Albanie, de même qu'il l'avait auparavant informé des graves interventions de Tito et de divers fonctionnaires yougoslaves dans les affaires intérieures du Parti Communiste d'Albanie et de l'État albanais. Le Parti et l'État traversaient des moments extrêmement difficiles. C'est précisément à cette heure que le Parti Communiste d'Albanie fut mis au courant des lettres que le Comité Central du Parti Communiste de l'Union Soviétique avait envoyées au Comité Central du Parti Communiste de Yougoslavie. La direction yougoslave y était sévèrement critiquée pour son attitude antisoviétique, pour le fait qu'elle suivait une ligne opportuniste menant à la restauration du capitalisme, pour violation des normes léninistes dans la vie intérieure du Parti et pour l'arrogance et la présomption de ses dirigeants. «Une telle situation anormale au sein du Parti Communiste de Yougoslavie constitue un sérieux danger pour la vie et le développement du Parti.» (Lettre du CC du PC (b) de l'US au Comité Central du Parti Communiste de Yougoslavie, 4 mai 1948. ACP.) Ces lettres furent d'une haute importance pour le Parti Communiste d'Albanie et le peuple albanais. «Au moment le plus grave de l'âpre conflit qui opposait le Comité Central du Parti Communiste d'Albanie et les dirigeants du Parti Communiste de Yougoslavie, conflit provoqué par les dirigeants antimarxistes yougoslaves, l'aide que le Parti Bolchevik de l'Union Soviétique prêta à notre Parti et à tous les autres partis communistes frères assura le salut de notre peuple, de notre Parti Communiste.» (Communiqué du Comité Central du Parti Communiste d'Albanie, Ier juillet 1948. ACP.) A la lumière de ces lettres, le Comité Central du Parti vit maintenant dans toute leur clarté le caractère et les objectifs de l'ingérence yougoslave en Albanie. La réunion du Bureau d'Information tenue en juin 1948 contribua grandement à dénoncer l'activité révisionniste et chauvine de la direction du Parti Communiste de Yougoslavie. Le Bureau d'Information aboutit à la juste conclusion que la direction du Parti Communiste de Yougoslavie s'était écartée du marxisme-léninisme pour s'engager dans la voie de la révision de celui-ci, qu'elle avait trahi le socialisme et glissé sur les positions du nationalisme bourgeois. Partant de cette situation, le Bureau d'Information condamna la direction du Parti Communiste de Yougoslavie comme traître à la cause du socialisme et de l'internationalisme prolétarien. » (Histoire du Parti du Travail d’Albanie, édition numérique, p.150-151.)

 

Le rôle de trahison du titisme, officine de l’impérialisme américain, nous est très bien expliqué dans l’ouvrage de Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, EPO, 1994.

 

« Dans son rapport au Huitième Congrès du Parti, tenu en 1948, Kardelj eut recours à force citations de Staline pour affirmer que la Yougoslavie « refoulait les éléments koulaks » et ne prendrait jamais « des positions antisoviétiques ».(Rapport : Le PCY dans la lutte pour la Yougoslavie nouvelle... Belgrade, 1948, pp.94, 25.) Mais quelques mois plus tard, les titistes reprenaient publiquement la vieille théorie sociale-démocrate du passage de la bourgeoisie au socialisme sans lutte de classe ! Bebler, vice-ministre des Affaires étrangères, déclara en avril 1949 : « Nous n'avons pas de koulaks comme il y en avait en URSS. Nos paysans riches ont pris part en masse dans la guerre populaire de libération. (...) Serait-ce une erreur si nous réussissions à faire passer les koulaks au socialisme sans une lutte des classes ? » (James Klugmann, From Trotsky to Tito, Lawrence and Wishart, London, 1951, p. 129.) Et en 1951, l'équipe de Tito déclare que les « kolkhozes (soviétiques) sont le reflet du capitalisme d'État qui, mélangé aux nombreux restes du féodalisme, est le système social de l'URSS ». Développant les conceptions de Boukharine, les titistes remplacent la planification par le marché libre: « Personne, en dehors de la coopérative, ne fixe les normes ni les catégories de ce que l'on doit produire.» Ils organisent «le passage à un système laissant plus de liberté au fonctionnement des lois économiques objectives. Le secteur socialiste de notre économie est à même de triompher des tendances capitalistes par des moyens purement économiques ». («Directives du CC», dans Questions actuelles du socialisme, n° 10, jan-fév. 1952, Agence Yougoslave d'Information, pp.160, 161, 145.) En 1953, Tito réintroduira la liberté d'acheter et de vendre la terre et d'engager des ouvriers agricoles. (…) Au début des années cinquante, la Yougoslavie est toujours un pays largement féodal. Mais les titistes s'attaquent au principe selon lequel l'État socialiste doit maintenir la dictature du prolétariat. En 1950, les révisionnistes yougoslaves lancent une discussion sur «le problème du dépérissement de l'État et spécialement du dépérissement du rôle de l'Etat dans l'économie». Pour justifier le retour à l'État bourgeois, Djilas traite l'État soviétique de « monstrueux édifice du capitalisme d'État » qui « oppresse et exploite le prolétariat ». Toujours selon Djilas, Staline lutte « pour l'agrandissement de son empire de capitalisme d'État et, à l'intérieur, pour le renforcement de la bureaucratie». « Le rideau de fer, l'hégémonie sur les pays d'Europe orientale et une politique d'agression lui sont devenus actuellement indispensables. » Djilas parle de «la misère de toute la classe ouvrière qui travaille pour les intérêts 'supérieurs' impérialistes et pour les privilèges de la bureaucratie ». « L'URSS est aujourd'hui objectivement la grande puissance la plus réactionnaire. » Staline est « un praticien du capitalisme d'État et le chef et guide spirituel et politique de la dictature bureaucratique ». En véritable agent de l'impérialisme américain, Djilas poursuit : « Nous rencontrons chez les hitlériens des théories qui, par leur contenu comme par la pratique sociale qu'elles supposent, ressemblent comme deux gouttes d'eau aux théories de Staline. » (Ibidem, n°14, oct-nov. 1952, AYI, Paris, pp.2, 5, 18, 35-36, 30, 37, 44 et 47.) Ajoutons que Djilas, qui s'est établi aux États-unis par la suite, se référait dans ce texte à la « critique du système stalinien » faite par... Trotski ! (Ibidem, p.44.) En 1948, Kardelj jurait encore fidélité au combat anti-impérialiste. Pourtant deux années plus tard, la Yougoslavie soutenait l'agression américaine contre la Corée ! The Times rapportait : « Monsieur Dedijer voit les événements de Corée comme une manifestation de la volonté soviétique de dominer le monde... Les travailleurs du monde doivent se rendre compte qu'un autre prétendant à la domination mondiale s'est présenté, et se débarrasser des illusions à propos de l'URSS qui serait, soi-disant, une force de démocratie et de paix. » (The Times, 27 décembre 1950.) Ainsi, Tito était devenu un simple pion dans la stratégie anticommuniste des États-unis. Tito déclara en 1951 au New York Herald Tribune qu'« en cas d'attaque soviétique, n'importe où en Europe, même si cela se passe à des milliers de kilomètres des frontières yougoslaves, (il) se battrait immédiatement aux côtés de l'Occident... La Yougoslavie se considère comme une partie du mur de solidarité collective construit contre l'impérialisme soviétique ». (New York Herald Tribune, 26 juin 1951.) Dans le domaine économique, les mesures socialistes que la Yougoslavie avait prises avant 1948, furent vite liquidées. Alexander Clifford, le correspondant du Daily Mail, écrit à propos des réformes économiques adoptées en 1951 : « Si elles se réalisent, la Yougoslavie sera finalement bien moins socialisée que la Grande-Bretagne. » « Les prix des biens (seront) déterminés par le marché, c'est-à-dire par l'offre et la demande », « les salaires (seront) fixés sur la base des revenus ou des profits de l'entreprise », les entreprises « décident de façon indépendante ce qu'elles produisent et dans quelles quantités ». « Il n'y a pas beaucoup de marxisme classique dans tout cela. » (Daily Mail, 31 août 1951, p.150.) La bourgeoisie anglo-américaine reconnut très tôt qu'elle disposait, dans la personne de Tito, d'une arme efficace dans son combat anticommuniste. Business Week notait le 12 avril 1950 : « Pour les Etats-Unis en particulier et pour l'Occident en général, cet encouragement de Tito s'est révélé être une des méthodes les moins chères pour contenir le communisme russe. Le montant de l'aide occidentale à Tito se chiffre maintenant à 51,7 millions de dollars. C'est beaucoup moins que le milliard de dollars, environ, que les Etats-Unis ont dépensé en Grèce pour le même but. » (Business Week, 12 avril 1950, p.175.) Cette bourgeoisie comptait utiliser Tito pour encourager le révisionnisme et organiser la subversion dans les pays socialistes d'Europe de l'Est. Le 12 décembre 1949, Eden dit dans le Daily Telegraph : « L'exemple et l'influence de Tito peuvent changer de façon décisive le cours des événements en Europe centrale et orientale. » (Daily Telegraph, 12 décembre 1949, p.191.) Appréciant la démagogie communiste de Tito à sa juste valeur, The Times écrit : « Cependant, le titisme reste seulement une force, dans la mesure que le maréchal Tito peut prétendre être communiste. » (The Times, 13 septembre 1949, p.194.) Le titisme a établi son pouvoir en 1948 en tant que courant nationaliste bourgeois. C'est à partir du nationalisme qu'en Yougoslavie tous les principes de la dictature du prolétariat ont été abandonnés. Le nationalisme a été le terreau où ont fleuri des théories trotskistes et boukharinistes. » (Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, Éditions EPO, p.294-296.)

 

Cette analyse que fait Ludo Martens en 1994, il nous faut la comparer avec celles que le PTA fit après la mort de Staline :

 

« Ce sont les dirigeants yougoslaves qui brandissent aujourd'hui le drapeau de la révision du marxisme-léninisme. Aussi sont-ils devenus, aux yeux des impérialistes, une arme indispensable pour combattre le communisme. A la dernière réunion du conseil de l'O.T.A.N., le ministre des Affaires étrangères de la République fédérale allemande, Von Brentano, a préconisé que l'alliance atlantique apporte son appui au développement du « titisme dans les pays de démocratie populaire ». Cette méthode, observe Von Brentano, est plus fructueuse que l'invitation directe à l'insurrection. Toutes les radios de l'Occident appellent constamment les peuples du camp socialiste à renverser les dirigeants du Parti et de l'État, à les remplacer par des éléments « antistaliniens », à refuser de construire le socialisme « stalinien » et à embrasser la voie du socialisme « national et spécifique » yougoslave. » (Enver Hoxha face au révisionnisme, La situation internationale et les tâches du Parti, Rapport présenté au Comité central du Parti du Travail d'Albanie, le 13 février 1957, Œuvres choisies présentées par Gilbert Mury, Edition numérique, p.14.)

 

« [Les titistes] se tiennent sur des positions antimarxistes, cherchent à réviser le marxisme-léninisme, jouent un rôle de scissionnistes au sein du mouvement communiste international et du camp socialiste. Ils s'immiscent dans les affaires des autres partis pour éliminer leurs dirigeants, saper les partis communistes et ouvriers, et imposer ce qu'ils appellent la « ligne yougoslave ». Les nombreux faits évoqués — y compris leur activité hostile à rencontre de notre pays et leur rôle dans les événements de Hongrie — confirment à quel point sont devenues dangereuses la diffusion de leurs « théories » empoisonnées et l'expansion de leur action néfaste. Très actifs, se glissant partout où ils décèlent les failles, ils cherchent à encourager les éléments révisionnistes en Pologne et à entraîner à l'action les éléments opportunistes du parti communiste d'Italie. L'activité antimarxiste, scissionniste et hostile des dirigeants yougoslaves va de pair avec l'activité agressive des impérialistes contre le camp socialiste. Elle constitue un grand danger pour tout le mouvement ouvrier. Objectivement, cette activité sert les plans de l'impérialisme : si les dirigeants américains ont donné à la Yougoslavie un milliard deux cent millions de dollars, ce n'est pas par désir d'aider à la construction d'un monde nouveau. Mais ils espèrent se servir de la Yougoslavie contre le camp socialiste. (…) Ce serait une lourde erreur que de sous-estimer le mal que peut faire le travail de scission des dirigeants yougoslaves. Il ne suffit pas de dire qu'ils n'ont pas la force nécessaire pour pousser cette sape très loin. Leur force réside dans le fait qu'ils sont antimarxistes. Par conséquent, leurs « théories » et leurs « activités » sont soutenues par tous les éléments opportunistes et incertains, par tous les ennemis du socialisme. Ils ont sur certains points obtenu des résultats qui, tout en étant passagers, ont gravement nui à la cause du socialisme, notamment en Hongrie. Quelle attitude devons-nous adopter envers eux ? Nous n'avons aucune raison d'espérer qu'ils opèrent un tournant vers le marxisme-léninisme. Nous sommes absolument convaincus que ce tournant n'aura pas lieu : ces treize dernières années nous ont appris à ne pas croire aux mensonges et à la démagogie. » (Enver Hoxha face au révisionnisme, Ibidem, p.28-29.)

 

En 1981, Enver Hoxha présentait un rapport, dont il nous faut reproduire l’analyse concernant le révisionnisme titiste dans son intégralité tant elle en résume bien la substance :

 

« Le premier courant du révisionnisme au pouvoir qui se soit fixé pour tâche de miner le socialisme a été le révisionnisme yougoslave, qui est apparu à un moment clé de la lutte entre le socialisme et l'impérialisme. Le révisionnisme yougoslave a des racines profondes. Il n'est pas apparu en 1948 et ne s'est pas manifesté comme une réaction contre le «stalinisme» ni comme une conséquence de l'action du Kominform. Il est le résultat des conceptions bourgeoises qui existaient déjà auparavant dans le Parti communiste de Yougoslavie et qui ne disparurent pas au cours de la lutte de libération nationale. La Yougoslavie nouvelle ne pouvait être édifiée sans une orientation claire et une maturité politique fondées sur la théorie scientifique du socialisme. Cette œuvre considérable ne pouvait être accomplie que par un parti communiste puissant s'en tenant à de sains principes marxiste-léninistes. Certes, il existait un parti communiste en Yougoslavie, mais il ne possédait pas tous les traits d'un vrai parti communiste, et il ne les a pas acquis davantage durant la lutte. Au contraire, après la guerre, il a perdu même ceux qu'il possédait, lorsqu'il fut appelé par les circonstances à construire la Yougoslavie nouvelle dans la voie socialiste. Si l'on écoute les vantardises des titistes et de la bourgeoisie yougoslave, on pourrait croire qu'un tel parti a existé et même qu'il existe encore. Nous-mêmes, communistes albanais, comme beaucoup d'autres, sommes tombés dans ce jugement euphorique, en particulier durant la lutte et dans les premières années qui suivirent la Libération. Une telle appréciation répondait à une certaine logique, elle se rattachait à la lutte héroïque des peuples de Yougoslavie, qui avait été conduite par le parti communiste. Après la libération de la Yougoslavie, dans la théorie et les prises de position politiques comme dans la construction du socialisme, se firent jour de grands écarts par rapport aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Dans ses relations avec les pays socialistes également, en particulier avec l'Albanie, on constata de la part du Parti communiste de Yougoslavie de graves déviations, une arrogance et une présomption étrangères à un parti communiste. Il était évident que cette voie aboutirait à la scission, comme il en fut effectivement, et cela non point par la faute du Kominform, ni de Staline, ni non plus du «stalinisme», comme les révisionnistes yougoslaves et leurs amis appellent le marxisme-léninisme. Le conflit avec le Kominform était le résultat des contradictions entre les vues libérales et opportunistes de la direction yougoslave et les conceptions marxistes-léninistes sur l'édification de l'Etat et de la société socialistes. Tito et ses compagnons donnèrent à leur opposition à la théorie marxiste-léniniste la couleur d'une opposition d'abord à Staline, puis au système socialiste soviétique. Le tournant titiste devait s'opérer, comme il s'opéra effectivement. Les titistes empruntèrent le cours menant au capitalisme, en adoptant et inaugurant une «nouvelle» structure économique et sociale et une nouvelle forme de gouvernement d'État appropriée au cours antisocialiste, qu'était le système de l'«autogestion ouvrière». En fait, ce n'était pas un système nouveau, et ce n'était ni un système socialiste, ni une création yougoslave, Il tirait son origine du proudhonisme et de théories anarchistes, comme celle de Bakounine et Kropotkine, si durement démasquées en leur temps par Marx, plus tard par Lénine, puis encore par Staline. Le tournant yougoslave vers le capitalisme fut l'objet d'une publicité effrénée, d'un hosanna indescriptible et de louanges exaltées à l'adresse de «Barabbas». La déviation yougoslave fut claironnée comme une «ère nouvelle», un «nouveau sillon» tracé par Tito pour la construction d'un «socialisme spécifique», «humain». Ce tournant fut appuyé et financé par l'impérialisme et le capitalisme mondial. La mégalomanie panyougoslave se gonfla à l'extrême et la Yougoslavie fut présentée comme «un champion et un exemple pour les peuples du monde dans leur lutte de libération». Tout le «système d'autogestion», dans sa forme et dans les appellations de sa structure et superstructure, devait se poser en «marxiste». Mais, en fait, il était tout à fait opposé à Marx et à la théorie et à la pratique du léninisme. Le premier coup porté le fut au pouvoir de démocratie populaire, qui était une forme de dictature du prolétariat, mais qui, en Yougoslavie, ne fut jamais défini ainsi. Les révisionnistes yougoslaves justifièrent cette action en prétendant que le pouvoir des conseils populaires, qui avait été instauré durant la lutte et qui avait vécu jusqu'en 1948, ne pouvait plus être maintenu sous cette forme avec toutes ses prérogatives. Il devait être remplacé par les «conseils ouvriers», le premier étant, selon eux, un pouvoir étatiste-bureaucratique, qui engendre «la bureaucratie et la couche, de la nouvelle bourgeoisie», et les «conseils ouvriers», par contre, un pouvoir plus proche de la théorie de Marx. A travers eux, ce sont prétendument  «les ouvriers eux-mêmes qui dirigent et gouvernent directement», sans l'intermédiaire de l'État, dont il résulterait, selon la logique de la direction yougoslave, qu'il ne leur appartient pas. Le rôle de l'État yougoslave actuel se réduit donc à celui de «garant» que ce «nouveau système» ne sera pas touché, désintégré, et pour cela, la Fédération a la haute main sur l'armée, l'UDB et la politique extérieure, et rien d'autre. Ainsi le «système d'autogestion» a décentralisé, libéralisé et miné le pouvoir de la dictature du prolétariat. L'État était l'État des «prolétaires» et il est devenu celui des «ouvriers», il était «issu de la lutte, issu de la, base», alors que le «nouveau système», soi-disant exigé par le développement «dialectique», a été instauré d'en haut par Tito et Kardelj. Le rôle dirigeant du parti dans ce système devait être liquidé et en fait il s'est étiolé. Au parti a été laissé seulement un rôle falot d'éducation. Il n'a plus aucune voix au chapitre. En apparence, le parti n'a pas disparu, mais en réalité il a cessé d'exister. On l'a baptisé «Ligue des communistes», pour le rapprocher par là le plus possible de l'appellation de Marx, mais en fait pour l'écarter le plus possible du rôle que Marx et Lénine assignent au parti communiste. Les titistes présentent la question comme si, avec l'«autogestion», la Yougoslavie s'est engagée dans une étape de développement qui la rapproche de la société communiste. A partir de là, ils prétendent que l'État va vers son extinction et que le parti ne peut plus assumer le rôle et les fonctions qui étaient les siens dans la période de passage du capitalisme au socialisme. Bien plus, l'«autogestion», selon eux, a éliminé aussi la lutte de classes à l'intérieur du parti, en Yougoslavie même et en dehors d'elle. En vérité, Tito, Kardelj et leurs tenants ont modifié la direction de la lutte de classe. S'ils l'ont menée et la mènent, c'est pour défendre leur système «autogestionnaire», contre les «tenants du Kominform», les «staliniens», les «dogmatiques», etc. En fait, il s'agit ici d'une lutte des éléments capitalistes contre les révolutionnaires, du système capitaliste contre le système socialiste, de l'idéologie bourgeoise contre le marxisme-léninisme. Les théoriciens yougoslaves se livrent à des spéculations filandreuses sur la propriété des moyens de production. Selon eux, la propriété socialisée des moyens de production qui existe dans le système «autogestionnaire» constitue la plus haute forme de propriété socialiste, alors que la propriété d'État en serait la plus basse. Cette dernière, prétendent-ils, peut être définie comme une sorte de capitalisme d'État qui donne naissance à une nouvelle caste bureaucratique, laquelle, en fait, dispose collectivement du droit de propriété. La propriété d'État, sous le socialisme non plus, concluent-ils, n'élimine pas l'aliénation dont l'ouvrier est l'objet de la part du capital. Le rapport capitaliste profit-salaire est remplacé par le rapport accumulation d'État-salaire. En d'autres termes, selon eux, dans les deux systèmes sociaux l'ouvrier reste un salarié. C'est là une thèse trotskiste bien connue et depuis longtemps démasquée et réfutée. Dans la véritable société socialiste, où la propriété collective est dirigée par l'État de dictature du prolétariat, avec la large participation effective et organisée de la classe ouvrière et des autres masses travailleuses selon le principe du centralisme démocratique, et où de grands décalages conduisant à la création de couches privilégiées ne sont pas permis dans la répartition du produit social, l'ouvrier n'est pas salarié, il n'est pas exploité. On en a pour preuve la réalité de l'Albanie socialiste, où la classe ouvrière est la classe au pouvoir, qui, sous la conduite de son Parti marxiste-léniniste, dirige l'économie et toute la vie du pays, dans son intérêt et dans celui du peuple tout entier. L'«autogestion» yougoslave, qui est soi-disant centrée sur l'ouvrier, n'est qualifiée d'ouvrière qu'en théorie, en fait, elle est anti-ouvrière, antisocialiste. Ce système, indépendamment du grand bruit que font les titistes à son propos, ne permet à la classe ouvrière ni de diriger ni de gérer. En Yougoslavie toute entreprise «autogestionnaire» est un organisme enfermé dans son activité économique, alors que la politique de gestion est entre les mains de son groupe dirigeant, qui, comme dans tout autre pays capitaliste, manipule les fonds d'accumulation, décide des investissements, des salaires, des prix et de la distribution de la production. On prétend que toute cette action économique et politique est approuvée par les ouvriers à travers leurs délégués. Mais c'est là uns duperie et un grand bluff. Ces prétendus délégués des ouvriers font cause commune avec la caste des bureaucrates et des technocrates au pouvoir sur le dos de la classe ouvrière et des autres masses travailleuses. Ce sont les gérants de profession qui font la loi et définissent la politique dans l'organisation «autogestionnaire», de la base au sommet, dans la république. Le rôle de direction et de gestion, le rôle économique, social et politique des ouvriers et de leur classe est réduit au minimum, pour ne pas dire qu'il a été totalement supprimé. Encourageant le particularisme et l'esprit de clocher, au niveau de la république et de la région jusqu'à celui de la commune, le «système autogestionnaire» a liquidé l'unité de la classe ouvrière, il a dressé les ouvriers les uns contre les autres, tant sur le plan individuel en alimentant l’égoïsme, que sur le plan collectif, en encourageant la concurrence entre les entreprises. Dans la même ligne, on a sapé aussi l'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie, celle-ci étant elle-même morcelée en petites exploitations privées et exploitée par la nouvelle bourgeoisie au pouvoir. Tout cela a instauré l'autarcie dans l'économie, l'anarchie dans la production, dans la répartition des profits et des investissements, dans le marché dans les prix, engendrant une inflation et un chômage d'énormes proportions. L'existence de la classe ouvrière à la direction du système «autogestionnaire ouvrier» en Yougoslavie est une illusion, une utopie. Dans ce système, la classe ouvrière n'est pas à la direction, elle n'a pas l'hégémonie. La dictature du prolétariat y a été liquidée, la direction de la classe ouvrière, le Parti communiste, ou la Ligue des communistes, comme le parti s'appelle dans ce pays, ne dirige ni le pouvoir, ni l'économie, ni la culture, ni la vie sociale. Dans ce système de confusion générale ce sont d'autres qui se sont emparés des positions politiques dominantes et dirigeantes. C'est la nouvelle caste des bureaucrates politiques et des technocrates, issue de la couche de l'intelligentsia embourgeoisée et de l'aristocratie ouvrière. Elle est à cent lieues de toute morale prolétarienne et n'est assujettie à aucun contrôle politique. Cette nouvelle couche bureaucratique se vante à grand bruit d'être l'ennemie de la bureaucratie étatiste, alors qu'elle est elle-même une bureaucratie encore plus néfaste et elle fleurit et se renforce dans un système économique décentralisé, qui préserve et développe la propriété privée. L'«autogestion ouvrière», qui a pour fondement l'idéologie de l'anarcho-syndicalisme, a produit le nationalisme au niveau de chaque république, qui a élaboré jusqu'à des lois et règlements particuliers pour défendre ses intérêts étroits. Le monopole économique des républiques, qui se réduit au monopole de leurs entreprises et de leurs trusts, s'est converti en fait en un pouvoir politique et un nationalisme républicain, qui se manifeste au niveau non seulement de chaque république, mais aussi de chaque région, commune et entreprise. Chaque individu, chaque groupe, chaque république s'efforce de s'enrichir le plus possible et le plus rapidement sur le dos des autres. Le nationalisme bourgeois s'est installé confortablement en Yougoslavie et le mot d'ordre «union-fraternité», qui était juste au cours de la lutte de libération nationale, lorsqu'on se battait contre les occupants et la réaction du pays pour une société nouvelle fondée sur le marxisme-léninisme, est resté, dans le système yougoslave actuel, qui divise et désagrège tout, un slogan creux et sans effet. «L'union et la fraternité» des peuples, des nations et des nationalités, des républiques et des régions ne peuvent se réaliser que dans un véritable système socialiste guidé par l'idéologie marxiste-léniniste. L'union fédérative yougoslave n'a pas été édifiée sur des bases marxistes-léninistes, et l'on devait nécessairement voir naître comme on l'a vu, des antagonismes nationaux. C'est le système lui-même qui engendre ces contradictions, qui alimente le séparatisme des nations et des nationalités, des républiques et des régions. Les copieux crédits accordés par le capitalisme mondial ont aussi agi dans ce même sens. Le fait qu'ils ont été affectés à satisfaire les goûts et les caprices bourgeois et mégalomanes de la caste au pouvoir, leur répartition inégale et sans critères sains entre les diverses républiques, ont créé, entre les républiques et les régions, des dénivellements économiques et sociaux, ce qui accentue encore plus les antagonismes nationaux. Le système d'«autogestion» n'aurait pas fait long feu s'il n'avait pas été aidé par deux facteurs : par l'antisoviétisme de la direction yougoslave, en fait par son antimarxisme et anti-léninisme grâce auquel elle s'est assuré le soutien politique de toute la réaction mondiale, et par l'appui économique des pays capitalistes sous forme de crédits considérables et multiformes. Malgré tout, ces deux facteurs ne sont pas parvenus à sauver ce système antisocialiste. Au contraire, ils l'ont affaibli encore davantage et l'ont poussé vers la faillite économique et politique. Kardelj et Tito rejetaient la faute pour l'échec de ce système et pour tous les maux qu'il a engendrés sur l'«insuffisant perfectionnement» du système lui-même, sur «le niveau encore insuffisamment élevé» de la conscience des travailleurs, sur l'existence de la bureaucratie, etc. Ils s'étaient bien rendu compte de la faillite de leur système antisocialiste, mais ils ne pouvaient plus reculer. Aussi, toutes les mesures que prit Tito de son vivant concernant la direction de la Fédération et des républiques après sa mort, ne sont-elles que des palliatifs. Avec Tito et Kardelj s'est éteinte aussi l'euphorie sur le système «autogestionnaire». Les successeurs de Tito se trouvent dans un grand désarroi et ils ne savent pas comment faire pour se tirer de la situation difficile dans laquelle est plongé leur pays. Maintenant la Yougoslavie titiste s'est engagée dans une crise grave et générale de ses structures et superstructures, dans une crise économique et à la fois politique et morale. » (Enver Hoxha Rapport d’activité du comité central du Parti du Travail d’Albanie, Présenté au VIIIe Congrès du PTA le 1er novembre 1981, Édition numérique, p.79-82.)

 

[Remarquons au passage le fait que les thèses du titisme sont empruntés à l’anarcho-syndicalisme concernant l’orientation économique « autogestionnaire », et au trotskisme concernant la critique de la société socialiste.]

 

Tito fut en outre à l’origine d’une des plus grandes mystifications des peuples colonisés : il fut l’initiateur du « mouvement des non-alignés ». En septembre 1961, Belgrade accueillait Nehru, Nasser et Sukarno à la conférence fondatrice de ce mouvement. Selon la théorie du non-alignement, les pays du tiers-monde venant d’accéder à l’indépendance étaient en mesure d’échapper à la bipolarisation du monde de la « guerre froide » et d’occuper une place importante dans le concert des nations, mais dans les faits, la faiblesse économique et militaire de ces pays ne leur permettait pas de rester indépendants tant qu’ils se maintenaient sur la voie capitaliste de développement ou sur une voie révisionniste. La théorie du non-alignement faisait en outre largement appel à « l’aide au développement », que la bourgeoisie à facilement pu présenter comme une alternative à la révolution socialiste « violente », mais qui ne s’est avérée être autre chose qu’un masque jeté sur l’exportation des capitaux (caractéristique des rapports impérialistes) et donc un instrument de néo-colonisation, puisqu’elle est aujourd’hui responsable de la dette colossale contractée auprès des pays impérialistes par les pays pauvres. Ce qui fait d’une réalité, aujourd’hui plus que jamais, l’affirmation de Lénine selon laquelle

 

« le capitalisme a assuré une situation privilégiée à une poignée (moins d'un dixième de la population du globe ou, en comptant de la façon la plus "large" et la plus exagérée, moins d'un cinquième) d'États particulièrement riches et puissants, qui pillent le monde entier par une simple "tonte des coupons". » (Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, p.9.)

 

Il est instructif d’écouter ce que la bourgeoisie pense aujourd’hui du « marxiste Tito » :

 

« Tito mourut le 4 mai 1980, à Ljubljana, après une longue maladie et fut enterré à Belgrade. S'il laissait l'image d'un chef charismatique, fondateur d'un socialisme à visage humain et champion du non-alignement, il léguait à la Yougoslavie un héritage difficile. Depuis le premier choc pétrolier, en 1973, son pays s'était enfoncé dans le marasme économique, victime de son endettement. L'opposition entre un Nord industrialisé et un Sud sous-développé se superposait aux antagonismes entre nationalités, que n'avait pas complètement étouffés le communisme. Bien plus, le fédéralisme autogestionnaire, empêchant la redistribution des richesses, avait favorisé les tendances centrifuges des Républiques et provinces autonomes. L'incapacité des dirigeants yougoslaves à assumer collégialement la succession du maréchal Tito manifesta les faiblesses du régime qu'il avait fondé. L'exacerbation des tensions nationalistes mena à l'éclatement de la fédération et à la guerre de Bosnie. » (Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, © 1993-2003 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.)

 

Cet autre portrait que nous fait de Tito la version Internet de cette même encyclopédie est tout aussi intéressant :

 

« Seule la Yougoslavie du maréchal Tito, héros de la résistance aux Allemands, ne mène pas une politique aux ordres de l’URSS. Il est accusé de révisionnisme et rompt avec Staline en juin 1948. Fidèle au marxisme, il libéralise alors quelque peu l’économie et conduit une politique d’ouverture à l’égard des Occidentaux. Il devient la figure emblématique des pays non-alignés durant la guerre froide et l’un des modèles des intellectuels des nouvelles gauches française et européenne. »

 

La bourgeoisie, très reconnaissante des services rendus par Tito, ne peut cacher son admiration pour cette « figure emblématique », ce « chef charismatique, fondateur d'un socialisme à visage humain et champion du non-alignement », sans pouvoir toutefois occulter la faillite économique et idéologique complète de l’autogestion titiste (qu’elle s’attache à mettre sur le dos du choc pétrolier des années 70 et qui a en outre conduit à exacerber les nationalismes récemment instrumentalisés par l’impérialisme pour placer sous sa dépendance totale son ancienne alliée dans la lutte contre le marxisme-léninisme.) Il est également touchant de remarquer que la bourgeoisie et ses valets, les intellectuels « de gauche », se targuent de défendre le vaillant Tito, injustement « accusé de révisionnisme » et résolument « fidèle au marxisme », lui qui a osé défier le Komintern aux ordres de Staline !

 

La lutte acharnée et précoce que le PTA a menée contre le titisme est attestée par de nombreux documents, et il nous faut souligner que c’est le rapprochement Tito-Khrouchtchev qui a alarmé le PTA avant même le 20ème congrès du PCUS et l’a mis sur ses gardes.

 

Mais quelle fut la position du PCC face au révisionnisme titiste ?

 

Nous allons étudier la position de Ludo Martens, président du PTB, parti historiquement attaché à la pensée-maotsétoung et qui ne s’est pas disloqué au moment de la chute de l’URSS. En outre, depuis 1992, le PTB est l’initiateur du Séminaire Communiste International de Bruxelles, ce qui l’amène bien sur à confronter ses idées avec des organisations variées.

 

« Mao dénonce la critique que Staline a fait de la ligne titiste, remettant ainsi en cause les luttes idéologiques que Staline a mené contre le trotskisme, le boukharinisme et le nationalisme bourgeois. "(Staline) a pris une décision erronée sur la question de la Yougoslavie. A propos de toutes ces questions, Staline s'est montré subjectif." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.9-10). "Que les camarades yougoslaves éprouvent une aversion particulière à l'égard des erreurs de Staline, cela peut se comprendre. Placés dans des conditions difficiles, ils ont déployé dans le passé des efforts méritoires pour se maintenir dans la voie du socialisme. Dans les entreprises et autres organisations sociales, ils ont réalisé des expériences de gestion démocratique qui ont également attiré l'attention. Le peuple chinois applaudit à la réconciliation intervenue entre l'Union Soviétique et d'autres pays socialistes, d'une part, et la Yougoslavie, de l'autre." (L'expérience historique de la dictature du prolétariat, 1961, Ed. en langues étrangères, Pékin, p.46) Cette proposition exprime la conciliation et la complaisance envers le révisionnisme. » (Ludo Martens, Sur quelques aspects de la lutte contre le révisionnisme - Pour l'unité des communistes, pour la défense de l'internationalisme prolétarien, Rapport de discussion présenté au Séminaire International organisé par le PCI (ML), Janashakti, 9 - 12 mars 1995, http://www.marx.be/FR/doc/revision.htm)

 

Dans ses thèses de conclusion, Ludo Martens écrit :

 

« En nous basant sur les principes formulés par Lénine et Staline, nous critiquons certaines positions nationalises et titistes, exprimées par Mao Zedong. » (Ludo Martens, Ibidem.)

 

Ludo Martens reproche ici à Mao des faiblesses dans la lutte contre le titisme. Ces faiblesses de Mao et du PCC, l’attitude conciliatrice adoptée face au titisme ne sont pas un point de détail, le titisme étant un condensé de thèses empruntées au trotskisme, au boukharinisme et au nationalisme bourgeois, le titisme étant entré en collusion ouverte avec l’impérialisme américain pour lutter contre « l’expansionnisme soviétique », ce qui se traduisit, comme le remarque justement Ludo Martens dans Un autre regard sur Staline, par le soutien apporté par les titistes aux impérialistes lors de la Guerre de Corée (mais aussi par leur implication dans les évènements contre-révolutionnaires qui ont eu lieu en Hongrie en 1956).

 

Dans son texte « L’expérience historique de la dictature du prolétariat », le PCC va même jusqu’à louer « les expériences de gestion démocratiques » yougoslaves dans les entreprises, c'est-à-dire l’autogestion !!! La Yougoslavie serait-elle un régime de dictature du prolétariat ???

 

Visiblement, le PCC était loin d’avoir pris la mesure du danger que représentait le révisionnisme titiste. C’est aussi ce qui ressort dans ce passage qu’Enver Hoxha, invité au VIIIe congrès du PCC, nous rapporte de sa rencontre avec Mao en 1956, après qu’ils eurent pris connaissance du « rapport secret » de Khrouchtchev :

 

« C'est Mao qui prit la parole le premier. Après nous avoir dit combien ils étaient heureux d'avoir parmi eux des amis de l'Albanie lointaine, il eut quelques mots de louanges à l'adresse de notre peuple, le qualifiant de peuple courageux et héroïque. «Nous éprouvons beaucoup de sympathie pour votre peuple, dit-il entre autres, car vous vous êtes libérés avant nous.» Et abruptement il me demanda : «Quels sont vos rapports avec la Yougoslavie ?» «Froids», lui dis-je, et je lus aussitôt la surprise sur son visage. «Apparemment, pensai-je, il ne connaît pas bien l'état de nos relations avec les Yougoslaves» ; aussi décidai-je de lui expliquer quelques aspects de la longue histoire des rapports de notre Parti et de notre pays avec le parti et l'État yougoslaves. Je fus bref, ne m'arrêtant que sur certains moments cruciaux de l'activité anti-albanaise et antimarxiste de la direction yougoslave, tout en attendant quelque réaction de sa part. Mais je constatai que Mao se bornait à exprimer son étonnement en jetant de temps à autre un regard vers les autres camarades chinois. «En cette question, dit Mao, vous, Albanais, n'avez pas commis d'erreurs à l'égard des Yougoslaves, pas plus que les camarades yougoslaves n'en ont commis envers vous. C'est au Kominform que sont imputables ici de graves erreurs. » «Bien que n'ayant pas fait partie du Kominform, lui dis-je, nous avons toujours appuyé et jugé justes ses analyses et ses prises de position notoires à rencontre des agissements de la direction yougoslave. Nos longs rapports avec cette dernière nous ont convaincus que la ligne et les attitudes des Yougoslaves n'ont été ni ne sont marxistes-léninistes. Tito est un renégat incorrigible.» » (Enver Hoxha, Les khrouchtchéviens - souvenirs, édition numérique, p.86-87)

 

Mais comment est-il possible pour le PCC d’ignorer la condamnation du titisme comme courant anti-marxiste par le mouvement communiste international en 1948 ? Comment ignorer qu’à ce moment Khrouchtchev, pour initier son rapprochement avec Tito dès 1954, avait eu besoin de dire que « le Kominform [Staline] s’était trompé sur la question yougoslave » ? Ludo Martens explique cela par le fait que Mao aurait estimé que la contradiction se trouvait « au sein du peuple ». Mais alors si on considère les alliés objectifs des États impérialistes les plus bellicistes comme faisant partie du peuple, quels ennemis doit-on combattre ? Ce sont là assurément des erreurs graves de la part du PCC qui s’éclairciront quand nous traiterons du révisionnisme khrouchtchévien.

 

C). Le révisionnisme khrouchtchévien : Khrouchtchev et Brejnev

 

1). Introduction

 

Après la mort de Staline s’opère au sein du PCUS ce qui est appelé « le coup d’État de Khrouchtchev ». S’appuyant sur Mikoyan et Joukov à la tête de l’Armée, Khrouchtchev, ancien laudateur de Staline également surnommé pour cette raison « le bouffon » par certains bolchéviks, va réussir en quelques années à se débarrasser de tous les camarades proches de Staline. Dès 1953, Beria, chef du NKVD, la police secrète de l’Union Soviétique, et membre du bureau politique est arrêté pour avoir mené des « activités anti-gouvernementales ». Il sera exécuté au mois de décembre de cette même année ainsi que plusieurs de ses proches collaborateurs. Khrouchtchev manœuvre afin d’opposer entre eux les membres du bureau politique. Il profite des divisions au sein du Comité Central pour lancer une attaque perfide contre Staline, au XXème congrès du PCUS en février 1956. L’ère de la « déstalinisation » commence alors. En juin 1957, le groupe « anti-parti » Molotov-Malenkov-Kaganovitch, accusé d’avoir ourdi un complot visant à renverser Khrouchtchev est écarté de la direction.

 

Khrouchtchev a rapidement engagé l’URSS dans les « réformes » économiques et politiques :

 

- Au niveau économique, dès le 20ème congrès du PCUS, il nie l’action de la loi de la valeur sous le socialisme telle qu’elle fut exprimée par Staline en 1952 dans « Les problèmes économiques du socialisme » où ce dernier mettait notamment en garde les cadres sur l’importance à ce que l’on veille à empêcher les contradictions qui surgissent au cours de la construction du socialisme de devenir antagonistes.

 

De ce fait, Khrouchtchev introduira dès 1957 dans la société soviétique la vente des moyens de productions aux stations de machines et de tracteurs des kolkhozes, faisant des moyens de production, des marchandises et aboutissant donc à l’élargissement de la sphère d’action de la loi de la valeur ; il rétablira également la notion de profit comme indice de rentabilité de l’économie soviétique, et mettra l’accent sur la production de biens marchands, abandonnant ainsi l’orientation économique stalinienne qui donnait la primauté à la production des biens de production et inaugurant ainsi l’ère tristement célèbre du « socialisme de marché » :

 

« En Mai 1953 la circulation de l’argent a été étendue et, avant cela, en avril de la même année, le rôle de planification centralisée (Gosplan) a été résolument réduite avec plus de pouvoir donné aux ministères économiques. Dans le plénum du Comité Central de septembre 1953, les marchandises fournies par le kolkhoze à l'état ont vu leurs prix augmenté, la quantité des marchandises qui devaient être fournies a été réduite et on a donné en général un rôle réduit au kolkhoze dans le plan central. « Les pressions de l'idéologie bourgeoise sur la théorie économique, déjà présentes pendant la durée de la vie de Staline, se sont accrues après sa mort. En Mai 1953 il a été décidé d'étendre 'le commerce Soviétique', les pouvoirs des Directeurs d'entreprise ont été augmentés et leur rôle et pouvoir sur l'économie et la main-d'œuvre devenaient prépondérants. Après l'élimination des dernières poches de résistance - Molotov, Kaganovich et Saburov - en juillet 1957, la machinerie agricole a été vendue aux kolkhozes et en septembre 1957 le principe a été introduit suivant lequel les entreprises publiques devaient créer du profit. L'offensive bourgeoise se nourrit de  la théorie de la valeur - c'est là que les lois bourgeoises trouvent leur base. La valeur est le principe cardinal de la production des marchandises - en le plaçant au centre de la politique économique l'état Soviétique a pris des mesures allant à l'encontre du progrès vers le Communisme. » » (Ubaldo Buttafava, Le Thermidor de Khrouchtchev, Une contribution à l'analyse critique concernant le retour de l'URSS au capitalisme, 1997, http://www.militcom.org/Documents/URSS/urss_capitalisme_02.htm)

 

Critiquant les réformes économiques de Khrouchtchev, Ernesto Che Guevara disait non sans raison que :

 

« Là où on applique la loi de la valeur, on introduit en fraude le capitalisme. »

 

Khrouchtchev, le « spécialiste de l’agriculture » et du « maïs » va essuyer dans ce domaine des défaites cuisantes qui amèneront l’URSS à importer du blé canadien et américain.

 

- Au niveau politique Khrouchtchev inaugure 1° sur le plan intérieur la proclamation de « l’État de tout le peuple » ; il assure que désormais « personne n’osera plus terroriser le Parti ». Dans cette logique, le contrôle populaire sur les cadres de l’appareil d’État est retiré de la constitution, ouvrant ainsi la voie à la bureaucratisation poussée de l’appareil d’État où se formera la nouvelle nomenklatura, c’en est alors fini de la dictature du prolétariat ; 2° sur le plan extérieur, il inaugure la politique de détente est-ouest, c’est-à-dire de soumission à l’impérialisme, et de rapprochement avec le renégat Tito. C'est dans cette optique qu'il dissout le Kominform en avril 1956. Reprenant les thèses kautskistes, il invitera également les partis communistes étrangers à explorer  la voie de « l’accession au socialisme par la voie parlementaire », ce qui les poussera à coopérer avec les partis bourgeois et précipitera leur dégénérescence en de vulgaires partis sociaux-démocrates, donnant naissance au courant nommé eurocommunisme, et qui a eu à sa tête les italiens Togliatti puis Berlinguer et l’espagnol Carrillo. [L’eurocommunisme est quant au fond identique au révisionnisme soviétique de par ses thèses principales, mais il prétend s’affranchir de sa tutelle et prône un polycentrisme qui condamne le mouvement communiste international à l’éclatement. Les révisionnistes français, eux, avec à leur tête Waldeck Rochet puis Marchais, occupent une position médiane par rapport aux soviétiques. Les eurocommunistes se sont appropriés les thèses khrouchtchéviennes sur la révolution pacifique par la voie parlementaire, sur l’État de tout le peuple (et donc l’abandon de la dictature du prolétariat), l’abandon du centralisme démocratique, etc. Ayant sombré dans le crétinisme parlementaire, ils ont poussé plus loin les thèses khrouchtchéviennes en participant à des gouvernements bourgeois, comme si l’intégration du socialisme pouvait se faire dans le capitalisme. L’eurocommunisme ne laisse subsister dans son « marxisme » que la caricature bourgeoise d’un communisme égalitaire-nivelleur qui, comme le titisme, prétend constituer une alternative « spécifique » adaptée à la condition des pays capitalistes de l’Europe occidentale, mais surtout parfaitement adaptée à la sauvegarde de la société bourgeoise. L'eurocommunisme trouvait un terrain très favorable en Europe occidentale du fait de ses fortes "traditions parlementaires". (4)

 

Khrouchtchev déclarait ainsi au XXème congrès du PCUS que :

 

« Nous voulons être amis avec les Etats-Unis » « La Yougoslavie enregistre d’importants résultats dans l’édification socialiste. » « La classe ouvrière peut conquérir une solide majorité au Parlement et le transformer en instrument d’une volonté populaire véritables. » (Khrouchtchev, Rapport au XXème Congrès du PCUS, 14 février 1956, édition en langues étrangères, Moscou, 1956, p. 36, 9, 47. cité par Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, EPO, 1994, p.314.)

 

Il est ici intéressant de remarquer que là encore, la bourgeoisie a su apprécier à sa juste valeur l’aide apportée par Khrouchtchev dans son combat contre le marxisme-léninisme :

 

« Durant les trois années qui suivent [1953-1956], Khrouchtchev élimine progressivement les autres prétendants à la succession de Staline, notamment Malenkov et Beria, des anciens proches du « petit père des peuples ». Ayant bien compris que la population russe aspire à des changements, il promeut une politique de réformes politiques (libéralisation du régime et amnistie d'anciens opposants) et économiques. La priorité est ainsi donnée à la production de biens de consommation afin d'améliorer les conditions de vie des Russes. Lors du XXe congrès du PCUS, en 1956, Khrouchtchev dénonce « le culte de la personnalité » de Staline et, dans un rapport secret, révèle les crimes de l'ancien dirigeant. Ce rapport fait grand bruit et ébranle le camp socialiste, ainsi que les partis communistes occidentaux. Devenu le champion de la « déstalinisation », Khrouchtchev devient, en 1958 Premier ministre, à la suite de la démission de Boulganine. Sur le plan extérieur, il cherche à impulser un cours nouveau aux relations entre les deux blocs. Sous sa direction, la guerre froide entre dans une phase de détente. Défenseur de la coexistence pacifique, il rejette l'idée d'un éventuel conflit avec les États-Unis et affirme la nécessité de se mesurer au monde occidental sur le plan économique plutôt que militaire. Après avoir mené la réconciliation de son pays avec la Yougoslavie de Tito, il participe à la conférence de Genève en 1955, qui réunit, pour la première fois depuis 1945, les anciens vainqueurs de l'Allemagne nazie. (…) Mais les résultats de sa politique étrangère apparaissent contrastés. Ainsi sa critique virulente du stalinisme ne l'empêche pas d'ordonner l'intervention en Hongrie en 1956 (voir insurrection de Budapest). (…) Un même contraste se fait jour sur le plan intérieur. Khrouchtchev initie un vaste mouvement de réformes agricoles, dénonçant ainsi la priorité accordée par Staline à l'industrie. Il lance ainsi la grande campagne de défrichement des terres vierges dans les régions de Sibérie. Il s'attache également à déconcentrer et à décentraliser la gestion de l'économie soviétique. Mais le désordre né de ces réformes et les difficultés de l'agriculture soviétique contribuent à affaiblir la position de Khrouchtchev, alors même que les dissensions avec la Chine aboutissent à la rupture des relations entre les deux pays en 1961. Aussi est-il démis de ses fonctions par le plénum du Comité central en octobre 1964, et remplacé par Leonid Brejnev. » (Encyclopédie Microsoft Encarta 2004, © 1993-2003 Microsoft Corporation. Tous droits réservés.)

 

Le constat pour la bourgeoisie est là encore positif : après avoir trouvé chez Tito son « chef du socialisme à visage humain » et son « champion du non-alignement », elle à trouvé chez Khrouchtchev son « champion de la déstalinisation », même si elle déplore le fait qu’il ne se soumette pas complètement à l’impérialisme : la bourgeoisie certes est satisfaite d’être débarrassée de l’ennemi s